CHAPITRE SIXIÈME LERONUL SEE
conditions d’entrée dans un organisme concret, lequel ne coïncide ni avec l’Église ici-bas, ni avec le ciel là-haut, et
qui, dans son épanouissement définitif, à la fin des temps,
opèrera la synthèse entre le Royaume visible et le Royaume invisible (1). Donc, en supposant que Jésus ait voulu dire aux Pharisiens que tout homme porte en soi un Christ virtuel, et que « le Royaume de Dieu est contenu en germe dans tout cœur humain, » pareille affirmation ne saurait être invoquée en faveur de la théorie « spiritualiste. » Ceux qui attendent la Parousie, ne prétendent pas nier là nécessité de la nouvelle naissance!
Mais reprenons le fil du raisonnement de Bruston. « Le Royaume de Dieu est dans tout cœur; il ne s’agit que de y développer. La Parousie ressemble, à cet égard, au
Royaume de Dieu. » À quel égard? La Parousie serait dans |
tout cœur humain”? Cela est incompréhensible. Qu'est-ce que développer la Parousie? Bruston ajoute, en manière
d'explication : « Quand la Parousie aura lieu, elle remplira.
la terre entière ou, pour mieux dire, le monde entier; elle sera infinie dans l’espace. » Or, on nous avertira, plus loin,
que la Parousie est le jugement que le Christ glorifié pro-
nonce sur tous les hommes, au moment de leur mort. « Pratiquement parlant, c’est l’heure de la mort; » c’est
l’heure dont le Seigneur parlait en ces termes : « Pour ce.
qui est du jour et de l’heure, personne ne le sait, ni les
anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. » Bruston: commente ainsi : (« Personne ne connaît cette heure, parce
que personne ne connaît l'heure de sa mort. » Si cette interprétation est juste, Jésus aurait affirmé que les anges
ignorent également à quel moment ils expireront, mais que.
(1) Cf. Chap. XVI.
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| SX | s ES z ; APPLICATION DES PRINCIPES D'INTERPRÉTATION 201
OESSS LA , MISE PS - - Dieu seul connaît l’époque où il cessera lui-même d’exis-
— ter. — Concédons même, un instant, que la Parousie
glorieuse du Seigneur coïncide pour chaque individu avec
son dernier râle, comment peut-on affirmer que la fin de chaque individu ne sera pas « ici ou là, » mais qu'elle sera «infinie dans l’espace? »
93e Preuve : «Ce qui arriva du temps de Noé, arrivera de même à l’avénement du Fils de l’homme (69#:p.. oûres)…
Ils ne se doutèrent de rien, jusqu’à ce que le déluge vint.
et les emportât tous : il en sera de même à l’avénement
du Fils de l’homme. » Bruston conclut : «Il s’agit donc d’un événement qui se produira fréquemment, et dans Les circonstances les plus ordinaires de la vie...»
4 Preuve : Il est vrai que cette conclusion inattendue se
justifie, aux yeux de Bruston, par les v. 40 et 41, destinés
par Jésus à combattre une «fausse interprétation de la comparaison du déluge. » — Alors pourquoi cette comparaison? Après avoir pris l'éclair comme symbole de la
durée, le Maître aurait choisi le déluge pour symbole du
train coutumier des choses? — Et quelle est donc la glose ajoutée par le Seigneur pour détruire l'effet de sa comparaison? « Alors, deux hommes seront dans un champ : l’un est pris, l’autre laissé. » — Mais c’est tout simplement l’idée exprimée au v. 31: «Il enverra ses anges avec un grand son de trompette, et ils rassembleront les élus des quatre vents. » Si les élus sont pris, les autres sont laissés.
ot Preuve : « Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra » (v. 42. Cf. v. 44).
Bruston estime que « l’interprétation eschatologique touche ici de bien près à l’absurde. » Pourquoi? Parce que
Jésus € aurait dû dire » (dans l'hypothèse d’une Parousie extérieure) : & Veillez, car le Fils de l’homme viendra peut-
être de votre temps. » — Or, c’est exactement le sens précis des termes employés par le Seigneur |
Voilà les seuls arguments que Bruston puise, dans le discours eschatologique, pour distinguer l’idée de la fin du monde et l’idée de la Parousie. Est-ce à dire, tout au | moins, que la Parousie se confond avec la venue du Seigneur? Pas davantage. <
C. — La Venue. La venue est quelque chose de spécial, puisqu'on en connaît le jour et l’heure. En effet, il est écrit au v. 29 : « Aussitôt après l’affliction de ces jourslà... »y — Mais pourquoi l’expression ces jours-là ne se rapporterait-elle pas aux versets qui précèdent immédiatement, et dans lesquels Bruston lui-même voit la description des caractères de la Parousie? |
On saura aussi l’heure de la venue, ajoute notre critique, parce qu’il est écrit, au v. 34: «Cette génération ne passera point, etc... » Nous avons indiqué, plus haut, les raisons qui nous empêchent d'adopter l’exégèse proposée.
