INFLUENCE DU MILIEU ET DE LA RAGE
Transvaal; qu'ils ont été suivis au Gap par les Anglais qui envahissent progressivement la contrée entière; n*oublions pas I^ rapide accroissement des colonies Anglo-Australiennes; etc. Rappélons-nous, enfin, ces neuf familles de missionnaires visitées par M. de Delapelin en Polynésie, qui comptaient en tout soixante-neuf enfants, c'est-à-dire plus de sept et demi en moyenne, et il faudra bien reconnaître que l'Européen blanc le mieux caractérisé, vit et se propage dans les deux hémisphères, aux antipodes et sur les terres natales des races les plus différentes.
Au reste, la grande race à laquelle il appartient lui-même, n'est pas originaire d'Europe. Elle est partie bien probablement des massifs du Bolor et de l'Hindou-Koh, où les Mamogis représentent encore la souche originelle. En tout cas, le Zend-Avesta nous apprend qu'elle est sortie d'une région où l'été ne durait que deux mois, ce qui correspond à peu près au climat de la Finlande. D'étapes en étapes, elle est arrivée, d'un côté jusqu'à l'extrémité de la presqu'île gangé tique et à Ceylan, de l'autre jusqu'en Islande et au Groenland. Puis, l'ère des grandes découvertes venue, elle a semé ses colonies dans l'univers entier, peuplant des continents et remplaçant des races indigènes.
Certes, à ne considérer que les faits généraux et le résultat de cette activité séculaire, nul ne peut refuser à la race aryane, la faculté de s'acclimater en dépit des conditions d'existence les plus diverses. Toutes les assertions de Knox et de ses disciples plus ou moins avoués tombent devant ces faits.
Ce qui est vrai pour la race aryane l'est également pour la race nègre. Le Blanc a transporté le Noir à peu près partout ; €l, sur les points du globe les plus éloignés, le Nègre vit à côté de son maître. Quant aux races jaunes, l'expérience commence à peine çt déjà l'on peut prévoir qu'elle donnera les mêmes résultats. Les Chinois, les coolies sont passés d'Asie en Amérique ; peut-être les verrons-nous bientôt en Afrique et en Europe.
Certains rameaux détachés des grands troncs ethniques ont déjà fait leurs preuves dans le même sens. Les Gypsies, aryans peut-être mélangés de Dravidiens, ont gaçné l'Europe entière et sont aujourd'hui partout. Quant aux Juifs, on sait qu'ils sont Vraiment cosmopolites, et que presque partout, en Prusse comme en Algérie, leur fécondité dépasse celle des races locales.
in. — Est-ce à dire qu'à mes yeux les races aryanes ou des ïaces quelconques puissent s'acclimater toujours et d'emblée lans nlmporte quelle localité? Non. Il est des régions funestes pour l'homme, à quelque groupe qu'il appartienne et pour si préparé qu'il semhle être à en braver les influences. Tel est le vaste estuaire du Gabon. Le Nègre lui-même y dépérit. La constitution générale des habitants y est sensiblement affaiblie ; les fonctions de la reproduction paraissent atteintes d'une manière toute spéciale, et le nombre des femmes dépasse de beaucoup celui des hommes. On sait combien le climat de cette contrée
DE QUATBEFAGES, il
162 AGCLIMATATION DE L'£&P£CB OUMAINE
est dangereux pour lEuropéen ; et il sera curieux de voir si ie» Paouins subiront à leur tour Tinfluence délétère de ces oétes^ dont ils approchent de plus en plus.
Il n^est pas d'ailleurs nécessaire d'aller au loin chercher des exemples. Qui ne connaît de réputation les Maremmes et ks marais de la Corse? Naguère en France, les étangs de la Dombe, ^ la CSiarente vers son embouchure, n'étaient guère moins dan^reux.
Là même où les conditions sont beaucoup moins sévères, l'acclimatation exige à peu près toujours de nombreux et douloureux sacrifices, qu'emt oubliés à tort quelques anthropologistes. Ce fait n'est que trop naturel. Une race, qui s*est aasûe sous l'influence de certaines conditions d'exbtence, ne saurait i en changer sans se modifier et par suite sans souffrir. C'est ce que nous verrons avec quelques détails dans le chapitre cobsacré à la formation de ces groupes dérivés de l'espèce. Ici je ne puis qu'indiquer la loi générale.
