‹ L'espérance chrétienne (volume 2)Chapitre 18 sur 72 · FE PR EE TR · texte numérisé non relu

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de la Parousie. A cela nous répondrions que Paul, au contraire, termine son programme de voyages et de séjours divers par cette parole significative, mot de passe des premiers chrétiens : Maran atha! le Seigneur vient! Et surtout, nous répondrions que cette formule ne signifie point ce qu’on lui fait dire. Car c’est encore dans la même lettre aux Corinthiens, c’est au cours du même développement sur la résurrection des morts, en un mot c’est comme introduction à la parole : « Nous serons tous changés à la dernière trompette, » que l’apôtre déroule à nos yeux, dans sa plénitude infinie, la victorieuse et providentielle évolution qui amènera les siècles prosternés devant le trône de Jésus-Christ. « De même qu’en Adam tous meu- rent, de même aussi, dans le Christ, tous seront rendus vivants; mais chacun en son rang : les prémisses, Christ, puis ceux qui sont en Christ, à sa parousie. Ensuite ce sera la fin, quand il aura remis le Royaume à celui qui est Dieu et Père, quand il aura rendu impuissantes toute principauté, toute autorité, toute puissance. Car il faut qu'il règne, jusqu’à ce qu’il ait mis sous ses pieds tous les ennemis. Le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort; car @ il a assujetti toutes choses sous ses pieds » (Psaume 8/6). Mais quand il dit que tout lui a été soumis, il est évident que celui qui lui a soumis toutes choses, est excepté. Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses; afin que Dieu soit tout en tous. »

Voilà, certes, une vue synthétique de l’histoire qui peut contribuer à modifier le sens qu’on voudrait infliger au mot nous dans l’épître aux Corinthiens. Et d’ailleurs, dans la même épitre, Paul se range dans la catégorie des morts : « Dieu qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera nous

aussi par sa puissance » (6/14). S'il ne voulait pas dire, par là, qu’il était certain de descendre au sépulcre, il ne veut pas dire davantage, dans le passage examiné, qu'il + assuré d’esquiver le tombeau.

C’est à la lumière d’un contexte pareil qu'il faut ete | préter le nous du v. 51, et par conséquent aussi le nous de l’épître aux Thessaloniciens. — Assurément, nous ne reprendrons point l'explication de Calvin qui écrit : (Quand Paul dit : nous qui vivons, il prend le temps présent pour le futur, à la façon des Hébreux, pour : nous qui vivrons. » Cette remarque lexicologique est probablement juste; mais nous avons deux bonnes raisons pour refuser de nous en prévaloir. La première, c’est que nous aurons trop souvent à protester, nous-même, contre des procédés exégétiques | de ce genre; la seconde, c’est que la traduction de Calvin, qui se retrouve dans la version de Stapfer, est fautive. Le | texte ne porte pas: « Nous qui vivons, » mais bien : « Nous les vivants » (oi Küvres). Et c’est à cette expression, toute générale, que s’applique admirablement ce commentaire de Bengel : « Homines omnium ætatum conjunctim unum quiddam repræsentant : fidelesque jam olim exspectantes, habentesque se loco illorum, qui victuri sunt in adventu Domini, pro eorum persona locuti sunt. Viventes et qui supersunt ad adventum Domini, sunt iidem : et hi pronomine nos denotantur. Unaquæque generatio, quæ hoc vel illo tempore vivit, occupat illo vitæ suæ tempore locum eorum, qui tempore adventus Domini victuri sunt.» En d’autres termes, si l’unité du genre humain permettait à l’apôtre Paul de grouper tous les hommes en Adam sous le simple pronom nous, à plus forte raison cette union organique l’autorisait-elle à identifier tous les chrétiens en un seul corps, dont le Christ est la tête.

Nous sommes loin de méconnaître la profondeur et la vérité relative d’une pareille observation; mais il faut serrer le texte de plus près. L'interprétation de Bonnet nous paraît plus candide : « Jésus avait laissé les disciples dans l'incertitude sur l’époque de la venue. D’après ce refus de toute révélation, d’une part, et les solennels avertissements à la vigilance, d'autre part, les disciples devaient, pour obéir à Jésus, l’attendre chaque jour. Le langage de Paul ne dit pas autre chose. Il n’enseigne pas que lui et ses lecteurs vivront au retour du Christ ; il en suppose la possibilité, et il le devait. Mais il prend le plus grand soin de proclamer ici-même (5/1 et suivants), et dans les termes exprès dont s'était servi Jésus-Christ, la complète incertitude, le redoutable inattendu de l’apparition du souverain Juge. »

Sur ce point particulier, Paul, Pierre, Jacques et Jean sont d'accord. Paul écrit aux Romains : « Nous savons le temps où nous sommes, c'est l'heure de nous réveiller du sommeil; car maintenant, le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru. » Pierre écrit : « La fin de toutes choses est proche ; soyez donc prudents et sobres. » Jacques écrit : « Affermissez vos cœurs, car la parousie du Seigneur est proche. » Jean écrit : « Petits enfants, c’est la dernière heure.» Toutefois, de tous ces passages, aucun n’a la radieuse et vivante originalité de celui que nous examinons. Paul, avons-nous dit, s’y range, manifestement, parmi ceux qui pourront voir la Parousie ; telle est, aussi, notre attitude morale à tous dans l’Église (1). Mais Paul a-t-il affirmé

