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assertion. Quand on connaît, dit-il, l’état d'esprit de la nation juive à l’époque du Christ, il est impossible de se méprendre sur le sens de ce cri : Le Royaume de Dieu est proche ! Pour les Israélites, cela signifiait « que la théocratie serait restaurée, et qu’une ère nouvelle s’ouvrait devant la nation, pourvu qu’elle revint aux premiers principes, » — c’est-à-dire aux principes constitutifs de son existence historique. Les Juifs, il est vrai, s’indignaient en reconnaissant la simple robe du rabbi sur les épaules d’un homme qui annonçait le rétablissement de la monarchie davidique, et qui refusait de conduire des armées ou de siéger au tribunal. Mais ses prétentions royales étaient, cependant, justifiées, car il entreprenait d'accomplir les œuvres mêmes qui alimentaient les hymnes du peuple à Jéhovah.
Ces observations nous paraissent justes, et nous estimons que Ehrhardit est trop absolu, quand il écrit, au sujet des. contemporains de Jésus : « Leurs espérances messianiques diffèrent toto genere de celles des prophètes. Chez ces derniers, l'avenir messianique se rattachait encore au présent par un lien organique. Ce lien est désormais rompu. Une catastrophe cosmique mettra fin, dans un avenir très rapproché, à ce monde vieilli » (1). En tous les cas, le Maitre ne s’est guère préoccupé de combattre les espérances théocratiques de sa nation, il y a même faite allusion, plus d’une fois, de manière à les confirmer, et toujours avec l’assurance qu’il était compris à demi-mot. Les douze patriarches revivent dans ses douze apôtres, et il les envoie, expressément, vers « les brebis perdues de la
(4) La récente controverse sur l'eschatologie de Jésus en Allemagne,
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maison d'Israël » (Mat. 10/6). A la vue de ses miracles, on loue « le Dieu d'Israël » (Mat. 15/31), on acclame le « fils de David, » et tous ses disciples s’attendent à ce qu’il « rachète Israël » (Luc 24/21). Il ne relève pas, comme une erreur, le souhait d’un convive : « Heureux celui qui mangera du pain dans le Royaume de Dieu! » (Luc 14/15). Il ne redresse pas ses disciples, quand ils lui demandent : « Est-ce en ce temps-ci que tu vas rétablir le Royaume pour Israël? » (Actes 1/6). Au contraire, et dans la nuit même de son arrestation, au moment où toute illusion est impossible, le Christ affirme aux siens « qu’ils mangeront et boiront à sa table dans son Royaume, et qu’ils seront assis sur des trônes, jugeant les douze tribus d'Israël » (Luc 22/30). Saint Paul, lui-même, fidèle écho du Maitre, cherchant à décrire l'horreur morale du paganisme, s’écrie avec une tragique véhémence : « O Éphésiens, vous étiez, autrefois, séparés de la république d'Israël! » (Éph. 2/19). Et quant à lui-même, il justifie, en ces termes, l’enthousiasme passionné de son apostolat : « C’est pour l’espérance de la promesse que Dieu a faite à nos pères, que je suis mis en jugement, promesse à l’obtention de laquelle nos douze tribus, qui adorent nuit et jour, espèrent de parvenir » (Actes 26/6).
