‹ L'espérance chrétienne (volume 2)Chapitre 13 sur 72 · AE · texte numérisé non relu

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Parce que cette volonté — insondable mystère! — est appelée à combattre pour se réaliser, à « lutter pour la vie, » le spectacle de son triomphe constitue un élément considérable dans la contemplation du Royaume : c’est le Jugement, le & jour du Seigneur; » mais le jugement luimême n’est que le moyen subordonné à une fin supérieure : « Le Règne du Seigneur. » Ce Règne « vient. » Un mouvement continu entraine les prophètes à sa rencontre; et leurs prédictions successives s’élargissent, en avançant, comme un fleuve, tout en se précisant (1). C’est ainsi que la promesse se rattache d’abord à Sem, puis à Abraham, à Isaac, à Jacob, puis à la tribu de Juda, puis à la maison de David, enfin à un individu particulier de cette famille. «Le Royaume de Dieu, écrit Orelli, semble d’abord purement extérieur. Mais le concept de la Terre Sainte s’approfondit de plus en plus, jusqu’à ce que la forme devienne incapable de contenir l’Idée qui déborde, jusqu’à ce que l’image devienne irréalisable; Ésaïe s’écrie, au sujet de la ville de Dieu : « Le soleil ne t’éclairera plus ; mais

l'Éternel sera éternellement ta lumière. »

(1) C’est la loi générale que Spencer formule quelque part en ces termes : Dans une existence quelconque, à mesure qu'il s'opère un changement de l’homogène à l’hétérogène, il s’en opère un autre, de l’indéfini au fini. A côté d’un progrès allant de la simplicité à la complexité, il se fait un progrès de la confusion à l’ordre. — Quel spectacle que celui du prophétismet « Les Grecs et les Latins ont fait régner les fausses déités, les poètes ont fait cent diverses théologies, les philosophes se sont séparés en mille sectes différentes; et cependant il y avait toujours, au cœur de la Judée, des hommes choisis, qui prédisaient la venue du Messie qui n’était connu que d'eux. » A cette pensée, ou plutôt à cette vue, Pascal pousse un cri de joie : «Ce n’est pas un homme qui le dit, mais une infinité d'hommes, et un peuple entier, prophétisant et fait exprès, durant quatre mille ans... Ainsi je tends les bras à mon Libérateur ! » (Pensées, XI, 5 bis et XV, 19).

La prophétie, comme l’histoire, dont elle est la plus

haute expression, forme donc un tout organique (1). Et de même que l’homme était préformé dans les types vivants qui précédèrent son apparition, de même l’œuvre du Messie, et sa personne même, furent préfigurés, au

cours des âges, dans le sein du peuple élu. Les destinées

d'Israël, comme sa pensée, sont prophétiques; tel est le rôle du type à côté de la prédiction verbale. | Et si l’on se rappelle, d’autre part, que la prophétie vise toujours à actualiser, dans la réalité concrète, la volonté de Dieu qu’elle proclame, on ne s’étonnera plus de cette conclusion : € En étudiant le prophétisme, il est impossible d'établir une distinction tranchée entre le passé, le

(4) Dans la préface à sa dogmatique (Einleitung in das System der christlichen Lehre, p. 203), Beck a une forte page sur la nécessité d'expliquer génétiquement les prophéties : « La prophétie concentre un développement historique immense dans l’unité de son origine et de son but. Un aujourd'hui du prophète se prolongera pendant mille ans, tandis que ces mille années, à leur tour, se ramasseront dans une seule journée, qui sera le germe d’une évolution nouvelle. À ce mouvement de l’histoire, allant de l'extrême simplicité à la complexité la plus haute, correspond un vocabulaire où sont réunis le début et la fin, le présent et l'avenir; de là ces expressions compréhensives, dont la racine plonge dans un événement actuel, et dont la cîme renferme la

fin des temps. La prophétie a, en effet, pour mission, de dévoiler la

marche progressive et éternellement prévue du Royaume de Dieu, d'éveiller la foi aux révélations passées ou futures, de fortifier cette foi et d'élargir toujours plus son horizon, pour qu’elle s’empare des réalités à venir avec une intensité croissante. Le devoir du chrétien est de reconnaître, toujours davantage, cette signification éternelle et universelle

de la prophétie; car le chrétien, déjà entré dans l’époque de l’accomplissement, avance néanmoins vers un accomplissement toujours plus .

complet des prédictions, et doit prendre lui-même, toujours plus nettement, une conscience toujours plus pleine du cours général de la Révélation. »

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présent et l’avenir, entre des prédictions spéciales ou générales, messianiques ou non. La logique interne des faits veut que tel ou tel jugement particulier soit déjà une manifestation du jugement universel, et tout jugement,

du reste, prépare les voies à une révélation supérieure. On est donc autorisé à grouper des passages qui décrivent

les uns et les autres le Royaume de Dieu, les uns à l’état

de devenir, les autres dans son épanouissement (1). Réserver pour ces derniers passages le qualificatif de messianiques, c'est arbitraire; car la personne du Messie n’est pas mentionnée dans tous les textes où il est question de l'établissement du Règne de Dieu. » Or, dire : Règne de Dieu, c’est dire : Messie, au moins dans le vocabulaire de l’Hébraïsme.

Aussi, ne partageons-nous point les griefs de Maurice Ver-

(1) Guers écrit, de son côté, mais sous une forme paradoxale : « Non seulement la prophétie se préoccupe avant tout du peuple de Dieu, mais elle envisage essentiellement ce peuple à un moment déterminé de son existence. La Jérusalem qui lintéresse, est bien moins celle qui’est actuellement foulée aux pieds par les Gentils, que celle qui doit être un jour habitée de nouveau par ses propres enfants. La prophétie peut avoir un but plus prochain : contempler une tribulation et une délivrance immédiates; mais ces choses sont pour elle un type et un avant-coureur des dernières épreuves d'Israël, elles transportent les prophètes au temps du rétablissement de toutes choses... Dès lors, on ne s'étonne plus que l'événement ne soit pas adéquat à la prédiction, quand on se souvient qu’elle n'aura sa pleine ratification que dans la crise finale. La prophétie réunit souvent les deux venues de Christ, comme si elle avait hâte de nous montrer l’œuvre de la Rédemption consommée. Quelquefois, elle ne les sépare que par une simple virgule; mais celte virgule, alors, représente des siècles, et réserve la place entière de l’économie actuelle » (Israël aux derniers jours, ch. 3). Il va de soi que la virgule n'existe que virtuellement dans le texte hébreu.

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