‹ L'espèce humaineChapitre 60 sur 160 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

GomuiioBs ûB l'accluutatioit.

I. *— - La poasibilîté d'étabïr l'hannonî» dont j*ai parlé dajia leehapitre' précédent a été niée^. On a prétendu qu'elle deTait exister d'avattee; or a Tosdu raitactaier à la simple aceoutmnamee leftMts d'aceUmatatioa. U est facile de montrer par c» que a*eat passé chez des animaux et chez, des plantes^ qu^ily a là quelque chose de plus et que Torganisme se mocMe parfois dans ce qu*i] a (fe plu» LBtiBMiv pour m plier aux eacigenees d*uii milieu! inimbte pat sa nainra;

Lb» chrysanthèmea {Pyretrum singnse) qui ornsni no» jardin» sont, coiniae on sait, originaires de Chine. Apportés en France es 1190, îi&j fleuriissaâeni et nouaient leur» fruiAs sasi»nouvoir les mteirv et le commerce seul alimenta nos parterres, oies graines nésesaairefl pendant phia de 6ft ane. Les: serrer, les châssis n'a-<vtteoi que trèa-impa<£aiteraent réussi: à les produire. En 1859, quelques pieds flfeurirent et fruetiâèrent plutôt que les autres ; fiss gciines mtoirent;, et angouTd'hui, la France produit toute la ^mm dont eller a besoin. Un petit nontbre de pèeds. acciden«* tellement précoces ont acclimaté chez nous cette jolie fleur.

Uhjfitoirede Toie d'Egypte {Amerœgtfptïacuayest phis frappante «Dcore. Amcnéai en France en Idûd par GeoÉroy Sain/lHMilairev cette espace pondît d^atbord an ouais de décembre eoflume dane «on. pays natal. Blk élerat ses eouyée» en plein hiver et par coiMséqmBrI dan» des conditions, peu favorables. On n*en éleva pat» mom» plusieurs géoiéffations au Muséum. Or en 1844 la ponte vini en février; Tannée: suivante en mars, et en 184^ en avril. C'est à la même époque que pond notre oie ordinaire. N'est^ii j p«« évident qiie Torganisme de Toie d'Egypte s'est aoeommodé / nia eonditions ismposées par notre climat?

Cekte fiaculié merveiMbeufie de» êtres vîvavlii a même padSoi» se» ineoiivénieo!t& Trajusportées à l'Uie Bomrben,. nos vignes don*> nest du Ttàmt eoatinuellement, si bien que le mélange des grap-

168 àCGLIMATàTION DE L'ESPËGE HUMAINE

pes à tous les degrés de développement et de maturité a été un obstacle à la production du vin. Les vers à soie ont fait de même ; ils ont pondu et coconné indifféremment en toute saison, et d'une manière si irrégulière qu'on a dû renoncer à les élever. L'acclimatation, c'est-à-dire 1 adaptation physiologique à un milieu nouveau, est un fait incontestable. Toutes nos races domestiques importées en Amérique y prospèrent aujourd'hui. Quand les conditions d'existence ont été à peu près celles de leur milieu natal, elles ont peu changé. Quand les conditions nouvelles ont été par trop différentes des anciennes, il s'est formé des races locales ; et, sans que l'industrie humaine y fût pour rien, onava

Saraitre sur les firoids plateaux des Gondillères des porcs à laine, ans les chaudes vallées de la Madeleine des moutons à poils et dans les plaines brûlantes de Mariquita des b(Bufs nus. Encore une fois, n'est-il pas évident que ces porcs, ces moutons, ces bœu&, descendants de nos races des climats tempérés, se sont mis en harmonie avec le miUeu?

II. — Mais, je le répète, cette harmonie ne s'obtient presque jamais sans luttes et sans sacrifices. Â cet égard encore, lliomme ressemble aux animaux et aux plantes. Voyons d'abord ce que nous apprennent à ce sujet ces êtres organisés inférieurs.