(4) Quand nous affirmons que le Seigneur est « à la porte, » nous

émettons, dans la communion des saints de tous les âges, une affirma-

tion religieuse plutôt que chronologique, On accuse les apôtres d'erreur,

qu'il verrait la Parousie ? Nous opposons à cette conclusion un triple non possumus ! D'abord, au nom de notre étude des textes, et en particulier des passages (1 Cor. 6/14et 15/51). Ensuite, au nom de la deuxième épitre aux Thessaloniciens, écrite presque immédiatement après la première, et dans laquelle Paul s’élève avec indignation contre les insanités qu’on lui attribue. Enfin, au nom de cette affirmation très nette : « Nous vous disons ceci par la parole (ou : en parole) du Seigneur, c’est que nous, les vivants, etc. » S'agit-il ici d’une citation authentique, parvenue à l’apôtre par la tradition ? ou d’une révélation reçue direc-. tement du Christ, ou simplement de la Parole du Seigneur que Paul annonçait ici, comme ailleurs?

Nous croyons que cette dernière supposition n’est pas suffisante pour justifier la vigueur des expressions de lapôtre, car ila coutume d’en appeler à cette inspiration générale, même dans les cas où il confesse expressément que toute révélation particulière lui manque ; par exemple : « Je n’ai point de commandement du Seigneur, mais je donne un avis, comme ayant eu part à la miséricorde du Seigneur... Tel est mon avis ; or, j'estime que j'ai aussi l'Esprit de Dieu » (1 Cor. 7/25, 40). Dans le passage exa-

miné, au contraire, Paul insiste sur le caractère surnaturel

de son enseignement ; il suffit, d’ailleurs, de se reporter au passage parallèle (1 Cor. 25/51) pour se convaincre que la doctrine exposée est rangée au nombre des « mystères, ».

écrit Lange : « Dieses Vorurtheil beruht auf ‘der Verwechselung des religiôs-kosmischen Zeitgefühlis mit dem weltlichen-chronologischen Zeitmaass… Dass der Herr bald kommt, dies ist ein plastischer Ausdruck für die Thatsache, dass er immer schon im kommen begriffen ist, dass keine Entwicklung still steht, etc. » (Encyclopédie Herzog, Wiederkunft). | |

c’est-à-dire au nombre des vérités directement révélées (1). La fameuse déclaration de Paul aux Thessaloniciens peut donc être placée au bénéfice de cette autre affirmation : « L’Évangile que j'ai annoncé n’est point selon l’homme;

je ne l’ai ni reçu, ni appris d'aucun homme, mais par une

révélation de Jésus-Christ. Si nous-mêmes, si un ange du ciel vous annonçait un Évangile contraire à celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème (Gal. 7/8). [l nous est donc impossible de conclure à une flagrante erreur de Paul, à une erreur placée sous l’invocation solennelle de Jésus-Christ, lorsque l’apôtre écrit aux Thessaloniciens : « Nous les vivants, restés pour la parousie du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis. » Nous reconnaissons, objectera-t-on, que Paul n’a pas expressément affirmé qu’il contemplerait lui, de ses propres . yeux, la Parousie ; mais il a cru que ses contemporains la verraient. € Si je disais, par exemple : « Ceux d’entre nous qui verront l’an 1900, » je réserverais sans doute la possibilité d’être, moi personnellement, mort à cette époque ; mais, du même coup, je donnerais à entendre que, selon toute apparence, un certain nombre de ceux auxquels je m'adresse seront encore vivants. Aucun de nos contemporains n’aurait l’idée d’écrire : «Ceux d’entre nous qui verront l’an 2000; » ce qui montre bien que l’expression — plus précise encore — adoptée par l’apôtre (queïs oi Lüvres et non ot fuwv ou oi àv quiv) peut autoriser un écart d’un certain nombre d'années, mais pas au delà de la première ou de la seconde génération des chrétiens » (Bovon : Théologie du Nouveau Testament, II, 316). Comme on l’a fait obser-

- (4) Sur le sens paulinien du mot mystère, conf. 1 Corinth, 2/7; Rom. 11/35; Éph. 3/3.

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ver, la comparaison de Bovon pèche par le deuxième terme « 2.000 ans, » qui détermine une époque fixe. Au contraire, pour la Parousie, il n’y a pas de date, pas même d'époque. approximative ; de sorte que le mot nous, sous la plume de l’apôtre, n’a pas le sens précis qu'il revêt dans la proposition imaginée par le critique. De plus, nous sommes étonné que Bovon trouve l’expression oi C@vres plus « précise » que l’expression oiiv fui. La formule la. plus précise de toutes, serait nous qui vivons, oi {üuey (1); une formule moins nette serait : nous qui vivrons, oi v fui; une formule plus générale encore, c’est celle qu’emploie l’apôtre : Nous les vivants, oi {üvres. Or, c’est à la deuxième de ces formules que correspond la paraphrase de Bovon : « Geux d’entre nous qui verront... la Parousie; » mais ce commentaire ne s'applique pas à la proposition de l’apôtre. Que dit celui-ci, en effet? Écrit-il tout uniment : Nous les vivants, nous ne devancerons pas les morts ? Nullement; et la phrase intermédiaire (ot rspucixouevor, etc.) loin d’être une simple apposition, a peut-être une signification restrictive; elle pourrait se placer entre parenthèses.

