‹ L'espèce humaineChapitre 77 sur 160 · RACE DE CRO-MAGNON — ÉTAT SOCIAL · texte numérisé non relu

RACE DE CRO-MAGNON — ÉTAT SOCIAL

preuve le coup de hache qui a enfoncé le crâne à la femme

jGro-Magnon. En revanche, les sépultures de Solutré, en

livrant plusieurs têtes de femmes et d'hommes édentés,

>lent attester que la vieillesse recevait des soins particuliers

ts ces tribus et était par conséquent honorée. Cette race a cru

le autre vie ; et le contenu des tombes semble prouver que sur

bords de la Vézère et de la Somme on comptait sur les prai-

bienheureuses, comme sur les rives du Mississipi.

»mme TAlgonquin, Thomme du Périgord ne s'est pas élevé

lessus du degré le plus inférieur de 1 état social; il est resté

îur, tout au moins jusque vers la fin des âges qui le virent

*aitre dans nos montagnes. C'est donc à tort que l'on a

moncé à son sujet le mot de civilisation. Pourtant il était

lé d'une intelligence élastique, perfectible. Nous l'avons vu

agresser et se transformer tout seul, fait dont on ne trouve

;une trace chez son similaire américain. Par là, il lui est

lent supérieur. Enfin ses instincts artistiques, les œuvres

larquables qu'il a laissées, lui assignent une place à part

d les races sauvages de tous les temps.

X. — Pendant toute la première partie de l'âge du renne, la deCro-Magnon s'est maintenue dans l'état dont j'ai indiles principaux traits. Mais à partir de la seconde moitié du ^me âge, quand se déposaient le diluvium rouge et le lœss su- Weur, il se manifeste chez elle une véritable décadence qui ^accentue de plus en plus. Le travail de l'os et du bois de renne linue et redevient plus grossier ; la taille du silex au con- Undre reprend faveur; et sur quelques points, comme dans la ^0otte découverte à Saint-Martin d'Excideuil par M. Parrot, «le atteint un fini des plus remarquables. Mais ce perfectionnement lui-même semble accuser l'approche de temps nouveaux et trahir l'influence d un élément étranger.

C'est que pendant cette période le milieu général se modifiait. Le sol européen achevait de sortir des flots ; le climat maritime fiiisait place au climat continental ; le ciel se rassérénait ; de diauds étés succédaient à des hivers plus froids, mais moins pluvieux; par suite les glaciers reculaient et se renfermaient dans leurs Umites actuelles ; far suite aussi la faune se partageait. Les animaux amis du froid et organisés pour la vie de montagnes, comme le chamois et le bouquetin, se contentèrent d'émigrer en altitude et suivirent les glaces dans leur retraite ^ers nos plus hauts sommets. Le renne, qui n'est nullement grimpeur, dut émigrer en latitude et remonter vers le nord. oes troupeaux devinrent de plus en plus rares, et finirent par disparaître de nos contrées où, même domestique, il n'aurait pu durer longtemps. La société humaine, qui depuis des siècles sans doute vivait de cet animal et tirait de lui ses vêtements, ses truies, ses outils, dut être profondément ébranlée. Avec le • lenne, elle perdait pour ainsi dire sa raison d'être.

Qu'arriva-fril alors ? D'après MM. Cartailhac, Forel, de Mor-

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tillet, rhomme disparut ou émigra avec ranimai qui lui était devenu nécessaire, et les vallées d/u Périgord, du Màconnads^ des Pyrénées, restèrent désertes. Pour eux, après la fia de Tàgi du renne, il y a une large et profonde lacune, un grand hiatu»

Eendant lequel la faune se renouvelle, après lequel apparaît rusquement une nouvelle race d'hommes qui polissait la pierr& au lieu de la tailler, et s'entourait d'animaux domestiques.