Ces constatations suffisent à légitimer la conclusion que Jésus, héritier conscient du prophétisme, ne se sentait pas totalement dépaysé au sein du judaïsme contemporain. Et d’ailleurs, de quel droit supposer qu’il n’a jamais été compris, lorsqu'il revendiquait les titres de Messie, de Fils de l’homme, et de Roi? Est-ce donc en vain qu'il faisait perpétuellement appel aux psaumes et aux prophètes, non seulement pour légitimer son ministère, mais encore pour en expliquer la nature? À moins que ce ministère tout
130 | CHAPITRE CINQUIÈME de |
entier n'ait été qu’une longue charade, entrecoupée de rébus (1) ! Or, on sait, au contraire, à quel point les pré-
tentions messianiques de Jésus éveillèrent un écho profond dans les hommes de sa génération. Si les disciples eussent été seuls à s’émouvoir, déjà cette constatation nous suffirait, car. il serait assurément étrange, lorsqu'on établit une enquête
sur le judaïsme palestinien, de récuser le témoignage d’un
Juif pur-sang qui déclare : «Nous avons trouvé le Messie ! ». (Jean 1/41) oule témoignage d’un Juifauthentique s’écriant: « Tu es le Christ! » (Mat. 16/16). Mais voici, c’est la masse elle-même qui s’agite : la question de savoir si Jésus est le Messie met les têtes à l’envers dans chaque maison (Jean
7/26, 27, 31, 40-42) et l’autorité religieuse croit devoir …
fulminer une « bulle d’excommunication » contre tout sectateur du Nazaréen (Jean 9/22); les ennemis du prophète Galiléen l'entourent, menaçants, et s’efforcent de lui arracher un aveu compromettant, celui-là même qui ser- vira d’'amorce pour obtenir, une nuit, sa condamnation à mort: (Si tu es le Christ, dis le! » (Jean 10/24). En résumé, les contemporains ont d'autant moins de peine à couronner Jésus du titre de Messie, qu'ils ont failli poser ce diadème sur le front de Jean-Baptiste (Luc 3/15). Et dès lors, en. joignant lui-même, dans la prière sacerdotale, les noms de . Jésus et de Christ (Jean 17/3), le Sauveur justifiait d'avance la paisible assurance avec laquelle son apôtre termine son évangile en ces mots : « Le but de cet écrit, c’est que vous
(1) Ehrhardt écrit lui-même : « Ce serait une erreur de croire que les pieux Israélites aient appelé de leurs vœux un Messie guerrier. » D'après Baldensperger, « une conception vraiment religieuse du Messie et de son rôle dominait les esprits, au moment où Jésus parut » (Das Selbstbewusstsein Jesu im Lichte der messianischen Hoffnungen seiner Zeil),
RECOURS AU JUDAÏSME ET AU CHRISTIANISME à à 4
croyiez que Jésus est le Christ » (Jean 20/31 ; Cf. Mat. 27/18).
Or, ce terme de Messie, est-il besoin de lajouter? impliquait la royauté de Jésus (1). Le mot Christ, en effet, est tantôt pris expressément comme synonyme du mot roi (Jean 1/49; Luc 22/23) tantôt comme synonyme des formules Fils de Dieu (Jean 1/M et 49; Mat. 16/16 — 26/63; Jean 11/27) ou Fils de l’homme (Jean 12/34). D'autre part, l'expression « Fils de Dieu » équivaut, elle-même, au terme : « Roi d'Israël » (2) (Jean 1/49) — et l’expression « Fils de l’homme, » quand on la rapproche de la célèbre vision de Daniel, a manifestement une signification royale; si ce n’est pas la seule explication du terme, c’est une explication qui s'impose : « Hoc nomine Jesus de se utitur sine dubio ut ita messianam suam dignitatem indicaret, ut patet e locis : Mat. 26/64; Marc 14/62; coll. Dan. 7/13; Mat. 16/28 — 19/28. » (Clavis Grimm). Que signifierait, par exemple, un passage comme celui où le Fils de l’homme, déjà présent sur la terre, annonce que le Fils de l’homme wendra, — sil n’y avait pas là une allusion à la prophétie
écrite? (Mat. 10/23).
Ainsi, le judaïsme contemporain de Jésus attendait un Roi-Messie; et le Maître approuve une pareille conception de son rôle. Il s'intitule Christ et Fils de l’homme; bien plus, il rejette ces métaphores et revendique, par ses paroles et par ses actes, la dignité d’un monarque. Il dit, lui même : « Je suis Roi! » (Jean 18/37). Et rien ne manque, en effet, à ce prince; ni l’encens et les génuflexions
(1) Cf. des synonymes instructifs dans Actes 8/5 et 12 — et 28/31.
