‹ L'espérance chrétienne (volume 2)Chapitre 37 sur 72 · LL NT · texte numérisé non relu

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LA PAROUSIE HISTORIQUE 9271

qui termine, formidablement, les livres de l’ancienne allian-

ce : « De peur que je ne vienne frapper le pays d’interdit. »

Après quatre cents ans, surgit Jean-Baptiste, le précurseur annoncé en ces termes : «Je vous enverrai Élie, le prophète, avant que le jour de l'Éternel arrive. » Chose étrange : la prophétie de Malachie est le texte invariable commenté par le Baptiste. Celui-ci annonce une catastrophe prochaine, et lorsqu'il parle de la « colère à venir, » cette colère ne désigne pas une colère future, mais une colère imminente. On connaît le refrain solennel de ses discours : « Le Royaume des cieux est proche! » Ce n’était pas une manière d'affirmer la proximité du Messie, puisque celui-ci fit la même proclamation.

Voici, du reste, les enseignements eschatologiques du Maître : 1° Une grande crise (le Royaume) est imminente. 20 Elle n’aura pas lieu de son vivant. 3° Quelques-uns de ses disciples seront encore de ce monde, quand la catastrophe se produira. Tout cela est contenu dans le passage Mat. 16/27, 28 et parallèles. D’après notre auteur, ces textes donnent la clé de la doctrine de la Parousie. Celle-ci, en effet, n’est pas un processus, mais un acte; elle n’est pas identique à la destruction de Jérusalem, mais simultanée; coïincidant avec le jugement de la génération adultère et avec la fin de l’âge, elle se consommera par l’apparition du Messie avec ses anges.

On s’étonnera, peut-être, que notre auteur découvre, dans de telles affirmations, la ruine de Jérusalem. Le secret

de ses conclusions gît, toutefois, dans des procédés trop

connus. Ici, l’on transpose un texte (1); là, on appuie la

(4) Par exemple : Mat. 10/23, car la ruine de Jérusalem n’est pas survenue, pendant que les douze faisaient leur tournée missionnaire.

proximité de la Parousie sur des passages qui annoncent, tout simplement, l’imminence de la catastrophe nationale ;

ailleurs encore, on détourne les mots de leur sens (4).

Dans l’Apocalypse, « les rois de la terre » désignent les gouverneurs de la Judée; du reste, l’expression « la terre » devra, généralement, se traduire : le pays. De même, on se

tromperait en traduisant « la fin de l’âge » par & la fin du e

monde; » l’âge dont il s’agit, c’est l’époque de la dispensation juive, laquelle se termina en 70.

L'auteur insiste, en effet, sur l’importance trop méconnue de cette date. Elle ne marqua pas seulement la dispersion d’un peuple, mais la terminaison d’une ère. Ce fut une révolution morale qui créa un nouveau monde, «le monde à venir » (Héb. 2/5); l'incendie du temple amena

« la palingénésie » (Mat. 79/28), les « temps de rafraichis-

sement » et de la « restauration de ioutes choses » (Actes 3/19, 21), la « sujétion de toutes choses à Christ » (4 Cor. 15/28), la «réconciliation de toutes chosesà Dieu »(Col.1/20), le « siècle à venir » (Éph. 7/2). L'horrible carnage qui coupa court à l’existence politique d'Israël, mit les saints de l’ancienne et de la nouvelle alliance en possession « de l'héritage promis, » et du « repos réservé au peuple de Dieu, » et de la « cité qui a des fondements, » et de la « patrie céleste, » et du « Royaume inébranlable. » Car, puisque le Seigneur avait dit aux disciples : « Je suis

avec vous jusqu’à la fin de l’âge, » il est clair que cette

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(1) Suivant les besoins de la cause, les mêmes pronoms se rétrécissent à l’excès, ou s’élargissent démesurément. Dans 2 Cor. 4/14, il faut lire moi au lieu de nous (sans quoi, la proposition prendrait une portée générale, en désaccord avec la thèse). Mais dans 2 Pierre 3/15, le vous signifie {outes les églises auxquelles Paul a écrit, car on veut voir, dans ce passage, une allusion aux deux épiîtres aux Thessaloniciens.

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fin eut lieu de leur vivant (cf. p. 64, 121, 2M, 981, etc).

