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CHAPITRE DIXIÈME III. — LE RETOUR AU PRINCIPE DE LA RÉFORMATION

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En attendant que le catéchisme soit modifié, et que les études théologiques prennent une orientation différente, il faut pourtant agir. Le devoir des chrétiens isolés est de pousser à la Réforme, de la vouloir et de la prophétiser. C’est le but que nous poursuivons, humblement, dans ces pages ; reprenant la devise des Réformateurs, nous préconisons le retour aux Écritures, c’est-à-dire à l’'Hébraïsme. «L’Hébraïsme, c’est le Prophétisme ; le Prophétisme, c’est le Messianisme, explicite ou implicite; le Messianisme, c’est la vision surnaturelle, la proclamation obéissante, et l’attente inébranlable du Royaume de Dieu» (Cf. notre premier volume, p. 125).

Ni nos cantiques, ni nos liturgies, ne sont inspirés par ce souffle-là (1). Ce qui est plus grave, c’est que nos versions bibliques ne rendent pas, nettement, la pensée maitresse

(1) Dans le recueil des Psaumes et Cantiques de l’Église réformée, on compte, sur 248 chants, 7 numéros consacrés à la mission de l’Église, et 8 à l’aclivité chrétienne. Et le sens de cette action est ainsi défini, dans la table analytique des matières : « charité, aumône, etc. » — Dans notre lilurgie de la Sainte Cène, si belle à d’autres égards, on est stupéfait de constater à quel point le croyant s'y constitue comme le centre du monde, ct semble isuorer la foule humaine.

des Écritures ; travaillant sincèrement pour affermir l'Église et préparer les âmes au ciel, les traducteurs ne pouvaient guère faire justice aux intuitions fondamentales de l’Hébraïsme ; quand ils rencontraient le mot «Royaume de Dieu », dans le Nouveau Testament, ils choisissaient d’instinct, entre les divers sens possibles, celui-là même qui s’écartait le plus de la réalité ; et, bien que la grammaire et le dictionnaire appuyassent leurs interprétations, ils donnaient raison à cette sentence d’Amiel: Il v a une manière de tuer la vérité avec des vérités. »

Le biblicisme authentique ne consiste pas à professer telle ou telle doctrine biblique, par exemple la justification: par la foi avec Luther, ou la sanctification par la foi avec Wesley. Le contexte importe plus encore que le texte! En d’autres termes, toute doctrine, même biblique, cesse d’être scripturaire, quand elle cesse d'occuper, dans l’ensemble de nos croyances, la place qu’elle occupait dans l’organisme vivant des Écritures. Une vérité particulière, formulée exactement, n’est pas encore la vérité; il faut déterminer ses relations avec les vérités ambiantes, et lui conserver ses proportions originelles ; sans quoi, l’équilibre de tout le système est rompu. Insistez sur la souveraineté de Dieu, vous aurez la prédestination calviniste; insistezsur le libre arbitre, vous aurez le pélagianisme ; insistez sur la divinité du Sauveur, vous aurez le docétisme, ou sur son humanité, et vous aurez l’arianisme ; iasistez sur la justification individuelle par la foi, et vous aurez le christianisme individualiste du Réveil ; insistez, au contraire, sur la signification sociale de l'Évangile, et vous tomberez dans un vague humanitarisme. Seule, la notion authentique du Royaume - de Dieu offre un cadre assez vaste et assez ferme pour contenir les divers éléments hiérarchisés de la vérité

totale. Elle ne nous présente pas seulement le Christ souffrant, comme une certaine théologie orthodoxe, ou le Christ vivant, comme le rationalisme mystique, ou le Christ régnant, comme les sectes apocalyptiques, mais elle nous présente le Rédempteur dans la plénitude bénie de son activité, centre de l’ancienne et de la nouvelle alliance, alpha et oméga de l’histoire, médiateur entre Dieu et l’homme, entre le ciel et la terre, entre l'esprit el le corps, entre l'individu et la société, réalisant enfin le programme qui faisait tressaillir d’allégresse la raison grave d’un Vinet: «Exposer aux regards des sages l’universelle médiation de Christ, s’interposant dans le monde de la pensée, comme dans le monde dela conscience, entre les vérités contradictoires, rétablissant la continuité entre les idées par la continuité entre les faits, enseignant par l’action, créant pour instruire, complétant la pensée humaine en complétant l’existence humaine, nous donnant une nouvelle lumière, en nous donnant un œil nouveau, apportant au monde une vie qui est unelumière, une lumière qui est une vie, pacifiant, par un même pouvoir et par un même acte, le cæuretlintelligence, — voilà le miracle dontil s’agirait d'exposer au jour les diverses faces (1). »

Par les considérations qui précèdent, il sera facile de comprendre qu’en préconisant le retour au principe de la Réformation, nous ne prétendons pas retourner en arrière, mais bien pousser en avant. La question n’est pas de savoir si nous penserons comme les Réformateurs, sur tous les points, mais si nous agirons comme eux, c’est-à-dire Si nous réformerons, au besoin, l’Église et la foi, en nous appuyant sur les Écritures. Et, par les Écritures, répétons-le,

(1) Mélanges. — « Sur la réduction des dualilés. »

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