ÉTENDUE DES VARIATIONS DANS LES RAGES
ceptions tératologiques avec tendance à l'hérédité se sont jwurfois montrées. Nous en parlerons dans un autre chapitre.
VII. — La colonne vertébrale est pour ainsi dire la portion fondamentale du squelette. Elle n'en varie pas moins. Je n'insiste Eas sur les différences que présente sa portion caudale. Je me orne à rappeler qu'il existe des races de chien, de mouton, de chèvre chez lesquelles la queue se réduit à n'être plus qu'un court coccyx, tandis Qu'elle s'allonge considérablement chez d'autres.
Mais les portions centrales elles-mêmes peuvent être atteintes. Philippi nous apprend que les bœufs du Piacentino ont 13 côtes au lieu de 12 et, par conséquent, une vertèbre dorsale de plus. Dans le porc, Ey ton a vu les vertèbres dorsales varier de 13 à 15, les lombaires de 4 à 6, les sacrées de 4 à 5, les caudales de 13 à 23, si bien que le total dans le porc d'Afrique est de 44 et de 54 dans le porc anglais.
Chez l'homme on a constaté parfois la présence d'une vertèbre de plus. Ces cas sont toujours restés individuels, sauf dans une famille Hollandaise citée par Yrolick. Mais aucun groupe humain ne présente ce caractère d'une manière même à peu près constante. Ce groupe existât-il, on voit que la variation serait encore ici bien momdre que chez les animaux. Sans même tenir compte de la queue, elle est trois fois plus forte chez ces derniers.
Biea entendu que je ne fais pas entrer en ligne de compte ce u'on a dit tant de fois de prétendus hommes à queue. On sait e plus en plus à quoi s'en tenir à ce sujet. Mais les variations que présente la région caudale chez les animaux nous apprend que même un prolongement considérable du coccyx, dans un groupe humain, et la multiplication des vertèbres qui le composent ne sauraient être considérés à priori comme un caractère spécifique.
VIII. — On aurait pu croire (jue la tête à raison de l'importance des organes qui lui appartiennent échapperait aux modifications. Il n'en est rien, et ici encore la variabiUté se montre bien plus grande chez les animaux que chez l'homme. Depuis longtemps Blumenbach avait fait remarquer qu'il y a plus de difi'érence entre la tète du cochon domestique et celle du sanglier qu'entre celle du Blanc et du Nègre. Il n'est pas une de nos espèces domestiques dont les races ne se prêtent à la même appréciation, pour peu qu'on y regarde de près. Mais je me borne à rappeler au lecteur les têtes des chiens boule-dogue, lévrier et barbet.
L'étendue des modifications que peut présenter la tête n'est nulle part mieux accusée que dans le bœuf camard, le gnato de Buenos-Ayres et de la Plata. Ce bœuf reproduit dans son espèce des modifications analogues à celles que le boule-dogue présente chez le chien. Toutes les formes sont plus raccourcies, plus trapues. La tête en particulier semble avoir éprouvé un mouvement général de concentration. La mâchoire inférieure, quoique rac-
courcie elle-même, dépasse la supérieure si bien que l'animal ne peut brouter aux arbres. Le crâne est tout aussi dtéformé que la face. Ce ne sont pas seulement les formes des os qui sont modifiées, ce sont aussi leurs rapports dont presque pas un, dit M. R. Owen, n'a été vraiment conservé. Cette race, parfaitement assise, n'en est pas moins d'origine bien récente; car, comme je le rappelais plus haut, tous les bœufs américains descendent de bœufs européens. Elle est déjà représentée dans le Nouveau-Monde par deux sous-races dont l'une, celle de Buenos- Ayres, a conservé ses cornes, tandis que celle du Mexique les a perdues.
n est presque inutile de faire remarquer qu'aucun groupe humain ne présente quoi que ce soit d'analogue.
IX. — Les quelques faits que je viens de citer me semblent suffisants pour justifier la proposition que j'émettais en tète de ce chapitre, savoir : que les limites de la variation sont à peu près toujours plus étendues entre certaines races animales qu'entre les groupes humains les plus éloignés.
Par conséquent, quelque grandes que soient ou que paraissent être les différences existant entre ces groupes d'hommes, leur attribuer la valeur de caractères spécifiques est une appréciation absolument arbitraire. Il est pour le moins tout aussi rationnel, tout aussi scientifique de ne voir dans ces différences qiie des caractères de race et par cela même de rattacher totis les groupes humains à une seule espèce.
On ne peut contester la légitimité de cette conclusion. Or, je le répète, elle suffît pour atteindre dans ses bases la doctrine polyçéniste. En effet cette doctrine repose uniquement sur des considérations morphohgiques. Ses partisans frappés uniquement des différences matérielles que présentent les groupes humains ont cru ne pouvoir en rendre compte qu'en admettant l'existence de plusieurs espèces. En montrant que les faits de cette nature s'interprètent également dans l'hypothèse de Vunité spécifique, on place déjà pour ainsi dire le monogénisme et le polygénisme sur le pied de l'égaUté.