‹ L'espérance chrétienne (volume 2)Chapitre 25 sur 72 · M CT · texte numérisé non relu

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même, que leur conscience théologique les autorise à supprimer les v.9 à 11, et qu’ils concluent, commodément, à une « ascension spirituelle, » — nous leur demanderons en quoi consiste l’ascension spirituelle d’un corps matériel. Qu'est devenu le corps du Ressuscité ? Ou bien l’ascension a été corporelle, ou bien le Prince de la vie est mort une deuxième fois (1).

Mais on ne nous permet pas ce dilemme : « Sans avoir conservé son corps terrestre, Christ en prenait à certains moments l’apparence, pour établir qu’il était vraiment ressuscité. Seulement, si le Seigneur avait laissé sa dépouille se dissoudre lentement, ses disciples auraient toujours douté de sa victoire; il fallait qu’ils vissent le tombeau vide, afin d’être dûment convaincus. Aussi le Christ triomphant reprit-il, pour le détruire au contact de son être glorieux, le cadavre déposé dans le sépulcre » (Bovon : Dogmatique, II-470). Nous ne changerons qu’un seul mot à ce raisonnement. Au lieu de dire : Christ prenait l’'apparence de son corps pour établir qu'il était vraiment ressuscité, nous mettrions : pour laisser croire à sa résur-

(4) « Faut-il se représenter l'ascension du Christ comme une véritable

‘ascension matérielle? S'il est monté ainsi, où s'est-il arrêté ? Où a-t-il

bien pu rencontrer Dieu, eût-il même parcouru l’espace du ciel visible jusqu’à l'infini ? » (Sabatier : Esquisse, p. 320). Cela est grotesque, évi= demment. Mais le texte biblique ne dit rien de semblable. «IT fut élevé en leur présence, et une nuée le déroba à leurs yeux. » Voilà tout ; cela était suffisant pour produire l'impression nécessaire sur l'esprit des disciples : dorénavant, ils sauront où chercher le Ressuscité, Quant à la question de savoir comment le Seigneur est allé s'asseoir « à la droite de Dieu, » le récit de Luc ne fournit aucune espèce de théorie. On voit le Christ ici-bas, sans percer le mystère de sa naissance ; on voit le Ressuscilé, sans percer le mystère de sa résurrection ; on voit le Sauveur s'élever, sans percer le mystère de sa glorification,

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rection. Nous tenons à l’expression « laisser croire, » puisqu'il avait annoncé sa résurrection pour le troisième jour. En présence d’une prédiction aussi précise, comment peut-on écrire : « Il était vraiment ressuscité, car Jésus a revécu dès l’heure où il expirait sur le Calvaire. » Qu'est-ce que revivre à l’heure où l’on expire? Si l’esprit ne périt point, il n’a pas besoin d’une revivification qui coïnciderait avec l’instant de son anéantissement. C’est une contradiction dans les termes. Quoi qu’il en soit, il est impossible d'établir une équation entre ces deux concepts : (Je revivrai dès l’heure où je rendrai le dernier soupir; » — et : « Le troisième jour, je ressusciterai. » — Objectera-t-on que cela signifiait, seulement : &« Vous me reverrez le surlendemain de ma mort? » Mais pourquoi ce délai, puisqu'il a revécu à l’heure même où son cadavre pendait encore chaud sur le bois? A l'heure même, où l’on vient percer son flanc d’un coup de lance, Jésus revit et se prépare à reparaître parmi les disciples, revêtu du corps qui est cloué, là, sur la croix; il se prépare à leur montrer ses mains percées, son côté troué... Mais, en même temps, ilse prépare à détruire ce corps qu’on va enseveliravec larmes, déposer dans un sépulcre neuf, et séparer du monde extérieur par une pierre scellée. Ce corps, objet de tant de vénération et de tant de craintes, Jésus est le seul à le mépriser; ce n’est plus qu’une « dépouille ; » et dans quelques heures, il-ira l’anéantir secrètement, comme on brüle une défroque. Ensuite, il se montrera aux disciples ravis, revêtu en apparence de ce même vêtement de chair qu'il vient de consumer, et les apôtres seront & convaincus. » Convaincus de quoi? Peut-on le demander? Puisque le sépulcre est vide, Dieu a rendu la vie au corps sacré qui s’y reposait de Gethsémané et de Golgotha (Rom. 8/11).