Chacun sait que nos cultivateurs reconnaissent deux sortes de blé, dont Tun se sème au printemps, l'autre en automne, et qui ne s'en récoltent pas moins à peu près à la même époque, il est évident que les conditions du développement sont bien différentes pour toutes deux. Semer en automne du blé de printemps, c'était le changer de milieu et par conséquent tenter une expérience d'acclimatation. C'est ce qu a fait le célèbre abbé Tessier. Cent grains de firoment d'automne ont été semés au printemps ; ib ont tous levé et ont donné cent tiges herbacées qui ont parcoum les phases ordinaires de la végétation. Mais, dix pieds seulement ont formé des graines et celles-ci n'ont mûri que sur quatre pieds. Cent graines de cette première récolte ont donné cinquante tiges fécondes. A la troisième génération, les cent graines ont donné du blé. L'expérience inverse a reproduit des résultats analogues.

L'acclimatation du blé à Sierra Leone a présenté des particularités plus instructives encore. La première année, presque toute la semence monta en herbe ; les épis furent très-rares et très-peu fournis. Les graines de cette première récolte furent semées ; un grand nombre périt en terre sans germer. Les tiges survivantes se montrèrent un peu plus fécondes. Toutefois il fadlut patienter et attendre plusieurs générations avant d'obtenir des récoltes normales.

On voit que dans Texpérience de Tessier tous les individus, les grains de blé et leur germe, ont vécu ; mais les graines ont manqué ou avorté plus ou moins. Il y a donc eu perte de aénérâlions. Pareille chose s'est produite à Sierra Leone. Mais de plus, à la seconde semaille, une partie des graines ne leva pas; il

y a donc eu perte cfmdtvïdus s'ajoutant à celle des générations. L'histoire de nos oiseaux de basse-cour importés en Amérique présente des faits tout aussi significatifs. A Guzco, les pontes sont aujourd'hui aussi fécondes qu'en Europe. Pourtant uarcilasso de la Yéga nous apprend que de son temps les œufs étaient rares et que les poulets s'élevaient mal. L'espèce s'est acclimatée depuis cette époque.

Quand M. Roulin observa les oies importées à Bogota, elles étaient arrivées sur ce haut plateau depuis une vingtaine d'années, et pourtant elles n'avaient pas encore atteint leur fécondité normale. Toutefois elles en approchaient, tandis qu'au début les pontes étaient très-rares. Alors aussi un quart des œufs au plus donnait des produits et la moitié des poulets éclos Périssait dès le premier mois. Ainsi d'une part l'éleveur de Bogota n'obtenait pas à beaucoup près autant d'oeufs qu'il en aurait eu en Europe ; d'autre part au bout d'un temps à peine • égal au deux centième de la vie de l'oie, il tirait de ces œufs à peine le huitième de ce qu'ils auraient produit en Europe.

Cette histoire des oies de Bogota est des plus instructives. On y trouve réunies au début toutes les circonstances qui auraient pu paraître justifier la prédiction d'un insuccès. L infécondité relative des femelles attestée par la rareté des pontes, celle des m&les accusée parla forte proportion des œufs clairs, indiquaient une lésion physiologique profonde portant sur les organes dont le jeu assure seul la durée des espèces. La mortalité énorme des jeunes poulets trahissait une altération non moins grave des appareils de la vie individuelle. Cependant, à l'époque du voyaçe de M. Roulin, l'acclimatation était à peu près réalisée et certainement elle est complète aujourd'hui.

Mais il avait fallu plus de vin^ années pour que l'organisme de cet oiseau européen se fût mis en harmonie avec les conditions d'existence imposées par les hauts plateaux américains. Les éleveurs ont par conséquent dû subir bien des pertes portant sur les générations aussi bien que sur les individus. On voit ce qui s'est passé chez les poules et les oies aussi bien

