‹ L'espérance chrétienne (volume 2)Chapitre 35 sur 72 · PAPER ER TE PEN A · texte numérisé non relu

PAPER ER TE PEN A

que nous combattons, avoue qu’il y a, dans le discours eschatologique, « un certain manque d'harmonie entre le v. 44 et le v. 29. » Eine gewisse Disharmonie! Quand on sait le sens que Weiïffenbach attribue à :iléws, l'euphémisme est joli; en effet, on lit au v. 14 : « Cette bonne nouvelle du Royaume sera prêchée par toute la terre, et alors viendra la fin; » tandis qu’au v. 29 on lit : « Aussitôt après la tribulation de ces jours-là, paraîtra le signe du Fils de l'Homme. » Le v. 14 étant rayonnant de clarté, la question est de savoir si le v. 29, qui ne l’est point, doit être étudié à la lumière du premier; ou bien, si l’on doit obscurcir celui-ci par les ténèbres de celui-là. Weiffenbach, qui s'apprête à employer le dernier système, n’a aucune bonne

raison à invoquer; il préfère statuer, brutalement, une

contradiction dans les textes (1). C’est une défaite; c’est le joueur abandonnant la partie, par peur d’un échec et mat. En admettant, même, une contradiction entre les v.14et

29, il faudrait choisir, et choisir sans tirer à pile ou face.

Or, l'affirmation du v. 14 a pour elle, nous l’avons démontré, toute l’eschatologie du premier évangile, et, par suite, celle de Marc; et par suite, à plus forte raison, celle de Luc, car ici encore, Weiïiffenbach nous donne des

armes; il est obligé de confesser que Luc à partout « une.

tendance à retarder, le plus possible, l’époque de la Parou-

{1} Notons ici, une fois de plus, les palinodies de la critique interne. A chaque instant, l’école de Weiffenbach démolit des chapitres entiers, parce qu’elle y relève des contradictions; mais ici, Ô surprise! les contradictions du discours eschatologique sont un argument en faveur de la loyauté de l'écrivain sacré. Et pourquoi donc? Ne voyez-vous pas qu’en ébranlant Matthieu, on fortifierait Luc, et que le discours eschatologique, dans Luc, ne permet pas l'interprétation que Weiffenbach impose à e00écwe ?

sie; die Parusie müglichst zu procrastiniren. » Et il cite, à l'appui de son dire, les passages Luc 19/11, 12/45, 17/22, 18/8; Actes 1/7, etc. | |

A merveille; mais il y a plus encore; car si le v. 14 a, en sa faveur, l'esprit général des trois Synoptiques, il peut se réclamer, encore, d’une fameuse et très explicite déclaration, dans le discours eschatologique de Luc : «Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations, jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis » (Luc 21/24). |

Après tout cela, même en supposant que Matthieu s’est contredit à quelques lignes de distance, même en admettant qu’il faille choisir entre le v. 14 et le v. 29, nous ne voyons pas trop comment l’on peut élever le second au-dessus du premier. à

Nous n’ignorons pas qu'une certaine critique rejette, purement et simplement, le passage de Luc sur «les temps des nations; » c’est une addition postérieure, une prédiction ex eventu.….. «Eh bien! il est temps d’en finir avec ce vilain roman d'auteurs sacrés, occupés sans cesse à rapiécer sournoisement des prophéties démenties par les faits, à arranger, sans le moindre souci de la vérité, des paroles trompeuses, dignes seulement de mépris et d’oubli. Assez de ces fables grotesques et odieuses, où l’on montre les témoins du Sauveur, ou leurs disciples, se débattant sans cesse dans un monde de supercheries raccommodées, d'erreurs et de mensonges maladroits, et réussissant à faire prendre, par l'élite de l’humanité, ce ténébreux et impur chaos pour la lumière divine, la vérité salutaire » (Mazel : Le retour de Jésus-Christ. — Préface, 1878) (1).

(4) Bovon (Théologie du N. T. p. 101) admet, pourtant, un remaniement par Luc : « Après l'événement, instruit par l’expérience, Luc s’est rendu mieux compte des perspectives prophétiques ouvertes par les

Godet a raison d'affirmer que la netteté des prédictions dans Luc n'implique, en aucune manière, la composition de son évangile après la ruine de Jérusalem; en effet, si la confusion de Marc et de Matthieu prouve que le châtiment du peuple juif n’était point encore arrivé, lors de la rédac-

tion de ces deux écrits, la clarté de Luc n’entraîne pas

l’'antériorité de la catastrophe; car, Jésus ayant, sans contredit, fixé la date de son avénement dans un avenir beaucoup plus lointain que ne le pensaient les disciples, Luc peut avoir rétabli l’enseignement authentique du Maitre, sans qu'il faille recourir à l'hypothèse d’une composition postérieure à la ruine.