Malgré l'incontestable autorité des savants que je viens de nommer, leur opinion n'a rallié, croyons-nous, que de bien rares partisans, et a été vivement combattue. Sans doute il est possible, il est même probable qu'un certain nombre de stations furent abandonnées à l'époque dont nous parlons, et que leur» habitants allèrent chercher vers le nord les conditions clima» tériques et les facilités pour la chasse auxquelles Ub étaient hahÂtués. Mais d'autres tribus restèrent en place, se firent aux 1 Icessités nouvelles, adoptèrent les armes, les mœurs des» populations immigrantes et se confondirent avec elles. Je m puis entrer ici avec M. Gazalis de Fondouce dans toutes les con^ sidéralions géologiques, zoologiques et archéologiques qui justifient cette manière de voir. Je me borne à citer quelques faits qui relèvent surtout de l'anthropologie.

MM. Louis Lartet et Chapelain Duparc ont découvert prèsde Sorde, dans le département des Basses-Pyrénées, un abri qui, méthodiquement fouillé, a montré dans sa couche inférieureun crâne et des ossements humains associés à un collier de dents de lion et d'ours. Au-dessus, et se confondant avec eUevétait placé un épais foyer d'où les explorateurs ont retiré des flèches barbelées du type magdalénéen, et de nombreux instru* ments et outils du même âge. Des ossements de cheval, de bœuf, se mêlaient à ces produits de l'industrie humaine. La renne ne manquait pas à ces débris de cuisine, mais cette espèce était plus rare que les autres. Enfin au-dessus du foyer, et par- ■ fois engagée dans sa portion supérieure, se trouvait une couche pétrie pour ainsi dire d'ossements humains. Là, les habile» explorateurs ont recueilli quelques silex taillés semblables aux précédents ; mais ils y ont trouvé aussi une lame étroite et mince, ainsi qu'un poignard triangulaire* qui, par la forme, par la nature du travail, se rattachent intimement aux plus beaux pro*duits de l'art de la pierre polie.

La sépulture supérieure contenait les restes de plus de trente individus. Ces ossements ont été portés au Muséum, et M. Hamy n'hésita pas à les rapporter à la race de Cro-Magnon. Je n'ai eu qu'à confirmer ce premier jugement, car il ny avait pas de doute possible. Sur les os des membres aussi bien que sur les crânes on retrouvait tous les caractères devenus classiques depuis les beaux travaux de MM. Broca et Pruner Bey.

Ainsi, dans cette curieuse grotte de Sorde, nous voyons supet* ^ posés deux types archéologiques^ la pierre taillée et la pierra . ' fKilie; nous ne trouvons qu une seule race humaine, ceUe da

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Cro-Magnon. N'est-il pas évident que cette race a eonnn ici les derniers temps de Tàge du renne, et les premiers de Tépoque actuelle?

Tout en s'accommodant à des conditions d'existence nouvelles, eu acœptant les industries d'étrangers plus avancés qu'elle, la petfte tribu de Sorde semble avoir conservé intacte la pureté de sonsftDg. Mais il n'a pu en être partout de même, et l'invasion devait entraîner des croisements. Ici encore, les faits justifient pleinement ce qu'indiquait la théorie.

Dans la caverne de l'Homme-Mort, située sur un haut plateau delà Lozère, et qu'ont si bien étudiée MM. Broca et Prunières, wi n'a trouvé que des animaux de l'époque actuelle ; point de renne, pas même de cheval, de bœuf ou d^ cerf. En outre, une pointe de lance ou de javelot a été fabriq/.ée avec un fragment de hache en pierre polie. On se trouve donc ici en présence d'une population bien postérieure aux temps quaternaires et trèsprobablement contemporaiœ de celle qui élevait de nombreux dolmens dans le voisinage.

Or, les restes de cette population montrent a un haut degré la trace du type de Cro-Magnon altéré en partie peut-être par l'action du nouveau milieu, mais aussi par des mélanges ethni- <Ioe8. La taille a sensiblement diminué ; elle est descendue à 4"fâ en moyenne. La largeur du haut de la face s'est atténuée; l'ensemble de la tête est devenu presque harmonique. Mais la dolichocéphaUe persiste ; les lignes du crâne sont restées à peu près les mêmes; les orbites sont toujours allongés, l'orifice nasal ^it. Surtout les os des membres ont, en grande majorité, conservé leurs traits si caractéristiques. Les péronés ont les cannelures rencontrées à Cro-Magnon ; les tibias sont platycné- Bùques; les fémurs présentent cette ligne âpre, renflée en contrefort qui constitue un des traits les plus curieux de la race ; enfin les cubitus ont sous la cavité sigmoïde, la courbure tant de fois signalée comme simienne.. Mais en même temps apparaît ^ trait jusqu'ici étranger à la race pure de Cro-Magnon. La fosse olécranienne de l'humérus est perforée sur un nombre de sujets atteignant la proportion de 26 et peut-être de 33 0/0. A Jm seui, ce trait que nous trouverons dans d'autres races fossiles, iudiqiserait un métissage , et confirme les inductions qu'on pouvait déjà tirer de la diminution de la taille, des modifications Qe la face, etc.