Îue chez le froment. A la suite de l'émigration, le milieu a tué 'emblée les individus par trop rebelles aux exigences nouvelles. Dn certain nombre de sujets ont résisté assez pour durer à peu près autant qu'ils l'eussent fait dans leur milieu natal ; mais leur organisme affaibli n'a pu se reproduire ou n'a enfanté que des êtres qui ont succombé rapidement. Pourtant, au milieu de ces désastres, quelques organisations privilégiées se sont dès le début plus ou moins pliées aux exigences nouvelles. Légèrement modifiées, elles ont transmis avec leurs heureuses aptitudes ce qu'elles avaient acquis. A leur tour les descendants ont fait des pas nouveaux dans la voie ouverte par leurs pères ; et d'année en ruinée, l'adaptation s'est complétée, l'acclimatation s'est réalisée. \^

Mais il est facile de voir qu'ici les années représentent des Çénérattons. Ce n'est que du père au fils, par voie d'hérédité et

d'accumnlationy que Têtre vivant se modifie et s'harmonise progressivement avec le milieu. Lors donc que nous étudierons, non pkos une plante annuelle ou un oiseau capable de se reproduire au bout a'un an, meds des espèces ou des races à reproduction pkia tardive, rappelons-nous que c'est par générations et non point j^or années qu'il faut compter.

III. — Telles sont les données qui permettent de juger des tastatives d'acclimatation faites par l'nomme lui-même. Je ne saurais trop le redire, en tant qu'êtres organisés et vivants, nous sommes soumis à toutes les lois générales qui régissent la vie et Torgamsation dans les animaux et les plantes. Sans doute notre intelligence nous vient en aide dans nos batailles contre la nature ; mais la puissance que nous lui devons a malheureu* sèment de» bornes ; et, nulle part peut-être, nous ne sommes plus désarmés que dans la lutte de tous les instants commandée par un changement prononcé de milieu. En pareil cas, les plus sagesr efforts ne sauraient soustraire lliomme à des vicissitudes plus ou moins aiudogues à celles qu'oni siftbies le blé à Sierra- Leone, les poules à Gazco, les oies à Bogota*

Nous devons donc presque toujours acee|kter d'avance des sacrifices dont l'étendue et la gravité seront proportionnelles a«x différences entre le point de départ et le pomt d'arrîrée son» le nq>port des conditions d'existence ;. à peu près constamment il faut nous résigner à petdre un certain nombre d*indir vidus et de générations. Le tout est de juger sainement les faits, de ne pas s'en exagérer la portée, de voir jusqu'à quel point ils- permettent d*espérer le succès en dépit des apparences. Si les pertes sont seulement égales à GcUes dont je viens de par* 1er, à plus forte raison si elles sont moindres^ on peut prédira une issue heureuse ; et, si la conquête vaut ce qu'elle doit coèter^ il faut s'en fier à la persévérance et au temps»

IV. — Ce qui s'est passé en Algérie eonfidrme ces observa* tiosa. An lendemain de la conquête, on s* demandait à l'éiaranger aussi bien qu'en France si nous pourrions coloniser la teire enlevée aux Turcs et aux Arabes* Le docteur Knox proclama bien haut que cette colonisation était impossible, et que U* Français ne pourrait jamais se propager ni même vivre en Afrique. Il faut bien le dire, cet arrêt trouva de non^breu& et sérieux échos. Après les premières années d'oeenpatk>n,« les généraux comme les médecins concluieat à pen près toua de U. mène manière. M. Bewfti appuya de chiJQùres désolants les ajopréciations de ses confrères, ceUe&dumarédttal Bugeaiid,. desi généraux Dnvivier et Cavaignac*

Fort de ce que je savais s'être accompli sur des> oiseauXt j^ n'hésitai pas à combattre ces prévisions décourageantes. Sans» doute en 1845 la mortalité militaire et dvUe était bien pliu eon> sidérable en Afrique qji'eu France ; sana doute le cldflk^ des. décès l'emportait sur celui des naissances^ Mais l'in&mâgraJkîen 4taît alors abondante et continuelle. Ûdr, si l'afGhftL de mMveaux

CONDITIONS DE L'ACCUMATATION 171

arrivants comble les vides causés par le changement des conditions d^existence, il alimente aussi la mortalité en amenant sans cesse des recrues à cette bataille contre le milieu. — Les eofonts mouraient en nombre presque double de celui qu'accusaient nosstatistiques françaises ; mais la proportion des morts était pourtant beaucoup moins foarte que chez, les premières oies importées à Bogota. — Enfin, loin d'avoir faibh, la fécondité des femmes s'était accrue; les sources de la vie étûeni dene bîea moins atteintes ici que sur les hauts plateaux américains.