Eh bien! non; cette conviction est une erreur. Et à qui est-elle imputable? Au responsable auteur d’un indigne imbroglio; au Saint et au Juste, qui jouerait, dans les ténèbres, je ne sais quel rôle de comédie.

Et pourtant, statuer une ascension purement spirituelle,

c’est statuer une résurrection purement spirituelle aussi,

théorie qui ne sait plus comment éliminer le corps du crueifié. (Sans compter qu’une résurrection spirituelle est un non-sens; un esprit ne ressuscite pas; il survit au

corps). Pour nous, nous estimons que les partisans de la résurrection spirituelle n’ont qu’un seul moyen d’abolir le

cadavre qui les gêne; c’est de statuer une mort également spirituelle. Puisque Jésus pouvait apparaître après la crucifixion, se manifester ici-bas sous les espèces d’un

corps imaginaire, mais identique à celui qui saigna sur la

croix, il pouvait aussi, avant la crucifixion, se manifester ici-bas sous les espèces d’un corps imaginaire, identique à celui qui devait saigner sur la croix. C’est l'hypothèse du docétisme. Pour être logiques, en effet, ceux qui n’admettent qu'un retour spirituel du Seigneur, devraient n’admettre également qu’une venue spirituelle du Messie.

Cette hypothèse d’un Messie spirituel aurait pu se soutenir, avant l’apparition effective d’Emmanuel. Si un exégète juif, cent ans avant l’ère chrétienne, s’était avisé d’interpréter tous les textes de l’Ancien Testament d’après les

principes de l’apriorisme idéaliste, il aurait pu se donner

libre carrière. « Peut-on imaginer, aurait-il écrit, que

le Dieu invisible et partout présent se localisera, en un

certain jour, dans un personnage déterminé? Une concep-

tion aussi grossière est digne du polythéisme; mais la

religion de l'Esprit s’affranchit de l’espace et du temps.

Dieu n’est pas une cause phénoménale et particulière, da

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art,

dont on peut signaler la présence à un moment précis de la chaîne des êtres et des choses, plutôt qu'à un autre (Sabatier : Esquisse d’une philosophie de la religion, p. 82). Assurément, l'Esprit de Dieu fera surgir l’une après l’autre, ilemplira et illuminera successivement de grandes consciences (ibid. p. 54); mais la poussée du Dieu intérieur se manifestera sans interruption à tous les moments de l’histoire, avec la puissance calme et irrésistible de la marée montante, jusqu’à ce que toute la terre soit remplie de la connaissance de la gloire de l'Éternel, comme le fond de la mer par les eaux qui la couvrent (Habakuk 2/14). Cette large et noble vision d’une rédemption historique et progressive est seule conforme aux attributs du Dieu qui est Esprit, elle seule peut affranchir la pensée et le cœur des intuitions d’un judaïsme étroit, et préparer ici-bas les voies à une religion universelle. » Armé de ces axiomes, notre exégèle eut passé en revue toutes les prophéties messianiques ; et sans même recourir trop fréquemment à l'arsenal ordinaire, aux gloses, aux interpolations, aux mots ajoutés, aux termes retranchés, aux interversions d'idées, aux suscriptions fausses, aux lapsus linguæ aut calami, au symbolisme, aux malentendus, à l’inauthenticité radicale, notre savant eût démontré, sans trop de peine, que le peuple hébreu était victime d’une malencontreuse

et palpable erreur en attendant la naissance d’un Messie

en chair et en os.

Or, « quand les temps furent accomplis, Dieu envoya

son Fils, né d’une femme » (Galates 4/2). Ainsi en sera-t-il

de la Parousie (1).

(1) Le retour de Christ, écrit Lange, n’est que le plein épanouissement

de sa première venue : « die Entfaltung und Vollendung seiner ersten Zukunft in der Menschenwelt » (Encyclopédie Herzog).