Nous souscrivons à ces remarques, sans accepter Q la confusion » entre la catastrophe et la Parousie, qui serait le fait involontaire des deux premiers Synoptiques. On essaye, il est vrai, de justifier l’erreur par des considérations de ce genre : « L’ère des païens, écrit Godet, était une notion étrangère à l'Ancien Testament, car, dans l’intuition prophétique, la fin de la théocratie coïncidait toujours avec celle du présent siècle. L’on s'explique, par là, comment, dans la reproduction des paroles de Jésus au sein de l’Église judéo-chrétienne, cette notion, qui ne se rattachait à rien dans les intuitions passées, a pu s’effacer, et disparaitre de l’évangélisation orale, qui a déterminé la forme de nos deux premiers Synoptiques. En possession de documents écrits plus exacts, Luc a rendu ici, comme dans d’autres cas, aux paroles de Jésus, leur véritable teneur. »

discours du Sauveur. Et encore, son émancipation est-elle loin d'être complète; car, s’il intercale une « période des Gentils, entre les deux actes du jugement, il ne s’en représente pas moins la catastrophe finale comme imminente. »

at Poe :

te

RECT OR D Ve PRET

rt

2 à Qt < TR + FE

Nous estimons que le texte des deux premiers évangiles n’est pas en contradiction avec la notion du « temps des nations; » nous estimons même, avec Gess, que cette intuition a laissé sa trace dans divers passages de Matthieu et de Marc. Exemples : Mat. 27/43 (le Royaume donné à une nation qui en rend les fruits), 22/8 (les passants invités aux noces, à la place des premiers invités), Marc 12/9 (après la mise à mort des meurtriers, la vigne remise à d’autres). Weiïffenbach paraît assez embarrassé. par ces rapprochements; il en nie la légitimité; en effet, dit-il, dans le discours eschatologique de Luc, les « temps des nations » désignent la période où Jérusalem leur est aban- - donnée; tandis que les prétendus « temps des nations, » qu’on veut retrouver dans ces passages des premiers Synoptiques, désignent l’époque de l’évangélisation universelle. « Dans un cas, le paganisme est le sujet de l’action, dans l’autre, il en est l'objet. » — Ce raisonnement serait exact, si le passage de Luc désignait seulement la domination des Gentils sur la Palestine, et rien de plus; mais Godet observe, avec justesse, que si ypévos marque simplement un certain espace de temps, l’idée d'opportunité est impliquée dans le mot xudç. (Dans Luc 19/44, le temps d'Israël, son xaiod, désigne le moment où Dieu visite ce peuple par l'offre du salut. D’après cette analogie, les temps des (rentils doivent désigner toute la période durant laquelle Dieu s’approchera, par sa grâce, des Gentils, jusqu'ici étrangers à son règne. Comparez (2 Corinth. 6/2) les expressions xatp0s dextOs, uépa owtnotas. » On pourrait citer, aussi, d’autres passages OÙ xawds signifie l’occasion, par exemple : Actes 24/25; Gal. 6/10; Éph. 5/16; Col. 4/5 (voir aussi : Hébreux 11] et 15.) Du reste, si (les temps des nations » dési-

gnaient, seulement, les périodes pendant lesquelles Dieu

“ @. on nn té D

exercera, par elles, un redoutable jugement, « ce serait faire exprimer à Jésus cette vérité naïve, que les nations fouleront aux pieds Jérusalem, aussi longtemps qu’elles la fouleront » (Bonnet). Les critiques de Weiffenbach ne nous paraissent donc pas solides, et nous pensons être en droit d'affirmer que, si les deux premiers Synoptiques ne mentionnent pas, expressément, « les temps des nations, » dans le discours eschatologique, cette intuition, malgré tout, ne leur est pas étrangère; et leur silence n’est pas imputable à une erreur.

Mais alors, à quoi l’attribuer? Cette question renferme tout le problème de la composition des Synoptiques; pour répondre à la question, il faudrait avoir résolu le problème; il faudrait pouvoir expliquer, à coup sûr, les ressemblances et les divergences des évangiles, les suppressions de l’un, qui étonnent, et les additions de l’autre, qui déconcertent. C'est ici que chacun a le droit de donner libre carrière à son hypothèse particulière, et l’on sait qu’elles surgissent des quatre points cardinaux : c’est un véritable lâcher de pigeons voŸageurs. Pour nous, l’omission du « temps des nations » par Matthieu et Marc n’est, ni plus facile, ni plus difficile à expliquer que toutes les omissions du même genre, et nous concluons, avec tranquillité, qu’elle n’implique pas nécessairement une erreur.