De cet ensemble de considérati'cNEis, je crus pouvoir condere avec certitude que raeclimatation des Français en Algérie était assurée et ne demanderait pas vingt générations. L'événement m'a donné raison bi^a plus tôt <^ue ie ne l'espérais. La reeeasement de 1870 indiqua en Algérie dans la population de race européenne un accroissement de 25,000 âmes, dû presque en entier à l'excédant du chiffre des naissances sur celui des décès. L'action de la première génération née sur place commençait à se faire sentir. Ge résuUaJb s'est accusé depuis lors d'une manière encore plus sensible. Encore deux ou trois générations, el ie Français créole vivra en Algérie tout comme ses ancêtres ont vécu en France.

Il y a d'ailleurs des distinctions à établir, au polut de rue de la facilité de l'acclimatation en Algérie, entre les diverses races européennes, entre les habitants du nord et du midi de la France. Les statistiques recueillies par MM. Boudin, Martin et Poley ont dair^nenl démontré' que les Espagnols et les Maltais résistent au climat algérien infiniment mieux que les Anglais, les Belges et les Allemands. Or nos compatriotes du nord ont avec ces dernières populations les plus grandes ressemblances <le race et d'habitat. Sous ce double rapport, les Français du midi se rapprochent au contraire des habitants de Malte et de l^pagne. On pouvait donc, sans grand dstnger d'erreur, pré- ^lire que ces derniers avaient plus de chance de survie, soit pour eiixrmêmes, soit pour leurs descendants que les Français d'origine alsacienne ou flamande. L'expérience a encore pleinement confirmé ces déductions de la théorie.

T. — Les enseignements qui découlent de ces faits, accomplis pour ainsi dire à nos portes et chez des races fort voisines^ peuvent certainement s'appliquer à des régions éloignées, à des milieux très^vers et plus tranchés, à des groupes humains bien autrement distincts l'un de l'autre que ne le sont les Français et les Belges. Néanmoins la conclusion qu'on pourrait en tirer n'aurait d'autre valeur que celle d'une formule générale <ioiitla signification change avec les données. Quand il s'agit d'ftcddmatationy ces données ressortent toujours des deux éléments indiqués plus haut^ la race et le milieu. Que l'un des ^^ vienne à varier, même en peu de chose et dans d'étroites ^tes, le résultat est forcément altéré et parfois d'une façon ^i^Hnattendue. Toute question d'acclimatation constitue donc

en réalité un problème à part, se décomposant parfois luimême en plusieurs cas particuliers, qui comportent chacun une solution spéciale. Sans sortir de nos colonies, nous pouvons encore citer à ce sujet un exemple des plus frappants.

Les anthropoloçîstes comme les médecins ont souvent mis en question la possibilité pour l'Européen de s'acclimater dans les archipels du grand golfe mexicain, que la fièvre jaune et les influences générales qui la développent rendent des plus meurtriers pour lui. Au premier abora, il est vrai, un certain nombre de faits généraux semblent metfre l'affirmative hors de tout débat. Depuis la découverte de l'Amérique, ces îles ont toujours été occupées par nous; la race blanche, traînant le Nègre à sa suite, y a remplacé partout la race caraïbe. A cela, on répond que ces Ues sont un des points du globe qu'affectionne le plus l'émigration, et que cette dernière entretient seule une population qui, livrée à ses -seules forces, serait bientôt anéantie. On oppose chiffre à chiffre et statistique à statistique ; et, à se placer sur ce terrain sans analyser les faits, la question peut paraître des plus obscures.

