ÉTENDUE DES VARIATIONS DANS LES RACES
revanche il est des Nègres jaunes, comme les Boscbismen, de teinte acajou clair ou café au lait, comme nous Ta appris Livingstone.
Il n'en est pas moins vrai que la couleur est bien le caractère qui chez Thomme varie le plus , et lorsqu'on oppose le Nègre noir de charbon au Blanc blonds, teint rosé, le contraste est frappant. Mais ce contraste se retrouve dans plusieurs de nos races animales, chez le chien, par exemple, dont la peau, habituellement noirâtre, devient blanche chez le caniche blanc. Il en est de même chez les chevaux, et ce fait était déjà connu d'Hérodote, qui signale comme supérieurs aux autres les chevaux blancs à peau noire.
A elles seules nos races gallines présentent les trois couleurs extrêmes signalées chez Thomme. La poule gauloise a la peau blanche ; chez la cochinchinoise elle tire sur le jaune ; elle est noire chez les poules nègres. Celles-ci présentent parfois un fait semblable à celui que je rappelais à propos du cheval; la teinte foncée de la peau coïncide chez elles avec un plumage blanc, comme chez Isl poule de soie du Japon.
Ces mêmes poules nègres offrent au point de vue qui nous occupe plusieurs faits mtéressants à signaler. En Europe, le mélanisme apparaît de temps à autre dans nos basses-cours et se propagerait infailliblement si on ne détruisait les sujets qui en sont atteints. C'est peut-être faute de cette précaution que les poules nègres se sont développées sur plusieurs points du globe, entre autres aux PMIippines, à Java, aux îles du cap Vert et sur le plateau de Bogota, dont toutes les volailles remontent à des souches européennes. Le mélanisme se inontre d'ailleurs dans des groupes de poules qui diffèrent de la manière la plus frappante sous d'autres rapports, chez la poule de soie comme chez nos races ordinaires.
On voit que les poules nègres ne sont nullement une espèce distincte ; on voit que l'apparition de la couleur noire n^st chez elle qu'un caractère accidentel pouvant naître dans des races d'ailleurs très-dissemblables et se propager ensuite par hérédité. Pourquoi admettre qu'il en a été autrement chez l'homme?
Le mélanisme est d'ailleurs plus développé chez les poules que chez l'homme. Depuis longtemps on a reconnu que le cerveau du Nègre présente une coloration plus foncée que celle du Blanc. Le fait est vrai. Mais M. Gubler a constaté que chez les Blancs à teint très-brun le cerveau est coloré exactement comme chez les Nègres, et que cette particularité était tantôt individuelle , tantôt héréditaire dans certaines familles. Chez les poules aussi, le mélanisme pénètre à l'intérieur ; mais ce ne sont plus seulement les méninges qui présentent des faits analogues à ceux que présente Vhomme noir. Chez elles toutes les muqueuses, tous les plans fibreux et aponévro tiques, et jusqu'aux gaines musculaires possèdent la même coloration. La chair prend ainsi une apparence qui répugne, et c'est pour ce motif qu'on empêche autant que possible la propagation des poules nègres.
Les différences de coloration s'expliquent assez aisément. On sait aujourd'hui à n*en pas douter que la peau du Nègre a exactement la même composition que celle du Blanc. Chez tous les deux on trouve les mêmes couches , le dei^me^ le corps mu-queux et TepiV/erme, présentant exactement la même structure. Ces couches sont seulement plus épaisses chez le Nègre. Dans ces deux grandes races, le corps muqueux, placé entre les deux autres, est le siège de la coloration. Il est formé par des cellules d'un jaune pâle chez le Blanc-blond, d'un jaune plus ou moins brunâtre chez le Blanc-brun, d'un brun noirâtre chez le Nègre. Des causes extérieures influent d'ailleurs sur l'organe et modifient la sécrétion colorée. Simon a montré* que les taches de rousseur ne sont que des points de la peau du ^lanc qui présentent les caractères de la peau du Nègre, et l'on sait qu'une insolation inaccoutumée chez les hommes et chez les femmes de notre race, la grossesse, chez ces dernières, sont suffisantes pour déterminer la formation de ces taches.
Qu'y a-t-il d'étrange à ce qu'un ensemble de circonstances parmi lesquelles figurent une chaleur constante, une vive lumière, etc., étende au corps entier et rende durables ces modifications circonscrites et passagères chez nous? Lorsque nous traiterons de la formation des races humaines, nous aurons à citer des faits qui prouvent clairement que ce n'est pas là une simple hypothèse.
En définitive la couleur de la peau tient à une simple sécrétion que peuvent modifier une foule de circonstances, comme on l'observe pour tant d'autres. Il n'y a donc rien d'étrange à voir des groupes humains, fort différents d'ailleurs, se ressembler sous ce rapport. Voilà pourquoi l'Hindou [aryan), le Bichari et le Maure (sémites), quoique ae race blanche, prennent la même teinte et même une teinte plus foncée que le Nègre proprement dit. Voilà aussi pourquoi celui-ci se rapproche, dans certains cas, des populations plus ou moins brunes appartenant au tronc blanc ou prend une couleur qui rappelle presque exactement celle des races jaunes.
Ainsi se vérifie chez l'homme, comme chez les animaux, Taphorisme formulé par Linné à propos des plantes : ninitum ne crede colori.
III. — Je n'insisterai pas longuement sur les modifications de la chevelure et des villosités. Elles sont bien plus apparentes que réelles chez l'homme. Qu'ils soient blonds ou noirs, fins et a'un aspect laineux comme chez le Nègre ou gros et raides comme dans les races jaunes et rouges ; que leur coupe transversale soit eifculaire comme chez le Jaune, ovale comme qjiez le Blanc, ou elliptique comme chez le Nègre, les cheveux restent cheveux. Au contraire la toison laineuse de nos moutons est remplacée par un jar court et Usse dans une partie de l'Afrique. En Améri(|ue il en est de même chez les moutons de la Madeleine, dès qu on cesse de les tondre ; et, en revanche, dans les hauts plateaux des