I. H. Toi ssaint, hc. cit
CARACTÉRISTIQUE Dt TYPE SPÉCIFIQUE 67
minées et qui peuvent suffire, en attendant mieux, pour faire admettre la généralité de leur signification.
En 18(58, Emile Martin a recueilli plusieurs ossements de cheval, dont un crAne à peu prés entier, mis au jour dans Tune des sablières de Grenelle, manifestement quaternaires. Ce crâne, très bien restauré, fait maintenant partie des collections de la galerie de paléontologie du Muséum d'histoire naturelle de Paris. Admis des premiers à prendre connaissance de la trouvaille, avant qu'elle fût devenue la propriété du Muséum, la ressemblance du crâne avec celui des percherons actuels me frappa tout de suite. Depuis, une comparaison méthodique, os par os, m'en a fait constater la parfaite identité. La seule différence est que le volume absolu du crâne quaternaire est un pou moindre que celui de la généralité des crânes des percherons de nos jours. Ceux qui savent que dans le cours du siècle nous avons assisté à un accroissement progressif de la taille et du volume de ces chevaux, au grand déplaisir des partisans de l'ancien petit percheron, ceux-là ne seront pas surpris de la différence signalée. Ils ne lui attacheront que l'importance qu'elle mérite, l'architecture, par ses formes et ses proportions, étant restée identiquement la môme. Donc, depuis l'époque quaternaire, le type naturel de la race chevaline que j'ai nommée séquanaise n'a subi aucune modification.
Nehring, dans un mémoire sur les chevaux fossiles,
pu hlié en 18X4', et établi sur des ossements recueillis dans le lu'ss de Remagen, dans les gisements de Thiede et de Wcsteregcln. eu Allemagne, en a donné, pour un autre type, une preuve également précieuse. Dans les deux derniers gisements il n'a été trouvé que des vertèbres, des os des membres et des fragments de mâchoires avec leurs dents. Mais à Remagen il y avait un cru ne presque complet dont l'auteur a donné, dans son mémoire, une ligure parfaitement exécutée. Il a mesuré, d'après une méthode eraniométrique qu'il indique avec grands détails, les dimensions de ce crâne, comparativement avec celles de tous les crânes d equidés actuels formant la collection de la Koniiglicht' landirirthsclwftLiche lioc/isr/ittle de Berlin, de provenances très diverses. Sa conclusion a été la suivante : « Le cheval diluvien de l'Allemagne du Nord et moyenne à moi connu était un cheval lourd, de taille moyenne, si rapproché du type lourd occidental de Franck et de E. cahtillus germanicus de Sanson, que nous devons le considérer comme l'ancêtre direct de cette race. »
Ainsi que je l'ai déjà dit dans une communication sur le sujet à la Société d'anthropologie de Paris-, j'aurais dû, pour obéir à la rigueur scienlilique, renoncer à la satisfaction de voir ma détermination zoologique conlir-
1. Ali hf.d Nehring, Fossil»* l'ferdc aus deutschenDiluvial Ablagerungen und ihre Heziehung zu deu Ichenden Pferden. Kin Beitrag zur (icschichtc dru Iluuspfrrden. Lamiwirtschaftliche Jahrbùcher, Bd. XIII (1884), p. 81.
•2. A. Sanson, Sur liquidés quaternaires. liuUetin delà Société danthropoloyie de Paris, t. VII, 3 e série (année 1884), p. 30.
niée, s'il m'avait fallu m'en tenir aux chiffres résultant des mesures prises suivant la méthode de Nehring. Ses tableaux montrent en effet que ces chiffres sont applicables a plusieurs de nos races chevalines occidentales, dont les types naturels sont cependant très différents. Heureusement la planche de son mémoire, qui représente les formes principales du crâne en question, est autrement démonstrative. A l'aspect de cette planche il est impossible à un œil tant soit peu exercé de ne pas y reconnaître celles du cheval allemand ou germanique actuel à son état de pureté.
Les représentants purs de ce cheval sont devenus de plus en plus rares, la population en ayant été partout croisée avec le cheval anglais de course. Mais on verra plusloin que la réversion fait réapparaître son type naturel avec tous ses caractères. Je me souviens d'en avoir vu en 1868, à la forteresse de Rastadt, un crâne absolument complet, dont l'identité avec celui de Remagen ne me laisse pas le moindre doute. Voilà donc un l'ait non moins frappant que celui du crâne de Grenelle, établissant que les formes crâniennes typiques se sont conservées depuis les temps quaternaires.
Philippe Thomas, a qui l'on doit tant de belles découvertes paléontologiques et géologiques, également en 1884 1 a signalé dans l'argile tourbeuse inférieure des berges de l'oued Seguen, affluent du Rummel
i. Pu. Thomas, Note sur quelques formations d'eau douée quaternaires d'Afrique. Comptes Rendus de l'Ac. des Se, t. XCVIII. p. 381.