Ces affirmations surprenantes sont énoncées en un langage très ferme, et avec un respectable déploiement d’érudition critique et de recherches personnelles. L'auteur a le courage de regarder en face tous les passages eschatologiques du Nouveau Testament. Mais qu'y trouve-t-il°? Voici la parabole du Jugement dernier : elle décrit, d’après notre auteur, le châtiment des Juifs et des seuls Juifs. Il suffit d'admettre, en effet, que l’expression « toutes les nations » est équivalente à celle-ci : « toutes les tribus du pays » (Mat. 24/30). Et pourquoi pas? Lorsque le Maître ordonna aux apôtres d’évangéliser & toutes les nations, » avaient-ils compris qu’il s'agissait du monde entier? Loin de là; les Actes le prouvent assez. « Toutes les nations, » est donc une formule qui signifie : une seule nation. Et voilà pourquoi le Christ annonce, expressément, qu’il reviendra (c’est-à-dire que Jérusalem croulera) avant que ses messagers aient parcouru la Palestine (Mat. 10/23). — D'ailleurs, comment supposer que la destinée éternelle du genre humain dépendra de l'attitude prise, par chaque individu, à l’égard des martyrs du Christ? Non, Jésus en parlant de « l’un de ces plus petits de mes frères, » désignait ainsi ses apôtres ; et il répétait, sous une autre forme, la pensée qu’il avait déjà exprimée en ces termes : « Celui qui recevra un prophète en sa qualité de prophète, recevra une récompense de prophète. « — Enfin, il suffit de rapprocher Mat. 25/31-33 de Mat. 26/27-28, pour conclure qu’il s’agit d’un seul et même événement; or, dans le passage parallèle, il est expressément affirmé que la génération actuelle ne passera point, sans que la prédiction s’accomplisse; d’où l’on peut inférer, sûrement, que le prétendu jugement dernier n’est que le jugement du peuple juif, en l’an 70 de notre ère.

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Iévra ra #vn! — voilà notre unique réfutation.

L’eschatologie du quatrième évangile réserve, à notre auteur, l’occasion de déployer la même intrépidité dans le paradoxe. Il déclare, textuellement, que « la Parousie, la résurrection, le jugement, le dernier jour, coïncident avec la ruine de Jérusalem, » et il s'appuie sur les passages suivants : Jean 6/39, 40, 44; 9/24; 12/48. Dans les derniers discours, lorsque le Sauveur dit : «Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous; je vous reverrai, et votre cœur se réjouira, » Jésus fait allusion au siège de la ville sainte (et par conséquent, aux 600.000 cadavres de Juifs que leurs compatriotes jetèrent par-dessus la muraille, et laissèrent pourrir au pied des remparts). Enfin, la mystérieuse parole du Maître au sujet de Jean — (22/23) — laisse clairement entendre que la venue du Juge était prochaine.

L’eschatologie des Épiîtres fortifie les convictions de notre auteur. Il admet, comme un axiome, que « Dieu est tout en tous, » depuis la fondation de l’Église ; et si l’apôtre Paul fait coïncider cette pénétration totale de l'humain par le divin avec l’époque où la mort sera supprimée, notre critique ne s’en émeut point; il affirme que la destruction de Jéru-. salem a été, aussi, « la destruction de la mort, » en ce sens que tous les Hébreux qui étaient devenus la proie du sépulcre, pendant la durée du royaume théocratique, ressuscitèrent; en d’autres termes, leurs « esprits emprisonnés » comparurent, alors, devant le Juge suprême. C’est même à ce tribunal, qui s’éleva au moment où tombait la capitale, c’est à ce tribunal invisible que faisait allusion l’apôtre en ces mots : € IInous fauttous comparaître devant le tribunal de Christ. » — Que si l’on objecte le célèbre passage où la création tout entière, soumise à la vanité, nous est représentée comme en travail, et soupirant après la révélation

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des fils de Dieu, notre auteur a soin de nous faire observer qu'il faut limiter le sens du mot création à la seule race humaine, et se rappeler, d'autre part, que la vanité est une formule bien connue dans la terminologie juive, et qu’elle est synonyme d’idolâtrie. En conséquence, notre passage affirme que l’humanité paienne soupire après le libre essor de l'Évangile, qui coïncidera avec la destruction du temple. Et si l’on étouffe dans une pareille conception de la Parousie, comme les prisonniers de Louis XI dans leurs cages de fer, et si l’on gravit les cimes de cette grandiose déclaration apostolique; Dieu avait résolu « de résumer ou de récapitulèr toutes choses en Christ, celles qui sont dans les cieux et celles qui sont sur la terre, » notre exégète a soin de nous avertir que cet idéal est déjà réalisé, car «les choses qui sont dans le ciel » désignent les Juifs, « celles qui sont sur la terre » désignent les Gentils. Aïnsi le veut Locke, dans ses remarques sur les Éphésiens.

