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Le livre de Joël est un spécimen admirable de « la manière » des prophètes — si tant est que l’on ose employer un terme aussi artificiel, pour caractériser le libre développement d’une vie débordante. « Aucun prophète ne part d’un fait aussi particulier, et en apparence aussi insignifiant, pour s'élever à des vues plus générales : une pluie de sauterelles, une sécheresse, voilà son point de départ. A l’occasion de cette circonstance vulgaire, les plus hautes pensées de Dieu lui sont dévoilées. La nature n’est pas une machine obéissant à une loi aveugle, c’est un instrument préparé et manié par le Créateur, en vue de son règne parmi les hommes. Chaque fléau, comme en général chaque souffrance particulière, est un avertissement qui doit mettre l’homme en face du jugement final, de la journée de l'Éternel... Ce terme solennel désigne, dans un sens relatif, la crise qui met fin à chaque époque de l’histoire ou à l’existence de chaque peuple. Dans le sens absolu du mot, ce mot désigne la crise finale qui terminera le développement de l’humanité. Dieu juge successivement, dans le cours des siècles, tout ce qui s’élève contre lui; ce ne sont là, pourtant, que des jugements incomplets, provisoires, qui préludent à l’acte divin par lequel « tout ce qui s’est élevé sera abattu, et tout ce qui a été opprimé sera relevé » [Bible annotée).
Dans son introduction à l’Apocalypse, Bonnet écrit : « Toute prophétie est une vue en perspective ouverte par l'Esprit de Dieu sur l'avenir de son règne, et ayant dans ses plans successifs un premier, un second, un troisième accomplissement, jusqu’au dernier, qui les résume et les réalise tous. Les séries d'images de l’Apocalypse, loin d’être consécutives et d’amener une suite chronologique d’événements, sont au contraire parallèles, de telle sorte que
chacune de ces séries, prise à part, conduit l’action jusqu’à la fin des temps » (1).
Ces paroles nous paraissent bien dignes de méditation; et nous ne sommes pas éloignés de penser qu’elles indiquent la voie à suivre, dans l'interprétation du discours eschatologique. Au surplus, Bonnet l’affirme positivement, dans son commentaire sur Matthieu : « Jésus répond aux deux questions des disciples (celles du v. 3); mais il le fait en ayant constamment devant les yeux la seconde, c’est-àdire son avénement, et il ne résout la première, concernant’ la ruine de Jérusalem, qu’en la considérant comme l’un des signes de son avénement. En effet, les développements futurs de son règne renferment tous les jugements de Dieu, jusqu’au dernier, qui sera « la consommation du temps. » De là vient que, dans l’immense perspective de cette prophétie, les divers événements qu’elle annonce n’ont pas pu être, toujours, clairement distingués les uns des autres par les évangélistes. Ceux-ci se trouvent, en présence de cet avenir, dans la situation du spectateur qui contemple les diverses chaînes des Alpes, et qui ne voit que des sommets rapprochés les uns des autres, tandis qu’en réalité ils sont séparés par de profondes vallées. De là l’'apparente confusion qui règne dans le discours eschatologique. Il faut convenir que toutes les nombreuses
(4) « On n’a pas compris, écrit Mazel, la marche pourtant si simple de la pensée de Jésus-Christ, embrassant tour à tour l'avenir sous différents aspects, et revenant, par conséquent, à toucher aux mêmes points » (Le retour de Jésus-Christ, p. 13). Kienlen estime qu’en Mat. 24/4-6 il y à un avant-propos, suivi de trois parties parallèles : 1° programme et exposé général (v. 7 à 14); 2 reprise avec de nouveaux détails, mais en langage propre (15 à 31): 8° deuxième récapitulation en langage parabolique (32 à 44).