Pour la résoudre en ce qui nous touche de plus près, ne parlons que de la Guadeloupe et de la Martinique. On sait que les Français ont colonisé ces deux îles depuis deux cent trente-cinq ans seulement. Même en comptant quatre générations par siècle en forçant les nombres, on voit que dix générations au plus se sont succédé sur ces terres, dont le milieu est des plus redoutables pour l'Européen. Or il en a fallu plus de vingt pour acclimater les oies à Bogota. L'expérience n est donc pas complète. Pourtant , en présence des faits de longévité et de fécondité attestés par M. Simonot, nous n'hésiterons pas à partager ses convictions. Si la race française n'est pas encore entièrement acclimatée à la Martinique, à la Guadeloupe, on peut affirmer qu'elle le sera bientôt.

11 n'en est pas moins vrai que les statistiques attestent un excédant des décès sur les naissances. — Sans doute, mais les renseignements qu'elles fournissent ont été présentés sans distinction. On a réuni les créoles anciens et nouveaux, aussi bien que les immigrants de la veille, dans une appréciation commune. On a confondu ainsi des éléments au fond très-différents. Pour qu'un travail de cette nature eût une valeur sérieuse, serait absolument nécessaire de diviser la population en catégories déterminées par l'ancienneté de l'immiçration ; d'évaluer cette ancienneté elle-même par le nombre des générations. En procédant ainsi, on constaterait à coup sûr, dans la mortalité des groupes, des différences tranchées plus ou moins analo- §ues à celles qu'ont montrées les générations de végétaux et 'animaux transportés en Afrique ou en Amérique.

Les statistiques dont il s'agit sont encore viciées par un défaut que met parfaitement en lumière un travail de M. Walther, sur la Guadeloupe. Lui aussi a dressé des tableaux de mortalité»

Seulement, au lieu de prendre la population en bloc, il la étudiée commune par commune. Alors ont apparu des différences bien significatives. Considérée en masse, la population de la Guadeloupe présente un excédant annuel des décès sur les naissances représenté par 0,46, c'est-à-dire presque un 1/2 pour 100. En présence de ce chiffre , les statisticiens dont je combats la manière de voir n'auraient pas manqué de conclure que l'Européen n'est pas acclimaté à la Guadeloupe, et de dire qu'au bout d'un temps facile à calculer cette population coloniale s'éteindrait, si l'immigration ne venait sans cesse en combler les vides.

Cependant , lorsqu'on examine le tableau de mortalité par commune, on arrive à des conclusions bien autres. Ces communes sont au nombre de trente et une. Or dans quinze d'entre elles le nombre des naissances l'emporte sur celui des décès. Bans la petite île de Marie-Galante , deux communes sur trois sont dans ce derriîer cas. Ainsi, les chiffres effrayants des moyennes sont dus uniquement à l'exagération de la mortalité dans certaines communes et l'Européen est acctimaté dans les autres.

Les tableaux de mortalité recueillis en Algérie par M. Boudin présentent des faits analogues. Sur cent soixante-neuf localités, cinquante-cinq accusaient dès 1857 un excédant des naissances «UT les décès.

Le résultat général obtenu par M. Walther peut être traduit ^insi : la race française est acclimatée à la Guadeloupe dans <luinze localités ; elle ne l'est pas dans les seize restantes. De <ies deux propositions, la première doit être considérée comme définitivement acquise ; la seconde a besoin de confirmation, <5ar il reste à examiner de plus près la population des com- *ïiunes les plus frappées, à les étudier par catégories.

Quoi qu'il en soit, tout esprit juste reconnaîtra qu'on ne sau- *^t parler désormais de l'acclimatation à la Guadeloupe. Il ne doit être question que de l'acclimatation à la Basse-Terre, à la ^mte-à-PitrCy à la Pointe-Noïre, etc.