(4) Sur la valeur de la distinction que nous établissons ici, nous avons interrogé un agrégé des lettres, qui nous a répondu : « Comme le participe présent indique coéxistence entre deux actions, à quelque moment de la durée qu’on les suppose, oi {&yres pourrait s'entendre soit : «Ceux qui vivent au moment où je parle; » soit : « Ceux qui se trouveront être vivants au moment où les choses dont je parle arriveront, » Au contraire, ot Cœuev signifierait : « Nous qui vivons, au moment où je parle. » — Seulement {œuesy peut exprimer soit une idée précise. : Nous qui accomplissons, en ce moment, l'action de vivre: — soit. l'idée beaucoup plus générale d’un état permanent ou habituel : Nous qui nous trouvons dans la situation d'êtres vivants. — Je ne crois donc pas que l'expression oi C&uev donne beaucoup plus de précision à l’idée que .of Cüvres. » — Il reste, néanmoins, que cette dernière expression n’est point la plus précise, et c'est ce que nous affirmions.

Car le texte grec ne porte point : fueïs oi Cüvres repolerduevor, ce qui permettrait de traduire, avec la version de Lausanne, d'ordinaire si exacte : Nous, les vivants restés pour la Parousie ; mais le texte porte expressément : quete oi K@vres où repiherduevor, nous les vivants, (LES restés pour la Parousie) nous... (1) En d’autres termes, Paul prendrait soin d’avertir ses lecteurs que les vivants dont il parle, sont ceux qui seront ici-bas à l’époque de la fin; et le passage signifierait : Nous ne devancerons pas les morts, nous les vivants, J'entends ceux qui resteront pour l’arrivée du Seigneur. Or, cette dernière déclaration ne préjuge rien sur la question de savoir si les contemporains de Paul feront, oui ou non, partie de ces privilégiés.

Quoi qu’il en soit, de ce que nous rejetons la paraphrase de Bovon, s’ensuit-il que nous rejetions ses conclusions ? En d’autres termes, est-il impossible que l’apôtre ait cru la Parousie plus rapprochée qu’elle ne l'était réellement? Non certes. Nous allons même jusqu’à penser qu’il aurait pu, expressément, prédire l’imminence de la Parousie, et cependant n’avoir point à rougir du démenti infligé par les événements à sa prédiction. Jonas, par exemple, annonce que Ninive sera détruite après quarante jours; Esaïe déclare à son roi qu’il va mourir : et cependant, Ninive ne s'écroule pas dans les délais fixés, Ézéchias vit encore quinze ans. Que s'est-il donc passé? Les Ninivites se sont repentis, Ézéchias a prié, et l’accomplissement d’une menace conditionnelle n’a pas eu lieu. Il n’en va pas

(4) On pourrait, d’ailleurs, se demander si st, dans ce passage, signifie : jusqu'à. Ce n’est pas l'avis de Hofmann, dans son commentaire : « ets Mit reprÀ. verbunden, bedeutet nicht bis, sondern hat den Begriff der Bestimmung. »

autrement pour les promesses, et en particulier pour la promesse qui résume toutes les autres, celle qui apportera lexaucement définitif à ce soupir de la création : Que“ton . règne vienne ! Qui oserait affirmer que le retour du Seigneur n’est pas lié à l’état spirituel de l'Église et de l'humanité elle-même? Qui démontrera que les « délais de. | Dieu » ne sont pas conditionnés par les délais des chrétiens, tardifs à pousser le cri de guet : « Seigneur Jésus, viens! » En un mot, qui pourrait convaincre l’apôtre d'erreur, et le marquer au front du signe des faux prophètes, s’il avait réellement affirmé la proximité de la Venue ? | Or, nous estimons, malgré tout, qu’on ne saurait lui imputer une prédiction de ce genre. Évidemment, des fluctuations ont pu se produire dans son esprit; il s’en est produit dans l'esprit du Précurseur lui-même, qui envoyait demander au Christ : Es-tu le Messie? Pourquoi le Précurseur du Glorifié n’aurait-il pas, lui aussi, traversé des moments d'incertitude en ce qui regarde. l’époque marquée pour l'apparition du Maître? Ces incertitudes, encore une fois, seraient d'autant plus naturelles qu’elles étaient plus ou moins impliquées dans l’attitude expectante que Jésus-Christ avait recommandée aux siens, à l'égard d’une promesse conditionnelle. Et nous admettons, avec Bovon, que Paul n’aurait pas employé le pronom use, s’il avait réellement prévu que la Parousie ne serait pas encore consommée en l’an de grâce 1899. Mais tout en posant ces. prémisses, nous ne saurions accorder les conclusions que certains critiques en tirent. Pour eux, les épitres de Paul se divisent en deux groupes : celles où l’apôtre croit à l’imminence de la Parousie, celles où il a cessé d’y croire, et la deuxième épitre aux Corinthiens formerait la ligne de partage des eaux. Mais alors, si ce classement est juste, :

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A RECOURS AU JUDAÏSME ET AU CHRISTIANISME. 151 F: pourquoi Paul, dans les épitres subséquentes, continue-t-il f . A ».