(2) Les deux idées de Fils de Dieu et de Roi sont combinées dans la
formule Christ de Dieu. Luc 9/20 — 23/35; cf. Actes 3/18 — 25/26;
Apoc. 11/15 — 12/10 et aussi Luc 2/26.
devant son berceau, ni les ovations tumultueuses d’un peuple de sujets loyaux, impatients d'assister à la fête du couronnement (Jean 6/15), ni l’entrée triomphale dans la
capitale, ni le manteau éclatant, ni le sceptre, ni la couronne, ni les soldats prosternés devant leur chef, ni l'élévation finale sur le pavoi. Il est vrai que le sceptre est:
de roseau, que la couronne est d’épines, que les soldats . 4 A . . $e
ricanent, et que le trône est une croix, mais qu importe?
Il faut avoir les yeux crevés pour ne pas discerner la valeur
symbolique et la signification providentielle de tous ces. traits accumulés, commentaire infaillible et divine justifi= .
cation des prétentions du Messie; de cet empereur qui savait attendre son heure, et qui, ayant refusé, au désert, les royaumes du monde offerts par Satan, obtint pour fief,
après avoir souffert, non seulement la terre, mais encore le
ciel (Mat. 28/18).
Il se disait Roi. Et cependant, écrit l’auteur de Ecce homo :
«Si le Baptiste l’a décrit fidèlement en le comparant à un
agneau, Si ses biographes ont exactement reproduit les
marques de son caractère, le Christ était naturellement dépourvu des ambitions qui dévorent les hommes supé-.
rieurs ; il détestait l’ostentation, abhorrait les discussions relatives aux questions de préséance, méprisait l’enflure des titres; il aimait ce qui était simple et familial, les enfants, les pauvres; telléèment adonné aux intérêts d'autrui, au soulagement de la maladie et de la misère, qu'il était bien préservé de la tentation commune à s’éxagérer l'importance de ses propres conceptions. Eh bien, lorsqu'on a pleinement pesé ce fait, on est en mesure d'évaluer le pouvoir d’une évidence assez forte, à ses yeux, pour balancer tous ses goûts et tous ses instincts, et pour le porter à revendiquer, avec persistance, avec le calme d’une
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conviction sereine, malgré l’opposition du monde religieux tout entier, une domination transcendante, universelle, absolue, et telle que le délire des grandeurs n’en a jamais suggérée d’analogue à un halluciné- dans ses rêves » (p. 168).
Eh quoi ! dira-t-on, il faut nous entendre ; nous ne nions pas que le Seigneur se soit dépeint sous les traits d’un monarque ; mais cela n’impliquerait pas la prophétie d’un Royaume. — Déjà, à priori, cette objection est étrange. Ceux qui font consister toute la doctrine du Sauveur dans la prédication de sa mort, n’osent pourtant pas lui refuser le titre de Messie ; or, nous l’avons constaté, le terme de Messie perd toute signification, quand il n'implique pas la réalité de l’œuvre messianique proprement dite, au sens technique du mot. Assurément, dans la personne du Fils, « saint, saint à Dieu, terrible aux démons, » la prophétie trouvait sa réalisation parfaite ; mais pour être parfaite, elle n’était pas totale : présent en Jésus au sein du monde, le Royaume n'’englobait pas encore la Terre. Si donc l’accomplissement ne doit pas renfermer moins que la prophélie ne promettait, il est légitime d’ajouter, selon une belle image d’Orelli, que les rayons séparés de l’Ancienne Alliance, convergent tous vers le Christ, mais pour diverger à nouveau et resplendir sur l’avenir de humanité : le Roi contient virtuellement le Royaume. Etc’est pourquoi, dans les évangiles, Jésus à son tour devient prophète; il reprend, pour son compte — et avec une autorité doublée par la réalisation commencée, en sa personne, des prédictions divines, — il reprend les déclarations mystérieuses des voyants, un énigmatique surplus, dont la plénitude était loin d’être épuisée par le ministère du Nazaréen; et tout en dissipant les nuages qui obscurcissaient l’horizon mes-
Û f ( RE f rh, Men, ro 4 AL MALE $ ue RNB Fe CRE CUS REUUME r A ENONCE 27
sianique des apôtres, il élargit cet horizon, il en affermit les contours, il le colore des nuances profondes que la palette biblique avait déjà fournies aux hommes de Dieu, mais dont l’auguste et sobre éclat avait disparu sous un! badigeonnage pharisien.