IV. — En somme toute colonisation d'une contrée lointmBe est avant tout une conquête tentée par la race imnûçrante. Or qu'il faille combattre l'homme ou le nûlieu , la victoire »e s achète qu'au prix de vies humaines. Mais il ne faut pas s'eugérer l'étendue de pertes inévitables et nier la possibilité de l'acclimatation. Il faut poser nettement le problème, et en rechercher les doimées expérimentales; la solution en ressoitira teot .naturellement.
Toute question d'accHmatation comprend deux termes, quisont pour ainsi dire les composantes de la résultante que l'on cnerche ou que l'on étudie. Ces deux termes sont la race et le milieu. — Nous connaissons déjà la signification précise du premier de c«s deux mots; nous reviendrons plus loin avec quelques détails sur ce qu'il faut entendre par le second. Prenons-le simplem^t ici comme représentant 1 ensemble des conditions d'existence que présente un lieu donné et montrons sa part d'influeace dans 1 acclimatation.
Nous avons vu que certains milieux paraissent mortels poor toutes les races. Dans les cas de ce genre, on doit distinguer ce qui, dans cette insalubrité, tient à la région et ce qui est le résultat de circonstances accidentelles, provocjuées parfiots par l'homme lui-même. Le plateau de la Dombe, en France, était jadis aussi salubre quêtes contrées voisines. L'industrie exagérée des étangs l'avait transformé en une région pestilentteiie, dont le séjour était aussi meurtrier pour les populations venues Ai rdehors qu'auraient pu l'être les marigots du SénégaL Aujourd'hui des travaux d'assainissement tendent à lui rendre ses conditions premières. Il est évident qu'on ne peut reprocher à ia Oombe une influence délétère que l'intelligence humaine sem- Uait avoir pris à tâche de développer.
Lors même que celle-ci n'intervient pas pour vicier le milieu, on ne peut imputer à une contrée les conditions défavonbles
INFLOBNGS DU XIUEU ST DX LA AàCE «83
qu'elle oppose à Ukabitatton d*ime jaoe indigftnft on ôtiaiigère, qnaidces cMidUionfttkBiient à rincarie des habitants ouàquel* craeckt^nstanee spéciale ipe la main de l'homme pent modifier. Privée des Mins qai l'easamissaient et l'enrichissaient, la camugne de Borne est devenue une suecorsafe des marais Pontins. En revanche, les enviions de Rochefimrt w sont assainis ; BoufîêA, asftre£aii sn des points les pins dangereux de TAlcéiie, est devenu un centre de population florissant. Ge n'était donc pas les conditions natuveUœ générales qui rendaient ces locahtés dangereuses, sortout pour les étrangers; c'étaient de simples mxàentt. Eki les liisant disparaître, on a rendu l'acclimatation lOD-seulement possible, mais fecile.
Considérées à ce point de vue, une foule de contrées qui •emblent repousser toute immigration seront peut-être un jonr taès-ikvonibles an développemoit des races colonisatrices. Dans tMis les cas de cette nature, il faut évidemment HiaiingnAr le milim norwuUÔB mUteuiKcidentellement vicié.
Je ne saurais entrer dans tous les détails que comporterait eette distinction et me borne à dter (juelques faits.
Les progrès mêmes de la civilisation ont parfois pour consé- (pteiiee la viciation d'un milieu donné. L'agglomération des popalatioos humaines dans un espace relativement restreint, entnloe presque inévitablement ce résultat. C'est un des points «que H. Boudin a le mieux mis en lumière par ses recherches statistiques sur la mortalité comparée des campagnes et des casernes, par exemple. Nos grandes villes opposées aux habitalions rurales présentent le même contraste et accusent en outre une action spéciale sur les fonctions de reproduction. M. Boudin ■'a pu trouver un Parisien pur sang remontant à trois générations. A Besançon, les familles urbsunes s'éteignent en général e& moins d'un siècle et sont remplacées par des familles rurales. Londres, m*a-t-on assuré, présente un phénomène analogue.