En résumé, s50é, signifie aussitôt — ed0£ est à sa place — «üéws ne contredit rien, ni personne. On nous demande, il est vrai, à quoi nous pouvons bien rattacher l'expression : « Aussitôt après la tribulation de ces jours-là. » Après avoir montré que le terme e50éws est un anneau qui ne sait où se suspendre dans les v. 24, %5 et 26, Mazel écrit : « Au v. 27 il ya la venue du Christ en gloire, sûrement. Essaierat-on de rattacher le fameux aussitôt à ce verset? Il y

aurait plusieurs manières d'entendre la Parousie dont il parle; or, l’une ne tire pas plus que l’autre d’embarras. Veut-on voir, ici, la Parousie par laquelle le Seigneur est venu châtier Jérusalem? Mais elle a été toute locale. Veut-on y voir la Parousie continue, celle qui est constituée, non par la présence visible du Christ, mais par sa puissance? Mais le verset annonce une Parousie visible, irrécusable, un fait historique et certain, et non une loi en dehors du temps qu’elle pénètre uniformément, en dehors des siècles auxquels elle donne leur caractère moral. Au v.27, il s’agit donc de la Parousie par excellence; ‘mais on ne peut, ici, trouver le point d’attache de l’aussitôt après, car la Parousie est décrite au v. 30; et Jésus ne peut avoir dit : Après ma grande et dernière Parousie, viendra ma grande et dernière Parousie. »

Nous sommes bien de cet avis. Aussi, éviterons-nous d'affirmer que Jésus, au v. 27, annonce expressément son retour définitif... pour une époque ahtérieure audit retour. Reportons-nous à notre analyse du discours; nous constaterons que les v. 23 à 28 constituent une parenthèse, destinée à opérer une distinction tranchée entre la ruine de Jérusa-

lem et la Parousie. Le Seigneur déclare, en substance, que

son retour suprême n'aura pas lieu en l’an 70 de notre ère; mais que la subite manifestation du Juge des nations ne précédera pas la décomposition totale du cadavre à dévorer; en d’autres termes, il faudra que « l’iniquité arrive à son comble, » avant que la colère de Dieu éclate ; et c’est alors que les justiciers divins apparaîtront, comme des aigles qui surgissent, taches noires dans le ciel rouge, au-dessus de leur proie. Et c’est alors seulement, à l'heure de la détresse finale, c’est aussitôt après ces jours de terreur et d'angoisse, que le soleil s’obscurcira ; c’est après ces

à IPN : ft” e MK OS EEE + A “2e en, M

jours-là, et non après les jours de la catastrophe palestinienne. Immédiatement après les lugubres pronostics, dès que les aigles prophétiques tournoieront, lugubrement, dans l’espace, immédiatement commencera le dernier acte du drame; «et l’on verra le Fils de l'Homme venant sur les nuées. » — Mais il est déjà venu au v. 27, objecte Mazel. — Nous ne comprenons pas ce raisonnement. Supposons qu’un général fasse dire à une ville assiégée, et qu'il s'apprête à débloquer : « Les premiers coups de canon n’annonceront pas ma venue, Car je surprendrai l’ennemi à l’improviste. D'ailleurs, vous pourrez compter sur moi d’un moment à l’autre, dès que des feux s’allumeront sur la montagne; j’apparaïîtrai alors, prompt comme la foudre. » Prétendra-t-on qu’un pareil message est incohérent? Dira-t-on : Puisque les mots : «Je surprendrai l'ennemi, » désignent l’arrivée du général, et puisque les mots suivants : « J’apparaitrai, prompt comme Ja foudre, » décrivent également son arrivée — le général a écrit « Après ma venue, je viendrai? » On ne lui imputera pas une telle absurdité; on comprendra qu'il décrit, d’abord, le mode de son arrivée, pour prévenir tout malentendu; et qu’ensuite, il annonce le moment de son arrivée. Cela est logique. Tout se tient, également, dansles paroles du Maitre. Et après avoirdit, au v. 27 : « J’apparaitrai autrement qu’on ne le pense » — il ajoute, au v. 29 : « J’apparaitrai immédiatement après le signal des aigles. »

Nous touchons, donc, au terme de nos investigations sur

l’eschatologie du Seigneur. Nous avons examiné, successi-

vement, quatre questions :

4° Les disciples se sont-ils trompés ? (Thèse) 2 Le Maitre s’est-il trompé? (Antithèse)

tir at éd on re LL:

3° Une synthèse est-elle possible”?

4° Une synthèse est-elle nécessaire ?

Et, à chacune de ces questions, nous avons répondu négativement. Après avoir déblayé le terrain, et affermi le sol sous nos pas, il nous faut maintenant, confiant dans les textes, serrer de près la notion évangélique de la Parousie. Que Dieu nous préserve d’encourir le reproche de Jésus à ses apôtres : € O hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes! » C’est au prince des prophètes, au Ressuscité luimême, que nous demandons, en cet instant, la sagesse, l'humilité et la foi. Car il veut faire, pour ses disciples de tous les temps, ce qu’il fit, jadis, pour ses amis de la chambre haute : « Alors il leur ouvrit l’esprit, afin qu’ils comprissent les Écritures. »

LE a

Page 1