A. DK QUATREFAUKS, Op. Cit., p
comme je viens de l'indiquer. S'ils ne veulent sortir de la voie scientifique, les anthropologistes doivent accepter ces notions qui résument les études accomplies, depuis bientôt deux siècles, par les savants de tous pays. Pour résoudre bien des questions posées par l'histoire de l'homme, c'est aux travaux des Buflbn, des Cuvier, des Geoffroy, des Lamarck, des Blainviîle, des Darwin, etc., comme à ceux des Linné, des de Candolle, des Kaelreuter, des Decaisne, des Naudin, etc., qu'ils devront d'abord s'adresser, tout en demandant des faits et des expériences aux praticiens éleveurs ou amateurs, aux Hakewel, aux Collines, aux J. Sbright. >»
On aura l'occasion de voir comment il a interprété, au gré de sa doctrine préconçue, les idées des naturalistes cités, et surtout les faits empruntés à la pratique des éleveurs, qui sont, en réalité, les plus démonstratifs, en raison de leur caractère expérimental. Les opinions des naturalistes, si éminents qu'ils soient, ne peuvent à aucun degré contrebalancer la valeur de ces faits sur lesquels nous comptons nous appuyer nous-méme presque exclusivement pour déterminer la signification exacte des termes en question, autrement dit les notions précises auxquelles ils correspondent.
Ces faits, sur lesquels les praticiens anglais dont il s'agit n'ont rien écrit et qui se sont produits vers le milieu du xvm" siècle, furent réalisés empiriquement d'abord par le génie de Bakewel. Les auteurs qui nous les ont fait connaître seulement dans le courant du xix" siècle ont donné sur leur mode de production des explica-
tions variées, selon leurs propres conceptions, et qui ne sont nullement scientifiques. Leur véritable théorie a été trouvée en France, et depuis longtemps nos éleveurs français en réalisent à volonté de semblables. Tout en rendant hommage à l'initiative des Anglais, qui les ont précédés, il eût peut-être été convenable détenir compte de leurs travaux, d'autant mieux que les résultats de ces travaux peuvent être plus aisément contrôlés que ceux invoqués. Mais il aurait fallu pour cela une compétence spéciale et un esprit critique qu'on peut, sans olîenser sa mémoire, refuser à l'auteur visé.
11 n'en est pas moins certain que les observations empruntées à la zootechnie sont celles qui peuvent jeter le plus grand jour sur les problèmes en question. 11 en est ainsi parce que nous avons le pouvoir d'en provoquer la manifestation chez nos animaux domestiques et de vérifier de la sorte les conceptions hypothétiques des naturalistes purement observateurs à leur sujet. 11 sera facile de faire voir que l'illustre Darwin, notamment, dans la candeur de sa bonne foi, ne s'est pas montré suffisamment rigoureux en admettant sans contrôle comme valables la plupart de celles qu'il a invoquées a l'appui de sa doctrine. 11 y en a qui sont vraiment étranges, et qu'un auteur moins préoccupé de trouver des preuves en faveur d'une thèse préconçue que de chercher la vérité n'eût certes point acceptées. Rien ne saurait mieux montrer le danger d'une telle méthoded'investigation scientifique. De môme, lorsque de Qualrefages, fortement convaincu
de la justesse de son idée relative à l'espèce humaine, invoque à son tour les mômes observations et aussi d'autres peut-être encore plus singulières, sans prendre garde que toute observation ne peut valoir que par ce que vaut l'observateur.
U n'y a donc pas en cela seulement des erreurs d'interprétation qui, étant donnée la méthode suivie, se comprennent en somme aisément. Lorsque la doctrine a précédé les faits, volontiers ceux-ci sont accommodés à la doctrine, et cela sans mauvaise foi aucune. C'est de connaissance courante. En outre on y remarque une llagrante absence de critique. Nous aurons l'occasion de ramènera leur valeur réelle les assertions zootechniques auxquelles il est fait allusion, en montrant l'impossibilité physiologique des unes et l'interprétation fautive des autres. Nous ferons voir que, parmi celles qui ont pu être exactement observées, il n'en est aucune qui se rapporte aux notions que notre objet est d'examiner.
Mais, pour que notre problème se trouve bien posé, il faut encore emprunter à de Quatrefages une citation.
« Constatons d'abord, dit-il 1 , que, tacitement ou explicitement, les polygénistes confondent Yespree et la race ne faisant aucune différence entre une forme organique primitive et ses dérivés, oubliant les caractères morphologiques et physiologiques qui distinguent ces deux choses. Je n'ai pas à entrer ici dans les détails d'une démonstration que j'ai longuement exposée