‹ L'espèce et la race en biologie généraleChapitre 8 sur 66 · Comptes Rendus, t. CXIX M 804), p · texte numérisé non relu

Comptes Rendus, t. CXIX M 804), p

2. L. Iti riMKYKu, Die Faana der Vfahluaiden des Schtveiz, Basel.

70 l'eSPÈCK ET \.A RACE EN BIOLOGIE GÉNÉRALE

L'un qu'il a nommé B. brachyceros, et l'autre qu'il a identifié avec le tf. frontosus Nilson. J'en ai pu examiner moi-même quelques exemplaires au musée de Berne. L'auteur Suisse n'a pas hésité à affirmer que les caractères de ces deux types étaient reproduits trait pour trait dans les populations actuelles du pays, et je ne puis que confirmer absolument ses appréciations. Le premier se retrouve dans la race connue sous le nom de liramnieh et qui est celle de notre//. T. alpimis, et le second dans celle appelée F/eckric/i, celle de notre //. T. jurassiens, répandue non seulement dans les cantons de Berne, de Vaud, de Fribourg et de Neuchâlel, mais dans l'est et jusque dans le centre de la France. Depuis le temps des plus anciennes habitations lacustres, dont la date serait difficile à préciser, leurs types n'ont donc subi aucun changement.

Boucher de Perthes a extrait, en 1800, des tourbières de la Somme, à 1 mètre de profondeur sous le lit de la rivière et à 5 mètres du niveau de l'eau, un crâne de Suidé qu'il a donné au Muséum île Paris, où j'ai pu l'étudier dans la circonstance dont il a été parlé précédemment. Sur ce crâne, j'ai reconnu sans difficulté tous les caractères de celui de notre S. celticus actuel, de noire cochon à grandes oreilles larges et pendantes.

Dans les stations appelées Mariere ou Terramares de l'Italie, Strobel a signalé deux types de Suidés y ayant laissé leur crâne'. L'un a été identifié par lui au san-

I. I'fli.f.muni Stuobf.l, Studio romparativo sul teschio «loi poivo del Mariere. Atti délia Sociétù italiana di siertsa naturali, vol. XXV, Milano, 1882.

CARACTÉRISTIOCE l>U TYPE SPÉCIFIQUE 77

glier qui peuple encore le pays, et l'autre à celui «le notre 5. ibtrirus, dont la race se retrouve dans toutes les parties méridionales de l'Kurope. depuis la Hongrie jusqu'à l'Océan, en remontant jusqu'au centre de la France.

Dans les cavernes de l'âge de la pierre polie, dans les stations liumaines dites néolithiques, les crânes «les animaux actuellement domestiques étaient absents. Il n'en a été trouvé nulle part. Ils n'y figurent que par leurs débris, pour la raison qui a été déjà dite. Mais il n'en est pas ainsi pour les crânes humains. Certaines étaient des cavernes sépulcrales. Du sol de quelquesunes, comme à Menton, à Chancelade, il a été extrait des squelettes entiers. Les crânes de l'époque, conservés dans les musées, dont celui delà galerie anthropologique de» notre Muséum et celui de la Société d'anthropologie de Paris sont incontestablement les plus riches, ont des formes bien connues. Ils ont été étudiés par un grand nombre d'anthropologistes français, allemands et belges, et bien décrits notamment dans les Crania ethnica de Quatrefages et Hamy. Il est admis, par tous les auteurs compétents, que ces formes se retrouvent, en totalité ou en partit' dans les populations humaines actuelles. Comme il y en a peu de celles-ci qui soient restées pures de tout mélange, en raison des nombreux croisements que les migrations et les relations entre peuples ont nécessairement provoqués, il n'est pas surprenant que; les crânes actuels présentent le plus souvent une juxtaposition des caractères des anciens types.

Il y on a cependant qui les reproduisent intacts, soit pour cause d'isolement de la population, soit par effet de réversion.

De Quatrefages et Harny, à propos de tous les crânes des temps préhistoriques jusqu'alors connus, qu'ils ont si bien décrits et fait représenter dans Crania rtlmka, signalent les survivances de leurs types dans les populations actuelles.

Verneau a constaté 1 que le crâne des anciens (iuanches des îles Canaries reproduit exactement l'architecture de celui de l'homme de la caverne de Cro- Magnon, et que les formes de ce crâne se retrouvent encore aujourd'hui sur certains habitants de ces îles.

Le même auteur, dans une communication à la Société d'anthropologie de Paris 2 , a fait les intéressantes constatations suivantes, après avoir décrit les pièces à lui soumises par M. Vauvillé, qui les avait découvertes : « En somme, dit-il, malgré les différences sur lesquelles j'ai insisté, et que je n'ai nullement cherché à amoindrir, le crâne de l'allée couverte de l'Aisne présente avec celui de Furfoz (n° 2) assez de ressemblance pour qu'il soit permis de le rattacher au même type ; « 'est a la même race qu'ont appartenu les deux sujets que j'ai comparés. Nous ne saurions nous étonner de l'extension du type de Furfoz dans la vallée

1. H. Vkrnfau, llapport sur une mission scientifique dans l'archipel canarien. Archives des Missions scientifiques et littéraires, M série, t. III, 1887.

•2.11ml. ('ràm's de l'allée couverte de Montiiniv-l'Engruin ; la race de Furfoz à l'époque des dolmens. Hullet. de la Soc. d'anthr. de Paris, t. X, 4" série, an. 1887, p. 7i:i.

