QU 0 COTE RRR T
x APPLICATION DES PRINCIPES D'INTERPRÉTATION 291
des possessions démoniaques? » Autrement dit, le Maitre s’est trompé, il s’est trompé sur un sujet capital, mais cette erreur n’amoindrit pas sa grandeur, car il a subi, fatalement, l'influence de son milieu.
B. — Ceci nous amène à développer la deuxième considération que l’on allègue, pour se blanchir d’avoir accusé Jésus-Christ d'erreur. Voici, en substance, le raisonnement : Jésus ne s’est pas trompé, il ne s’est pas trompé en tant que Rédempteur, même s’il a émis une affirmation contraire aux faits, lorsque cette affirmation s’est produite en un domaine où Jésus ne prétendait pas à l’infaillibilité. Admettons, par exemple, qu’il ait attribué à Moïse un passage qui n’est pas de lui, ou à David un psaume dont il n’est pas l’auteur; admettons même qu’il ait ignoré la sphéricité de la Terre; ses affirmations sur ces divers points constitueraient bien des erreurs, si Jésus avait eu la prétention d’être un rédacteur d’encyclopédie, mais il se bornait à être le Sauveur du genre humain. « Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver, » et non point donner des leçons de critique biblique ou des cours de cosmographie. Faire du Christ un Pic de la Mirandole, prêt à disserter de omni re scibili, c’est transformer le héros des Évangiles en un pédant de collège, et méconnaitre les caractères fondamentaux de la Révélation.
Ces prémisses nous paraissent justes. F. Godet écrivait en 1891 : « On demandera si, à l’égard des faits de la vie ordinaire, nous pouvons attribuer à Jésus une complète infailhibilité. Nous avons tout lieu de croire qu’il était remis, comme nous, au témoignage de ses sens, à celui des hommes, ses contemporains, et aux traditions nationales léguées par les ancêtres. Il serait imprudent de vouloir nier, chez lui, toute possibilité d'erreur sur de pareils
sujets » (Chrétien évangélique de 1891. — L’Autorité de Jésus-Christ). G. Godet écrivait, de son côté, la même année: « Les Évangiles n’attribuent pas à Jésus la toute-science. S'il eût possédée, son humanité n’eût été qu’une apparence.
Jésus n’a pas possédé davantage (pendant sa carrière ter-
restre) la science que j'appellerai moderne; il a ignoré des choses que nous Savons aujourd’hui » (Christ, fondeinent de l’autorilé de l'Écriture]. Enfin, Berthoud s’exprimait, à la même époque, avec une rare félicité d'expression. « Un être moralement parfait ne peut avoir que des convictions vraies. Il ne se livre qu’à bon escient; il ne s’avance qu’à coup sûr, parce qu'il vit en pleine lumière.
Il ne sera sujet à l'erreur, qu’au degré où elle est inséparable de l’ignorance. Un homme parfait sera donc susceptible de.
notions inexactes à l’extrême frontière de son savoir, sans que sa perfection d'homme en souffre nulle atteinte. Il recevra, sans doute, du milieu ambiant, il acceptera, sur le témoignage d'autrui, une quantité d'opinions toutes faites, de préjugés même, qu’il ne se croira pas tenu ou qu’il ne sera pas en mesure de vérifier, et qui seront comme la monnaie courante de ses rapports sociaux, mais il se gardera bien d’en revendiquer la paternité ou d’y attacher son nom, et il ne les enseignera pas ex professo, comme s’il en assumait la responsabilité. Il en fera, pour ainsi dire, un usage anonyme, comme d’un terrain neutre et commode où il rencontre ses semblables, de la même manière qu'il se sert constamment de la voie publique sans avoir l’idée d’y fixer son chez-soi. Au reste, ces lieux communs ne tirent pas à conséquence ; ce sont des opinions de surface, toujours révisables et qui, vraies ou fausses, ne constituent pas le trésor de ses convictions personnelles. En résumé, la sainteté du Sauveur implique son absolue
nr b " Mr 4
RP ETT SIC
ECM de ne fist Mon nÉÉÈTE . ' A"
NA PT INR A rl 7 08
sn" 2e ol
Tv M + +) ete Re it COS és 7 272
compétence dans les choses qu'il a enseignées, mais dans
celles-là seulement. Lui qui n’a pas voulu se mêler de
politique, bien qu'il fût roi, ni se poser en réformateur
social, bien que son œuvre eût une portée sociale infinie,
- lui qui s’est récusé comme arbitre dans une question
d’héritage, en répondant : &« Qui m'a établi sur vous? » il
__ n’est point sorti du rôle que Dieu lui avait assigné, il s’est
renfermé scrupuleusement dans sa mission rédembptrice, et n’a avoué sa compéténce que dans le domaine religieux et moral /Chrétien évangélique de 1892. — L'autorité doctrinale de Jésus).
