‹ L'espèce et la race en biologie généraleChapitre 24 sur 66 · Hlfkjn, Histoire naturelle des animaux, art. Aigle · texte numérisé non relu

Hlfkjn, Histoire naturelle des animaux, art. Aigle

temps, le mot race n'avait que cette signification. Quand un noble voulait parler de ses ancêtres et des générations qui lui succéderaient, il disait : « ma race »,dans le même sens que Voltaire a dit : la race dlsmaél et la race de Jacob, et Bu (Ton : la race de l'aigle commun et la race du grand aigle.

C'est donc plus tard que la notion de race a, non pas changé de sens parmi les naturalistes d'abord, puis après eux, parmi les agronomes et les agriculteurs, mais qu'il en a été fait, dans la pratique, une application différente. On a vu quelle a été cette application, et qu'aux termes mêmes de la nouvelle définition elle n'est à aucun degré justifiée. Les caractères de variété ne jouissent point, en effet, de la puissance de transmission héréditaire qui leur a été attribuée, condition indispensable à la constitulion de la race, d'après tous les auteurs. Nous avons montré qu'ils sont essentiellement variables, comme dépendants des circonstances de milieu ou des contingences. Seuls, les caractères spécifiques sont dans le cas exigé : ils sont invariables et ils se transmettent indéfiniment dans la suite des générations d'un couple de même espèce. Lu notion de race, dès lors, conformément aux exigences de sa nouvelle définition, ne peut être exactement appliqué»' qu'à l'espèce, et non pas du tout à la variété, qui doit rester ce qu elle est en réalité.

Admettons que chaque espèce, de quelque façon qu'elle se soit formée, a dû nécessairement commencer par un couple, attendu que la progression géométrique

suivant laquelle elle s'est multipliée conduit de toute nécessité, en remontant cette progression, au nombre le plus faible possible ; or, ce nombre ne peut être que deux ou le couple indispensable, au point de départ, pour la reproduction; admettant cela, qui ne parait guère contestable, il y a longtemps que, dans mon Traité de zootechnie, j ai donné la définition suivante : « La race est la descendance d'un couple primitif. » ttlle comprend, dans son état actuel, où ses représentants s'étendent sur des territoires plus ou moins vastes, selon son état de prospérité ou de décadence, dos familles et dos tribus. On a dit avec raison que sa notion n'est pas autre chose qu'une extension de celle de famille, car le couple primitif de chaque espèce a d'abord engendré une famille, dont les membres, en s'accouplant entre eux, en ont engendré d'autres, et ainsi do suite. La notion de tribu correspond à un groupe de familles do mémo origine, et la race comprend tout l'ensemble des tribus de cette même origine.

C'est dans cet ensemble que se produisent, sous les inlluences extrinsèques qui ont été indiquées, les variétés, laissant subsister intacts les caractères spécifiques de la race.

Notre définition de la notion de race défie toute contestation fondée sur les faits, étant conforme à ces faits mornes, tels que nous los avons exposés. On ne pourrait point lui opposer justement celle dont le caractère fautif a été précédemment démontré, car seule elle satisfait pleinement aux conditions essentielles posées

par cette dernière. Sont en effet de môme espèce, par l'uniformité de leurs caractères spécifiques, tous les individus de même race, c'est-à-dire ayant la môme origine, en quelque lieu qu'on les considère, et quelques variations qu'ils aient pu subir. En aucun cas, une telle uniformité ne se montre dans la descendance d'une variété quelconque, quelque soin qu'on ait pris pour maintenir ses caractères propres. Tout ce qui est variable varie nécessairement.

11 s'ensuit donc bien évidemment que, dans la réalité, les deux notions d'espèce et de race se rapportent au môme objet envisagé à deux points de vue différents. Celle d'espèce s'applique à la forme des individus, aux caractères essentiels de leur type naturel, à ce qui les rapproche entre eux et les fait distinguer de tous les autres, aux caractères qui se transmettent infailliblement par l'hérédité ; celle de race, à la suite des générations qui ont reproduit et qui reproduiront ce type naturel. La notion d'espèce envisage les êtres vivants par rapport à l'espace; celle de race les envisage par rapport au temps. La première est concrète, la seconde est purement abstraite Dès lors, il y a autant de races que d'espèces et autant d'espèces que de races, pas une de plus, pas une de moins, chaque race étant d'une espèce particulière et chaque espèce étant représentée dans la suite du temps par la race qui la perpétue.

Pour l'ensemble des règnes organiques, il y a des individus el des espèces d'individus qui, jouissant de

la faculté de se reproduire par génération et de transmettre à leur descendance les caractères de leur type naturel, constituent ainsi leur race. C'est dans celle-ci et non pas dans l'espèce qu'il se produit des variétés caractérisées par des modifications d'importance secondaire.

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