RON ES
tienne » dans chaque Faculté de théologie, on aurait beau organiser des «colonies universitaires » dans les faubourgs des cités populeuses, on aurait beau mêler les futurs pasteurs aux combats silencieux et aux douleurs cachées de la foule humaine, malgré tout, rien ne serait accompli, si cette préparation spéciale à l’apostolat semblait purement et simplement surajoutée à l’enseignement scientifique. C’est cet enseignement lui-même qui doit contenir et justifier l’apostolat. Un professeur de théologie disait, récemment, à ses élèves : « Vous devez devenir des docteurs, des dddsxaho., et c’est pour cela que, conformément à la tradition constante du protestantisme, vous venez passer les belles années de votre jeunesse dans une Faculté de théologie, et — ne l’oubliez pas, car c’est à la fois notre titre de gloire et la source de nos plus grandes responsabilités — dans une Faculté universitaire. La théologie, telle que nous la comprenons, est une discipline scientifique. » (Jean Réville : La théologie, partie intégrante du cycle de l’enseignement universitaire]. Nous souscrivons à ce fier idéal.
Or, dans la mesure même où elle sera scientifique, la théologie sera fidèle à la vérité, elle peindra un tableau conforme à la réalité qu’elle étudie dans l’histoire et dans les textes, elle construira ce concept biblique du Royaume qui est la substance même de la Révélation, la raison d’être de l’Église, le but de la Rédemption, et, par conséquent, la justification de l’apostolat. Il est permis de se demander si les futurs pasteurs reçoivent l'impression salutaire que toutes les « disciplines » sont unifiées dans le feu de ce creuset divin. Est-ce que le dynamisme caché du Processus libérateur est mis en lumière par les efforts convergents de leurs différents maitres ? Est-ce que la pensée dominatrice et la volonté directrice
qui mènent patiemment le monde à ses fins, opèrent la vivante Synthèse des branches séparées du savoir théologique ? Dans quel esprit, en un mot, leur inculque-t-on la science ?
Il y a une manière de la présenter qui constitue la négation du Rovaume. On commence par déclarer aux futurs pasteurs qu’ils sont réunis pour étudier toutes les manifestations religieuses de l’âme humaine, dans les cinq parties du monde; puis l’on s'excuse, en alléguant le manque de temps, de borner presque exclusivement ses recherches au christianisme, et à sa préface obligatoire le judaïsme ; mais on prend soin, néanmoins, d'ajouter qu’en explorant la Bible, on ne prétend pas se séparer des «hommes de toute confession ecclésiastique et de toutes les opinions philosophiques, des étudiants de toute race et de.toute provenance qui se rencontrent dans l’Université. » Un enseignement théologique ainsi conçu, n’est pas calculé pour allumer au cœur des futurs pasteurs une enthousiaste confiance dans les destinées providentielles du Christianisme, ni pour les lancer à l’assaut du monde au nom des promesses non réalisées de l’Écriture. Le Royaume de Dieu n’est plus qu’un vain mot.
Ailleurs, les études théologiques ne sont pas représentées comme un examen impartial de toutes les religions passées, présentes, ou futures. On y étudie franchement la Bible, parce qu’on y possède, avec certitude, le document même de la Révélation. Exégèse, histoire, dogmatique, morale, tout gravite, consciemment, autour des Écritures. Mais sait-on trouver, dans celles-ci, le Royaume de Dieu? (1).