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tentatives, depuis les Pères de l’Église jusqu’à nos jours, pour retrouver dans ce discours une prédiction claire des deux grands événements qu’il annonce, ont en partie échoué, en présence des difficultés du texte. Au lieu donc de vouloir, au moyen d’interprétations forcées ou même fausses, y voir un enchaînement continu et chronologique, il vaut mieux en considérer les diverses parties comme des cycles qui pénètrent les uns dans les autres, et dont chacun renferme tout l’espace à parcourir depuis le point de départ jusqu’à la dernière fin. Tel est le caractère de la prophétie (1). Ainsi, dans ce discours, le seul mode vrai d'interprétation consiste à rapporter chaque pensée, chaque expression, à l’événement qu’elles désignent évidemment, au lieu de les astreindre à former une suite chronologique rigoureuse. On peut, toutefois, distinguer dans ce discours trois cycles divers, annonçant : 1° des signes généraux relatifs au règne de Christ sur la terre (v. 1 à 14); 2° le jugement de Dieu sur le peuple juif (v. 15 à 28); 3° l’avénement du Seigneur et les sérieuses exhortations à la vigilance qu’ilen tire pour tous les temps. »
Nous croyons devoir souscrire à ces conclusions, qui sont conformes à nos principes d'interprétation historique et biblique. S'il n’y a ici qu'une hypothèse, elle a sur les
autres l’avantage de la simplicité (puisqu'elle n’exige aucun
remaniement de texte et aucune allégorisation) ; elle a aussi l'avantage de l'efficacité, puisqu'elle écarte radicalement certaines difficultés insurmontables par l’exégèse littéraire
(4) Parlant des groupes de visions dans l’Apocalypse, un critique anglais écrit : « Elles ne sont pas télescopiques, mais kaléidoscopiques ; ce sont de nouvelles combinaisons d'images, dont les éléments restent les mêmes » (The Parousia, p. 378).
et logicienne. Ainsi, elle permet d’expliquer le fameux «aussitôt après » du v. 29. En effet, il se peut que les mots ces jours-là « ne doivent point être rapportés aux v. 15 à 29, qui décrivent les jugements de Dieu sur le peuple juif, mais bien à ceux qui précèdent immédiatement (v. 23 à 28). Or, ce passage décrit les caractères du Royaume de Dieu qui s'étendent jusqu'aux jugements qui marqueront l’avénement du Fils de l’homme. »
Nous ne poussons point la naïveté jusqu'à supposer que hypothèse des cycles dissipe toutes les obscurités. Le v. 34, par exemple, risque de rester un mystère. Que peut signifier cette affirmation : « Cette génération ne passera point que tout cela n’arrive? » On sait quel respect professe une certaine critique pour ce passage ; tous les autres sont de plomb, on les tord à volonté ; mais celui-ci, par extraordinaire, est d'acier. N’essayez pas de soutenir le point de vue eschatologique : un seul coup de ce bélier démolirait votre argumentation. — Mais enfin, à supposer même que ce texte unique offrit un problème insoluble aux adversaires du € spiritualisme » strict, pourquoi ne pas constater purement et simplement le mystère, et réserver son avis jusqu’à plus ample informé? L'histoire n’a pourtant pas dit son dernier mot. — D'ailleurs, n’est-ce pas le lieu d'appliquer, ici même, le raisonnement que Bruston emploie quand il rencontre, dars saint Jean, des textes précis en faveur de la résurrection ? « Il serait étrange, écrit-il, de vouloir interpréter tout l’enseignement de Jésus à la lumière d’un seul passage, et d’un passage qui offre tant de difficultés. Il est beaucoup plus naturel d’expliquer ce texte, ou ces textes isolés, d’une manière conforme à l’enseignement général de Jésus-Christ » (p. 110). Mais nous n’emploierons pas ce procédé exégétique, lequel nous
paraît, malgré sa justesse théorique, entaché d’arbitraire dans la pratique. — On pourrait encore se tirer d’affaire, en statuant ici une interpolation. Le recours à l’interpolation ! Il serait temps que le droit des gens intervint, pour flétrir l'emploi d’une arme pareille dans le champ clos des discussions exégétiques. C’est un indigne subterfuge pour échapper à la pression des textes, c’est un jeu de scène analogue à ceux qui terminent les pièces de Calderon :
JULIA. Protégez-moi, croix divine !
(Au moment où Curcio veut la frapper, elle disparait). ALBERTO. Quel miracle!
