OBSERVATIONS GÉNÉRALES
Lliomme a été, chez nous, le contemporain de toutes ces spèces.
Les phénomènes qui ont donné à nos contrées leurs derniers raits n'ont pas eu constamment la même violence, et n*ont ni ommencé ni fini brusquement. Ils ont présenté des périodes le calme et de recrudescence relative jusqu'au moment où les lontinents ont eu pris leur relief définitif, où les glaciers se sont rouvés renfermés dans leurs limites actuelles.
A ces oscillations du monde inorganique, répondent des molifications dans la nature vivante. Les principales espèces animales semblent prédominer tour à tour; les races humaines ^)paraissent successivement, grandissent et déclinent.
Pendant que se déposaient les bas niveaux de nos vallées, le mammout, le rhinocéros, les grands carnassiers semblent jouer le premier rôle. L'homme leur dispute le sol, et se nourrit de leur chair. La lutte contre le milieu, contre les bêtes de cet incien monde était terrible ; la race de ces temps primitifs porte ï un haut degré le cachet de cette nature sauvage.
Dans la période qui vit se former les moyens niveaux inférieurs^ les grandes espèces animales habitaient encore toute l'Europe. Toutefois le nombre de leurs représentants semble diminuer ; des 3^èces moins redoutables se multiplient et le cheval en partinûier forme au moins par places de nombreux troupeaux offrant i l'homme une nourriture abondante. Celui-ci était représenté mrtout par une race douée d'aptitudes remarquables. On la roit à son début lutter avec autant de rudesse que la précédente ^ dans des conditions presque semblables ; puis perfectionner )rogressivement tous ses moyens d'action et les adapter aux îonditions nouvelles qu'amène le progrès des temps.
Au dépôt des moyens niveaux supérieurs ^ correspond une ^nde modification de la faune. Les grands carnassiers, le nammout deviennent de plus en plus rares, et finissent par dis- [)araitre ; le cheval ne domine plus ; le renne a pris sa place et îOttvre d'innombrables troupeaux, la terre qui se rassoit pro- ^ssivement. L'homme profite de ces changements. De nouvelles races bien distinctes des précédentes apparaissent sur notre «4. Celle de l'âge précédent se développe et atteint un certain iegré de civilisation qu'attestent de véritables œuvres d'art.
Enfin le fond des mers se soulève et l'Europe se complète. [«8 places du pôle sont refoulées dans leurs limites actuelles et b chmat insulaire fait place à un climat continental avec ses extrêmes de chaud et de froid. Les glaciers de nos montagnes ïe resserrent et remontent progressivement. Les espèces animales ïiii ne trouvent plus sous la même latitude la température convenable à chacune d'elles, émigrent les unes au midi, les autres lui nord, ou sur les hautes montagnes.
L'homme dut nécessairement ressentir le contre-coup de ces déchirements. Quand le gibier qui faisait le fond de sa nourriture s'éloigna, pour ne plus revenir, une partiç au moins de
318 RACES mniAncBS fossiles
kt populatiaii dut k: suivre et émigrer avec lui* Les sociétés naissantes furent ainsi ébranlées jusque dans leurs fondements ; Hj, tandis que eertames tribus s'éloignaient dsn* des directions apposées, celles qui restèrent en placie subirent me décadence donl noms saisissons la trace dans les oeuyres qu'elles ont laissées. Biles n'en forent que plus aisément absorisées par les races supérîeiires, qui amenèrent avec elles tes animaux domestiques et substituèrent la vie pastorale à celle des peuples chassears.
III, — L'homme de l'époque quaternaire a laissé çà et là quelques-uns de ses ossements associés à ceux des aninraux, ses contemporains. Toutefois les ossements humains dont â s'agit ici appartiennent presque exclusivement à l'Ilorc^. Lllemme fossile des antres parties du monde noos esi encore à pe« ppès inconnu. Lund l'avait rencontré dans certaines cavernes do Brésil. Mais on n'a sur cette dé«ouverte d'autres détails qu^sne courte note et deux dessins de petite dimension puMiés tovt récemn^nt par MM. Lacerta et R. PeixotOr On a beaucoup parié du crâne découvert par M. \¥itney en Californie Malhenreusèment la description de cette pièce n*^a pas encore paru, si bien q«e des doutes se sont produits à diverses reprises ssr Texist^ice même du losstle. Le témoignage récent de M. Pinart vient •de les lever, mais a fait naître en même temps les doutes les plos^ sérieux sur l'ancienneté de cette pièce qui parait avoir été trouvée dans un terrain remanié.