: à parler de la Parousie dans les mêmes termes? Pourquoi

£ dans l’épiître aux Romains, au chapitre 13, des affirmations caractéristiques sur la proximité du salut, « plus près » de ses lecteurs qu’au jour de leur conversion, pourquoi pareil langage après le développement fameux où il vient de __ subordonner l’évangélisation du monde à la résurrection spirituelle d'Israël? Et pourquoi, en particulier, dans | l’épitre aux Philippiens (la dernière en date, selon certains théologiens), pourquoi des passages de ce genre : | « Notre patrie est dans les cieux d’où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, qui transfigurera le corps de notre humiliation... Le Seigneur est proche? » (3/20 — 4/5). En vérité, le saint Paul seconde manière ressemble terriblement au saint Paul première manière. Et alors cette conclusion s'impose : ou le nous de l’épître aux Thessaloniciens doit s'expliquer à la lumière du nous de l’épitre aux Philippiens, ou vice-versa. Dans le premier cas, Paul est lavé du reproche d’avoir annoncé l’imminence de la Parousie, puisqu'il emploie exactement les mêmes formes de langage à la fin de sa vie, au moment même où ses illusions eschatologiques, affirme-t-on, se seraient envolées. Dans le second cas, Paul est un niais; comme les abeilles, qu’un aveugle instinct pousse à remplir machinalement, inutilement, des cellules de cire qu’on a dépourvues de leur fond — ainsi l’apôtre, entrainé malgré lui par de vieilles associations d'idées, continue d'affirmer jusqu’à sa mort, et cela au moment précis où il la prévoit et la prédit, qu’il échappera à la nécessité de mourir. &« En rendant sensible, écrit Sabatier, la logique interne de la pensée religieuse de Paul et du principe qu’elle avait posé avec tant de hardiesse, je ne soutiens pas le moins du monde

que l’Apôtre en ait tiré ou même aperçu toutes les consé-

quences. L’épitre aux Philippiens suffit à démontrer le

contraire » (1). Franchement, lorsqu'on justifie l’eschatologie

de l’épitre aux Philippiens par l’hypothèse d’une inconscience quasi sénile, il est superflu de décerner à l’Apôtre

l’honneur d’un À majuscule (2). D'ailleurs, l’argumentation de notre critique est si singulière! Avec les mêmes procédés, un Jésuite prouverait que Pascal fut un disciple d’Ignace.

Il prendrait les passages où le philosophe parle de son

directeur, de la messe, de la nécessité de s’abêtir, de la volonté organe de la créance, puis il s’écrierait : « Je ne soutiens pas le moins du monde que Pascal ait tiré ou même aperçu toutes les conséquences de ces principes. Les Provinciales suffisent à démontrer le contraire. »

Cest ainsi, parfois, que la critique historique écrit l’histoire. Si les documents ne cadrent pas avec un système préconçu, périssent les documents plutôt que le système ! Les objections deviennent des arguments; et sur une hypothèse controuvée (foi en l’imminence de la Parousie) s'élèvent en pyramide les hypothèses superposées. C'est ainsi que Sabatier, tablant sur une illusion primitive de

saint Paul comme sur un axiome, entreprend de nous

démontrer comment l’apôtre, peu à peu, triompha de la

terreur du tombeau. On commence par nous déclarer.

qu'avant l’époque où il écrivit la deuxième épiître aux

(4) Revue chrétienne ; 1e janvier 1894 : « Comment la foi chrétienne de l’apôtre Paul a-t-elle triomphé de ia crainte de la mort? »

(2) Il suffit d'avoir lu l’entrainant ouvrage de Sabatier sur l’apôtre Paul, pour savoir à quelle hauteur l’historien contemporain élève son héros. Chez un admirateur aussi fervent de l’apôtre, on est d'autant plus surpris et affligé de rencontrer les interprétations singulières que nous croyons devoir combattre.

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Corinthiens, l’apôtre n’avait jamais songé sérieusement à la possibilité de sa mort. Et cependant, au temps où il s'appelait encore Saul, il avait dû fuir successivement Damas et Jérusalem parce que les Juifs complotaient de le tuer; et cependant, à Lystre, ses adversaires l’avaient lapidé «et entrainé hors de la ville, pensant qu’il était mort; » et cependant, la Conférence de Jérusalem avait écrit au sujet de Paul : Q Il a exposé sa vie pour Jésus- Christ; » mais l’apôtre lui-même, paraît-il, n'aurait jamais soupçonné le péril : ni dans le frêle panier qui descendit, une nuit, en oscillant, le long des hautes murailles de Damas, à quelques pas des meurtriers aux écoutes, ni dans la poussière maculée de son propre sang où le martyr lapidé reprit lentement ses esprits — l’apôtre n’envisagea la possibilité de sa mort! Aux conclusions d’une pareille psychologie, nous opposons une incrédulité irréductible.

