Ch. Dahwin, op. cit., t. Il, p
n'avaient point de cornes. Kn ce qui les touche, le rapprochement eut donc été, par cela môme, impossible. Mais en outre, s'il n'est point contestable que les poils et 1rs cornes frontales sont également des productions épidermiques, il ne Test pas davantage que les dispositions de leurs matrices sont essentiellement dirï'érentcs. Ceux qui ont imaginé la corrélation dont il s'agit s'en sont laissé imposer par une simple apparence. S'ils avaient pris garde que les onglons des mérinos sont, eux aussi, des formations homologues aux poils, et que cependant ils ne présentent point les sillons rapprochés qu'on constate sur leurs cornes, ils se seraient aperçus qu'ils faisaient fausse route. Ensuite, ce que l'auteur a dit de l'estime accordée aux laines de l'ancienne variété de Mauchamp n'avait plus de raison depuis longtemps, au moment où il écrivait.
De Huatrefages, de son côté, n'a pas cessé de parler de ces mérinos comme s'ils existaient encore, alors qu'ils avaient disparu depuis de nombreuses années. A l'exemple des deux autres auteurs cités, il en parlait comme quelqu'un qui ne les avait point connus de visu et n'avait pu dès lors contrôler la valeur des assertions dont ils ont été l'objet. Je les ai, pour mon compte, suivis de prés tant qu'ils ont existé, et j'ose dire avec la compétence de l'homme du métier. La réalité, à leur sujet, est bien loin de conlirmer la prétention de ceux qui les ont présentés comme formant une race fixée, se reproduisant invariablement avec ses caractères propres, en un mot comme une variété devenue héréditaire d'une
façon constante, ainsi que l'est l'espèce elle-même.
La variété' mérinos de Mauchamp était caractérisée exclusivement par sa toison, qui, au lieu d'être composée de brins présentant des inflexions rapprochées et régulières, alternes et opposées, en zig-zag, comme on dit, formant des mèches serrées dont la réunion constitue ce qu'on appelle, en terme technique, une toison fermée, l'était de brins à peine ondulés et tombant en mèches pointues, à la manière des toisons dites • ouvertes. Ces brins avaient en outre un éclat comparable h celui de la soie. De là l'autre nom de mérinos soyeux qui leur fut donné. Le col des follicules laineux de la peau du mérinos normal est disposé suivant la génératrice d'une spirale, en sorte que si, à sa sortie de ce col, le brin de laine ne rencontrait aucun osblacle. il se développerait lui-même en spirale. Mais en raison du rapprochement des follicules (on en a compté jusqu'à quatre-vingts par millimètre carré de la surface de la peau), il se trouve comprimé comme entre deux plans parallèles. C'est pourquoi la spirale se transforme en ligne brisée sur le plan. Le fait a été découvert et interprété ainsi par \V. von Nathusius 1 , puis, à mon instigation, vérifié et conlirmé sur des coupes en série de la peau pratiquées au laboratoire de zootechnie de l'Ecole de Grignon par mon assistant L. Duclerl*.
1. Wilhein von Natiilsii s. bas Wollltaar drr Schafs in histoloyischer und tevhnischer Beziehuntj mit rrryleichruder licriicksichtunij andrer hnmv und der ltaul> Merlin, IH»'»6.
2. Lucien Ducleht, Déti'iminisinr de la rrisnre des productions pileuses. Joum. de l'Anut. et dv la l'hysiol. 1N88.
(l'est cette disposition du col des follicules laineux qui, par une inlluence inconnue, s'est trouvée congénitalement modifiée chez l'agneau né en 1827 dans le troupeau de M. Graux, fermier de Mauchamp. Ce n'est point le seul cas qui en ait été observé. Il s'en est produit d'autres semblables, et l'on a remarqué que toujours ils se sont manifestés sur des individus malingres et mal conformés, comme l'était celui de M. Graux. Seulement personne autre que lui n'avait eu l'idée d'en faire le point de départ d'une nouvelle variété, en pensant que la déformation constatée pourrait se transmettre par hérédité.
Elle s'est en effet montrée héréditaire, comme beaucoup d'autres malformations congénitales. Mais la question est de savoir dans quelle mesure, pour apprécier exactement la signification du fait. Est-ce une hérédité constante, infaillible, comme l'est celle du type spécifique? Ou bien est-ce une hérédité précaire, aléatoire, donnant fréquemment prise à la réversion?