Sur les deux crânes, sur les quelques ossements de Géménos, pïès de Marseille, et que M. Marion a sauvés de la destruction, Ott constate des faits analogues.

Ainsi,, dans la Lozère, eomme aux environs de Marseille, la f»» âe Gro-Maignon apparaît en plein temps de la pierre polie, Quôs aivec ma mélange de caractères qui accusent l'influence d'un Sttif étranger. Sur le littoral méditerranéen comme dans les hautes Gévennes, nous la surprenons au moment où ses tribus coBKnencent à se fusionner avec celles qui leur apportaient les

premiers éléments de la civilisation moderne. Il n'y a rieo d'étrange à ce que de simples chasseurs aient été plus ou moms absorbés par la population plus dense qui possédait des bestiaax et élevait des dolmens.

XI. — Mais, pas plus que celle de Ganstadt et moins encore, la race de Cro-Magnon n'a réellement disparu. On la suit à travers les âges, on la retrouve dans certaines populations de nos jours.

A Solutré, dans les tombes néolithiques placées à côté des sépultures quaternaires, les vieux chasseurs de chevaux sont représentés par leurs descendants dont on retrouve les crânes plus ou moins modifiés. Dans les grottes sépulcrales de la Marne, si habilement et si fructueusement exploitées par M. J. de Baye, le type de Gro-Magnon s'associe à ceux de auatre autres races quaternaires et à une race néolithique. En Allemagne, près du Taunus; en Belgique, dans les cavernes d'Hamoir et à Nivelles; aux environs de Paris, dans les alluvions récents de Grenelle; dans les glaises du port de Boulogne, etc., on a trouvé des restes humains datant de la même époque, appartenant à la même race. Dans l'Aisne, en fouillant un cimetière gaulois de l'âge du fer, M. Piette a rencontré un squelette de Cro-Magnon. A Paris même, les fouilles de l'Hôtel-Dieu, celles du boulevard de Port- Royal, etc., ont livré des crânes de la même race remontant probablement au v« siècle, et il en est de plus récents. On en trouvera certainement de modernes. J'ai moi-même, par deux fois, constaté chez des femmes, des traits qui ne pouvaient s'accorder qu'avec l'ossature crânienne et faciale de la race dont nous parlons. Ghez l'une d'elles, la dysharmonie de la face et du crâne était au moins aussi marquée que chez le grand vieillard de Gro-Magnon : l'œil enfoncé sous la voûte orbitaire avait le regard dur ; le nez était plutôt droit que courbé, les lèvres un peu fortes, les masséters très-développés, le teint très-brun, les cheveux très-noirs et plantés bas sur le front. Une taille épaisse à la ceinture, des seins peu développés, des pieds et des mains relativement petits, complétaient un ensemble qui, sans être attrayant, n'avait rien de repoussant.

Les études de M. Hamy ont étendu et agrandi ce champ de recherches. Il a retrouvé le type dont nous parlons dans la collection de crânes basques de Zaraus, recueillie par MM. Broca et Vélasco; il l'a suivi jusqu'en Afrique dans les tombes mégalithiques explorées surtout par le général Faidherbe, et chez les tribus Kabyles des Beni-Masser et du Djurjura. Mais c'est principalement aux Ganaries, dans la collection du Barranco-Hundo de Ténériffe, qu'il a rencontré des têtes dont la parenté ethnique avec le vieillard de Gro-Magnon est vraiment indiscutable. D'autre part, quelques termes de comparaison, malheureusement bien peu nombreux, lui font regarder comme probable que les Dalécarliens se rattachent à la même souche.

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