D'ailleurs, il suffit d'étudier les documents du christianisme primitif pour y retrouver l’écho fidèle des enseignements du Seigneur. « L’attente attend! » (Rom. 8/19). Cette énergique formule caractérise la piété apostolique. Et même en laissant de côté les passages où il est fait mention, directement, de la Parousie, assez d'indices décèlent,
à chaque page, l’orientation eschatologique de la foi. Point n’est besoin de relever tous les textes où Jésus est qualifié de Seigneur, bien que ce terme, devenu banal dans notre phraséologie religieuse, ait une riche et spécifique portée sous la plume des Messianistes ; dans les Évangiles, en 4 particulier, si l’on écarte les versets où l’on s'adresse à : Jésus en le nommant : « Seigneur ! » (simple formule’de salutation), il reste assez d’endroits où l'historien, à tête. reposée, désigne le Galiléen par ce titre; et cela est plein {À d'enseignement. Qu'on médite, par exemple, sur la valeur dogmatique de cette simple phrase : otpagels 6 xbpuoe (Luc. È 1 22161). L’accusé est devant ses juges; il se retourne... et c’est le Seigneur ! /Annuît et totum nutu tremefecit olympum/. Que de choses dans ce titre 6 xp, que le Maître s’appliquait à lui-même en parlant de soi (Marc 11/3, etc.) et qui court comme un fil d’or à travers les Épitres!
Mais, encore une fois, laissons cela ; en faveur de la réalité d’une piété que nous pouvons appeler La piété du Royaume, nous avons bien d’autres témoignages à recueillir. Il y a, d’abord, l’admirable profusion des textes où brille le. mot « espérance, » cette fleur inconnue de l'antiquité et |
qui émaille les documents apostoliques de son frais éclat. C’est l’espérance dans laquelle on se glorifie (Rom. 5/2) et dans laquelle on tressaille d’allégresse (Rom. 12/12); une espérance vivante (1 Pierre 1/3) et dans laquelle on abonde (Rom. 15/13), une espérance qui est l’ineffable don du Dieu de l’espérance (Rom. 15/13) (1). Cette espérance, on le voit, est bien autre chose qu’un sentiment ; elle est la substance même de la foi (1 Pierre 1/21; Hébr. 11/1); or, la foi est un acte. — L’espérance est dans le cœur, mais elle est aussi dans les cieux (Col. 2/5), c’est-à-dire qu’elle finit par s'identifier avec son objet, le Christ, qui est à la fois en nous et au-dessus de nous (Col. 7/27). Aussi le Christ est-il appelé, sans autre explication : « notre espérance » (4 Tim. 1/1). Il est notre « bienheureuse espérance, » parce que sa gloire apparaîtra (Tite 2/13); et notre consolation est de « saisir cette espérance qui est devant nous » (Hébr. 6/18). II suffit de comparer, dans l'original, les textes 1 Thess. 7/3 et 2 Thess. 3/5 pour voir apparaître l'identité entre l’espérance chrétienne et l’attente de la Parousie.
Cette attente est, d’ailleurs, partout marquée, non seulement par le dynamisme téléologique de l’argumentation apostolique dans son ensemble (cf. Rom. 8/22, 25, 26 (les trois soupirs) 27/36 ; 1 Cor. 8/16 — 13/10; Héb. 3/6, 14; 1 Jean 2/8, etc.) (2) — mais dans des passages formels. Le
(1) Cf. encore les passages Rom. 5/4 — 15/4; 4 Cor. 13/13; Éph. 1/48 — 2/12; Col. 1/23; 1 Thess. 5/8; 2 Thess. 2/16; Tite 1/2 — 3/7; À Jean 3/3; Hébr. 3/6, 14 — 6/11 — 7/19 — 10/23.
(2) « La nuit disparaît, et la véritable lumière luit déjà. » Calvin détruit la signification de ce passage, en déclarant qu'il faut prendre le présent rapxyetar pour le prétérit! Mais alors, pourquoi ne pas appliquer la même règle au v. 47 : « Le monde disparait? » Si le prétérit est impossible au v. 17, s’impose-t-il au v. 8?