CARACTÉRISTIQtK M TYPE SPÉCIFIQUE 79

de l'Aisne, située en réalité à peu de distance du trou du Frontal; rappelons-nous les grandes migrations accomplies par la race de Cro-Magnon.

« Le type de Furfoz aurait donc persisté dans la vallée de l'Aisne jusqu'à l'époque des dolmens. Si le fait que je viens de citer semble insuffisant à lui seul pour le prouver, il m'est possible d'apporter une autre preuve à l'appui de ma thèse. Je veux parler d'un autre crâne découvert, il y a quelques années, à peu de distance de la sépulture fouillée par M. Vauvillé, dans l'allée couverte de Vic-sur-Aisne. Ce monument mégallithique, exploré par M. Chouct, lui a fourni plusieurs voûtes crâniennes dont il a fait don au Muséum. Sur les sept voûtes que possède cet établissement, il en est une qui se rapproche encore plus du crâne n° 2 de Furfoz que celui que je viens de décrire... »

Et plus loin : « De ce qui précède il est logique de conclure qu'à l'époque où ont été construites les allées couvertes de l'Aisne le type de Furfoz comptait encore, dans cette région, un bon nombre de représentants, puisque, sur neuf crânes, plus ou moins complets que nous connaissons, il en est deux qui offrent les traits essentiels de cette race.

« J'ai dit que les différences que j'ai signalées entre l'homme de Montigny et la femme du trou du Frontal pouvaient n'être qu'individuelles ou sexuelles; elles pourraient aussi résulter en partie de croisements, car il vivait déjà, à l'époque dont nous parlons, d'autres races sur les bords de l'Aisne. »

SO LE8rÈ«:E ET LA RACE EN MOLOOIE GÉNÉRALE

Sur cette question des survivances, les anlhropologistes les plus experts en morphologie crânienne sont du reste tous d accord. Ceux-là mômes qui se montrent le plus résolument transformistes, comme Hovelacqueet (i. Hervé, par exemple, reconnaissent sans hésiter que depuis les plus anciens temps préhistoriques l'architecture crânienne des types humains n'a point varié. 11 est loisible, en effet, de penser qu'antérieurement elle a pu passer par des phases successives pour arriver au point où nous la voyons. Nul ne serait en mesure de prouver le contraire. Mais en présence des faits positifs constatés, force est bien aux bons observateurs de s'incliner.

Dès lors qu'il en est ainsi pour les formes des parties essentielles du squelette de tous les vertébrés dont les types anciens nous sont connus, de même que leurs survivances, il est clair que là doit se trouver la véritable caractéristique de leurs espèces. On ne peut négliger toutefois les contestations dont le fait a été l'objet. H faudra donc les examiner et en faire apprécier la valeur. Mais auparavant, précisons ce que l'expérience zootechnique, poursuivie depuis plus d'un siècle sur une vaste étendue, a mis en évidence au sujet des parlies qui, chez les animaux en question, subissent des variations, et celles qui, sous les influences les plus diverses, demeurent inaltérées dans leurs formes.

Il a été déjà dit que ces parties sont celles qui constituent le crâne ou tète osseuse et le rachis. On ne peut pas contester qu'elles soient fondamentales dans le

CARACTÉRISTIQUE DU TYPE SPÉCIFIQUE Ri

squelette. Depuis longtemps j'ai montré 1 que les nombreuses prétendues races d'animaux domestiques, distinctes par des caractères superliciels et secondaires, se groupent par leurs formes crâniennes construites d'après le même type en un nombre déterminé d'espèces ou de races véritables, réduit de beaucoup. Ce travail de synthèse, dont il n'y a pas lieu d'examiner ici Futilité technique, a pour effet, envisagé du point de vue plus général et plus élevé où nous sommes placés, de faire voir que ces animaux n'en ont pas moins conservé le type naturel de leur squelette, malgré les efforts les plus assidus et les plus persévérants que les éleveurs ont faits, sous l'influence de la domesticité la plus étroite, pour les approprier de plus en plus à nos besoins. Ce squelette a été amplifié ou plus souvent réduit de volume, mais il a conservé ses anciennes formes. Il s'est passé là ce qui s'observe dans la reproduction d'une statue sous divers formats, ou bien d'une médaille ou d'une monnaie de môme type sous divers modules.

Si l'on compare, par exemple, le squelette d'une vache anglaise shorthorn à celui d'une vache commune flamande ou hollandaise, on constate que pour les formes crâniennes les deux squelettes ne diffèrent aucunement. Tous les os de la tète ont dans les deux cas exactement le même aspect et les mêmes dimensions proportionnelles. 11 est reconnu d'ailleurs que l'origine est la même : d'où il suit que ce sont simplement des

1. A. Sanso.n, Des types naturels en zoologie. Journ. de l'Anat. tt de la Physiologie, 1808.

82 l'espèce et la n ace ex biologie générale

variétés d une môme espèce. Cornevin a contesté leur identité, mais en fondant sa contestation sur une différence d'indice cràniométrique parfaitement illusoire, les sujets anglais ayant leur squelette réduit dans une proportion plus ou moins forte, par le fait de leur amélioration zootechnique. L'observateur attentif et sans parti pris doctrinal est au contraire frappé de leur parfaite similitude.