Curcio. Et par ce dénouement prodigieux, l’auteur achève heureusement la « Dévotion à la Croix. »
Voilà, exactement, le sans-façon et la puérile outrecuidance qui caractérisent certaines jongleries exégétiques. Au moment précis où on serre l’adversaire, où l’on se dispose à s'appuyer sur un texte pour le confondre, une trappe s’ouvre brusquement, et le texte disparait : « Interpolation! » On rougit d’avoir à dénoncer des procédés pareils ; ils conduisent n'importe où n'importe qui; c’est ainsi qu'un certain Malvert, qui sait en jouer, arrive à nier que Jésus ait existé : « L'existence du personnage auquel on a donné le nom de Jésus-Christ, est restée problématique. Aucun document contemporain n’en fait mention. Il n’en est parlé, pour la première fois, et incidemment, que par l'historien Josèphe, dans un passage qu’on a lieu de croire interpolé, par une de ces fraudes pieuses dont l’histoire reiigieuse offre plus d’un exemple. — Tacite rapporte qu’un nommé Christ fut condamné par P. Pilate, mais des critiques sérieux considèrent ce texte comme interpolé. — Il est question de Jésus-Christ dans une lettre de Pline à
Trajan, mais cette mention parait être une interpolation de l’époque de la Renaissance » /Science et Religion, p. 64; 8° mille). Malvert devra s’estimer heureux, si quelque exégète futur, pour disculper l’auteur de Science et Religion, veut bien considérer ce même passage de son livre comme interpolé !
Il y a d’autres recettes pour écarter un texte gênant : sans le déclarer inauthentique, on le déplace. C’est ce que Bonnet lui-même se résout à faire pour le v. 34. Évidemment, cela est permis, de même qu’il peut y avoir des interpolations dans les documents à examiner (1), de même il peut y avoir des interversions d'idées ou de faits (2). Mais il faudrait, une fois pour toutes, que ces partis extrêmes, même légitimes, fussent considérés comme une dérogation aux lois de l’exégèse proprement dite. En théorie, expliquer un texte, c’est l’expliquer tel qu’il est; le modifier, c’est renoncer à l’interpréter. Un savant ne change pas la nature du sol qu’il explore, pour faciliter la démonstration d’une thèse qui lui tient au cœur. Il ne recourt pas non plus à l'hypothèse du « mauvais génie » de Descartes, puissance d'erreur qui donnerait malicieusement des hallucinations à l'observateur. Déplacer un texte, c’est s'engager à le replacer; mais où ? Si l'écrivain biblique l’a mal situé en le fixant là, serons-nous plus habiles? Nous ne sommes pas responsables des erreurs dé Matthieu, mais nous le sommes des nôtres. Dès que nous cessons de suivre le fil du texte, l’arbitraire s’ouvre devant nous, comme « un océan pour
(1) Par exemple : (1 Jean 5/8) « Le Père, la Parole et le Saint-Esprit, et ces trois-là sont un; » etc.
(2) Par exemple : l'épisode de la femme adultère (Jean 8/1-11) qui se placerait naturellement après Luc 21/38.
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lequel nous n’avons ni barque, ni voile; » et l’exégèse,
assurément, devient un art, mais elle cesse, du coup, d’être une science : la science de ce qui est écrit (1). Une troisième recette, consiste à glisser subrepticement
un petit mot, ou seulement une petite lettre, dans la con-
texture d’un passage, ou bien à transformer le sens étymologique des termes. On sait que les Septante agirent quelquefois à l’égard de l'original hébreu, comme les premiers éditeurs de Pascal à l’égard des Pensées. Cest ainsi qu'une certaine affirmation de Joël parut trop brutale aux traducteurs. Quoi! les esclaves prophétiseraient ? C’est un scandale. Ajoutons mes — «mes serviteurs » — et ainsi nous pourrons appliquer l’expression, non plus aux esclaves proprement dits, mais à tous les Israélites (Joël 2/29: Actes 2/18). D'autre part, pour échapper aux difficultés
du verset que nous examinons (Mat. 24/34), on a essayé
de transformer le sens des mots : cette génération ; alors cette locution signifierait, ici : La race humaine, la création,
les disciples de Jésus en général, ou l’Église. Ou bien, l’on
commente ainsi le terme arriveront : « Cette génération ne passera point, avant que ces choses aient commencé d'arriver. » Autant de subterfuges. |
La loyauté exige que nous conservions aux mots leur
sens grammatical. Est-ce une raison pour que ce fameux
texte signifie tout ce qu’on lui attribue ? En vérité, quand on songe aux conséquences qu’on en tire, soit contre les apôtres, soit contre le Maitre lui-même, il suffit qu’il puisse signifier autre chose, pour qu’on se prête à une explication différente. Nous n’ignorons pas que cette seule proposition
(4) Mazel demande : « Avec de pareils moyens, serait-il impossible de retrouver le Coran dans l'Évangile? » (Le retour de 4.-C., p. 19).