VI. — Les Antilles françaises, comme la plupart de leurs sœurs, ^nt le théâtre de véritables expériences sur l'aptitude des di- "Verses races humaines à supporter ce milieu exceptionnel et l'un des plus difficiles à dominer. Le Nègre y a été traîné de force bien peu après la prise de possession par les Blancs ; il y a vécu ^omme esclave jusqu'à ces dernières années. Comme les fils subissaient la condition des parents, il est à peu près certain qu'au bout d'un temps donné la multiplication locale des Noirs aurait *uffl à tous les besoins de l'agriculture et de l'industrie, si cette ï^ce s'était acclimatée. L'activité incessante de la traite semble démontrer que le chiffre des décès devait l'emporter de beaucoup Sïœ celui des naissances. Le fait paraît avoir été mis hors de doute ]^our l'île de Cuba, pour la Jamaïque. Le général TuUoch, frappé de la mortalité des Nègres dans les Antilles anglaises, n'a

pas hésité à déclarer qu'une fois la traite sapprimée, la race entière disparaîtrait de ces îles au bout d*an siècle. Les recherches de M. Boudin permettent de regarder cette assertion comme exagérée, du moins pour les possessions françaises.

FSduitant, pas plus gue Tauteur anglais, notre compatriote B'a tenu compte dVine circonstance dont llmportance ne sanrait être méconnue. Je veux parler des conditions faites an N^ par l'esclaTage. Il est dair que la conduite et le caractère do maître entiaient pour beaucoup dans les chances de ^ie et de mort de l'esclaTe. Sans se croire, sans être inhumain, on pouftil lui demander plus d*ouvrage que ne comportait sa naUire, 6o pouirait violenter des instincts dont le jeu libre est nécessaire à ta santé. Il en était certainement ainsi à Cuba, où l'on avait i6néralement pour principe de tirer tout le parti possible éa esclaves, sauf à les renouveler plus souvent. Là est sans doote une des casses qui accroissaient outre mesure la mortalité d\Bie race mien faite que la nôtre pour les climats intertropican. Les faits semblent justifier ces présomptions. I>epuis l'abolitîsD de l'esdavage, nous dit M. Elisée Reclus, la population sèpe est en voie d'accroissement dans les îles anglaises.

Quelque singulier que puisse paraître ce fait à quelques anihropologistes, il ne serait que la répétition de ce qui s'est ynduit an ft^sil. Là aussi, disait-on, la traite seule entretenait ne population noire destinée à diminuer et à disparaître dès qie cesserait l'immigration forcée. Des documents authentiques oot établi que le contraire a eu lieu. La traite a été abolie bien avant 1 esclavage dans ce grand empire. Pendant plusieurs asnées, les propriétaires d'esclaves ne pouvant plus en acheter ont soigné ceux qu'ils possédaient ; et dès ce moment les Nèpcs se sont multipliés. C'est ainsi qu'à l'époque où florissaient ks Missions des Jésuites, on voyait chez ces religieux qui s'occih paimt d'elle , la race noire s'accroître d'une manière prodigieuse, tandis qu'elle dépérissait dans les riches haciendas ià elle était livrée à ellenoième et surmenée.

A côté des Nègres créoles viennent aujourd'hui se placer dtis nos Antilles françaises des engagés plus ou moins volontaiic^ amenés des mêmes côtes d'AMque, des Madériens représentait de la race blanche sémitique, des Chinois de race jaune , é» coulies de llnde, presque tous dravidiens et tenant par cobb^ quent du Jaune et du Nègre mélanésien. Il sera curieux de eoBSr tater un jour ce que chacune de ces populations aura moat'^ de résistance au terrible milieu ou 'elles vont affronter. L'expo rience n'en est encore qu'à son aébut. Toutefois M. Walther < recueilli déjà quelques données intéressantes. A la Guadelonp^ la mortalité annuelle pour les créoles est en moyenne de 3^ pour 100, celle des immigrants est de 9,66 pour les CSbiooiSi de 7,68 pour les Nègres, de 7,12 pour les Hindous, de 5,80 poa^ les ifadèriens. Malheureusement ces chifitres reposent' sur i^ âéments insofifisants et diffèrent de ceux que M. Du Hail^'

donnés pour la Martinique. Les uns et les autres n'en doivent pas moins être enregistrés comme point de départ d*uno étude