Cette absence de fossiles humains recueillis hors de nos contrées est des plus regrettables. Rien n'autorise à regarder l'Europe comme le point de départ de l'espèce, ni le Keu de formatkm des races primitives. C'est en Asie qu'il faudrait surtout les chercher. C'est là sur les versants de l'Himalaya, au pied du grand rafassif central, que Falconer espérait trouver Ijbomme tertiaire. Des recherches assidues et persévérantes pourraient seules vérifier les prévisiofis de l'éminent pa^léontologiste. Cette tàcbe pourrait ètie remplie par quelques-uns de ces officiers instruits que possède t'arraée anglaieev par ces médecins militaires sortant des grandes institutions de Londres. Qu'ils se . mettent à l'œuvre ; qu'ils utilisent dans ee but les loisirs me leur laissent les congés dans quelque sanatorium de l'IIimalaja ou des Mgbéries. Tout permet d'espérer qu'ils apporteront à la science de sérieuses et magnifiques découvertes.
lY. — Quelques fiaits généraux, dont on comprendra faedemeat llEitérét, se dégagent <£êjà des détails recueillis sans sortir des terres evropéennesw
Ckmstatons d'abord que, dès les temps quaternaires, l'homme ne présente pas l'uniformité de caractères que snpposerait une cgig ê ac récente. It^espèee est déjà compoeèe de plosienrs rme» distinctes; ces races apparaissent swcces si v e aje n t om sirouMané»ment; elk^ vivent à oMéles mies dés autres; et pe«l-étie, conme l'a pensé M. Dupont, la ^oerre de races remonte^t-elle jusque-là»
La présence de ces groupes hmnain» nettentient eacnetérisés à
CARACTÈRES CRANIENS 1M9
Vépoque quatemaûre, est à elle seule une forte présomption en faiveor de Pexistenee antérieture del^omme. L'influence aactiona très-diYerses et longtemps continuées peut seule eiqpfiquer les dîfiérences qui sép«yrent Thomme de la Yézère, tn France, de cdm de U. Lesae, en Bei^qae.
Y. — Malgré quelques appréebitions émises à un moment où kl aôenee était moins avancée et ok les termes de comparaison manquaient, on peut affirmer qu'aucun* tète fos^e ne se rattadie au type nègre afrkain os mélanésito. Le Tiai Nègre i&'existait pas en Ëarope à l'époque quaternaire.
Noos ne concluons pourtant pas que ce type n*a pris naissance <fBiB plus tard et date de la période géologique actudle. De nou- ^veUes recherches faites surtout en Asie et dans les contrées où ^viient les peuples noirs sont encore nécessaires pour qu'on pusse owclure avec certitude sur ce point. Toutefois, on -voit que jus- ^lei les résultats de Tobservation sont peu faTorables à l'opinion des anthropologistes qui ont regardé les races nègres comme ^9mi précédé toutes les autres.
YI. — Dans les têtes fossQes, comme dans les tètes moderses, TMooa trouvons, de race à race et d'individu à individu, des 'Ofiôllations plus ou moins accusées dans ks caractères. Mais il est bon de remarquer que dans les races connues ces oscillalioas Btmi souvent moins étendues que celles dont on a constaté l'existence dans les populations actuelles. Je n'en citerai qu'un 'exemple. L'indice cépjialique de la race européenne la plus ancienne, pris sur l'homme de Néanderthai qui en exagère les caractères, est de 72; celui du crâne de la Truchère appartenant aux derniers temps quaternaires est de 84,32; différence i2J33L. Or, de nos jours, l'indice céphalique moyen des Esquimaux est de 69,30, celui des Allemands du sud, de %à,StO; différence, 16,90. Ainsi, entre les deux races extrêmes que sépare la maîeure pajrtie de l'époque ^kaeîaire, l'oscillation de l'indice céphsJuujue est moindre qu entre deux races modernes contemporaines. En outre, celles-ci atteignent en plus et en moins des limites plus étendues que les deux races fossiles. Ge lait «'expliquerait, peut-être, par des considérations multiples que je ne saurais aborder ici.