De même quand on compare les animaux suisses que Rùtimeyer a assimilés au B. frnn/osus de Nilson avec ceux qui peuplent notre ancienne province de Franche- Comté, et aussi maintenant la plus grande partie du centre de la France, et qui sont connus sous les noms de races bressane, fémeline, comtoise, charolaise, etc. Les crânes de tous ces animaux se montrent absolument de type identique, ce qui prouve que les milieux divers, en montagne ou en plaine, où de temps immémorial ils se sont développés, n'ont point fait varier leur architecture crânienne.

On pourrait multiplier beaucoup les exemples de ce genre. Nous n'en ajouterons qu'un seul, parce qu'il est peut-être le plus significatif de tous. Il s'agit du cheval asiatique, dont l'extension a été telle que ses représentants forment actuellement, ainsi que Ta remarqué Piètrement, environ les neuf dixièmes delà population chevaline totale du globe. Sur les divers points que ce type de race occupe il se montre sous des formats bien variés. Entre la taille des chevaux anglais de course et celle des petits poneys de la Corse, on constate une

différence dépassant le plus souvent 60 centimètres, et entre ces limites extrêmes de format sont compris, dans la population, tous les intermédiaires possibles. Eh bien, partout l'architecture de la tête osseuse a conservé sa forme primitive, sous son amplification comme sous sa réduction, car, dans ce qui est considéré comme la patrie originaire de ce cheval, la taille avec laquelle il se montre est à peu près la moyenne entre les deux extrêmes signalés.

C'est cette identité de morphologie crânienne qui a permis de rattacher à leur origine les chevaux de ce type maintenant si répandus. Ce que leur zoologie avait fait établir, l'histoire, interrogée avec une profonde érudition et une remarquable sagacité par Piètrement, est venue le confirmer. Le savant historien des chevaux 1 les a suivis partout dans leurs migrations avec le peuple qu'il considère comme les ayant, le premier, utilisés.

Les formes crâniennes, céphaliques et faciales, sont donc bien, chez les vertébrés, caractéristique» du type naturel ou de l'espèce, en raison de leur permanence démontrée. En discutant plus loin les observations qui ont semblé contradictoires à leurs auteurs, il sera facile de faire voir que ces observations ne supportent pas l'examen. Pour les admettre comme valables il faut vouloir à toute force trouver des preuves à l'appui d'une doctrine préconçue, et non pas chercher, avec un esprit indépendant, la vérité quelle qu elle puisse être.

i. C.-A. Purement, Les Chevaux dans les temps préhistoriques et historiques, vol. in-8°, Paris, F. Alcan, 1883.

Avec une valeur caractéristique moindre viennent ensuite le nombre des pièces du rachis et surtout leurs formes. Cette valeur est moindre, parce que, s'il n'y a pas deux espèces dont la tète osseuse ait une architecture complètement semblable, malgré la similitude de quelques-unes de ses parties, comme celles qui constituent ce que l'on nomme la brachyeéphalie et ladolichocéphalie, il n'en est pas ainsi pour le rachis. Plusieurs espèces, dans chaque genre, ont à la fois le môme nombre de pièces de même forme dans leur rachis. Mais il en est aussi qui diffèrent sous les deux rapports. Les cochons domestiques n'ont pas les vertèbres en même nombre que celles du sanglier d'Europe. Les ûnes ont, dans la région lombaire, une vertèbre de moins que le nombre de celles de la généralité des chevaux, celles des autres régions étant en nombre égal. 11 en est de même pour l une des espèces chevalines, dont les vertèbres lombaires se différencient en outre par leurs formes.

CHAPITRK III

La valeur caractéristique du nombre des pièces rachidiennes, même réduite à ce qu'on vient de voir, a été violemment contestée, en France et à l'étranger, par de purs anatomisles, qui ontqualilié d'anomalies les variations qu'ils avaient constatées dans leurs dissections. Ln se servant du terme, ils n'ont pas pris garde qu'ils prononçaient eux-mêmes leur propre condamnation. L'anomalie, en elfct, suppose nécessairement une loi qui est enfreinte. Or, si l'anomalie consiste en une augmentation ou en une diminution du nombre habituel, cela équivaut à reconnaître que ce nombre habituel est normal et, par conséquent, l'expression d'une loi. S'il n'y avait pas des lois naturelles, il ne pourrait être question d'anomalies. Les auteurs des contestations visées s<> sont donc montrés inconséquents. Ils n'ont pas saisi la signification exacte des faits qu'ils avaient observés.

Assurément il se produit, dans le rachis, des irrégularités. J'en ai moi-même publié un certain nombre, dont j'ai essayé d'interpréter \o mode de production. (Juelques-unes sont le résultat de conllits d'hérédité;

les autres sont des phénomènes tératologiques qu'il n'est pas davantage impossible de s'expliquer. Le squelette des mulets offre fréquemment des cas du premier ordre, de môme que celui des produits de croisement entre le cheval asiatique et l'africain, comme il y en a parmi les chevaux anglais de course et parmi les chevaux barbes. Dans ces cas, le père, n'ayant que trente vertèbres présacrées, tandis que la mère en a trente et une, s'ils sont tous deux doués de la môme puissance héréditaire», ce qui peut se rencontrer, il y a nécessairement conflit. Si, au contraire, Tune des deux puissances prédomine, on compte dans la région lombaire du rachis, par laquelle les reproducteurs diffèrent, tantôt les cinq vertèbres du père, tantôt les six de la mère. C'est pourquoi des anatomistes. généralisant abusivement ce que le hasard des rencontres leur avait fait observer, ont soutenu que les mulets n'avaient que cinq lombaires, comme les ânes, tandis que d'autres ont soutenu, non moins fermement, qu'ils en avaient toujours six, comme les juments.