Encore une fois, nous souscrivons à ces prémisses. Mais quelles conclusions en tirer pour ce qui regarde l’eschatologie du Maître? Rangerons-nous la Parousie éclatante parmi les & faits de la vie ordinaire”? » Classerons-nous les signes précurseurs du jugement dernier parmi les données de la « science moderne? » Enfin, les prédictions du Messie lui-même sur l'établissement du Royaume de Dieu, seront-elles assimilées aux « lieux communs qui ne tirent pas à conséquence ? » La théologie nous déclare que le Christ s’est renfermé, scrupuleusement, dans sa mission rédemptrice ; alors, c’est affirmer dans un certain sens que le Christ n’est pas sorti de l’eschatologie, car son activité de rédempteur, orientée tout entière vers l’avenir, avait pour devise : « Que ton règne vienne! » |
Déclarer que si Jésus a pu attribuer par erreur tout le Pentateuque à Moïse, il a dû aussi, pour les mêmes raisons, s’arroger à tort la dignité de Juge des nations, c’est un véritable sophisme. Il nous paraît, cependant, que Stapfer n’est pas loin d'établir une pareille confusion. « Jésus, dit-il, n’a aucune préoccupation critique, littéraire, historique, métaphysique. Tout cela, il l’ignore. Il accepte tous les
termes concrets et réalistes de son temps et de son peuple. Il accepte, sans avoir même l’idée que cela puisse être discuté, ce qui à trait aux anges et à Satan. Il admet les possessions, il ne peut pas ne pas les admettre, il n’aurait pas été de son temps. Il en est ainsi des notions eschatologiques »
(p. 76). Et encore : « Jésus n’a ni critiqué, ni rejeté les
croyances apocalyptiques de son peuple. Jamais une question critique, ne s’est posée pour Jésus » (p. 164). Et encore :
«Jamais Jésus ne s’est posé une question comme celle-ci :
Telle doctrine est-elle vraie? » (p. 328).
On voit comment Stapfer disculpe d’erreur le Seigneur.
Le vent ne peut être accusé d'erreur, quand sa grande voix retentit dans la nuit; de même, Jésus était une espèce
d’inconscient, une force aveugle que la pression des cir-. constances, et je ne sais quel instinct irraisonné, poussaient droit devant elle, à travers les ruines de la pensée. Pareil :
à un cheval emporté, qui galope vers la muraille où il se brisera la tête, le Christ court vers l’abime, entraînant l'humanité à sa suite ; pour lui, la raison n’existe pas; il ne connaît que la morale et la religion, deux œillères qui
l’empêchent de distinguer le monde véritable; et il se pré-
cipite, sans rien entendre, vers ce terme éblouissant qui lui donne le vertige : la destruction imminente du monde, et l’apparition du Royaume messianique. Jésus ne se demande pas une seule fois $’il dit vrai, ou s’il dit faux, en annonçant que la consommation du siècle est proche: il n’a ni le temps, ni le goût de se poser des questions doctrinales : la perspective de la fin est un irrésistible aimant qui soulève tous les Juifs, comme de la limaille de fer, et dont le formidable attrait enlève au Nazaréen la possession de soi-même.
Si Stapfer taxe de caricature ce portrait, nous en con-