CHAPITRE XXI
I. — Le type primitif de l'espèce humaine a nécessairement dû s'effacer et di¶ître. A elles seules, les migrations forcées et les actions de milieu devaient amener ce résultat. L'homme a traversé deux époques géologiques; peut-être son centre d'apparition n'existe-t-il plus ; en tout cas, les conditions y sont tout autres qu'au moment où l'humanité débutait. Quand tout <îhangeait autour de lui, l'homme ne pouvait rester immuable. ^ métissage a certainement aussi eu sa part dans cette transfor- Dïation. Je reviendrai bientôt sur ces divers points que je me Wne à indiquer icir
Mais d'autre part nous verrons que la tête osseuse de la plus ^cienne race quaternaire se retrouve non-seulement en Aus» ^ïtdie dans quelques tribus, mais en Europe et chez des hommes ^tri ont joué un rôle considérable parmi leurs compatriotes. Les ^titres races de la même époque, à en juger de même par la tête ^•seuse, ont parmi nous de nombreux représentants. Elles ont Pourtant traversé une des deux révolutions géologiques qui nous ^^parent de notre souche originelle. Il n'y a donc rien d'impossible à ce que celle-ci ait transmis à un certain nombre d'hommes P^ut-être dispersés dans le temps et dan» l'espace, au moins ^*6 partie de ses caractères.
Malheureusement on ne sait où chercher ces reproductions P^î^s ou moins ressemblantes du type primitif; et, faute de renseignements, il serait impossible de les reconnaître pour telles P^ On venait à les rencontrer. Ici l'observation seule ne peut donc /•^Urnir aucune donnée. Mais, éclairée par la physiologie, elle ^^ï^niet quelques conjectures.
d80 HOMME PRIMITIF
II. — On sait que chez les animaux Tatavisme fait reparaître souvent des caractères ancestraux, même après une sélection attentive portant sur des centaines de générations. Les vers à soie, à cocons blancs des Gévennes et les moutons à laine noire d'Espagne en fournissent des exemples. Chez Thomme, où la sélection n'existe pas, des faits de même nature doivent se produire à plus forte raison. Quelques caractères de nos premiers ancêtres doivent se montrer isolément ou réunis dans toutes les races humaines ; peut-être en est-il qui se sont conservés dans une ou plusieurs d'entre elles. Par conséquent en recherchant et en groupant ceux qui apparaissent d'une manière plus ou moins erratique, chez les races les plus dissemblables sous tous les autres rapports, nous pourrons reconstituer en partie avec quelque probabilité le type humain primitif.
A ce titre il est difficile de ne pas attacher une importance réelle au prognathisme de la mâchoire supérieure. Ce trait anatomique se montre très-prononcé chez presque toutes les races nègres ; il est des plus accusé chez certaines races jaunes. Considérablement atténué chez les Blancs, il y reparait pourtant parfois à peu près aussi marqué que dans les deux autres groupes ; il existait chez les hommes quaternaires. Tout semble indiquer qu'il devait être assez fortement développé chez nos premiers ancêtres.
Les phénomènes d'atavisme portant sur la coloration sont fréquents chez les animaux. On les constate également dans l'espèce humaine. Cette considération me fait attacher une importance réelle à l'opinion de M. de Salles, qui attribue une chevelure rousse aux premiers hommes. On a signalé, en effet, dans toutes les races humaines, des individus dont les cheveux se rapprochent plus ou moins de cette teinte.
Les expériences de Darwin sur les effets du croisement entre races très-différentes de pigeons conduisent à la même conclusion. Il a vu, à la suite de ces croisements, reparaître dans les métis des particularités de coloration propres à Vespèce souche et qui avaient disparu dans les deux races parentes. Or dans nos colonies, le tierceron, fils de Mulâtre et de Blanc, a souvent les cheveux rouges. En Europe même, selon la remarque de M. Hamy, il naît souvent des enfants à cheveux rouges lorsque le père et la mère sont franchement, l'un brun et l'autre blond. Dans tous les cas de cette nature, on dirait que le caractère primitif se dégage par la neutralisation réciproque des caractères ethniques opposés accidentellement acquis.
Examiné au microscope, le pigment cutané qui donne au corps humain sa teinte caractéristique présente sans doute des couleurs différentes, mais toujours le jaune y entre comme élément colorant. En appliquant à l'homme les règles qu'Isidore Geoffroy a déduites de ses observations sur les animaux, on est conduit à penser que cette teinte devait dominer primitivement. Â la suite du croisement du Blanc et du Nègre, c'est l'élément
colorant jaune qui se dégage d'abord et paraît habituellement prédominer. Aux colonies on désigne parfois les mulâtres par le terme général de jaunes. Ce résultat s'explique encore par les expériences de Darwin ; et il est permis d'admettre que le teint primitif de l'homme se rapprochait plus ou moins de cette couleur. Certains faits observés chez les Nègres semblent encore confînner cette conclusion. Chez les populations les mieux caractérisées appartenant à ce type, on a signalé l'apparition d'individus à teint plus clair, tantôt presque semblables au Blanc sous ce rapport, tantôt tirant plus ou moins sur le jaune, sans présenter aucun des phénomènes de l'albinisme tératologique. Il est permis d'attribuer à l'atavisme ces particularités de coloration individuelles. Or chez aucune race blanche ou jaune on n'a signalé des faits pouvant être regardés comme réciproques des précédents.
Rien donc n'autorise à regarder la race nègre comme ayant précédé les deux autres; et, au contraire, le contraste que je signale permet de lui donner pour ancêtre une race à teint plus clair.
D'autre part nous savons que la race aryane est la dernière venue. La question d'antériorité se trouve ainsi circonscrite entre ^es Sémites, les Allophyles et l'ensemble des races jaunes. Ce Tie j'ai dit plus haut de la couleur fondamentale mêlée comme élément au teint de toutes les races et les phénomènes du croisement donnent une certaine probabilité en faveur des dernières. La linguistique parait confirmer cette manière de voir. Les ligues monosyllabiques, accusant les premiers balbutiements jlu langage humain, n'existent que chez les races jaunes. Toutes ^€8 races nègres et les Blancs allophyles parlent des langues ^gglutinatives , répondant à la seconde forme donnée par * tomme à l'expression de sa pensée. Les Aryans et les Sémites ^nt les uns et les autres des langues à flexion.
La philologie semble donc conduire aux mêmes conclusions ^Ue la physiologie et donner même quelques probabilités de plus à ces conséquences qu'on peut déduire des faits indiqués.
III. — Nous ne connaissons pas l'homme primitif; nous le Rencontrerions que, faute de renseignements, il serait impossible de le reconnaître. Tout ce que la science actuelle permet de dire ^ son sujet est que, selon toute apparence, il devait présenter Jto certain prognathisme et n'avait ni le teint noir ni les cheveux laineux. Il est encore assez probable que son teint se rapprochait de celui des races jaunes et accompagnait une chevelure tirant sur le roux. Tout enfin conduit à penser que le langage de nos premiers ancêtres était un monosyllabisme plus ou moins accusé.
Ce ne sont là que des conjectures et qui se réduisent à bien Peu, mais du moins ce peu repose sur l'expérience et l'observation.