S'il y a eu conflit d'hérédité, c'est ordinairement dans la première ou la dernière de la série, d'après mes observations, que ses effets se manifestent par des formes anormales, le nombre étant alors toujours de six. Dans la première, la malformation consiste le plus souvent en ce que l'une des apophyses transverses, ou parfois les deux, au lieu d'être aplaties et en direction horizontale, ont pris la forme et la direction d une côte. Mais il n'est toutefois pas certain que

DISCUSSION DE I.A CAR ACTÉHISTIoUE SPÉCIFIQUE 87

cette malformation soit toujours le résultat d'un conflit d'hérédité, car elle s'observe aussi chez les bovidés, où il n'y a point de motif héréditaire à invoquer. Je dois dire cependant que, pour mon compte, je ne l'ai jamais rencontrée ailleurs que chez dos chevaux métis d étalons anglais de course. Dans la dernière lombaire anormale, qui est incomplète ou d'un volume plus ou moins réduit, le conflit des hérédités est au contraire évident.

Lorsque le nombre normal est dépassé, ce qui, d'après les cas cités, se montrerait le plus fréquemment, le phénomène tératologique n'est pas moins évident. Ce phénomène ne se produit pas seulement chez les quadrupèdes. 11 a été observé également dans des rachis humains 1 . Sofliantini l'a interprété de la façon qui parait la plus plausible. Après avoir à son sujet exposé deux opinions formulées par Meckel et par Taruffi, qu'il rejette comme inacceptables, il poursuit ainsi: «La troisième opinion, nettement et longuement formulée par Régal ia en 18S0, repose tout entière sur ce fait embryologique mis en lumière par Rosemberg, à savoir: que le bassin, dans le cours de son développement ontogéniquo, n'est nullement fixe, mais remonte lentement le long de la colonne verté-

1. Soffiantim, Anomalies costo-verlébrales numériques par excès héréditaires. Bullet. de la Suc. d'authropol. de Paris, t. IV, 4 e série (1893), p. 13. — lî. Papill.u lt, Variations numériques des vertèbres lombaires cher l'homme, leurs causes et leur relation avec une anomalie musculaire exceptionnelle. Ibid , t. IX, 4' série, 1898, p. 198.

88 L'ESPÈCE Et LA RACE EN HMLOG1K GÉNÉRALE

brale en prenant successivement contact avec les vertèbres de plus en plus élevées. C'est ainsi que chez l'embryon humain les os coxaux sont unis d'abord avec les vertèbres 26 e 27% 28% puis avec les vertèbres 25% 26" et 27 e .

« Us sont remontés jusqu'à la vertèbre 25" et ont perdu tout rapport avec la 28".

« On conçoit facilement les modifications que doit apporter ce mouvement ascensionnel du bassin dans la constitution anatomique du sacrum et de la colonne lombaire ; le sacrum, en effet, s'incorpore des éléments nouveaux au fur et à mesure quil s'élève; la colonne lombaire, au contraire, se voit successivement dépouillée de ses cléments propres, aux dépens du sacrum. Mais avec ce mouvement d'ascension du bassin, nos anomalies numériques non compensées s'expliquent maintenant d'une façon aussi simple que précise.

« Le bassin s'arrête le plus habituellement à la 25* vertèbre; supposons qu'il dépasse ce point et qu'il remonte jusqu'à la 2i% il y aura une vertèbre lombaire en moins (7c -t- \2<l -h U = 2.3) ; ou bien si la douzième cote ne se développe pas, une vertèbre en moins dans la région dorsale (7c 4- H'/ -+- 5/ = 23).

« Supposons, au contraire, que le bassin, au lieu de remonter jusqu'à la 25" vertèbre, s arrête en chemin et se lixc définitivement à la 20' ; il y aura une vertèbre lombaire en plus (7c -+- 12(t 6/ = 25). Voilà le cas sur lequel nous avons eu l'honneur de vous parler aujourd'hui. »

Papillault, de son côté, traitant la question avec de grands détails en rappelant tous les travaux antérieurs, s est en somme rangé à l'interprétation adoptée par le professeur de Pavie, comme? étant la plus plausible. Dans la discussion qui a suivi l'intéressante communication de ce professeur, j'ai moi-même fait les remarques suivantes :

« Assurément, ai-je dit, il existe, non pas de ces anomalies, je n'aime point il me servir de ce terme, qui supposerait, comme Chevreul l'a fait remarquer, que nous connaissons toutes les lois, mais bien de ces irrégularités vertébrales. On vient de nous en présenter un cas. Et l'interprétation à laquelle l'auteur de la communication s'est arrêté, au sujet de leur mode de production, est évidemment la bonne. 11 suflit, en elîct, de songer d'abord qu'entre les apophyses transverses et les côtes l'homologie est complète; puis, que li' lieu d'application de la ceinture pelvienne peut varier, pour se rendre compte de tous les cas qu'on observe. De la sorte, sous des influences embryologiques dont ledéterminisme nous échappe encore, la dernière cervicale ou la première lombaire peuvent devenir costales, ou bien la première dorsale ou la dernière peu vent cesser de l'être, sans que, pour cela, le nombre des pièces présacrées ait changé. De même, les coxaux peuvent s'appuyer soit sur celle qui normalement aurait été la dernière lombaire, soit sur celle qui aurait été la deuxième sacrée. 11 s'agit seulement de ne pas confondre ces irrégularités, qui se produisent plus ou

