THÉORIES DE DARWIN ET DE HAEGREL
ment aux généalogies qu'il semble attribuer aux divers groupes humains. : 5
: III.— Darwin et Haeckel ont été plus hardis. Le premier a publié un ouvrage considérable sur La descendance de V homme; le second, dans son Histoire de la création des êtres organisés, a traité le même sujet avec détail et donné le tableau généalogique de nos ancêtres supposés, à partir des animaux les plus simples connus. Le maître et le disciple sont à peu près toujours d'accord, et c'est même à Haeckel que Darwin renvoie le lecteur curieux de connaître avec détail la généalogie humaine. Voyons donc rapidement d'où nous fait venir le savant allemand.
Haeckel donne pour premier ancêtre à tous les êtres vivants les monères, qui ne sont autre chose que des amibes tels que les comprenait Dujardin. De cette forme initiale, l'homme est arrivé à celle que nous lui voyons en traversant vingt et une formes typiques transitoires. Dans l'état actuel des choses, ses plus proches voisins sont les anthropoïdes ou singes catarrhiniens sans queuBj tels que l'orang, le gorille, le chimpanzé,... etc. Les uns et les autres remontent à la même souche, au type des singes catarrhiniens à queue; ceux-ci descendent eux-mêmes des prosi^ mienSy type représenté de nos jours par les makis, les loris, etc. Au-delà viennent les marsupiaux, qui forment le 17« degré de notre évolution, et il est inutile de remonter plus haut. Bien que la distance des anthropomorphes à l'homme paraisse
Seu considérable à Haeckel, il n'en a pas moins cru nécessaire 'admettre un intermédiaire entre nous et les singes les plus élevés. Cet être tout hypothétique, dont on n'a nulle part trouvé le moindre vestige, se serait détaché de la souche des catarrhiniens sans queue et constituerait le 21° degré des modifications qui ont conduit à la forme humaine. Haeckel l'appelle V homme ««^e ou pithécoïde. Il lui refuse le langage articulé ainsi que le développement de l'intelligence et la conscience du moi.
Darwm admet aussi ce chaînon entre l'homme et les singes. U ne dit rien de ses facultés intellectuelles. En revanche il en ^ce le portrait physique en s 'appuyant sur un certain nombre de particularités exceptionnelles observées dans l'espèce humaine et qu'il regarde comme autant de phénomènes d'atavisme partiel. « Les premiers ancêtres de l'homme, dit-il, étaient sans doute couverts de poils ; les deux sexes portaient la barbe ; leurs oreilles étaient pointues et mobiles ; ils avaient une queue desservie par des muscles propres. Leurs membres et leur corps étaient sous l'action de muscles nombreux, qui ne reparaissant aujourd'hui qu'accidentellement chez l'homme, sont encore ^rmaux chez les quadrumanes. L'artère et le nerf de l'humérus Paissaient par un trou supracondyloïde. A cette période ou à une période antérieure, l'intestin émit un diverticulum ou ccecum plus grand que celui existant actuellement. Le pied, à en juger par l'état du gros orteil dans le fœtus, devait être alors préhen-
78 ORIGINE DE l'espèce HUMAINE
Bile et nos ancêtres vivaient sans doute habituellement sur les arbres dans quelque pays chaud, couvert de forêts ; les mâles avaient de grandes dents canines qui leur servaient d'armes formidables. »
IV. — En accordant une queue à notre premier ancêtre direct, Darwin le rattache au type des catarrhiniens pourvus de cet appendice et par conséquent le recule d'un degré dans Téchelle des évolutions. A se placer sur le terrain de ses propres doctrines, ce n'est pas encore assez et le savant anglais se met ici en contradiction aussi bien qu'Haeckel avec une des lois fondamentales qui prêtent le plus au darwinisme des séductions que je suis loin de nier.
En effet, dans la théorie de Darwin les transformations n'ont i lieu ni au hasard ni en tout sens. Elles sont commandées par certaines nécessités qu'entraîne l'organisation elle-même. Une fois l'organisme modifié dans un sens déterminé, il pourra bien subir des transformations secondaires, tertiaires, etc., mais il n'en conservera pas moins à jamais l'empreinte du type originel. C'est la lot de caractérisation permanente^ qui seuk permet à Darwin de rendre compte de la iSliation des groupes, de leur caractérisation, de leurs rapports multiples. C'est en vertu de cette loi que tous les descendants du premier mollusque ont été des mollusques; tous les descendants du premier vertébré, des vertébrés. On voit qu'elle constitue un des fondements de la doc5— trine.
Il suit de là que deux êtres appartenant à deux types distincts peuvent bien remonter à un ancêtre commun^ qui n'était pas encore nettement caractérisé, mais qu'ils ne peuvent descendre l'un de l'autre.
Or l'homme et les singes en général présentent awjoomf de vue du type un contraste très-accusé. Les organes qui les constituent se répondent, avons-nous déjà dit, presque rigoureusement terme à terme. Mais ces organes sont disposés d'après un plan fort différent. Chez l'homme ils sont coordonnés de telle sorte qu'il est nécessairement wîarc^ewr; chez les singes, d'une façon telle qu'ils sont non moins impérieusement grimpeurs.
C'est là une distinction anatomique et mécanique qu'avaient déjà fait ressortir pour les singes inférieurs les travaux de Vicq d'Azyr, de Lawrence, de Serres, etc. Les études de Duvernoy sur le Gorille, de Gratiolet et de M. Alix sur le Chimpanzé ont mis hors de doute que les anthropomorphes présentaient de tout
f)oint le même caractère fondamental. Il suffit d'ailleurs de jeter es yeux sur la planche où Huxley a figuré à côté les uns des autres un squelette humain et les squelettes des singes les plus élevés pour se convaincre qu'U en est bien ainsi.
La conséquence de ces faits, au point de vue de l'application logique de la lot de caractérisation permanente, est que l'homme ne peut descendre d'un ancêtre déjà caractérisé comme singe, pas plus d'un catarrhinien sans queue que d'un catarrhinien à