Les navires, où vivent durant des mois entiers des hommes entassés dans des conditions d'hygiène très-imparfoiites, développeQl4l3 des princq>es délétères, auxquels s'habitue peu à peu l'équipage, mais qui restent capables de provoquer les affections les plus graves au sein de populations étrangères jusque-là florissantes ? Estrce à un phénomène de ce genre qu'il faut attribuer, comme le croit Darwin, l'eff'rayante mortalité, la stérilité emissanie des races polynésiennes ? Parmi les maladies apportées par les marins européens, faut-il compter la phthisie, qui serait devenue dans ces îles épidémique aussi bien qu'héréditaire? Les probabilités me semblent militer en faveur d'une i^nse afiBrmative. Toujours est-il que ni la terre ni le ciel a'ont changé dans ces archipels depuis leur découverte ; et pourtant, les insulaires du Pacifique disparaissent avec une rapidité aavrante, tandis que leurs métis et les Européens pur sang euxmêmes présentent un redoublement de fertilité : double démenti donné par les laits aux doctrines autochthomstesw
Il n'est pas toujours facile de déterminer ce qui, dans Taction plus ou moins délétère d*un milieu , tient à ses conditions normaies et aux éléments viciateurs accidentels. Dans une contrée le sol, le froid et le chaud, la sécheresse et l'humidité ne sont pas tout. La différence présentée au point de vue de racclimatation par les deux hémisphères en est un exemple firappant.
 latitudes égales, les régions chaudes de l'hémisphère austral sont généralement bien plus accessibles aux races blanches que celles de l'hémisphère boréal. Du 30<^ au 35® degré de latitude nord on trouve 1 Algérie et surtout une partie des Etats-Unis du sud, où Tacclimatation présente pour nous des difficultés sérieuses. A la même latitude, dans l'hémisphère austral, sont placées la partie méridionale du Gap et la Nouvelle-Galles, où toutes les races européennes prospèrent à peu près d'emblée. Les chiffres de M. Boudin précisent ces diflFérences. Il a trouvé que la mortaHté moyenne des armées de France et d'Angleterre était environ onze fois plus forte dans notre hémisphère que dans l'hémisphère opposé.
Frappé de ce contraste, M. Boudin en a cherché la cause et l'a trouvée dans le plus ou moins de fréquence et de gravité des fièvres paludéennes. Au nord de l'équateur, ces fièvres remontent en Europe jusqu'au 59* degré de latitude. Au sud, elles ne dépassent qu'assez rarement le tropique et s'arrêtent souvent en deçà. Taïti, qui n'est qu'à 18 degrés de l'équateur géographique et presque sous l'équateur thermal, en est exempte. Dans lliémisphère austral, les armées française et anglaise réunies comptent
gar année en moyenne 1,6 fiévreux sur 1000; dans Thémisphère oréal, 224,9 sur 1000.
Ainsi les fièvres paludéennes sont près de deux cents fois plus fréquentes au nord qu'au sud de l'équateur, bien que dans l'Amérique méridionale et en Australie par exemple, de vastes espaces se couvrent d'eaux croupissantes sous un soleil brûlant Elles sont surtout infiniment moins graves dans l'hémisphère austral. Les immenses lagunes de Gorrientes n'engendrent que des fièvres légères. On sait combien sont dangereuses au contraire celles des marais Pontins, bien plus éloignés pourtant de l'équateur. Il serait beaucoup plus difficile à l'Européen de vivre en Italie sur les bords du Garigliano qu'en Amérique sur ceux du Parana.
Malgré quelques expériences et quelques théories ingénieuses, ces différences entre des localités paraissant présenter des conditions physiques générales presque identiques ne sont pas encore expliquées. Mais les recherches de M. Boudin permettent
l'Européen dans la plupart l'entraîne l'esprit d'entreprises. Il y a dans ce fait quelque chose d'instructif et d'encourageant. On sait quelle réunion de circonstances engendre ces miasmes pestilentiels ; on sait comment il