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nous expose à des jugements sévères; Weiffenbach, dans sa préface, écrit non sans dédain : (Nousavons peu utilisé, parfois nous n'avons pas même cité, les auteurs qui s’imposent naïvement l'effort d’écarter les difficultés de notre sujet par des procédés purement exégétiques. La place de ces livres est dans un musée d’antiquités. » [| nous semble, pourtant, que l'interprétation littérale peut se soutenir. Jésus vient d'employer la comparaison du figuier, pour
montrer que le jugement suprême sera précédé de signes | avant-coureurs; € quand vous verrez toutes ces choses (1), sachez que le Fils de l’homme est à la porte. » Puis il ajoute, sans transition : « En vérité, je vous dis que cette génération ne passera point, que toutes ces choses n'arrivent. » Si l'expression « toutes ces choses, » désigne, au v. 33, les signes précurseurs de la Parousie, comment la même expression, dans la même phrase (car la division en versets est arbitraire) pourrait-elle s'appliquer à la Parousie ellemême? L’affirmer gratuitement, c’est élever une de ces montagnes que la foi elle-même ne parvient pas à déraci-
ner. Et l’on serait, d’ailleurs, toujours fondé à se demander
comment les écrivains synoptiques, artistes en mosaique, virtuoses de la compilation, se sont montrés assez niais pour laisser subsister une affirmation du Maître aussi nettement contredite par l’événement. « Ce n’est pas la pre-. mière fois que la critique a fait de nos écrivains sacrés des espèces d’idiots » (Bonnet : Jntroduction aux À ctes).
En résumé, l'hypothèse des cycles, sans dissiper les nuées
(4) Ce serait prêter au Maitre une absurdité que de rapporter « toutes ces choses » à son retour dans la gloire; car ce serait lui attribuer l’aphorisme suivant : « Quand vous verrez le Fils de l’homme revenir sur les nuées, sachez qu'il est proche ; » — autrement dit : « Quand il sera arrivé, sachez qu’il n’est plus loin. »
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qui planent, mystérieuses et solennelles, au dessus du discours eschatologique, dégage cependant du brouillard les maîtresses lignes d'un paysage grandiose, qui satisfait l’œil de la pensée autant que le regard de la foi. Et le résultat auquel nous aboutissons reste conforme aux données de
l’histoire, comme aux intuitions fondamentales de la Bible,
sans méconnaître le symbolisme prophétique.
C’est au discours eschatologique, cependant, que Bruston a recours pour fonder ses principaux arguments en faveur de la théorie dite « spiritualiste. » L'auteur distingue les uns des autres trois concepts qu’on s’est habitué à relier : la venue de Jésus-Christ — la Parousie — la fin du monde.
À.— La fin. Cette fin qui ne saurait guère être l’anéantissement de l’univers, sera plutôt la consommation de l’humanité, parvenue au terme de son développement: assurément, on peut se représenter sa brusque disparition après une catastrophe cosmique ou une gigantesque épidémie. « Mais pareille chose ne pourrait arriver, d’après les promesses formelles de Jésus, que lorsque l'Évangile aura été annoncé à toutes les nations, et à la suite d’une longue période, pendant laquelle, l’Église chrétienne, embrassant l'humanité toute entière, les principes chrétiens auront pu porter tous leurs fruits. » — Soit. Ce sont là des convictions fortement assises dans la conscience de la chrétienté.