Je dois d'ailleurs faire observer que le crâne de Lagoa Santa trewé par Lund, que Tiennent de d^rîre MM. Lacerta et Pdxoto, ciibee en grande partie la différence que je viens de signaler. Au <lut des savants brésiliens, son indice céphaliqne est de 69^72, ^t descend presque aus^ bas que llndice mo^en des Escjuimanx. U n'est pas sans intérêt de voir cette variabilité momdre des luttes fossiles s'accuser précisément à {propos d'un des caractères qui a fait le plus souvent comparer aux singes quelque»-unes de UQs raeea inférieures actuelles. Parmi les tètes quaternaires, il 6B est que l'on peut considérer comme offrant le degré d'orthogmdhîsnie moyen des races blanches elles-mêmes. La tète de Nagy^Sapy le n* i du Trou du frontal, une des lèmmes de Gre-
nelle, etc., peuvent être cités à ce titre. D*autres, tels que \^ !!• 2 du Trou du frontal, une autre femme de Grenelle, le vieillard de Cro-Magnon, quelques crânes du Solutré, etc., sont plus a"*^ moins prognathes. Il en est qui égalent ou dépassent même socv- ^ ce rapport la moyenne de nos races nègres. Toutefois aucun. -^ d*elles n'atteint un degré de prognathisme égal à celui que prfe- " sentent certains individus appartenant aux types austrauem- s inférieurs ou à la race cafre.
Un autre ordre de caractères qui, sans avoir l'importance d( précédents, n'en a pas moins une valeur réelle, présente ai faits analogues. Je veux parler de la taille et de ses variations M. Hamy Ta déterminée par la mensuration des fémurs et d( humérus. Il résulte de ses recherches que le maximun présent par le squelette de Menton est de 1",85, le minimum pris sur des squelettes de Furfooz est de 1"*,60. La différence entre deux nombres, 0'°,35, est bien loin de celle qui existe entre le extrêmes du tableau que j'ai donné plus haut.
La moyenne des nombres trouvés par M. Hamy, 1",764, plae la race de Cro-Magnon bien près des Pataçons de Musters ; maf la race de Furfooz, avec sa moyenne de 1"*,530, reste biei au-dessus des Boschimans et des Mincopies. Slle est presqu exactement au niveau des Lapons.
Les oscillations se sont produites aussi bien dans le temp-que dans l'espace. La plus ancienne race n'est pas la plugrande. Les squelettes de Néanderthal et de Brux donnent, um moyenne de 1",705 seulement. La race de Cro-Magnon, supè^ — Heure par la taille à toutes les autres, se montre chronologiqu( ment intermédiaire entre elles.
Sans doute, les généralisations précédentes reposent sur ui nombre d'observations encore trop restreint pour pouvoir êtr^^ regardées comme définitives. Mais elles répondent néanmoin^^ à ceilaines assertions et tendent à dissiper plus d un préjugé.
VII. — Dolichocéphale ou brachycéphale, grand ou petit, or- — ' thognathe ou prognathe , l'homme quaternaire est toujours homme dans l'acception entière du mot. Toutes les fois que se^ restes ont permis d'en juger, on a retrouvé chez lui le pied, Im-main qui caractérisent notre espèce, la colonne vertébrale ^ montré la double courbure à laquelle Lawrence attachait une sfihaute importance et dont Serres faisait l'attribut du règne hu — naain tel qu'il l'entendait. Plus on étudie et plus on s'assure m^
mu
chaque os du squelette, depuis le plus volumineux jusqu'au p petit, porte avec lui, dans sa forme et ses proportions, un certificat d'origine impossible à méconnaître.
A raison de son importance spéciale, la tête mérite que nous^ la considérions un instant à ce point de vue.
Constatons d'abord que tous les os des têtes humaines modernes se retrouvent dans les têtes fossiles avec les mêmes formes, et présentent les mêmes rapports. Soit qu'on les considère isolément, soit qu'on envisage leur ensemble, rien en eux ne peut