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THÉORIES DE HAECKEL. — L'HOMME PITHÉCOIDE

wdre inverse dans le développement des principaux appareils organiques. Les recherches de Welker sur l'angle sphénoïdal de Virchow conduisent à la môme conclusion ; car cet angle diminue chez rhomme à partir de la naissance, tandis que chez le ange il grandit sans cesse, au point parfois de s'effacer. C'est «UT la base du crâne que le savant allemand a constaté cette marche inverse. M. Broca vient de constater des faits tout sem- Mables en étudiant l'angle orbito-occipital.

Un contraste tout pareil a été reconnu par Gratiolet sur le cerveau lui-même. Voici comment il résume ses observations à ce sujet. Chez le singe, les circonvolutions temporo-sphénoïdales, qui forment le lobe moyen, paraissent et s'achèvent avant les circonvolutions antérieures qui forment le lobe frontal. Chez l'homme au contraire, les circonvolutions frontales apparaissent les premières, et celles du lobe moyen se dessinent en dernier lieu.

Il est évident, surtout d'après les principes les plus fondamentaux de la doctrine darwiniste , qu'un être organisé ne peut descendre d'un autre être dont le développement suit une marche inverse de la sienne propre. Par conséquent l'homme ne peut, d'après ces mêmes principes, compter parmi ses ancêtres un type simien quelconque.

VII. — J'ai dit plus haut que la paléontologie n'a rien présenté qui rappelât de près ou de loin le prétendu homme pithécoîde de Haeckel. Ce qu'on n'a pas rencontré dans la nature niorte, on a espéré le trouver parmi les êtres vivants. Vogt a comparé le cerveau des hommes microcéphales à celui des singes anthropomorphes, et Haeckel fait figurer dans son tableau généalogique les idiots, les crétins et les microcéphales comme représentants actuels de son homme privé de la parole. Ces êtres à cerveau réduit, à facultés incomplètes, sont pour ces deux savants des cas d'atavisme, rappelant l'état normal de nos ancêtres dh-ects les plus éloignés.

^ Ici encore apparaît clairement un des caractères frappants de l'argumentation familière aux darwinistes. La microcéphalie, l'idiotie, le crétinisme constituent autant d'états tératologiques ou pathologiques. Ils appartiennent par conséquent à des groupes défaits très-nombreux depuis longtemps étudiés. Si quelques- ^ de ces faits peuvent être regardés comme des phénomènes ^atavisme, pourquoi en serait-il autrement des autres ? Pourîttoi dans les crétins, les microcéphales eux-mêmes, ne prendre îttttnsew/ caractère en lui attribuant cette qualité et renvoyer les autres à la tératologie, à la pathologie ? Il y a là évidem- Dient une façon d'agir tout arbitraire, aussi opposée que possible ^ la véritable méthode scientifique.

Après les travaux des tératologistes, après les expériences de Geoffroy si habilement reprises et complétées par M. Dareste, le r61e des causes pathogéniques, même des causes extérieures, ^ la production des arrêts de développement ne saurait être

nié. Or la microcéphalie n'est autre chose qu'un arrêt de développement portant sur le crâne et son contenu. — Mais cet arrêt n'est pas isolé. D'autres organes, d'autres fonctions ont souffert chez les microcéphales. Tous ils se sont toujours montrés inféconds; et certes, ce n'est pas l'infécondité que l'on peut considérer comme un phénomène atavique.

Ainsi, chez les microcéphales, une cause tératogénique se montre manifestement en jeu sur un point de l'organisme, dans l'appareil reproducteur. Quelle raison peut-on invoquer pour attribuer à une cause toute différente, les altérations du crâne et du cerveau? En vertu de quel principe sépare-t-on deux faits, que l'observation a montré être si intimement liés l'un à l'autre? A quel titre invoque-t-on le premier comme un argument, tandis qu on ne dit rien du second? N'est-il pas évident que cette façon d'agir est purement arbitraire et motivée uniquement par le* ] besoins de la théorie?

Le plan général du cerveau se montre au fond le même chez tous les mammifères et chez l'homme. Sur ce point comme sur tout le reste, la ressemblance est plus grande quand on compare ce dernier aux anthropomorphes. Quand par une cause quelconque son cerveau s'altère et se réduit comme chez les microcéphales, y a-t-il quoi que ce soit de surprenant à ce qu'il se manifeste de nouveaux rapprochements ? C'est le contraire que l'on ne comprendrait pas.

C'est sur ce fait que Vogt a particulièrement insisté, et il a fait connaître dans ce sens plusieurs détails intéressants qui enlèvent à quelques-uns des résultats de Gratiolet, ce quils avaient de trop général. Mais, circonstance bien remarquable, ce n'est pas avec les singes les plus élevés que s'établissent ce& nouveaux rapports. C'est avec les singes à queue prenante du nouveau monde, avec ces platyrrkimens exclus par Haeckel et Darwin de la série ancestrale humaine. Ainsi, la doctrine darwiniste elle-même proteste contre le rapprochement entre les microcéphales et nos prétendus ancêtres pithécoïdes..

Les rapports dont il s'agit ne vont pas d'ailleurs juscju'à une simihtude autorisant les conclusions du savant genevois. Souvent moins volumineux et moins plissés que ceux des singes anthropoïdes, a dit Gratiolet, les cerveaux de microcéphales ne leur deviennent point semblables. Cette proposition reste vraie après le travail de Vogt.