On veut bien admettre, toutefois, que les premières épitres pauliniennes contiennent des allusions au phénomène de la mort. Mais cette crise paraît lugubre à saint Paul; c’est « la triste idée du Schéol, le sommeil inconscient des âmes dans le sein de la terre. » Il est vrai qu’à la même époque Paul écrivait aux Thessaloniciens : « Jésus- Christ est mort pour nous, afin que soit que nous veillions, soit que nous dormions, nous vivions ensemble avec lui ; » il est vrai, aussi, qu’il écrivait aux Corinthiens : « O mort où est ta victoire? O mort où est ton aiguillon? » Mais ces passages sont nuls et non avenus. On nous permettra bien de ne pas écarter le second par une observation de ce genre : Q Il s’agit ici de la mort en tant que loi cosmique, non de la mort individuelle, à laquelle Paul n’a pas encore sérieusement arrêté sa pensée. »

Chose bizarre! d’après notre critique, le moment précis

où l’apôtre s’affranchit de sa navrante conception de la mort (celle des premières épitres) coïncide avec le moment où il devient mélancolique : « L’idée de sa propre mort répand sur toute la deuxième épiître aux Corinthiens une sorte de mélancolie que les épîtres antérieures n’ont à aucun degré. » Ainsi, pendant la première partie de son ministère, Paul aurait écrit des lettres joyeuses parce qu'il avait peur de la mort: et dans la seconde partie de son apostolat, affranchi de cette crainte, il aurait composé des écrits funèbres. La clé de cette contradiction git dans l’eschatologie de. l’apôtre; car à l’époque même où il redoutait de mourir, Paul croyait à l’imminence de la Parousie, et cette espérance mettait & une sorte d'écran éblouissant » entre les premiers chrétiens et le sépulcre. Quand l’écran disparut, la mort, même transfigurée, sembla terne; de là le voile qui plane sur les dernières épiîtres. — Bornons-nous à indiquer, ici et là, quelques déchirures

dans le prétendu voile : « Nous tous qui, à visage décou-

vert, réfléchissons comme un miroir la gloire du Seigneur,

nous sommes transformés à la même image, de gloire en.

gloire » (2 Corinthiens 2/1, 18). « Le Dieu qui a dit que la lumière resplendit du sein des ténèbres, est celui qui a resplendi dans nos cœurs » (4/6). « Nous, attristés? mais nous sommes toujours joyeux! Nous, pauvres ? mais nous enrichissons les autres! Nous, dénués de tout? Mais nous possédons tout! » (6/10) « Je me complais dans les souffrances, dans les insultes, dans les angoisses pour Christ, car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort! »

(13/10) Le chapitre huitième de l’épitre aux Romains est:

une cime d’où rayonnent, depuis deux mille ans, sur le

monde, comme les feux tournants d’un phare immuable,

la joie, la sainteté, la victoire, la gloire. La lumière traverse

en tous sens, comme de larges éclairs silencieux, les vastes horizons des épitres christologiques. Enfin, l’épître aux Philippiens baigne, littéralement, dans une atmosphère indescriptible de paix et de tendresse, comme un paysage tranquille au sein des grandissantes clartés de l'aurore.

On voit que si saint Paul croyait à l’imminence de la Parousie au début de sa carrière, les textes ne se prêtent guère aux conséquences qui devraient découler logiquement de ces prémisses (1). D'ailleurs, les hypothèses que nous combattons reposent, en définitive, sur la négation de l’inspiration; en tout cas, elles y conduisent. Car on nous décrit la genèse et le processus des doctrines apostoliques par des formules de ce genre : « La perspective de sa mort l’amena à réfléchir, pour son propre compte, sur l’état de l’homme après la mort... Sa réflexion ne s’était

(1) Pour Sabatier, la crise qu’il croit retrouver dans l’âme de lapôtre n'est pas une hypothèse, mais un fait acquis à la science. Un fait qui, à lui seul, aurait « insensiblement déplacé le centre du christianisme : de la contemplation hypnotisante de l'avenir messianique il passe à la méditation sanctifiante de la Passion du Christ... Voilà ce qui éclate dans l’épitre aux Hébreux et dans le quatrième Évangile, où le’ Messie juif se transforme en Logos éternel » (Esquisse — 931). Même à supposer que l'hypothèse de la fameuse crise fût wn fait démontré, nous ne comprenons pas les conclusions que notre auteur en tire. En ce qui regarde l’épitre aux Hébreux, que signifie l’adverbe éinsensiblement lorsqu'on place, avec Sabatier, l’épitre aux Philippiens en 62-63; et lorsqu'on sait, d'autre part, que l’épitre aux Hébreux a été écrite peutêtre entre les années 65 à 67, en tout cas avant la ruine de Jérusalem ? (Bovon : Théologie du N. T., I, 389). Et quant à l'Évangile de Jean, déclarer que le Messie juif y disparait derrière le Logos, c’est une affirmation sans preuve. Harnack lui-même a montré que la notion du Verbe, dans le prologue, est religieuse, non métaphysique (Article cité dans la Zeitschrift [. Theologie und Kirche de 1892 — 3° cahier). Or, nos observations ont plus de poids encore, lorsqu'elles s'opposent aux conclusions contestables d’une hypothèse invérifiée,