Cependant, une question se pose au sujet de la fin du
monde, telle que la conçoit Bruston. Si elle doit être
distinguée à la fois de la venue de Jésus-Christ et de sa Parousie, quelle place occupera le Rédempteur dans la crise suprême qui constituera le triomphe de la Rédemption? — Aucune place. — Affirmation bien grave, et qui heurte de front un des axiomes de la foi chrétienne. Les théologiens les plus divers sont tous d'accord, pour affirmer
que la personne de Jésus-Christ est le centre invariable de ses enseignements sur l’avenir. « La grandeur unique et le miracle de sa vie, écrit Weizsäcker, gît dans le fait que
son évangile est l’évangile de sa propre personne, et quele
Royaume de Dieu qu’il annonce est fondé sur lui-même » [Untersuchungen über die evangelische Geschichte, p. 577). Kähler écrit : « Saisir en Jésus-Christ, par la foi, le Médiateur entre la création et Dieu, c’est saisir en lui, du même coup, le Consommateur de la création... La conscience du salut a pour fondement ultime, dans le chrétien, la présence en lui du Christ vivant; celui-ci est le contenu de la parole de Dieu, et par conséquent de la prophétie; si bien que la sotériologie eschatologique est, tout à la fois, sotérologie » {Der sogenannte historische Jesus, p. 67). Dorner écrit : € La caractéristique de l’eschatologie chrétienne c’est le rôle qu’elle donne à la personne du Christ. Si la dogmatique ne la plaçait pas au premier plan à l’heure de la Consommation, l’importance du Rédempteur ne serait plus que transitoire, et tout l'édifice de la christologie s’ébranlerait, entrainant dans sa chute la doctrine du Dieu manifesté en son Fils » /Glaubenslehre]. En réalité, séparer la fin du monde et la manifestation triomphale du Fils de l’homme, c’est renoncer à l’intuition biblique fondamentale, c’est renoncer au Messie.
B. — La Parousie. Quoi qu’il en soit, Bruston, pour soutenir sa cause, s’oblige à démontrer que la Parousie ne coincidera pas avec la fin du monde. Voici la thèse : les deux concepts ne peuvent être identifiés, car la fin du monde sera un acte unique, tandis que la Parousie est,
pour ainsi dire, un état, un événement indéfiniment
prolongé. | re Preuve : « Comme l'éclair sort d'Orient et brille jus-
me
ni PC se a : 7 run # +" 4 LA + 4 ?
Pl ANNEE AUS are ER:
qu’au couchant, ainsi sera la Parousie du Fils de l’homme. » Cela signifie que la Parousie, ou présence de Jésus-Christ, ne sera pas ici ou là, mais partout à la fois. Donc « la Parousie sera infinie dans l’espace, et infinie dans la durée. » — L’éclair, symbole de Pinfini dans la durée!
2% Preuve : « Ce passage offre une grande analogie avec celui où Jésus dit aux Pharisiens : « Le Royaume de Dieu
ne vient point d’une manière visible; et l’on ne dira point:
le voilà ici ou là; car voici, le Royaume de Dieu est au dedans de vous; » c’est-à-dire au dedans de tout homme; il est contenu en germe dans tout cœur humain; il ne
s’agit que de l’y développer. La Parousie ressemble, à cet égard, au Royaume de Dieu; quand elle aura lieu, elle rem-
plira le monde entier » (Luc 17/21).
À priori, on peut s'étonner que Bruston trouve « une grande analogie » entre une parole qui affirme que le Royaume de Dieu « ne vient pas d’une manière visible, » et une parole qui déclare que la Parousie sera comparable à l’éclair qui illumine tout le ciel. Mais nous avons des
observations plus sérieuses à présenter : tout le raisonne-
ment s'appuie sur une traduction contestable de 26. Voici
exactement ce que dit Grimm à cesujet : Q’Evrûs Sucv, intra
vos, h. e. in eurer Mitte (év6s air, Xen. anab. 1, 10, 3, etc.);: ali : in animis vestris, quod quidem vocis usus minime narrationis contextus permittit. » Si nous étudions le contexte, en effet, nous serons bien embarrassés pour trouver
une relation quelconque entre la question posée à Jésus et - sa réponse. Qu'on se reporte aux explications que nous avons fournies, plus haut, à ce sujet. Les Pharisiens
parlent d’une chose, et le Seigneur parlerait d’une autre!