moins souvent, avec ce qui est l'état normal, avec ce qui est la règle. Et je vois avec plaisir que, dans le cas qui nous occupe, une telle faute, pourtant si commune, n'a pas été commise. Il me parait impossible de ne pas reconnaître, quand on a suffisamment observé, que, dans le squelette, le rachis est au nombre des parties les plus fixes normalement. Pour le contester, il faut donner dans ce travers, malheureusement trop commun, qui consiste à ne point s'apercevoir que, dans les choses naturelles, l'absolu n'est point scientifique. Je me permets de féliciter M. Sofliantini de ne pas s'y être laissé entraîner.

« Dans la constitution du rachis, les divisions en régions vertébrales n'ont d'importance qu'à l'égard de ce qui doit être considéré comme l'état normal ou la règle. Le nombre total des vertèbres vraies ou complètes, c'est-à-dire ayant l'anneau vertébral entier, importe seul. Or je ne pense pas qu'on ait vu ce nombre subir une variation durable dans une seule et môme espèce animale. On n'a jamais pu citer que des irrégularités individuelles, dues aux circonstances de l'ordre de celles dont il s'agit ici, soit à ce qu'une cervicale est devenue dorsale ou une dorsale cervicale, ou bien à ce qu'une lombaire est devenue dorsale ou sacrée. Dans tous les cas, le nombre total n'en reste pas moins le même, conime il a été dit, et personne encore n'a vu ces irrégularités accidentelles se transineltre dans une suite de générations. »

Mauouvrier ayant dit qu'en cas d'anomalie par

DISCI SS10N DE LA C Alt ACTÉRIST1QI E SPÉCIFIQUE 91

défaut ou par excès il importait d'examiner le nombre des vertèbres coccygicnnes, j'ai dû ajouter ce qui suit :

« II est difficile de considérer comme fixe, du moins chez nos animaux domestiques, le nombre des vertèbres de la région sacrée, en raison de ce qui s'observe pour celles du coccyx. Celles-ci, comme on le sait, ne sont que des vertèbres plus ou moins rudimentaires ou avortées. Des premières aux dernières, on voit leurs lames se réduire progressivement jusqu'à disparaître complètement, en telle sorte qu elles ne sont bientôt plus représentées que par le corps vertébral, finalement réduit lui-même à un petit os cylindrique très aminci. Dans la première, les lames existent, mais elles ne se rejoignent point pour former l'anneau vertébral, ou, si elles se rejoignent, elles ne sont point soudées. Dans cet état, on ne comprend pas que les anatomistes aient cru pouvoir assigner au coccyx un nombre quelconque de pièces, car il est évident que l'avortcment complet des dernières ne peut manquer d'être variable. Il va même parfois jusqu'à la presque totalité, comme le chat qu'on nous a présenté aujourd'hui môme en fournit un exemple remarquable.

« Inversement, il peut arriver et il arrive que cet avortemenl soit moins intense. Alors, au lieu que le premier coccygien soit une verlèbre imparfaite, ses lames vertébrales se soudent et se surmontent d'une apophyse épineuse. 11 devient ainsi impossible de le distinguer de la vertèbre sacrée, sa voisine. Il y a une

vertèbre sacrée de plus et, par conséquent, un coccygien de moins.

« Gela montre que seules les vertèbres présacrées ont, dans les conditions normales, une valeur taxinomique. »

Ces irrégularités apparentes dans le nombre des pièces du rachis n'ont donc pas la valeur qui leur a été attribuée parcertains, pour contester la part que ce nombre peut avoirdans la caractéristique spécifique. En y regardant de plus près, ils se seraient du reste aperçus que dans chaque région rachidienne les vertèbres ont des formes spéciales qui ne permettent pas de confondre la dernière d'une région avec la première de l'autre, et inversement. Chez les équidés, par exemple, la direction de l'apophyse épineuse de la première sacrée n'est pas la même que celle de l'apophyse de la dernière lombaire. Lorsque les coxaux se sont fixés sur la deuxième sacrée, auquel cas il parait y avoir sept lombaires, l'irrégularité et dès lors facile à reconnaître. Dans l'espèce chevaline où il n'y en a normalement que cinq, comme chez les àncs, et à l'occasion de laquelle se sont produites les contestations que nous discutons, les apophyses transverses ont des caractères qui so.it tout à fait particuliers à cette espèce. Pour n'avoir pas pris garde aux différences de f jrme dont il s'agit, il est arrive a un anatomistc, cependant très minutieux, de prendre la dernière dorsale d'un suide pour sa première lombaire et de s'élever avec force contre ce qu'il croyait être la faute commise par «eux de ses confrères, qui,

d'après lui, avaient mal compté les pièces lombaires des animaux de l'espèce.