(département de Constantine), à 600 mètres d'altitude, parmi les ossements rencontrés, « un cheval dont le crâne otTrait plusieurs caractères de celui de l'E. A f ricanas (Sanson) actuel». 11 a signalé en outre, dans le même gisement, « un très curieux équidé asinien, que je nomme (dit-il), E. asinus Allanlictts, parce qu'il présente dans sa dentition de lait plusieurs caractères que je n'ai retrouvés dans aucune espèce vivante : le plus important consiste dans la présence, sur l'angle postérieur de chacune de ses troisièmes prémolaires inférieures de lait, d'un fort denticule supplémentaire semblable à celui qui caractérise la variété postyhmi (P. (îervais) de l'Hipparion gracile du miocène d'Europe ».
On a vu le peu d'importance qu'il convient d'attacher au denticule supplémentaire dont parle Ph. Thomas, et qui a été d'ailleurs donné depuis comme caractéristique de la dentition des Anes en général. Le caractère en question ne suffirait dès lors pas pour établir qu'il s'agissait bien d'un équidé asinien. En tout cas, pur cela seul il ne différerait point de l'âne africain actuel. Mais quant à l'équidé caballin de la même formation, la diagnose de l'auteur, ayant pu être fondée sur les formes crâniennes, elle conserve toute sa valeur. Les formes typiques de notre cheval africain sont tellement faciles à distinguer de toutes les autres, notamment ses formes frontales, lacrymales et nasales, qu'il n'y a pas moyen de s'y tromper. Et du reste l'auteur a donné tant de preuves de sa sagacité «»t de su compétence spéciale, en sa qualité de vétérinaire militaire, que plus qu'aucun
autre paléontologiste il était on mesure d'éviter toute méprise. Comme le séquanais et comme le germanique, notre cheval africain a donc, lui aussi, perpétué depuis les temps quaternaires les mômes formes crâniennes.
Il a été trouvé, parmi les restes des habitations lacustres du lac de Bienne, îi Thaïngen, remontant seulement à l'âge du bronze, non plus à l'époque quaternaire, un crâne d'équidé en parfait état de conservation. Ce crâne fut envoyé au Musée des Antiquités nationales, au château de Saint-Germain, pour qu'on en pût prendre un moulage. Invité par le savant conservateur de ce Musée, Alexandre Bertrand, à l'examiner en vue de savoir à quel type naturel il se rattachait, il ne m'a pas été difficile d'y reconnaître tous les caractères du cheval asiatique vulgairement et improprement connu sous le nom d'arabe. Mon ami M. Piètrement, l'auteur si profondément érudil du remarquable ouvrage sur les chevaux dans les temps préhistoriques et historiques, présent à l'examen, les y a reconnus comme moi. Moins significatif que les précédents, le fait cependant ne laisse pas d'avoir une valeur probante dans le même sens.
Mais il y en a un autre, relatif encore aux équidés, qui mérite une grande attention. En 1833, Boucher de Perthes a trouvé au fond des tourbières de la Somme, à 5 à 6 mètres au-dessous du niveau de la rivière, parmi des silex taillés et des poteries, un crâne qu'il envoya, avec une étiquette de sa main portant ces indications, au Muséum, Ce crâne fut relégué avec un grand
72 i/ ESPÈCE ET LA HACE EN BIOLOGIE GÉNÉRALE
nombre d'autres provenant oV la collection formée par Gall pour ses études «le phrénologie , dans l une des armoires basses de l'ancienne galerie d'anthropologie, lianiv, étant devenu beaucoup plus tard aide naturaliste de la chaire, s'occupa d'inventorier les richesses de cette galerie et d'y mettre de l'ordre. Il y découvrit l'amas parfaitement ignoré des crânes de l'armoire, et il eut l'obligeance de me le signaler en les mettant à ma disposition pour que je pusse les étudier.
Ceux de la collection de (i:ill, ayant tous appartenu à des sujets contemporains, ne m offrirent qu'un intérêt relatif. 11 n'en a pas été de môme de celui découvert dans les tourbières des environs d'Abbeville par Boucher de Perthes. Celui-là avait été étiqueté cheval par lui. Je copie la note prise à son sujet au moment de mon examen, dont la datées! assez éloignée : « Le maxillaire inférieur manque, il en est de môme des incisives et des crochets de la mâchoire supérieure. L'os du rocher manque à droite. La partie supérieure du susnasal gauche est enfoncée et absente, ainsi qu'un fragment du frontal correspondant. Les deux pointes des sus-naseaux sont brisées presque au niveau des angles naso-maxi Maires. Le bord antérieur des apophyses orbi (aires du frontal, relevé presque horizontalement et hérissé de rugosités ; le grand développement du conduit auditif externe; le frontal courbé longitudinalement entre les crêtes ainsi que les pariétaux, et concave au niveeu de la racine du nez, où commence un sillon profond entre les deux sus naseaux fortement
cintrés jusqu'à leur pointe, IVpine zigomatique terminée en pointe recourbée, indiquent que cette pièce a appartenu à VEquits «sinus afruaims et non point à un cheval, comme le porte son étiquette. »
Il n'est pas à croire que les découvertes de l'avenir, si, comme c'est probable, il doit en être faites d'analogues, viendront détruire, à l'égard des équidés, la signification des faits exposés dans les pages précédentes. Voyons maintenant ceux, non moins significatifs, que nous offrent les bovidés.