Au surplus, l’école aprioriste, malgré l’appareil de son argumentation, ne reste pas sans inquiétudes. C’est ainsi que Bruston, après avoir déclaré que la venue du Fils de l’homme, d’après Jésus lui-même, sera invisible, après avoir affirmé que les anges du discours eschatologique sont des prédicateurs, se pose à lui-même l’objeclion suivante : « La même locution : Le Fils de l’homme enverra ses anges, est employée dans la parabole de l’ivraie (Mat. 15), où il est question du jugement et de la fin du siècle !.… Mais si la locution est la même, l’idée est bien différente. » Et comment cela? Parce que, dans la parabole de l’ivraie, les anges chassent du Royaume les méchants; donc le Royaume existe depuis longtemps ; donc les anges peuvent être des anges. Dans le discours eschatologique, au contraire, les anges sont chargés de rassembler les élus dans le Royaume ; donc le Royaume est à peine fondé ; donc les anges sont des prédicateurs. — Nous nous bornerons à répondre que le discours eschatologique ne contient pas un seul mot qui puisse faire supposer que les élus sont introduits dans le Royaume. Il est dit qu’ils sont rassemblés ; l'image est celle d’une convocation : « En ce jour, on sonnera de la grande trompette, et alors reviendront ceux qui étaient exilés » (Esaïe 27/13). Ce groupement des élus auprès de leur capitaine, les met à l’abri des jugements qui ont fondu sur le monde, Il n’y a rien de plus dans le contexte. De sorte que Bruston a raison de se demander si la parabole de l’ivraie n’est pas une cartouche de dynamite, fort menaçante pour l'édifice du « spiritualisme. » N’est-il pas, luimême, obligé de convenir, en terminant, que « Jésus a fait coïncider le jugement avec sa Parousie et avec la fin du siècle? » (p. 100). Et ne sent-on pas que toutes les ressources de la science critique ne parviendront pas à transformer

la fin du siècle en la fin de la vie, de manière à ce que la Parousie du Seigneur de gloire soit un siens pour l'apparition du Roi des épouvantéements ?

L'humanité ne se laissera pas donner le change; et si elle se détourne de l’Église, n’est-ce pas, en partie, parce que la chrétienté interprète à son profit les prédictions grandioses de l’Écriture, parce qu’elle affirme que les voyants de l’ancienne et de la nouvelle alliance, quand ils contemplaient l’établissement du Royaume de Dieu sur la terre, saluaient avec allégresse les dix-huit siècles d’hérésies, d’apostasies, de croisades, d’inquisitions, de schismes, de

persécutions, de cléricalisme et de jésuiterie qui consti- .

tuent l’histoire de l’Église jusqu’à nos jours? Quoi, cela la

venue du Fils de l’homme! Voilà le règne qu'il faisait

miroiter, mirage décevant, devant le regard candide et anxieux de ses disciples! Il y a là, pour nous, un ensemble d’impossibilités exégétiques, historiques, philosophi-

ques, morales et religieuses, dont la formidable poussée, | pareille à celle d’un torrent débordé, balaye comme un

fétu l’édifice du « Spiritualisme » (1).

LU

4) Cf. Weiffenbach (p. 364) : « Von einer irdisch-sichtbaren

Parusie kann nur baare Willkür absehen: von einer unsichtbaren, :

moralischen Wiederkunft aber mag Rud. Hofmann in seinèem Namen oder als dichterisch-philosophischer Betrachter der Geschichte reden so viel er will. Im Namen und Sinne Jesu es zu thun, sprechen wir ihm jedes Recht ab. » — Ehrhardt écrit de même : « Selon Wendt (Die Lehre Jesu) Jésus fonde le Royaume de Dieu en exerçant une royauté spirituelle sur ceux qui croient en lui. Malheureusement, ces idées sont plus conformes à nos habitudes d'esprit modernes qu'aux textes des évangiles, examinés sans parli pris » (La récente controverse, ete., p. 45).

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