DOCTRINES ANTHROPOLOGIQUES GÉNÉRALES
les descendants de ces préadamites n'étaient autre chose que les gentils^ toujours si soigneusement distingués des juifs. On voit que le polygénisme, habituellement regardé comme un résultat de la libre pensée^ a commencé par être biblique et dogmatique.
La Peyrère avait attaqué le dogme adamique au nom du respect dû au texte d'un livre sacré. Les philosophes du xviii* siècle parlèrent au nom de la science et de la raison. C'est à eux que remonte en réalité l'école polygéniste actuelle. Mais il est aisé de reconnaître que la plupart d'entre eux ne furent guidés dans leurs écrits que par l'esprit de controverse. Avant tout ils voulaient ruiner un dogme. Malheureusement la même préoccupation se retrouve dans un trop grand nombre d'écrits publiés de nos jours. De leur côté, certains monogénistes ont le tort de chercher dans les doctrines religieuses des arguments en faveur de leur thèse et d'anathématiser leurs adversaires au nom du dogme.
Les passions sociales et politiques sont venues s'ajouter aux passions dogmatiques et antidogmatiques pour obscurcir encore une question déjà fort difficile par elle-même. Aux Etats-Unis surtout, les esclavagistes et les négrophiles ont souvent lutté sur ce terrain. Bien plus, en 1844 M. Galhoun, ministre des affaires étrangères, ayant à répondre aux représentations que la France et l'Angleterre lui adressaient au sujet de l'esclavage, nliésita pas à défendre les institutions de son pays en arguant des différences radicales qui séparaient selon lui le Nègre du Blanc.
A côté des polygénistes cjui obéissent à des préoccupations peu ou point scientifiques, il est des hommes de science désintéressés et sincères qui croient à la multiplicité des origines humaines. Ce sont surtout des médecins^ habitués à l'étude de Vindividu, mais peu familiers avec celle de Vespèce. Ce sont encore des paléontologistes que la nature de leurs travaux force à ne tenir compte que de ressemblances et de différences morphologiques, sans jamais appeler leur attention sur les faits de reproduction, de filiation. Ce sont enfin des entomologistes, des conchiliologistes, etc., qui, exclusivement préoccupés de distinguer d'innombrables espèces par des caractères purement extérieurs, demeurent étrangers aux phénomènes physiologiques et jugent des êtres vivants comme ils jugeraient des fossiles.
En revanche, le monogénisme compte parmi ses partisans presque tous les naturalistes qui ont porté leur attention sur les
Shénomènes de la vie, et parmi eux les plus illustres. En dépit e la différence de leurs doctrines Buffon et Linné, Cuvier et Lamarck, Blainville et les deux Geoffroy, MûUer le physiologiste et Humboldt le voyageur s'accordent sur ce point. En dehors do toute influence que pourrait exercer le nom de ces grands lK>mme8, je partage, on le sait, leur manière de voir. J*ai exposé à diverses reprises les motifs tout scientifiques de mes conviotions et je vais essayer de les résumer en auasi peu de pages que possible.