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pas directement arrêtée sur le problème du sort des croyants qui meurent... À la suite d'épreuves trop dange- ‘reuses, il fut amené à se demander si la mort pouvait suspendre la puissance de l’Esprit de vie... Dans quel rapport le corps spirituel était avec le corps charnel, il croyait s’en rendre un compte suffisant par... La solution à laquelle aboutirait la pensée de Paul était donc inévitable : sous la pression des événements, elle devait sortir nécessairement de sa foi antérieure. » Nous avons là, tout simplement, le tableau des fluctuations d’un esprit qui essaye peu à peu d’ajuster ses doctrines changeantes avec les faits, et que des expériences ou des aventures nouvelles auraient certainement conduit, dans un âge plus avancé, à modifier une fois de plus des conclusions soi-disant définitives. Ce qui nous paraît plus grave encore, c’est qu'après avoir affranchi l’apôtre de son espérance en la Parousie et même de sa foi en la résurrection finale, on nous déclare, sans hésiter, que « Jésus n’a pas triomphé autrement de la mort et de son troublant mystère. Il n’a lutté contre lantique ennemi des hommes qu'avec des armes humaines. Il n’a demandé du secours, en son agonie, pas plus à l’idée de la préexistence du Messie qu'aux espérances apocalypti-

ques. » Autrement dit : « Le plus savant est ici l’égal du

plus ignorant. L’un et l’autre n’ont pas de meilleur réconfort que le sentiment de la présence du Saint-Esprit dans leur cœur, et la confiance humble et sereine que ce sentiment engendre. »

Le plus savant est ici l’égal du plus ignorant? Cela pourrait signifier : à l’article de la mort, Jésus est l’égal de son

historien contemporain, et c’est ce que celui-ci semblerait

donner à entendre, s’il fallait s’en tenir à la lettre de ses écrits, Voici, en effet, les accents que lui arrache le Cal-

vaire : « Quelle simple et touchante façon de mourir! Notre modèle dans la vie reste notre modèle dans la mort. Mourir après avoir tout pardonné et après être pardonné (sic), mourir après avoir réglé les affaires de sa maison et les affections de son cœur, mourir même en se plaignant quand la douleur est trop forte, mais en pouvant se rendre ce témoignage que la tâche que l’on avait à faire est faite, mourir enfin en s’endormant en Dieu, comme sur la poitrine d’un père, tel me paraît être l’idéal de la mort chrétienne. C'est ainsi que je voudrais mourir... »

Quoi qu’il en soit, il importait à notre objet de suivre jusqu’au bout les conséquences d’un axiome imaginaire, à savoir l'affirmation gratuite que l’Église primitive toute entière, saint Paul en tête, vivait hypnotisée dans l'attente fébrile de la fin du monde. Et nous sommes préparés à comprendre ces énergiques déclarations du professeur Jalaguier (1) : &« On affirme que la croyance à la prochaine venue du Seigneur fut l’attente de l’âge apostolique. Toutes les écoles allemandes paraissent d'accord là-dessus; l’orthodoxie le répète avec le rationalisme ; on le considère comme si évident qu’on ne se donne plus la peine de l’établir.. Or cette interprétation a contre elle les données positives de l’histoire et les attestations expresses de l’Écriture; elle doit donc être rejetée, malgré l’appareil scientifique dont elle s’environne; elle vient d’un littéralisme superficiel qui croit faire montre d’impartialité, quand elle n’a pas sa raison secrète dans des vues incrédules et hostiles. » Et notre théologien ajoute, à l’appui de ces déclarations catégoriques, quelques remarques pleines de bon sens : « Si les choses s’étaient passées telles qu’on les représente,

(1) Inspiration du Nouveau Testament, 1851.

c’eût été pour la communauté chrétienne toute entière une immense déception, qui aurait dû ébranler sa foi jusqu'à ses dernières profondeurs. Se figure-t-on que la masse des disciples, appuyée sur des déclarations expresses du Seigneur et des apôtres, se soit attendue à être témoin de la fin du monde, de la résurrection et du jugement, qu’elle ait lié dans ses pensées et dans ses sentiments ces grandes scènes de l’eschatologie biblique avec la chute de Jérusalem et de la génération à laquelle Jésus-Christ avait adressé ses prophétiques menaces, et que, dans ces temps de persécution et de ferveur où une pareille attente devait être si vive, on ait vu tomber la ville sainte, passer la génération désignée, sans s'émouvoir ni s’apercevoir d'un pareil mécompte? Ce démenti, donné par les faits à une conviction dogmatique et pratique qui avait dû pénétrer si profondément la vie aussi bien que la foi, était de nature à nettre tout le christianisme en question; il n’en pouvait résulter qu’une grande apostasie ou un grand abattement. Comment concevoir qu’on n’en ait rien ressenti? » (1) Au

