DÉVELOPPEMENT INTELLECTUEL. — IDÉES DE WALLACE
oaractère fondamental. Darwin a embrassé le problème dans 1 ''ensemble et dans les détails ; il a ajouté à son premier ou- Arrage plusieurs publications sur des sujets en apparence trèsciiyers, mais qui toutes n'en concourent pas moins au même but. 11 est à juste titre considéré comme le chef de Técole.
Wallace, qui faillit devancer Darwin dans la publication d'idées qui leur étaient communes à Tinsu de tous deux, reconnaît partout Darwin pour maître. Il a traité un petit nombre de Points dans des mémoires spéciaux qui n'ont jamais une grande étendue. Ne cherchant pas à résoudre toutes les questions posées par la théorie, il n a rencontré ni autant ni d'aussi sérieuses difficultés que son éminent émule. Cela même explique peutè tre pourquoi il se montre habituellement plus précis et plus logique. Aussi a-t-il joui auprès des partisans du darwinisme d une haute autorité jusqu'au moment où il a publié ses vues particulières sur l'homme.
Aux yeux de Wallace, Vutilité immédiate et personnelle est la Beule cause qui mette en jeu la sélection. C'est bien là, au fond, Xa doctrine de Darwin ; mais celui-ci se laisse parfois entraîner è des comparaisons ou à des métaphores, qui ont soulevé de Mves critiques, qui lui ont peut-être fait illusion à lui-même, ^ont il use tout au moins pour tourner les difficultés. On ne Tencontre jamais rien de semblable chez Wallace, qui accepte toutes les conséquences auxquelles le conduit ce principe absolu.
Selon Wallace, l'M^e/zV^ seule est suffisante, pour expliquer comment les formes animales inférieures ont pu engendrer les singes, et plus tard un être ayant à peu près tous les caractères physiques de l'homme actuel. Cette race vivait par troupeaux répandus dans les régions chaudes de l'ancien continent. Elle n'en manquait pas moins de sociabilité réelle ; elle percevait des sensations, mais était incapable de réflexion ; le sens moral, les sentiments sympathiques, lui étaient inconnus. Ce n'était encore qu'une ébauche toute matérielle de l'être humain, mais supérieure néanmoins à Vhomme à queue de Darwin, et à l'homme pithécoïde de Haeckel.
Vers les premiers temps de l'époque tertiaire, ajoute Wallace, dans cet être anthropomorphe une cause inconnue vint accélérer le développement de l'intelligence. Bientôt, celle-ci joua un rôle prépondérant dans l'existence de l'homme. Le perfectionnement de cette faculté devint incomparablement plus utik que n'importe quelle modification organique. Dès lors, la puissance modificatrice de la sélection se porta nécessairement à peu p^^s en entier de ce côté. Les caractères physiques déjà acquis restèrent presque inaltérés, tandis que les organes de Tùitelligence et l'intelligence elle-même se perfectionnèrent de génération en génération. Les animaux, sur lesquels n'avait pas agi la cause inconnue qui commença à nous séparer d'eux, continuèrent à se transformer morphologiquement, si bien que
86 ORIGINE DE l'espèce HUMAINE
de l'époque miocène à nos jours, la faune terrestre s'est renouvelée. Chez l'homme seul, le corps resta ce qu'il était. Nous ne levons donc pas être surpris de trouver à l'époque quaternaire, des crânes comme ceux de Denise et d'Engis, semblables à ceux des hommes de nos jours.
La supériorité acquise par l'intelligence a d'ailleurs soustrait pour toujours notre espèce à la loi des transformationj morphologiques. Seuls, ses attributs intellectuels et moraux sont désormais soumis au pouvoir de la sélection, qui fera disparaître les races inférieures et les remplacera par une race nouvelle, dont le moindre individu serait, de nos jours, un homme supérieur.
Après avoir lu les pages que je viens de résumer, on ne peut qu'être surpris de voir Wallace, déclarer que la sélection naturelle agissant seule, aurait été incapable de faire d'un animal anthropoïde^ l'homme tel que nous le montrent les peuples les plus sauvages eux-mêmes. Il fait ainsi de l'espèce humaine, une exception aux lois qui, selon lui, régissent tous les autres êtres vivants. Il y a un double intérêt à suivre l'émule de Darwin dans cette nouvelle voie.
Wallace commence par rappeler que la sélection naturelle repose en entier sur le principe de Vutilité immédiate^ relative uniquement aux conditions de la lutte actuellement soutenue par les individus qui composent une espèce. Darwin, dans tous ses ouvrages, proclame à diverses reprises, ce même principe sur lequel repose, en effet, tout ce qu'il dit de Vadaptation, de la possibilité des transformations régressives,,., etc.
De ce principe, il résulte nécessairement, que la sélection ne peut produire des variations nuisibles en quoi que ce soit, à un être quelconque. Darwin a souvent déclaré qu'un seul cas de cette nature bien avéré renverserait toute sa tnéorie.
Mais il est évident, ajoute Wallace, que la sélection ne peut pas davantage produire une variation inutile ; elle ne peut donc pas développer un organe dans des proportions qui dépasseraient son degré d^utilité actuelle.
Or, Wallace montre fort bien qu'il y a, dans l'homme sauvage, des organes dont le développement est hors de toutes proportions avec leur utilité actuelle, et même des facultés, des caractères physiques, qui sont ou inutiles ou nuisibles, au moins à l'individu. « Mais, dit-il, s'il nous est démontré que ces modifications, dangereuses ou inutiles au moment de leur première apparition, ont présenté la plus haute utilité et sont maintenant indispensables au développement complet de la nature intellectuelle et morale de l'homme, nous devrons conclure à une action intelligente, prévoyant et préparant l'avenir, exactement comme nous le faisons, quand nous voyons l'éleveur se mettre à l'œuvre dans le but de produire une amélioration déterminée dans quelr <iue plante cultivée ou quelque animal domestique. »
Le développement relatif du corps et du cerv^^^u, organe de