‹ L'espérance chrétienne (volume 2)Chapitre 19 sur 72 · LES DISCIPLES SE SONT-ILS TROMPÉS? (THÈSE · texte numérisé non relu

LES DISCIPLES SE SONT-ILS TROMPÉS? (THÈSE

Nous possédons, maintenant, la triple clé qui nous livrera le secret de l’eschatologie du Christ. Si la Révélation est un ensemble d'événements et de paroles qui constituent un tout organique, si l’histoire est une réalité (la plus sublime et la plus tragique des réalités), si le peuple hébreu a existé, si les prophètes ont prophétisé, si Jésus est né Juif, nous avons le droit et le devoir d’appliquer aux discours du Maitre les trois règles d'interprétation que le respect des faits nous impose. Tout système préconçu vient se briser contre ces faits; la question n’est pas de savoir ce que Jésus à pu dire, mais ce que Jésus a dit. Or, parmi les paroles du Seigneur, il en est une qui, depuis dix-neuf siècles, arrête l’attention des penseurs, allume l'espérance des croyants, provoque la risée des impies : c’est l'affirmation solennelle de son retour sur les nuées. C’est autour de cette notion, comme autour d’un drapeau, que leffort des combats théologiques semble se porter. |

Le point de départ de tous les raisonnements divergents

est bien délimité par Schenkel en ces termes : « La difficulté centrale du discours eschatologique, est la relation immédiate que Jésus établit entre son retour personnel et la destruction de Jérusalem (Mat. 24/29). Tous les efforts de l’apologétique pour nier une pareille relation aboutissent au sophisme, et ne méritent pas la réfutation » /Das Charakterbild Jesu, 1864, p. 280). Si l’on admet ces prémisses, le dilemme suivant s'impose : ou les disciples n’ont pas compris leur Maitre, et lui ont attribué des paroles qu’il n’a jamais prononcées — ou le Seigneur luimême s’est trompé. Q Il faut choisir sa victime » (Mazel, p. 16).

AL eA première vue, le sentiment chrétien n'hésite pas : s’il faut absolument statuer une erreur quelque part, plutôt attribuer aux disciples. Mais à y regarder de plus près, les scrupules scientifiques reprennent leur droit : or, pour innocenter le Maitre, il faudrait lui prêter un ensemble

d’intuitions religieuses qui seraient en opposition flagrante avec la doctrine prophétique dont elles émanaient, et avec la doctrine apostolique façonnée par elles; en un mot, il faudrait extraire Jésus-Christ de son temps, de son milieu, et de la Bible, et le transformer en un sage grec ou en un spiritualiste à la Jules Simon.

Quelle voie suivrons-nous donc? Écouter le sentiment chrétien, c’est aboutir à la chimère de l’allégorie perpétuelle, au roman de l’histoire expurgée et révisée ad usum Delphini. Obéir, d'autre part, au scrupule scientifique, c’est tomber dans l’impiété. Entre deux maux, il faut choisir le moindre!

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