Nos contradicteurs sur la valeur du caractère dont il s'agit sont parvenus, en se donnant beaucoup de peine, à rassembler quelques dizaines de ces cas d'irrégularités rachidiennes. En vérité», cela peut-il empêcher qu'il y ait, pour la tige vertébrale, un type normal dans chaque genre de vertébrés? Cela empôche-t-il que chez les bovidés le rachis présente toujours un nombre de pièces de beaucoup inférieur à celui des équidés? (Jue chez ces derniers les ânes en aient uni? de moins que le nombre de celles des autres espèces du même genre, sauf une? On observe aussi des cas d'ectroinélie, chez les mammifères : en est-il pour cela moins certain que leur état normal comporte la présence de quatre membres complets?

Encore une fois, pour la raison indiquée, la formule vertébrale ne peut pas toute seule permettre ladiagnose spéciiique, même quand elle se montre manifestement normale. Elle n'a qu'une valeur secondaire, et il ne lui en a jamais été attribué d'autre.

C'est ce qu'il ne semblerait point d'après les contradicteurs, dont quelques-uns n'ont pas été mus par le seul amour de la vérité scientilique. Pour acquérir toute son importance caractéristique, il faut qui» celte formule soit rapprochée des formes de la tète osseuse, qui, elles, ne comportent aucune restriction. Pour bien faire saisir ce qu'on doit entendre par là. un exemple ne sera pas de trop.

J'ai, en 1868, définitivement établi l'existence d'un type spécifique de race chevaline caractérisé en partie par la présence, dans son rachis, de trente vertèbres présacrées, dont cinq lombaires seulement, par où il se rapproche des ânes, tandis que tous les autres en ont trente et une, avec six lombaires. Dans son cas, ces lombaires ont des formes particulières. C'est à ce sujet, je le répète, que se sont produites les contradictions. Ce type étant oriental s'est souvent croisé, ainsi que je l'ai déjà dit, avec un autre, d'origine orientale aussi, et dont la formule vertébrale n'est pas la môme. Au nord de l'Afrique notamment, et ailleurs, il existe beaucoup de produits de leur croisement. Chez ceux-ci on observe assez souvent la présence de ses cinq lombaires. Cela ne peut suffire pour établir qu'ils sont de son espèce, car en même temps on constate qu'ils ont les formes crâniennes de l'autre nettementdifférentielles. L'inverse s'observe également, c'est-à-dire ses propres formes crAnienncs associées à la formule vertébrale de son congénère. Le disparate, dans les deux cas, atteste simplement qu'il s'agit de métis des deux types. Pour conclure à la pureté spécifique, la concordance des deux sortes de caractères est nécessaire.

Mais la valeur caractéristique de la formule vertébrale n'a pas été seule contestée. Les partisans de la variabilité, soit limitée, soit illimitée, se sont efforcés de démontrer que l'architecture de la tète osseuse était, elle aussi, sujette à des variations.

Après Darwin, c'est le transformiste inconséquent de

Quatrofagcs qui, dans le cours de sa carrière d'anthropologiste, a le plus insisté sur ces prétendues variations. Il y était obligé pour soutenir sa thèse favorite de l'unité de l'espèce humaine. Il faut donc examiner en détails les faits invoqués à l'appui et rechercher qu'elle peut être leur véritable signification.

Le plus connu est celui qui se rapporte aux bœufs désignés dans la République argentine sous le nom de nains, et au Mexique sous celui de Tchutns. Ces deux noms signilient l'un et l'autre camards. Ils sont aussi appelés bœufs à tète de bouledogue. Voici ce que Darwin, qui les a signalés le premier, en a dit 1 :

« Une race monstrueuse, nommée niatos ou nains, dont j'ai pu observer deux petits troupeaux sur la rive nord du fleuve la Plata, est assez curieuse pour être plus complètement décrite. Cette race est aux autres races de bétail ce que les bouledogues ou les mopses sont aux autres chiens, ou, d'après Nathusius, ce que les porcs améliorés sont aux races communes ; Riitimeyer rattache ce bétail au type primigcnuts. Le front est court et large, l'extrémité nasale du crâne, ainsi que le plan entier des molaires supérieures sont recourbés en dessus. La mâchoire inférieure se prolonge audelà de la supérieure et présente la même courbure qu'elle. Il est intéressant de constater qu'une conformation fresque semblable caractérise, à ce que m'apprend le D r Falconer, le sivathérium de l'Inde,

i. Ch. Darwin, op. cit., t. I, p. 95.

animal gigantesque et éteint : rien de semblable n'existe chez aucun ruminant. La lèvre supérieure est fortement retirée en arrière, les narines largement ouvertes sont placées très haut, les yeux se projettent en dehors et les cornes sont grandes. Ils ont le cou court et portent la téte basse en marchant. Comparés aux membres de devant, ceux de derrière paraissent être plus longs que d'ordinaire. Leurs incisives découvertes, leur téte courte et leurs narines retroussées donnent à ces animaux un air suflisant et fanfaron des plus comiques. Le professeur Owen a ainsi décrit le cranc que j'ai présenté au collège des chirurgiens : « 11 est remarquable par le rabougrissement des os « naseaux, des maxillaires supérieurs, et de l'extrémité u de la mâchoire inférieure, qui se recourbe en dessus m pour arriver au contact des maxillaires supérieurs. Les « os naseaux n'ont que le tiers de la longueur ordinaire, « mais conservent presque la largeur normale. Le vide « triangulaire se trouve entre ces os, les frontaux et « les lacrymaux, et, ces derniers s articulant avec les « maxillaires, il ne peut y avoir de contact entre ces « os et les naseaux. » La connexion de quelques os se trouve donc ainsi changée. On peut signaler encore d'autres différences; ainsi le plan des condyles est quelque peu modifié, et le bord terminal des maxillaires supérieurs forme un arc. En fait, comparé au crâne d'un bœuf ordinaire, presque pas un os ne présente la même forme, et le crâne entier a une apparence tout à fait différente.