Quand ces Hébreux l’interrogent « parce qu'ils espèrent . Paccomplissement de la promesse que Dieu avait faite à
de, ne ee
leurs pères, et à laquelle aspiraient leurs douze tribus qui
servaient Dieu continuellement nuit et jour » (Actes 26/6, | 1), 1e Messie lui-même, en qui les promesses doivent s’épanouir, mystifie ses compatriotes en jouant sur le mot Royaume! Ce Royaume, répliquerait-il, n’est pas un organisme historique, mais un développement moral ! Alors que deviendraient les prophéties? Que deviendrait la personne centrale qui avait le droit de déclarer : Le Royaume n’est pas venu avec éclat, puisqu'il s’est approché de vous, en moi, à votre insu ?
À ceux qui veulent traduire, ivros bu&v par au dedans de vous, on peut encore faire observer que cette parole offre des difficultés insurmontables, si elle est adressée aux pharisiens (cf. Mat. 23/13). Haupt, qui admet cette version, estime que le vous ne s’adressait pas exclusivement aux pharisiens, mais à la foule présente (1); la séconde personne du pluriel se justifie suffisamment, si l’on songe que Jésus énonçait une vérité générale; preuve en soit que si Jésus avait employé la deuxième personne du singulier, nul ne se serait mépris sur ses intentions. — Mais c’est que le Seigneur, précisément, n’a pas employé la deuxième personne du singulier! Berthoud traduit : € Le Royaume de Dieu est (ou doit être) au dedans de vous » /Apologie du Christianisme, p. 326). Ceci n’est plus une version, c’est un commentaire. — Weiffenbach, lui, est tellement pénétré de l’opposition entre Jésus et les pharisiens, qu’il n’admet pas même la traduction : « Le Royaume est au milieu de vous. » Cest une impossibilité morale! Et pour se tirer de l’impasse, il suppose que la parole de Jésus fut adressée
(4) Certes, ce serait bien l’occasion de répéter : Woher die M enge? (cf. P. 62).
ES
RS
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tn = ère Bisr, Tr tot cé Cam Eu
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aux disciples; seule, une erreur de Luc (qui connaissait,
cependant, les pharisiens, lui, le compagnon d’apostolat
de saint Paul!) a modifié le cadre primitif de l'entretien.
Nous ne pouvons souscrire à cette conclusion; mais les
prémisses nous paraissent dignes d'attention. Bleek (Synoptische Erkläürung, Il, 244) et Keim [Jesu von Nazara, II, 344) admettent, eux aussi, que la version : « Le Royaume est au milieu de vous, » reste sujette à caution. Et ils vont jusqu’à supposer que la déclaration de Jésus constituait
une menace : Le Royaume sera subitement au milieu de
vous! « Ce sens, écrit Wabnitz, est peut-être le véritable » [L'idéal Messianique de Jésus, p. 57).
Quoi qu’il en soit, nous en avons dit suffisamment pour
montrer que la traduction : (en vous, » ne s'impose pas. % L
Nous reconnaissons, néanmoins, qu’elle est possible. C’est ce qu’avoue très franchement Stapfer, dans sa version du Nouveau Testament; il met en note : («On peut traduire
aussi : au dedans de vous » (1). Adoptons cette traduction ;
est-ce une raison pour que la nature du Royaume de Dieu en soit transformée, pour qu’il devienne uniquement « idéal? » Le Christ extérieur est le fondement d’un orga-
nisme historique, appelé le Royaume ; et le Christ intérieur
est le germe d’un développement moral qui s'appelle aussi le Royaume : « le Royaume de Dieu, c’est la justice, la paix et la joie par le Saint-Esprit » (Rom. 74/17). Dans le premier cas, le Royaume embrasse un ensemble de person-
nes; dans le second, il comprend un ensemble de biens.
Ces biens sont, tout d’abord, des qualifications spirituelles,
(4) De son côté, la Revised Version, qui est un modèle de loyauté, et qui adopte la traduction critiquée, ajoute en note : « Or : ên the midst Of you. »
Quris ur +