Dès lors, il ne faut pas nous étonner, si l’Apocalypse elle-même a perdu ioute actualité, depuis l’an 70. En effet, son contenu est épuisé par la prédiction de la catastrophe théocratique. Jean déclare qu’il annonce les choses qui

vont arriver « bientôt, » et qu’il a été transporté en esprit

au jour du Seigneur, c’est-à-dire à l’époque de la Parousie, en un mot au moment de la ruine de Jérusalem (7/10). Or, il suffit de consulter l’histoire, pour constater que les prédictions du voyant se sont toutes réalisées : « Les deux témoins » du chapitre XI, n'étaient autres que Jacques et Pierre ; la Bête était l’empereur, le Dragon était le gouverneur impérial de la Judée ; la grande Babylone était Jérusalem ; et même « les grêlons pesant un talent » s’abattirent sur la ville sainte, puisque Josèphe écrit que les balistes romaines

lancèrent des pierres qui pesaient, précisément, ce poids.

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Ce dernier argument est bien fait pour nous surprendre. Quoi! l’auteur est littéraliste à ce point. Mais alors, si la ruine de Jérusalem a coïncidé avec la Parousie, et si la Parousie, à son tour, a été accompagnée d’une série de manifestations concrètes, décrites expressément dans nos livres saints : nuées, trônes, trompette, anges, résurrection — où donc notre critique ira-t-il chercher, dans les annales de l’humanité, le procès-verbal de ces événements extraordinaires? Citons la réponse à notre question « Aucun témoignage humain ne peut servir à authentiquer certaines parties de la prophétie. Peut-on s'attendre à ce que Tacite ou Suétone racontent que le Fils de l’homme revint sur les nuées avec puissance, rassembla les nations et jugea chacun selon ses œuvres? II y a une région où les « reporters » ne pénètrent pas; « la chair et le sang » ne sauraient contempler les mystères spirituels. Mais, par contre, toute la portion de la prophétie qui était susceptible

de vérification, a été vérifiée; sur ce point-là, en ce qui

regarde la ruine de Jérusalem, les faits ont démontré le savoir surnaturel de Christ. Donc, l’accomplissement littéral des prophéties contrôlables, est la garantie de laccomplissement des prophéties qui échappent au contrôle » (p.112). Notre auteur a recours au même argument pour soutenir que le Seigneur est descendu à un signal donné, que les morts en Christ ont été ressuscités, et que les saints qui vivaient sont allés à la rencontre de leur Maître (4 Thess. 4). Est-ce que le serviteur d’Élisée voyait les chariots de feu qui entouraient Dothan? Est-ce que les bourreaux d’'Étienne virent le Fils de l’homme à la droite de Dieu? Est-ce que les compagnons de Saul virent le Juste, sur le chemin de Damas? “ie Autant nous admettons le principe que « homme

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en naturel ne connaît pas les choses de l’Esprit de Dieu,

et qu'il ne peut les connaître, » autant nous protestons contre l’emploi que fait notre auteur de ces prémisses inébranlables. Avec son procédé de raisonnement, qui donc aurait le droit de nier la transsubstantiation? « Mais comment ce corps, s’écrie Bossuet, comment ce sang? Cela se peut-il? Et un corps humain peut-il être sous cette mince étendue? — Qui en doute, si la Parole le veut. — Mais je ne vois rien de nouveau sur cet autel! — La Parole sait ôter aux sens tout ce qu’elle veut, lorsqu'elle veut exercer la foi. — Mais je vois tout ce que je voyais auparavant! — Le pain y est-11? Le vin y est-il? Non; tout est consumé. Un feu invisible est descendu du ciel. Que le sacrifice des chrétiens est auguste ! mais qu’il est humble! un peu de pain, un peu de vin, et quatre paroles le composent! Je reconnais le caractère du Seigneur Jésus. Qui voyez-vous”? un homme. Qui croyez-vous? un Dieu » [Méditations sur l'Évangile — 57° jour].