(1) L'examen de la Didachè est bien intéressant à ce point de vue. On sait que Zahn en a placé la composition entre 80 et 120; Hitchcock et Brown entre 100 et 120; Farrar en 100; Lightfoot entre 80 et 100; Funk, Langen, Massebieau, Potwin, Sadler, de Romestin, Spence entre 75 et 100; Bestmann entre 70 et 79; Sabatier a parlé de l’an 50. Or Schaff, auquel nous empruntons ces détails, (The teaching of the 12 Apostles, 1889) commente en ces termes le dernier chapitre de notre document : « La Didachè s’achève par une exhortation à la vigilance, et propose à l'espérance chrétienne la venue du Seigneur. En quoi l’auteur n'excède point les limites de la sagesse chrétienne. » 11 suffit, d’ailleurs, de se reporter au chapitre précédent de la Didachè (Chap. XV) pour y trouver les instructions relatives à l'élection des évêques et des diacres : Or,on ne construirait pas sur un volcan en activité! — En résumé : ceux qui attribuent à la foi des premiers chrétiens tous les caractères d’une démence apocalyptique, en sont encore à produire leurs preuves. Mais

contraire, € après la ruine de Jérusalem et l’extinction de la génération contemporaine du Sauveur, lorsque l'erreur, démontrée par l'événement, aurait dû faire rompre avec tout ce qui l’avait produite et qui pouvait la ramener, l’ancienne terminologie persiste : elle est employée comme auparavant, avec une simplicité parfaite, sans réticences ni restrictions... Ce langage primitif, dans toute sa candeur et sa naïveté, se prolonge, toujours le même, chez les Pères apostoliques. » |

Ces remarques sont corroborées par les observations suivantes de Dorner /De orat. Christi eschat.]. « L'Église primitive, dit-il, n’a pas attendu le retour de Christ et sa victoire extérieure; et ceux qui affirment le contraire, en sont encore à trouver un document qui légitime leur thèse (1). Car, si les chrétiens avaient compté sur la Parousie dans l’espace d’une génération, environ trente ans, que se serait-il passé dans l’Église, après le démenti infligé par les événements au Seigneur? Les uns auraient déserté la cause

le croirait-on? Ils font état de ce néant. C’est ainsi que de Faye écrit : « Les premiers chrétiens étaient convaincus que, d’un instant à l’autre, le Christ allait revenir triomphant. Puis il arriva ce qui devait arriver. Cruelle fut la déception! Or, ce qu'il y a d'extraordinaire, ce qui devrait nous plonger dans un monde de réflexions, c’est que le christianisme a traversé cette crise redoutable. II l’a si bien traversée, qu'à distance on ne se douterait même pas qu'une pareille crise se soit produite a cette époque. Toute la sagacité des historiens n’a pas été de trop pour découvrir cette crise. » (L’Espérance chrétienne. — Revue chrétienne ; Octobre 1898).

(4) Ainsi, l’on discute encore pour savoir si les chrétiens, dans les assemblées primitives, priaient : Pro acceleratione finis, ou Pro mora finis. En ce qui regarde la croyance, dans certains groupes, à l’imminence de la Parousie, la seconde formule serait la plus frappante ; car la première peut être prononcée par des gens que les délais de Dieu {roublent déjà, et dont la foi est ébranlée.

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du Christ, mais les autres auraient nié la réalité de ses prétendues prédictions. Mais de tout cela lhistoire ne rapporte absolument rien. Qu’on examine, au contraire, un passage comme celui qui se trouve dans la deuxième épiître de Pierre (3/3, 4). Authentique ou non, cette lettre a été écrite soit avant, soit après la ruine de Jérusalem. Si elle a été écrite avant, comment expliquer l’attitude morale des impatients qui déplorent les délais du Seigneur, le retard de la Parousie? Ces inquiétudes sont injustifiables, si l’enseignement du Maître et des apôtres faisait coïncider la Venue avec la ruine de Jérusalem. D’autre part, si l’épitre a été composée après la catastrophe, après que l’événement a trompé l’attente universelle, alors que la chrétienté est plongée dans une désillusion amère, comment l'écrivain a-t-il pu écrire : « Le Seigneur ne tarde point dans l’accomplissement de la promesse? » Ce serait un défi jeté aux faits et au bon sens. »

