‹ L'espérance chrétienne (volume 2)Chapitre 12 sur 72 · PT SERV PRE TON · texte numérisé non relu

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même de l’histoire, soumettant leurs actes et leurs paroles au libre examen de la critique, tandis que les Tirésias, les Kalchas et les Polydamas pontifient, silhouettes légendaires, dans les poèmes d’un Homère. Chacun sait que le prophète juif, ouvrier parfois récalcitrant d’une œuvre mystérieuse, parle contre ses intérêts personnels, et heurte de front les superstitions populaires (1); son indignation éclate, lorsque la foule accourt à la sorcellerie ou à l’évocation des morts ; mais les augures païens, privés du Saint-Esprit, recourent, volontairement, à des procédés artificiels pour simuler l'inspiration ; la sibylle connaît les secrets de l’extase provoquée; les uns s’excitent jusqu’à la fureur, les autres s’abrutissent jusqu’au coma, et cela dans l’intention arrêtée d'entretenir une crédulité payante. Chacun sait tout cela ; et quiconque a vécu de la vie de la conscience, et dans l'atmosphère de la prière, sent qu’il existe un abime entre le prophétisme israélite et la mantique païenne. Eh bien ! l’on n’efface pas les précipices d’un trait de plume. Le déisme seul, qui supprime l'influence de l'Esprit, ou le

(1) « Durant six siècles au moins, nous constatons l’apparition d’une série d’hommes dont chacun reprend le travail de ses devanciers ; qui ne cherchent rien pour eux-mêmes, qui sacrifient toute leur existence au devoir de faire triompher le culte du Dieu unique et saint, dans la conscience et la vie de leur peuple ; qui luttent, dans cette intention, avec une indomptable énergiô, acceptant tous les outrages, parfois cherchant à échapper à une si rude tâche, mais toujours ramenés à l’œuvre par la puissance qui les domine. D’autres peuples, sans doute, ont eu des sages qui ont entrevu de hautes vérités et en ont fait part à quelques adeptes. Mais où trouver une apparition analogue à la chaîne d’or non interrompue dont les prophètes israélites sont les anneaux ? » (Bible annotée). Matter écrit : « Ce qu'il y a de vraiment miraculeux dans les prophéties, c’est qu’elles ont été proclamées au sein d’un peuple obscur, dont elles choquaient tous les sentiments. et dont la faiblesse et la misère augmentaient de siècle en siècle » (Dogmat. Il, 194).

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panthéisme seul qui l’universalise, peuvent nier le caractère unique et divin des voyants de l’Ancienne Alliance. Sans doute, répliquera-t-on; mais il faut distinguer,

dans leurs prédications, un double élément : l'élément |

moral et religieux qui est éternel, et l’élément transitoire composé de prévisions particulières. « Mais pourquoi, écrit Orelli, pourquoi statuer un pareil dualisme entre Ia vérité et la réalité? Cette prétendue opposition trouve sa

synthèse dans le Dieu vivant, pour lequel il n’y a point.

de différence entre l’extérieur et l’intérieur, entre le contingent et le nécessaire; qui régit à la fois la Nature et l'Histoire, et dont l’unité fondamentale fait la force et la vie de la Prophétie. Celle-ci ne se propose nullement d'extraire des événements isolés certains principes généraux, mais son but est que la vérité divine toute entière devienne réalité; que l'Éternel prenne enfin son sceptre en main, et que son règne s’établisse dans son peuple et dans le monde. Le Royaume, voilà le but!» Cela est tellement vrai, que le mosaïisme voue à la peine capitale un voyant qui n’est que devin ou magicien, et dont les heureuses prédictions, vérifiées cependant par l'expérience, tendent néanmoins à détourner le peuple de la Loi, expression de la volonté du Souverain. « S’il s'élève au milieu de toi un prophète qui t’annonce un signe, et qu’il y ait accomplissement du signe ou du prodige, ce prophète. sera puni de mort, » au cas où sa puissance, pourtant réelle,

servirait les intérêts de l’idolâtrie (Deut., 13/1-3). Souve- :

raineté et Sainteté de J éhovah, tel est le mot de passe des

prophètes vrais. Et voilà donc le critère du prophétisme ; authentique : vision du Royaume de Dieu, et courage prêt Ke

à tous les sacrifices, pour amener le triomphe de la volonté

juste et pure de l'Éternel.

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