‹ L'espèce humaineChapitre 53 sur 160 · MIGRATIONS PAR TERRE ; — EXODE DES KALMOUKS DU VOLGA · texte numérisé non relu

MIGRATIONS PAR TERRE ; — EXODE DES KALMOUKS DU VOLGA

I. — Au point OÙ nous sommes parvenus, la filiation des faits et de leurs conséquences pose un nouveau problème. La physiologie nous a démontré qu'il n'existe quune espèce d'homme dont les groupes humains sont les races. La géographie zoologique nous a appris que cette espèce avait été primitivement cantonnée dans un espace relativement très-restreint. Puisque nous la voyons aujourd'hui partout, c'est qu'elle s'est répandue en irradiant en tout sens à partir de ce centre. Le peuplement du globe par migrations est la conséquence forcée de ce qui précède.

Les polygénistes, les partisans de l'autocthonie des peuples ont déclaré ces migrations impossibles pour un certain nombre de cas et ont présenté cette impossibilité prétendue comme une objection à la doctrine que je défends. Ici encore c'est par des faits que je répondrai.

II. — J'avoue n'avoir jamais compris qu'on ait attribué quelque valeur à cet argument. Les migrations se montrent à peu près partout dans l'histoire, dans les traditions et les légendes du nouveau comme de l'ancien monde. Nous les constatons chez les peuples les plus civilisés de nos jours et chez les tribus encore arrêtées aux plus bas échelons de la vie sauvage. A mesure que nos connaissances grandissent et dans quelques sens qu'elles s'étendent, elles nous font de plus en plus connaître les instincts voyageurs de l'homme. La paléontologie humaine, l'archéologie préhistorique ajoutent chaque jour leurs témoignages à ceux de? sciences historiques.

A ne juger que par cette sorte de renseignements, le peuple-

ment du globe entier par voie de migrations, de colonisations apparaît comme plus que probable. L'immobilité primordiale et ininterrompue d'une race humaine quelconque serait un fait en désaccord avec toutes les analogies. Sans doute, une fois constituée, elle laissera en place, à moins d'événements exceptionnels, un nombre plus ou moins considérable et d'ordinaire la trèsgrande majorité de ses représentants ; mais, à coup sûr, dans le cours des âges elle aura essaimé.

III. — Les partisans de Tautochthonie insistent d'une manière spéciale sur deux ordres de considérations tirées les unes de l'état social des peuples dans l'enfance et dépourvus des moyens d'action que nous possédons, les autres des obstacles qu'une nature jusque-là indomptée devait opposer à leur marche.

La première objection repose évidemment sur une appréciation inexacte des aptitudes et des tendances développées chez l'homme par ses divers genres de vie. L'imperfection même de l'état social, loin d'arrêter la dissémination de l'espèce humaine, ne pouvait que la favoriser. Les peuples cultivateurs sont forcément sédentaires; les pasteurs, moins attachés au sol, ont besoin de rencontrer des conditions spéciales. Les chasseurs au contraire, entraînés par leur genre de vie, par les nécessités qu'il impose et les instincts qu'il développe ne peuvent que se disséminer en tout sens. Il leur faut pour vivre de vastes espaces ; dès que les populations s'accroissent, même dans d'assez faibles proportions, elles sont forcées de se séparer ou de s'entre-détruire, comme le montre si bien l'histoire des Peaux-Rouges. Les peuples chasseurs ou pasteurs sont donc seuls propres aux grandes et lointaines migrations. Les peuples cultivateurs seront plutôt colonisateurs.

L'histoire classique elle-même confirme de tout point ces inductions théoriques. On sait ce qu'étaient les envahisseurs du monde romain, les destructeurs du Bas-Empire, les conquérants arabes. Le même fait s'est produit au Mexique. Les Ghichimèques représentent ici les Goths et les Vandales de l'ancien monde. Si l'Asie a tant de fois débordé sur l'Europe, si le nord américain a envoyé tant de hordes dévastatrices dans les régions plus méridionales, c'est que dans ces deux contrées l'homme était resté barbare ou sauvage.

IV. — Les obstacles naturels étaient-ils vraiment infranchissables pour les populations dénuées de nos moyens perfectionnés de locomotion ? Gette question doit être examinée à deux points de vue, selon qu'il s'agit de migrations par terre ou par mer.

Le premier cas nous arrêtera peu. On a vraiment trop exagéré la faiblesse de l'homme et la puissance des barrière» que pouvaient lui opposer les accidents du terrain, la végétation ou les faunes. L'homme a toujours su vaincre les bêtes féroces ; dès les temps quaternaires il mangeait le rhinocéros. Il n'a jamais été arrêté par les montagnes lors même qu'il traînait à sa suite ce qui pouvait rendre le passage le plus dif-

Page 1