Il a été dit par Yvart qu'au début des opérations seulement un petit nombre des brebis fécondées par le bélier né en 1827 avaient donné des agneaux à toison modifiée, niais qu'à dater du moment où il avait pu être accouplé avec des femelles à lui semblables par la toison, les agneaux s'étaient toujours montrés semblables à leurs parents. A cet égard, nous sommes obligés de nous en rapporter à Yvart, n'ayant point connu autrement que par son récit le troupeau de Mauchamp. Quant à celui de l'État, c'est différent. Nous
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savons pertinemment qu'à Gévrolles et dans les autres bergeries par lesquelles il a passé avant sa suppression l'on ne pouvait y maintenir le lainage caractéristique qu'à la condition d'éliminer de nombreux agneaux naissant avec les follicules normaux de la race mérinos, dont l'atavisme s'est montré, dans d'autres circonstances, extrêmement tenace. On le voit se manifester, par exemple, dans la variété des berrichons de Champagne et dans celle des lauragais, qui ont été un moment, au commencement du xix" siècle, croisées avec le mérinos.
On conçoit aisément que ces faits aient échappé aux auteurs que nous avons cités, et qui n'étaient d'ailleurs pas dans un état d'esprit propice à ce qu'ils en pussent saisir toute la signification, encore bien qu'ils les eussent connus. Au moment où fut écrite par Yvart l'histoire des mérinos de Mauchamp, le temps écoulé, en tout cas, n'avait pas été assez long pour qu'on pût se prononcer définitivement sur la constance de leur caractère distinctif. En s'en tenant à ce qui fut affirmé alors, on s'est exposé à conclure prématurément et à introduire dans la science une donnée qui n'y a point sa place. Il faut donc l'écarter des preuves invoquées à l'appui de la formation des races par les variétés devenues héréditairement constantes. Les mérinos à laine soyeuse de Mauchamp, pour tout savant soucieux avant tout de la vérité, doivent rester ce qu'ils ont été réellement : une simple variété de mérinos n'ayant eu qu'une existence momentanée, et qui n'aurait pas pu
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se perpétuer sans la sélection continuelle dont elle était l'objet. Elle n'a jamais eu le caractère d'une véritable race, qui est de reproduire invariablement son type naturel, à rencontre de toute circonstance quelconque.
Des moutons dits loutres ou aurons, signalés au Massachusetts par le colonel Humphrey, en 1813, il serait, ce semble, prudent de ne point faire état. Ils auraient été issus, eux aussi, d'un seul agneau mâle né accidentellement, en 1791, avec des jambes courtes et tordues. Ces moutons ne pouvant franchir les clôtures, on a pensé, est-il dit, qu'il y aurait quelque avantage à les élever, mais ils furent remplacés par les mérinos et disparurent ainsi. Ces anecdotes, racontées par un voyageur dépourvu de compétence spéciale et qui n'ont pas été contrôlées, sont fort suspectes. Les moutons n'ont guère de velléités de sortir des enclos où ils sont enfermés et où ils trouvent suffisamment de quoi se nourrir. En tout cas, l'auteur de l'anecdote dont il s'agit n'a point dit depuis combien de temps s'était accomplie la disparition de la prétendue race, ni combien de temps il avait fallu pour la constituer. En sorte que tout cela reste à l'état de simple assertion. 11 ne faut pas se montrer bien exigeant sur les preuves, pour l'accepter comme établi. En admettant qu'il ait réellement existé, au Massachusetts, des moulons à jambes courtes et torses, rien ne prouve qu'il s'en soit perpétué une variété. Si l'on connaissait l'origine des chiens bassets, dont l'existence a été constatée dès
l'antiquité égyptienne la plus reculée, ils fourniraient à la thèse un argument autrement fort.
Ce n'est pas à dire que le raccourcissement des membres, chez les moulons, et la transmission héréditaire de ce raccourcissement soient choses impossibles. 11 y a en France, dans le département du Cher, un troupeau de leicesters, où il a été réalisé, avec d'autres améliorations, et où il s'est perpétué, du moins jusqu'à présent. Mais c'est à la faveur d'une sélection attentive et continuelle. Il n'est venu à la pensée de personne de faire de ce troupeau une race particulière, pas môme une simple variété. Dans les concours où il en figure chaque année des représentants, ils sont déclarés, comme les autres, sous leur nom français de dishlevs. Seulement les jurys leur accordent ordinairement la préférence, en raison de leur meilleure conformation. Sans doute que si M. Massé, l'auteur de leur amélioration, avait affiché la prétention d'avoir créé une nouvelle race et lui avait donné le nom de sa ferme, nous l'eussions vue déjà mentionnée à ce litre dans les ouvrages où se répète sans critique l'histoire vraisemblablement apocryphe des moutons ancons du Massachusetts.
Sans témérité, cela peut être induit du passage suivant de l'ouvrage d'Isidore (ieotlroy, déjà tant de fois cité : « Parmi les suites aujourd'hui séparées de la lignée commune, dit-il 1 , il me suffira de citer le mouton