L' commence. Ils n'ont d'ailleurs rien de désespérant. Il est par exemple aue les Madèriens seront assez rapidement acclimatés à la Guadeloupe, comme ils le sont déjà à Cuba, €t, que si les races nègres, chinoises, hindoues, ont à éprouver des pertes beaucoup plus graves, l'habitat de nos colonies ne leur estpoint. à jamais interdit.

m. — Le milieu, la nature de la race ne sont pas tout dans les problèmes multiples soulevés par l'acclimatation. L'homme, Tmaividu lui-même y apportent leurs éléments propres. Le sauvage et l'Européen moderne sont placés par le fait seul de la difléreDce sociale qui les sépare dans des conditions parfois opposées et qui ne sont pas toutes en faveur du dernier.

Les merveilles mêmes de notre industrie, tout en facilitant Ilmmigration en pays lointains, la rendent plus dangereuse. Les danins de fer et les steamers ont rédmt à bien peu les plus longs voyages. Les terres -que nos ancêtres ont mis des siècles à peo{der, les distances qme nos propres pères ne parcouraient qa'en plssieurs mois, nous les u*anchissons en quelques jours. Uyala pour l'acclimatation une difficulté de plus ajoutée à toutes les aatres. Qui n'a entendu quelqu'un de ses amis constater sur lui-même les effets du simple trajet d'Alger à Paris? La brusfieoe de cette transition ébranle l'organisme, bien qu'ayant poor résultat de le replacer dans son milieu naturel. L'ébranleaeatest nécessairement plus marqué quand le voyage se fait en sens inverse et qu'on va à rencontre de ses habitudes piiysiologîques au lieu d'y revenir. Et, quand après quelques jours de triyer9ée,on aborde non plus ^i Algérie, mais aux Antilles ou à Kiode Janeiro, combien le choc doit être rude I

La civilisation moderne est aussi pour beaucoup dans les pertes qu'entraîne tout établissement dans un milieu par trop différent du nôtre. Par suite de la sécurité dont elle entoure le pauvre comme le riche , du bien-être au moins relatif dont jouissent Umtes les classes de la société, nous sommes peu préparés à la iute pour f existence. Sans remonter à l'homme primitif ou aux Aiyas, rappelons-nous seulement Balboa, Pizare, Gortez, Soto, Mofibars et leurs rudes compagnons. Nos générations actuelles lésisteraient-elles comme eux?

CSe n'est pas seulement par ses délicatesses que la civilisation fions rend moins propres à affronter les chances de l'accUmatation. C'^t encore, et surtout, par les vices qui trop souvent l'acûoii|)agnent. H. Bolot, commandant d'une compagnie de disciidine qui construisait une jetée à Grand-Bassam, disait au capi- Mie Vallon : « Un dimanche me met plus d'hommes à l'hôpital ine trois jours de travail en plein soleil. » — C'est que le di- ■uudche était consacré à la débauche.

^ Voki du reste un fait constituant pour ainsi dire une expélience telle qu^anrait pu l'imaginer un physiologiste. L^e

Bourbon passe pour une de ces localités funestes où l'Européen ne peut s acclimater. Les tables de mortalité portant sur la po-

Sulation entière accusent en effet un excédant formidable des , écès sur les naissances. Mais c'est encore là un de ces résultats en bloc qu'il faut discuter, si Ton veut en comprendre la signification vraie.

Les Blancs de Bourbon forment en réalité deux classes, oa mieux deux races distinctes par les mœurs et les habitudes. La; première comprend la population des villes et des grandes habi-. tations qui mène la vie ordinaire des colonies et se garde surtout du travîol de la terre, regardé par les créoles comme aussi désho-^ norant que meurtrier. L'autre comprend les Petits Blancs^ de»-' cendants d'anciens colons qui, trop pauvres pour acheter des esclaves, avaient bien été forcés de cultiver le sol de leurs pro-. près mains.