Le British Muséum, au moment indiqué plus haut, contenait sans contredit la plus belle collection de crânes de lias prunigemus Bojanus qui existe au monde. Elle est maintenant au nouveau Musée d'histoire naturelle de South-Kinsington. ï)e ces crAnes, il y en a un peu partout, mais le plus souvent par pièces isolées. A Londres leur nombre permet des comparaisons fort instructives. J'en ai compté sept. 11 y a en outre dix-huit crânes plus ou moins completsdu H. fonyifrons Owen et deux étiquetés //. fron/osus Nilson.
Le caractère quaternaire du //. primigrnim ne fait doute pour personne. Ce qui est surtout remarquable dans la collection britanique, c'est la grande différence de volume qu'on constate entre les pièces qui la composent. Si l'une a pu, par ses dimensions colossales, comme on les observe le plus souvent à la vérilé, être qualifiée gigantesque [H. r/iganteus Owen), la plupart ne dépassent point le volume du crâne de bon nombre de nos taureaux adultes actuels, et quelques-unes se
74 l'espèce et i.a race en BIOLOGIE GÉNÉRALE
montrent même au dessous. Lu plus grosse a été trouvée à Ilford (Essex). Eh bien, les formes de tous ces gràncs de //. primigcnius sont identiques à celles de notre //. T. ligericnsis actuel, de notre bœuf vendéen ou parthenay, comme on le nomme vulgairement. En comparant, caractère 1 pour caractère, un crâne de ce dernier avec celui du premier, il est impossible d'y trouver aucune différence. La collection de Londres montre seulement que, dès les temps quaternaires, il existait déjà, comme à présent du reste, des variétés du type naturel distinctes par leur taille et par leur volume. On ne trouverait plus toutefois maintenant des individus autant développés que ceux auxquels a été donné le nom de H. gif/autans. 11 est vraisemblable que leur fort développement était dû à ce qu'ils vivaient à l'état dit sauvage. Nous avons vu cependant à Bulle, en 1890, un bœuf friburgeois dont la taille atteignait l m ,80. Sa longueur de la téte à la queue était de 2 B ,(i8. Il pesait 1.800 kilogrammes. Il a liguré, comme géant, aux expositions de Berne, de Lyon et de Genève. J'en possède une photographie.
En outre des dix-huit crânes de H. longifrons Owen, de Londres, le Musée Carnavalet en possède deux recueillis par Belgrand, l'un dans les alluvions quaternaires de la Seine et l'autre dans les tourbières de Mennecy. J'en ai pu étudier plusieurs autres plus ou inoins incomplets, à la demande de diverses personnes qui les avaient découverts dans la région septentrionale de la France. Tous ces crânes, les derniers comme
ceux do l'Angleterre, m'ont invariablement présenté les caractères du type actuellement représenté par les populations bovines hollandaise, flamande, courtes cornes de Durham, etc., et que j'ai nommé B. T. fmtttvicns. Encore ici l'identité est parfaite.
Pomcl, en transmettant à l'Académie des sciences un exemplaire de sa « Monographie des Rœufs- Taureaux des terrains quaternaires de l'Algérie 1 », a signalé dans les termes suivants l'une de ses découvertes : »< L'espèce vivante de Bu'uf-Taureau, qui a reçu de M. Sanson le nom de IL T. ibe riens, m'a paru être presque identique à une espèce quaternaire néolithique commune en Berbérie. où sa descendance constitue encore l'élément principal des populations bovines. Cette espèce est souvent figurée dans les dessins rupestres, dont je reproduis une série remarquable par la disposition proeliue des cornes qui paraît habituelle. Il semblerait donc que cette espèce pourrait avoir une origine mauritienne plutôt qu'ibérique. » Ce n'est pas « presque identique » qu'il aurait fallu dire, mais tout a fait identique, car les ligures de Y Iconographie comprenant M) planches in-4° lithographiées, qui accompagne la belle monographie de Pomel, ne laisse aucun doute a cet égard.
Parmi les crânes de bovidés trouvés dans les restes des habitations lacustres de la Suisse, Riitimcycr a reconnu 2 deux types distincts.