« C'est Azara qui a publié la première courte notice sur cette race, de 1783-1796. Don F. Muniz, de Lusan, qui a pris pour moi des renseignements sur ce sujet, m apprend qu'en 1760 on gardait à Buenos-Ayres ces animaux comme curiosité. On ignore leur origine exacte, mais elle doit être postérieure a 1552, époque de la première introduction du bétail. Le scnor Muniz m'informe qu'on croit que celte race a pris naissance chez les Indiens du Sud de la Plata. Ceux élevés près de la rivière de la Plata témoignent d'une nature moins civilisée, par plus de sauvagerie, et la vache abandonne souvent son premier veau, si on la visile trop souvent. La race est bien constante, et taureau et vache niatos produisent invariablement un veau niato ; elle dure déjà depuis au moins un siècle. Les croisements d'une vache ordinaire avec un taureau niato, ou l'inverse, donnent des produits offrant des caractères intermédiaires, mais ceux de la race niato sont fortement accusés. D'après le senor Muniz, il est très évidemment prouvé, contrairement à l'opinion ordinaire des agriculteurs en pareil cas, que la vache niato croisée avec le taureau commun transmet ses caractères spéciaux plus fortement que ne le fait le taureau niato croisé avec la vache commune. Quand l'herbe est longue, ces animaux mangent comme le bétail ordinaire, au moyen de la langue et du palais; mais pendant les longues périodes de sécheresse, alors que tant d'animaux périssent dans les pampas, la race niato se trouve dans une position très désavantageuse, et hni-

rait par s'éteindre, si on ne venait a son aide; en efîct, le bétail ordinaire et les chevaux peuvent encore se maintenir en vie, en broutant du bout des lèvres les branchilles des arbres; ceci étant impossible aux niatos dont les lèvres ne se joignent pas, ils sont condamnés à périr avant le bétail ordinaire. Ce fait me frappe comme un exemple propre à montrer combien peu nous pouvons juger, d'après les habitudes ordinaires d'un animal, des circonstances accidentelles ou survenant par intervalles, dont peuvent dépendre sa raretté ou son extinction. Il nous montre encore comment la sélection naturelle aurait déterminé la destruction de la modification niato si elle s'était produite à l'état de nature. »

On remarquera que pour tout ce qui se rapporte a l'histoire de la prétendue race en question Darwin, avec sa candeur ordinaire, a tenu sans critique et sans contrôle pour avérés les dires du sefior Muniz, qui ne présentaient peut-être pas toutes les garanties scientifiques désirables. En outre, dans une note à propos du rapprochement singulier fait par Nathusius entre les bœufs niatos et les porcs améliorés, il dit ceci : « Nathusius constate que la forme crânienne caractéristique de la race niato apparaît parfois dans le bétail européen, mais il est dans l'erreur, comme nous le verrons plus tard, en supposant que ce bétail ne constitue pas une race distincte. » C'est bientôt dit. On va voir lequel des deux, de lui ou de Nathusius, est vraiment dans l'erreur.

Mais auparavant il faut encore remarquer que Darwin fournit lui-même le meilleur argument à rencontre de l'existence, dans la République Argentine, d'une race telle que celle qu'il y a signalée, en constatant, ce qui est exact, que la sélection naturelle, dans les pampas où la malformation niato s'est produite, n'aurait pas manqué de déterminer sa destruction. Le genre de vie du bétail, dans ces pampas, ne diffère guère, en effet, de ce qu'il appelle l'état de nature.

Lorsque, pour la première fois, de Quatrefages a parlé, à la société d'anthropologie de Paris, de cette prétendue race, en présentant une photographie a lui envoyée par Darwin du crâne conservé au musée des chirurgiens, le voyageur Martin de Moussy, notre collègue, a fait connaître à ce sujet l'état réel des choses Il venait, a-t-il dit, de parcourir une fois de plus dans tous les sens la République Argentine et l'Uruguay. Il a assuré que nulle part il n'avait rencontré de troupeaux de ces (neufs ïtalos, ni même aucun individu isolé. Il faisait remarquer justement, seinble-t-il, que les estancieros n'auraient aucun intérêt à laisser se multiplier ces bœufs mal formés et éprouvant de grandes difficultés d'abord à téter leur mère, puisa paître les herbes des pampas. On s'explique mal, d'après cela, qui n'est point contestable, l'assertion de Darwin et celle de Lacordaire à leur sujet. Présentement, l'absence de. toute race semblable dans la République Argentine n'est pas moins certaine. A l'occasion de la dernière exposition de Buenos-Ayres, était signalée, comme une rare

curiosité, l'exhibition d'un individu de lu sorte en question. A cela il a été objecté que la race avait pu exister au temps du voyage de Darwin et avoir ensuite disparu. L'objection n'est toutefois pas venue de Quatrel'aies qui, jusqu'aux derniers moments de sa vie, n'a pas cessé de croire à son existence actuelle, ainsi qu'en témoigne son ouvrage déjà cité.