Il en est du squelette comme du cerveau. Ici j'invoquerai une autorité que ne peut récuser aucun de mes adversaires, celle de Huxley. Après avoir protesté contre les dires de ceux qui déclarent « petites et insignifiantes les différences structursdes existant entre l'homme et le singe, » l'éminent anatomist» ajoute que « chaque os de gorille porte une empreinte par la. — quelle on peut le distinguer de l'os humain correspondant &^ que, dans la création actuelle tout au moins, aucun être inter* — médiaire ne comble la brèche qui sépare l'homme du trog](

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dyte. » Dans la conclusion générale de son livre, Huxley reconnaît en outre que les ossements humains fossiles découverts jusqu'ici n'indiquent encore aucun rapprochement vers la forrn^ pithécoïde.

VIII. — Après ces déclarations formelles d'un savant que ses convictions darwinistes mettent au-dessus de tout soupçon de

Fartialité, comment se fait-il que Ton trouve à chaque instant expression de caractère simien employée à propos des plus insignifiantes modifications de je ne sais quel type humain que personne ne précise ? Il y a là tout au moins un abus de mots contre lequel j'ai souvent protesté. On vient de voir que cette manière de s'exprimer suppose un fait anatomique qui n'existe pas et par conséquent constitue une erreur. Elle a de plus l'inconvénient d'être prise à la lettre par les ignorants, parfois de faire illusion même aux hommes instruits, et de faire croire à des dégradations, à des rapprochements imaginaires.

En fait, l'homme et les autres vertébrés sont construits sur un même plan fondamental. Entre lui et les autres êtres compris dans ce cadre il existe des rapports multiples. Or les êtres organisés ne sont pas des cristaux mathématiquement définis dans leurs formes ; chez eux l'ensemble du corps et chacune des parties de cet ensemble oscillent dans des limites dont l'étendue n'a pas encore été précisée, mais est parfois considérable. Par ces osciQations mêmes les rapports habituels sont à chaque instant modifiés, non pas seulement entre l'homme et les singes. mais entre lui et tous les autres vertébrés. Que l'on compara l'homme à un autre type animal quelconque, que l'on applique à cette comparaison la même méthode, les mêmes façons de dire et l'on verra à quelles singulières conclusions on arrivera. Je me borne à citer un exemple.

Ce qui importe le plus dans le cerveau, ce n'est certainement pas son développement absolu. C'est le rapport de ce développement à celui du reste du corps. On est généralement d'accord sur ce point quand il s'agit des animaux. On ne saurait en juger autrement quand il s'agit de l'homme. Incontestablement sur ce terrain de supériorité et d'infériorité relative, où se placent si facilement certains anthropologistes à propos des races ou des individus , le rapport dont je parle constitue un des caractères les plus frappants et des plus essentiels.

Eh bien, voici quelques-uns de ces rapports que j 'emprunte au tableau donné par Duvernoy et dans lesquels le poids du cerveau «6t pris pour unité.

enfant 1 : 22

Homme I J^j^^f \ ' |3

^^^^ * adulte 1 : 30

Singes

vieux 1 : 35

saïmiri 1 : 22

sal 1 : 23

ouistiti 1 : 28

gibbon 1 : 48

mulot

souris taupe

Rongeurs { ^^^^^

Carnassiers } chiens.V.V.V.V.'.V.V.V.V V •■47

mésange à tête bleue

serin

Oiseaux { mésange nonette

moineau

pinson

L'homme dont il est ici question est le Blanc européen. Or de ce tableau il résulte que de Tenfance à la vieillesse le rapport du cerveau au reste du corps va en diminuant. Dira-t-on pour ceJa que le jeune homme est dégradé relativement à Tenfant et que 1 homme adulte ou le vieillard ont pris un caractère simien!

On voit d'ailleurs qu'il faudrait s'entendre quant au mol simien lui-même. Si le gibbon, qui appartient au type de nos ancêtres supposés, a un cerveau relativement plus petit que nous, il en est autrement des trois cébiens portés au tableau. Ceux-ci sont bien supérieurs à l'anthropomorphe; les deux premiers

Ê résentent exactement le même rapport que l'enfant et le jeune omme ; le troisième l'emporte encore sur l'homme adulte. Mais tous les trois sont battus par les deux mésanges et le serin.

Par conséquent, si l'on a le droit de regarder comme tournant au singe anthropomorphe la race humaine, ou l'individu humain dont le cerveau descend de quelques grammes au-dessous de la moyenne, on doit considérer la race, l'individu dont le cerveau s'élève au-dessus de cette moyenne comme se rapprochant des cébiens, ou même des passereaux, des conirostres. Si ce dernier rapprochement est inadmissible, le premier l'est également.

Nous pouvons donc répéter avec le savant anatomiste dont j'ai tant de fois invoqué l'autorité : « le microcéphale, si réduit

au'il soit, n'est pas une bête ; ce n'est qu'un homme amoindri. » u bien encore avec M. Bert, dont le témoignagne ne saurait être suspect en pareille matière, nous pouvons dire qu'en se perfectionnant les singes ne se rapprochent pas de l'homme; et, réciproquement, qu'en se dégradant le type humain ne se rapproche pas des singes.

IX. — De l'homme pithécoïde de Darw^in et de Haeckel, de àTiomme privé de la parole et se défendant à coups de dents, à D'homme de nos. jours, la distance est encore bien grande. Comment s'est-elle comblée ? Gomment surtout s'est développée et a-

grandi cette intelligence qui devait asservir dans bien des cas la

nature elle-même ? C'est Wallace qui va surtout nous répondras au nom de la théorie dont il est un des fondateurs. Nous le ver — rons en même temps confesser l'impuissance de cette doctrine -= lorsqu'il s'agit des attribus propres à l'espèce humaine.

On sait que ce naturaliste partage avec Darwin et M. Naudin^ l'honneur d'avoir cherché dans la sélection naturelle, l'explica — tion des origines organiques. Mais notre compatriote s'est bora ^ à une esquisse, dont il a récemment complètement modifié à. ^

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