‹ L'espérance chrétienne (volume 2)Chapitre 24 sur 72 · BÉ · texte numérisé non relu

BÉ

ne

R Lt Re *

nés

à J& ANCES

en ces termes : « Le Fils de l’homme enverra ses anges avec un grand son de trompette, et ils rassembleront les élus

des quatre vents, » et ses apôtres devraient comprendre que

c’est làune exhortation à évangéliser! — Mais, réplique-t-on, c’est le style prophétique. — Alors Jésus ne parle donc pas d’un événement imminent; un homme qui confie un message à ses serviteurs ne prophétise pas, s’il déclare qu'ils s’acquitteront de la commission. Si Jésus a employé le langage des voyants, c’est que son regard embrassait tout l’avenir. — Soit. C'était l'avenir de l’Église, c’est-à-dire son retour invisible. — Mais encore une fois, est-ce ainsi que le Seigneur a coutume de s'exprimer, quand il relie sa présence invisible sur la terre à la proclamation de l’Évangile ? « Allez, instruisez, enseignez.. Je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » Ces paroles si simples furent prononcées, par le Glorifié, au moment même où il retournait auprès du Père, à la veille de son retour invisible, c’est-à-dire à une heure d’exaltation intérieure et extérieure qui dominait d’une altitude infinie le moment mélancolique où il prononça le discours eschatologique; c’est alors, semble-t-il, c’est au sommet lumineux de son ministère, que le Seigneur aurait dû enfler ses paroles au souffle de l’apocalypse. Il n’en est rien.

On ne parviendra pas à effacer le caractère véritable du tableau que nous examinons. Nous sommes loin de prendre à la lettre chaque terme de la description ; la poésie reste la poésie (1); mais nous voyons, sous ces images, la réalité

(1) Aussi, les objections de l'astronomie ou de la topographie nous laissent indifférent. Mazel observe que, d'après Marc, les étoiles seront tombantes du ciel, et il ajoute : « Cette expression conviendrait moins sil s'agissait de la chute de corps dans les espaces, chute dont la rapidité suivrait une progression croissante, » Mazel ajoute, encore, que

d’un événement concret qui se manifestera, tout à la fois, dans le domaine de la nature et dans celui de l’histoire. Lorsque le Pentateuque décrit ainsi l’apparition de Jéhovah sur le Sinaï : « Tout le peuple entendait les tonnerres et le son de la trompette; il voyaitles flammes et la montagne fumante ; » — qui pourrait démontrer qu’il en fut autrement ? Or, la réalité de la chose est indépendante, assurément, de la question de savoir si le son de la trompette émanait, oui ou non, d’un instrument métallique. Tant que la Terre sera la Terre, et tant que le corps humain sera un corps, nous ne comprendrons jamais la frayeur qu’inspire à une certaine théologie tout ce qui se voit et tout ce qui se touche. Si l'Évangile n’enseigne pas un retour visible du Seigneur, que signifient ces paroles : « Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu allant au ciel? » (Actes 1/11). Naturellement, tous ceux que ce passage embarrasse, le rejettent; mais nous sommes décidé à ne plus compter avec de pareils faux-fuyants. Nous nous adressons aux exégètes loyaux; comment les « spiritualistes » honnêtes expliquent-ils ce passage? A supposer,

Jésus n’a point parlé d’une véritable mer en affirmant que le bruit des flots sèmerait l'angoisse parmi les nations ; sans quoi, Jésus aurait dit ceci : « Les Germains de la Forêt-Noire comme les habitants du Sahara, en un mot toutes les peuplades qui vivent loin de la mer, entendront d'elle un bruit si effroyable, qu’elles seront dans un mortel embarras. » Et pour démontrer que les flots de la mer désignent, dans le discours eschatologique, les invasions barbares, Mazel cite Victor Hugo et Châteaubriand, qui comparent les masses humaines à l'Océan; il cite même la lettre d'un mollah de Calcutta, écrite en 1876, et qui débute par ces mots : « Le bruit de la mer des infidèles est venu jusqu'aux oreilles des humbles esclaves de l’'Hindoustan. »

Page 1