(1) Rien de plus caractéristique, à ce point de vue, que le programme des cours au Bible Institute. La première année d’études est consacrée à l'Ancien Testament. C'est à ce sujet qu'on expose toute la doctrine
Les uns l’identifient, plus ou moins, avec l’Église; les autres, avec le séjour des bienheureux; d’autres y découvrent une périphrase hébraïque pour désigner la domination de Dieu sur les cœurs. Et chacune de ces trois couleurs fondamentales se diversifie en nuances diverses. Mais aucune de ces conceptions fragmentaires n’épuise l’infinie richesse de la pensée biblique sur le Royaume; etaucune d’entre elles n’est la présupposition nécessaire d’un apostolat obligatoire. En effet, si le Royaume est identique à l’Église, il suffit au pasteur de cultiver sa paroisse (la préparation ecclésiastique répond à tout) ; si le Royaume s’identifie avec la vie chrétienne, il suffit de fortifier la piété personnelle en soi-même et chez autrui (contentons-nous de la préparation spirituelle]; enfin, si le Royaume s’identifie avec le ciel, à quoi bon transformer un monde sans avenir, et que le Messie ne régira jamais ? (la préparation apostolique est inutile). Il est vrai que l’on prétend, malgré tout, conserver la notion scripturaire d’un Royaume objectif. Mais alors, que devient le Royaume de Dieu dans l’enseignement théologique ? Il en devient une section, un appendice, au lieu d’en constituer le cadre. Toutefois, le squelette ne peut pas se surajouter au corps ; si les chairs n’ont pas crû autour
chrétienne ainsi résumée: a) The doctrine of God (Trinity, attributes, etc.); b) The doctrine of Christ (Old Testament theophanies, Incarnation, Deily, Sinless humanity, Death, Resurrection, Mediatoral Work, Return); c) The doctrine of the Holy Spirit (His Deity, Personalily, Offices and Work): d) The doctrine of man (Creation, Fall, etc.) ; e) The doctrine of grace (Repentance, Faith, Regeneration, Conversion, Justification, The new life). Voilà la quintessence d’une théologie que certains oseront appeler théologie biblique ! Où est le Royaume de Dieu dans tout cela? Dans les Écrilures, il est partout; ici, il n’est nulle part; pas plus, d’ailleurs, que dans la littérature pieuse (catéchismes traités de propagande, romans) inspirée par l’Évangélisme du XIXe siècle.
des os, l'organisme obtenu appartient à l’'embranchement des invertébrés. Or, la doctrine du Royauine doit former la charpente inébranlable de l'encyclopédie théologique.
Il ya, d’ailleurs, des Facultés où .le Royaume de Dieu n'obtient pas même une attention quelconque, une importance même subordonnée. Il est passé sous silence. Et ce silence est, peut-être, préférable à tel enseignement erroné sur le sujet. D'ailleurs, si le Royaume, même sans être nommé, était la grande réalité sous-entendue dans tous les programumnes, dans tous les cours, dans tous les exercices ; si le Royaume était le substratum fertile où la végétation théologique puisait sa sève, on le reconnaitrait, du premier coup,au coloris des fleurs, à la forme des fruits. Tout s’en ressentirait : l'énoncé des définitions, la position des problèmes, l’orientation des recherches. La nécessité axiomatique de l’apostolat découlerait, naturellement, de ia science ; la stricte obligation de l’activité messianique au service du Christ, apparaîtrait comme le premier postulat de la théologie complète; et celle-ci se couronnerait partout, sans effort, par une théorie de la Mission. (L'histoire des missions est celle d’une gestation sans analogue ; elle nous montre, d’une manière plastique, le Royaume dans son «devenir »).
La matière du présent volume suffit à suggérer les principaux changements qu’introduirait la vision du Royaume dans la tractation des disciplines théologiques. Mais nous affirmons, dès maintenant, que le triomphe du messianisme dans le domaine de la pensée chrétienne, loin d’en compromettre la liberté et le légitime désintéressement, lui donnerait un nouvel essor. En effet, à l’heure actuelle, dans nos églises, un irrésistible courant entraîne pasteurs et troupeaux vers l’activité pratique; et la séparation
se creuse, toujours plus profonde, entre le ministère pastoral, ainsi entendu, et sa préface: une préparation scientifique sans lien avec la vie. De là, l’imminence d’une rupture entre l’Église et l’École. Mais quand la doctrine du Royaume aura, tout à la fois, d’une part ennobli la théorie en lui communiquant là dignité de l’action, et d’autre part enuobli l’action en lui conférant la dignité d’un principe, alors le fossé sera comblé entre la paroisse et la Faculté. Et l’on peut même prophétiser que l’Église, en ce jour-là, plus respectueuse que jamais des droits de la pensée, et justement confiante en l'influence apostolique de sessavants, cessera de réclamer à leur égard certains droits de surveillance, qu’elle postule avec décision. Dès l’heure où ses inquiétudes cesseront, l'Église sera la première à revendiquer, pour l'École, les prérogatives sacrées d’une parfaite liberté scientifique.