D'ailleurs, la stupéfaction qui s’empara des disciples à la

pensée que Jean, peut-être, ne mourrait point (Jean 27/23), légitime ces conclusions; et Mazel a raison d’y voir la preuve que les chrétiens primitifs envisageaient la possibilité de leur fin naturelle. Certes, la parole du Maître est énigmatique ; et nous faisons notre profit de cet avertissement de Calvin aux exégètes qui la commentent : « L’entendement humain est tellement frétillant, que de toute sa puissance il se jette à toute vanité. » Mais enfin, certaines . observations bien simples s'imposent au sujet de cette mystérieuse déclaration : « Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t’'importe? Suis-moi. » Car on a beau tourner et retourner ces mots, on ne peut y découvrir l’imminence de la fin du monde. Les uns ont vu, dans cette venue de Jésus, un événement particulier,

comme la Pentecôte ou la ruine de Jérusalem; mais qu’y aurait-il d’extraordinaire à vivre jusque là? Les autres ont vu, dans ce passage, une allusion au fait que Jean écrirait Apocalypse : « Videlicet Johannes, superatis periculis, in vita mansurus erat, dum maturum foret, defunctis pridem collegis tantum non omnibus, Judœorum re $sublata, constitutaque ecclesia christiana, apocalypsin administrare, cujus prora ac puppis est frequens illud ac solenne : venit, venio, venito... Denique illa sententia donec Johannes scribet apocalypsin, tam vere proprieque potuit his verbis proferri, donec venio, quam vere proprieque Johannes tum quum apocalypsin scripsit, Dominum venire scripsit. » Ainsi, d’après Bengel, Jésus aurait dit à Simon : Si je veux que Jean reste ici-bas jusqu’à ce qu’il ait écrit l’Apocalypse, que t’importe ? Mais à supposer même que Simon eût déchiffré ce rébus, à quoi pouvait lui servir cette réponse? Pouvait-il deviner à quelle époque se placerait la composition de l’Apocalypse? Puisque la parole du Seigneur contenait un blâme à son adresse, il fallait nécessairement qu’elle émit une idée claire pour l'apôtre Pierre. Or, celui-ci ne pouvait pas attacher deux sens à une formule comme celle-ci, prononcée dans un tel moment : «Jusqu'à ce que je vienne? » Il s’agit bien de la Parousie. — Mais alors, s’écrie-t-on, Jésus croyait à l’imminence de son retour. — Et pourquoi donc? S'il y avait cru, sa déclaration à Pierre serait dépourvue de sens, tout comme s’il avait prononcé un truisme de ce genre : Sais-tu bien que, si je le veux, Jean pourra prolonger son existence jusqu'à la Pentecôte ou jusqu’à la ruine de Jérusalem? — La certitude qu'il s’agit de la Parousie entraine Bonnet à une interprétation bien subtile, qu’il émet d’ailleurs sans l’adopter expressément : &« Ne pour-

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rait-on pas admettre que Jean est demeuré dans l’Église, et y restera jusqu’à la venue du Seigneur, par la profonde influence qu’il y exerce? » Mais à ce compte, Pierre vit aussi, à l'heure actuelle, par ses écrits, par ses discours et peut-être même par l'Évangile de Marc, rédigé sous son influence. — Quant à l'hypothèse de Godet, contentonsnous de la citer telle quelle, avec la réfutation implicite que l’auteur y joint de lui-même : « Comme l’époque primitive de l’humanité avait eu son Hénoch, l’époque théocratique son Élie, l’époque chrétienne pourrait bien avoir son affranchi de la mort. Et j’ai demandé si Jean n’accompagnerait pas d’une manière mystérieuse la marche de l'Église terrestre. On ne soulève évidemment une pareille question, que lorsqu'on n’est complètement satisfait d’aucune des solutions qui s'offrent plus naturellement. »

Or, il nous semble qu’une solution plus naturelle, en effet, c’est l’hypothèse que Jésus émet un paradoxe; c’est dans la mesure même où sa pensée est paradoxale, et tout à la fois intelligible pour Simon, que le Seigneur atteint la conscience de son apôtre. Nous aurions là un sérieux appel à l'humilité et à l’obéissance, exprimé sous la formé étrange, unique, dont le Maître aimait à revêtir sa pensée; la flèche pénètre plus profondément, quand elle estempennée, et le pittoresque, alors, fait partie de l’indispensable : « Ton chemin à toi est tracé, Ô Simon: cela suffit! Ne t'en détourne ni à droite ni à gauche, même pour voir un chameau qui passe par le trou d’une aiguille, ou une montagne qui court se jeter dans la mer, ou un homme qui demeure jusqu’à ce que je vienne. » Au surplus, et quelle. que soit l’origine des commentaires erronés qui déformèrent, plus tard, la parole du Seigneur (commentaires que l’évangéliste réfute expressément au lieu de les confirmer),

Li HAUTES À À Nu?

:nÉGoURS AU JUDAÏSME ET AU CHRISTIANISME

FC bi faut toujours en revenir à l’observation de Mazel : c’est & que la mesure de l’étonnement des disciples au sujet de 1 Jean, donne la mesure de leur incrédulité à à l'égard d’une

FRS imminente.

En résumé, nous aboutissons aux mêmes conclusions | que dans le chapitre précédent; le recours au Judaïsme et

au Christianisme nous fournit les mêmes résultats que le 5 recours à à l’'Hébraïsme. Celui-ci est la montagne où ceux-là #1 prennent leur source ; et. embouchure de ce fleuve unique, c’est le Royaume.

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