Appuyé sur ces deux textes, Bruston affirme que, si la venue de Jésus-Christ s’est produite à une date précise, cette venue désigne une réalité invisible. — Une fois de plus, nous tenons à répéter que nous admettons sans réticence un retour invisible du Maître par son Esprit; mais nous ne voyons aucune contradiction entre ce retour spirituel et le retour corporel, à la fin des temps; si bien que rien ne nous oblige à justifier le Fils de Dieu d’avoir prononcé les paroles qu’il a prononcées. C’est pourtant là qu'il faut en venir, lorsqu'on prétend bannir de l’horizon du Seigneur toute espérance d’une venue matérielle. L’apriorisme prétend unifier l’enseignement du Maître au nom de certaines prémisses; mais la véritable unité suppose deux termes. réunis : par exemple, la venue invisible et la venue visible.
Supprimer un des termes au profit de l’autre, ce n’est pas opérer une synthèse, mais une destruction. Quand un homme louche, on ne le guérit pas en lui crevant un œil afin d'assurer l'unité du regard!
Nous sommes donc affranchis de la tâche qui consiste à interpréter le v. 29 comme s’il s'agissait d’un rébus, et nous n'avons pas à nous demander (problème insoluble) si le soleil et la lune représentent bien des faux dieux ou des princes (1). Il paraîtrait que ce verset décrit la destruction du polythéisme ou de celle du monde païen en général; événement qui serait survenu immédiatement après la ruine de Jérusalem. Aux partisans de cette interprétation nous répliquons, simplement, qu’il y a encore, en l’an de grâce
(4) Sur ce terrain-là, d’ailleurs, l'imagination peut se donner libre carrière, Mazel, qui a écrit deux volumes en faveur de la Parousie objective, se trouve d'accord avec Bruston lui-même sur la nécessité de recourir à l’allégorie, dans notre passage. Voici où mène cette méthode : «L'influence de Rome consacre une coupable union de l’économie politique (c'est-à-dire du Soleil) avec l’économie ecclésiastique (c’est-à-dire de la Lune). La fin de cet état de choses est marquée par l’obscurcissement des astres symboliques... L'altération des astres se poursuit jusqu'à l’arrivée de Jésus-Christ. Donc, il faut que les pouvoirs anciens figurés par les astres existent encore aujourd’hui. Eh bien, chose merveilleuse, il y a de nos jours en Europe un ëmperator et un pontifex maximus, Vun résidant à Berlin et l’autre à Rome... » Et cependant, au matin de Ja Pentecôte, Pierre n’avait-il pas affirmé que les fameux astres symboliques, loin de subsister, disparaissaient ?
. Réponse : « D'une manière vraie pour Dieu, les-astres, c’est-à-dire les
puissances terrestres malfaisantes, ont été couvertes de ténèbres à la Pentecôte. » Si bien que la prophétie de Joël, cité par Pierre, doit s’interpréter ainsi : « Le sang signifie les souffrances des martyrs; le feu, la brûlante ardeur des croyants; la fumée, les troubles occasionnés par l'Évangile dans le monde. » Après nous avoir révélé le mystère de ces logogriphes, Mazel conclut en ces mots : « Jésus à voilé prudemment sa pensée. »
1899, huit cent millions de païens sur la terre. Et si l’on nous répondait que les débuts de l’ébranlement du polythéisme ont été considérés, par Jésus-Christ, comme un gage de la chute irrémédiable, si bien que le Seigneur contemplait la fin dans le commencement — nous demanderons, alors, pourquoi les « spiritualistes » n’appliquent pas ce procédé de raisonnement aux divers passages qui paraissent affirmer le retour immédiat du Seigneur. Est-ce à dire que nous méconnaissions le caractère imagé de tout le tableau? Nullement. Mais nous voyons là la description figurée d’une catastrophe naturelle.
Dès lors aussi, nous sommes libéré de la pénible obligation que Bruston s’impose, et qui consiste à rechercher, dans les .v. 30 et 31, une peinture de l’évangélisation du monde. Le signe du Fils de l'homme, c’est une bannière qui est la croix ; les lamentations de toutes les tribus de la terre, c’est la douleur qu’éprouvent les chrétiens, depuis dix-huit siècles, à la pensée que le Juste a été crucifié ; les anges, ce sont les apôtres et les missionnaires ; la trompette, c’est la prédication. — On sait comment le Sauveur s’exprimait, quand il chargeait ses disciples d'annoncer lÉvangile : &« Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups ; mettez-vous en garde contre les hommes. Allez, instruisez toutes les nations, et enseignez-leur à observer tout ce que j'ai prescrit » (Mat. 20/16; 28/19). Le Maître parlait de manière à être compris de ses messagers (1). Et ici, dans le discours eschatologique, il s’adresserait à eux
(1) À propos de l'écrit de Schnedermann (Der jüdische Hintergrund im Neuen Testament) Ehrhardt écrit : « Si Jésus, en affirmant que la fin des temps est proche, n’a entendu annoncer que la fin de la prééminence religieuse du peuple juif, ne mérite-t-il pas le reproche d’avoir joué avec les mots? » (La récente controverse, etc., p. 27).