« repas Seigneurial » (xupraxov detrvov) reçoit une signification eschatologique (4 Cor. 2 1/26). Les chrétiens règneront (Rom. 5/7) ; la grâce règnera (Rom. 5/21); prêcher l'Évangile, c'est prédire la gloire de Christ (2 Cor. 4/4) ; c’est montrer en lui le souverain sacrificateur des biens à venir (Hébr. 9/41) le dispensateur d’un héritage éternel (Hébr. 9/15). ou céleste (1 P. 7/4), lequel, si l’on se reporte à la phrase
précédente de Pierre, s’identifie avec « l’espérance vivante. ». Mais ce qui frappe le plus dans les écrits des apôtres,
c’est leur conception du salut comme un bien futur. Si nous avons été juslifiés par le sang de Ghrist, à combien
plus forte raison serons-nous sauvés par sa vie! (Rom. 5/9).
Le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru
(Rom. 13/12). Pour casque l'espérance du salut (1 Thess.
d/8). Les Lettres sacrées peuvent te rendre sage en vue du salut ets owrnptav (2 Tim. 3/15). Le salut prêt à être révélé.
dans le dernier temps (1 P. 1/5). À fin que vous croissiez en vue du salut (1 P. 2/2). Ceux qui doivent hériter du salut
(Hébr. 1/14). Il est probable que le passage Gévarat oufewy els TO mœavrehès Tobs Tpocepyoumévous, fait allusion au caractère
provisoire du salut actuel (Hébr. 7/24). Quant au passage :
Il apparaîtra, une seconde fois, à ceux qui l’attendent pour le salut (Hébr. 9/98), il est décisif; et nous en trouvons le
commentaire dans cette parole de Pierre : « Ayez une. entière espérance, dans la grâce qui vous sera apportée,
lorsque Jésus-Christ apparaîtra » (1 P. 1/13). Cest en vue de cette heure-là que les élus sont conservés en Jésus- Christet gardés (Jude 1/24), c’est alors qu’ils se présenteront devant le Seigneur, sans tache (xarevrioy rie G0Ene PR —
Cela jette beaucoup de jour sur l’expression de Jean. Eurçcoobev airod (1 Jean 3/19) et sur ces formules de Paul :
rapaotioat bas &yious (CO. 1/22) iva TapasThowuEv rAvTa EVÜEUOTOV
téheoy (Col. 1/28) Suäc rapastiont 1 2e10T6 (2 Cor. 71/12, etc).
En résumé, nous avions raison d'affirmer que l’église primitive attendait. Elle attend la promesse (Hébr. 10/36), la miséricorde du Seigneur (Jude 21), la terre nouvelle (2 P. 3/11, 13). Cette attente est le nerf de la sanctification (2 P. 3/14). Les chrétiens attendent, les veux fixés sur le Christ; et le Seigneur lui-même attend, le regard tourné vers Dieu (Hébr. 10/13).
Soit, nous dira-t-on ; il est évident que l’eschatologie du Messie a laissé sa puissante empreinte sur les messianistes. Mais votre démonstration vous conduira plus loin que vous ne le vouliez; car vous êtes logiquement obligé d’imputer au Fils de Dieu le résultat d’un enseignement pareil, c’est-à-dire la fièvre apocalyptique de l’Église primitive.
À cela nous répondrons : ceux qui admettent la réalité de ce délire légendaire devraient reconnaître, en tous cas, qu’il corrobore l'attitude que nous attribuons au Christ, à l'égard de l’eschatologie contemporaine; comme celle-ci, à son tour, corroborait notre interprétation de l’'Hébraïsme. Mais l’étude exégétique à laquelle nous venons de nous livrer suffit, amplement, à légitimer notre point de vue : l'hypothèse d’une épidémie fébriforme à l’époque de la Pentecôte, ravageant les églises et attaquant de préférence le cerveau des apôtres, n’occupe aucune place dans notre théologie. Assurément, nous sommes bien persuadé que le christianisme primitif (comme le christianisme de l’avenir) était le Messianisme pur (1) — l’étymologie même l'indique, — le messianisme, dans toute sa vigueur de
{1} L'empire romain mit un certain temps à distinguer entre les Juifs et les Chrétiens; car tous attendaient le Messie.
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