L'auteur de cette objection est C. Dareste. Ayant eu l'occasion, alors qu'il était à la Faculté des sciences de Lille, de disséquer un veau présentant les mômes caractères de déformation crânienne, il l'a fait intervenir, dans plusieurs mémoires successifs, à l'appui de son opinion sur la formation des races domestiques par origine tératologique. Ce veau était né d'une vache flamande, dans une petite localité des environs de la ville.

tën Normandie, d'après un vétérinaire de la province, il n'est pas très rare de voir le même phénomène se produire. Le professeur liarrier a présenté à la société de biologie le squelette, préparé par lui, d'un veau normand à tète de bouledogue. Ce squelette, qui fait parti»' des collections île I Leole d'Alforl, a été présenté aussi à laSociété d'anthropologie par Dareste. On n'y remarque pas seulement les malformations de la tète, mais en outre un fort raccourcissement des humérus, concordant parfaitement avec ce qui a été dit de la prétendue race argentine, laquelle aurait été« trapue, à jambes relativement courtes, surtout par devant».

Il y a là suffisamment de quoi prouver que Darwin

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s'était trop avancé en taxant d'erreur l'affirmation île Nathusius an sujet de la manifestai ion en Europe dn phénomène dont il s'agit.

Le professeur Desnard, de la (Juinta normal de Santiago dn Chili, avait envoyp\ il y quelques années, un couple d'individus au jardin d'acclimatation du bois de Boulogne, qui présentaient la moine malformation de la téte, mais à un degré très peu accentué. Ces individus se nourrissaient aisément à l'étante, ce qui leura permis d'atteindre l'àgede la reproduction. Ils ont faitunveau qui est mort quelques jours après sa naissance. Le cadavre de ce veau a été présenté par bareste à la Société d'anthropologie, et l'autopsie en a été faite, en ma présence, à son laboratoire. Kn apparence du moins, ses formes crâniennes étaient semblables à celles de ses parents.

J'ai reçu moi-même, dans le temps, des photographies venant de Mexico et représentant, sons divers aspects, une vache camarde au même degré que celui des individus chiliens. Mais elle en dilTérait par ceci qu'elle était dépourvue de cornes frontales.

Tels sont les faits connus, dont l'origine tératologique n'a été mise en doute par personne. Pour leur accorder la signification qui leur a été attribuée, il faudrait que dans une suite suflisaminent longue de générations les modilications observées se fussent maintenues, comme c'est le cas pour les formes normales. Ce que nous savons de la puissance de l'atavisme ne permet point d'admettre a priori qu'il en puisse être ainsi. On a vu que les asser-

tions à ce sujet sont de pures affirmations sans preuve. Il est avéré que ni dans la République Argentine, ni ailleurs, aucune race de ce genre n'a jamais existé. Les cas observés en Amérique et en Europe sont toujours restés individuels et simplement tératologiques. On sait bien que la tête osseuse n'échappe pas plus que les autres parties du squelette aux malformations congénitales dont le processus est resté lettre close, malgré les efforts de C. Dareste, prolongés durant plus de trente ans. Ses recherches expérimentales à cet égard n'ont rien démontré du tout. Il n'a jamais pu montrer vivant aucun des sujets dont, par des artifices divers, il avait troublé l'incubation. Le copieux volume qu'il a publié sur ses recherches n'est qu'un tissu d'hypothèses attendant encore leur démonstration et ne témoignant que de la fécondité de son imagination. Ce n'est pas ainsi que la science se fait. Pour accepter cela comme des faits il faut être imbu d'une doctrine préconçue, en faveur de laquelle on s'empare, vaille que vaille, de tout ce qui semble pouvoir la confirmer.

Il convient donc de laisser de coté le cas des bœufs natos, dont l'existence n'est en aucune façon opposée au principe de la permanence des formes crâniennes.

11 a été fait également grand état de ce qui s'observe chez les diverses sortes de chiens domestiques. L'une d'ellesnotamment, présente des formes analogues à celles de ces bœufs. Il lui ont du reste été comparés par ceux qui les ont appelés bœufs à tête bouledogue. Dans le genre Canis, en effet, il se présente des têtes osseuses

de types bien divers et très écartés. Entre la tête du lévrier et celle du dogue, à face très courte, l'écart peutêtre qualilié d'énorme. Il l'est encore plus par rapport au King's Charles ; car ce n'est pas seulement la face qui diffère dans le cas, c'est tout l'ensemble du crâne.

De Quatrefages ne pouvait pas négliger de s'emparer des faits dont il s'agît à l'appui de sa thèse. Après avoir signalé les différences de taille et de volume qu'on observe aussi chez les chiens, voici ce qu'il en a dit, en accompagnant son texte de figures représentant les types comparés, bien connus d'ailleurs de tout le monde 1 :

« Mais il se produit aussi des modifications anatomiques locales, fort bien étudiées par Frédéric Cuvicr, et dont il est facile de comprendre l'importance. Dans la tète osseuse, ce n'est pas seulement le volume qui s exagère ou s'amoindrit ; ce sont aussi les proportions qui changent. 11 suffit, pour le reconnaître, de comparer à ce point de vue le dogue au lévrier ou au King's Charles.

« Chez le bouledogue, la mâchoire supérieure se raccourcit plus que l'inférieure, et par suite, celle-ci dépasse la première; chez certains lévriers, les deux mâchoires sont aussi inégales, mais l'inférieure est la plus courte. Chez le premier, les dents, trop rapprochées, prennent une direction transverse,

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