Eh bien, de ces deux classes de colons, c'est M première seule* qui alimente la mortalité tant de fois signalée. Les Petits-Blanes! lont ce qu'avaient fait leurs pères ; ils habitent et cultivent les . districts les moins fertiles de l'Ile. Loin d'en avoir souffert, leur i race a gagné et les femmes surtout sont remarquables par la j beauté des formes et des traits. Cette race s'entretient parfaî-n tement par elle-même et semblerait être en voie d'accroisse-^ ment. Le croisement n'y est d'ailleurs pour rien, car le Petit- S Blanc, très-fier de la pureté de sang qui fait sa noblesse, ne s'atj lierait à aucun prix avec le Nègre ou le coolie. J

C'est qu'à Bourbon , tandis que l'oisiveté et les habitudes qu'elle entraîne tuaient le riche et ceux qui cherchaient à 11-^ miter, le pauvre s'acclimatait grâce à la sobriété, à la pureté ^^ des mœurs et à un travail modéré. A lui seul ce fait doit être pour les anthropologis tes et pour tout le monde un grave enseignement à la fois scientifique et moral.

VIII. — En résumé, racclimatation, la naturalisation sont partout dans l'histoire, comme la migration dont elles sont la conséquence. Nous les voyons s'accompln* journellement sous no* yeux et porter sur les races les plus diverses, mais presque toujours au prix de vies humaines. Sur bien des points elles sonfc obtenues à bon marché, si bien que l'étude^seule peut nous apprendre que nulle partie milieu nouveau ne perd complètement ses droits ; sur certains autres, principalement dans les contrée^ à climats exagérés, elles entraînent des pertes considérables. Mais rien n'autorise à les nier. Tout prouve au contraire qu'à la con^ dition de subir les sacrifices nécessaires, toutes les races hii.— m aines pourraient vivre et prospérer à peu près dans tous le^ milieux non viciés par des causes accidentelles.

IX. — Sur ce point comme sur bien d'autres, le présent fait comprendre le passé, qui d'ailleurs apporte ici sa part de lumière. Forts des expériences qui s'accomplissent sous nos yeux et de faits empruntés à l'histoire, nous pouvons nous faire une idée générale de la façon dont s'est peuplé le monde.

A elle seule la race aryane nous enseigne pour ainsi dire Thisloire de Tespèce entière. Nous la voyons sortir du Bolor et de l'Hindou-Koh, de cet Eeriéné Véedjo où Tété ne durait que deux mois, descendre en Boukharie, parcourir la Perse et le Caboul avant d'arriver dans le bassin de llndus. Onze stations jalonnent cette route franchie par les Aryas avant d'arriver au Gange. Là nous les retrouvons marchant pas à pas, tout en lançant en avant-garde quelques-uns de ces héros pieux qui tuaient les rakchassas et préparaient les conquêtes. Àujourd hui la race est 8008 les tropiques dans llnde, sous le cercle polaire au Groenland, où les Norwégiens et les Danois modernes ont remplacé les rois de la mer; elle couvre une immense région à climat plus oa moins tempéré ; elle a des colonies partout.

L'espèce humaine à ses débuts a dû procéder comme les Aryas. Aa sortir de leur centre de création, c'est lentement et d'étapes an étapes que les colons primitifs, ancêtres de toutes les races actuelles, ont marché à la conquête du monde désert. Par là ils se fusaient peu à peu aux conditions d'existence diverses que leur imposait le nord ou le midi, lest ou l'ouest, le froid ou la chaleur, ih plaine ou la montagne. Divergeant en tout sens et rencontrant fa milieux différents, ils se mettaient graduellement en harmonie avec chacun d'eux. L'acclimatation, marchant ainsi du m6me pas que les conquêtes géographiques, était moins meur- Wère. Certes, pour être adoucie par la lenteur de la marche, la "***« n'en existait pas moins. A coup sûr de nombreux pionniers it tombés en route. Mais les survivants n'avaient en face d'eux la nature et ils ont pu aller jusqu'au bout ; ils ont peuplé le de.

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