Au surplus, notre auteur lui-même est obligé de confesser que sur un point, un seul, il existe une fissure dans sa digue. Il s’agit du chapitre 20 de Apocalypse, et de la mention du millémium. Pour ce hardi lutteur, voilà l’unique redoute inexpugnable, dans tout le champ du Nouveau Testament. Adoptons, pour l'instant, cette manière de voir. Quelles conséquences devrait en tirer notre exégète ? D’après lui, tout le livre de l’Apocalypse est une longue vision, interrompue, au chapitre 20, par une prophétie proprement dite; à cet endroit, il est indubitable que l’horizon du voyant s’étend au delà de l’an 70; mais

quoi, cette solitaire exception à une règle générale ne

saurait être prise en considération! — Soit, mais que penserait-on d’un enfant qui jouerait au paléontologiste

et qui, s’efforçant de reconstruire un rhinocéros avec les éléments d’un éléphant, mettrait la trompe de côté, comme unique dérogation au type que son imagination caresse ? | |

Si le chapitre 20 de l’Apocalypse constitue réellement une prophétie — et c’est la thèse de notre auteur — celui-ci ne peut échapper au naufrage; car un seul rocher à fleur d’eau, éventre un gros navire. Cette prédiction est là ou elle n’y est pas; si elle y est, il ne sert de rien d’affirmer qu’elle est placée là «entre parenthèse » (sic). Quelle que soit sa position, elle remplira le rôle d’un diamant à couper le verre. Ainsi notre adversaire même, nous fournit des armes précieuses; et le chapitre 20 de l’Apocalypse lui interdit de prétendre que la notion de la Parousie s’absorbe dans celle de la catastrophe juive; bien au contraire, elle RHANTASSSS tous les siècles sous ses aïles.

Assurément, nous nous sentons d'accord avec notre critique lorsqu'il s’élève, avec justesse, contre l’exégèse à | double et triple fond, celle qui découvre, sous chaque mot, un sens € grammatical » qui signifie oui, et un sens « pneumatique » lequel signifie non. Et, comme lui, nous sommes bien d'avis que l’ordonnance du discours eschatologique ne peut être « un système compliqué de cycles et d’épicycles, dignes de l’astronomie de Ptolémée » (p. 56). « Nous protestons, écrit-il encore, contre une exégèse qui veut discerner la Parousie dans toutes les crises de l’histoire générale ou de chaque destinée individuelle. La Parousie n’est plus rien, si elle est tout; à ce compte-là, pourquoi l’incarnation du Seigneur, sa crucifixion et sa résurrection ne deviendraient-elles pas des incidents quotidiens? » (p. 114). Nous sommes aussi d’accord avec notre auteur, quand il s’efforce de rendre aux documents

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de la primitive Eglise leur vive couleur locale et leur intense réalisme. Après tout, le Nouveau Testament est une collection d’écrits de circonstance, où chaque page porte sa signature et chaque ligne sa date, où chaque mot visait des lecteurs particuliers, vivant sur un point spécial du globe, il y a près de 2.000 ans; et ces lecteurs comprenaient ces mots. C’est bien à eux que les apôtres adressaient des lettres, et les destinataires de ces lettres étaient loin de soupçonner qu’elles parviendraient aux générations futures ; ceux-là même quiles composaient ne s’en doutaient guère, et ils auraient considéré comme sacrilège la tentation d’adjoindre leurs propres manuscrits au recueil des livres sacrés. L’arbitraire seul peut essayer de démarquer les écrits du Nouveau Testament, et s’efforcer de les arracher à leur contexte historique ou géographique. Notre critique a donc raison de s’élever contre les exégètes qui voudraient affaiblir la portée d’une expression comme celle-ci : « Cette génération ne passera point, avant que toutes ces choses arrivent. » On prétend, dit-il, que le mot génération signifie ici : race! Imaginons un prophète qui surgirait de nos jours, et qui annoncerait la ruine de Londres. On s’émeut, on se presse autour de lui : Et quand donc cette catastrophe se produira-t-elle? — En vérité, en vérité je vous le dis, la race anglo-saxonne n'aura pas cessé d'exister, avant que ma prédiction s’accomplisse! « Pareille réponse, indigne d’un prophète, serait un affront à ses

auditeurs » (p. 87).

Encore une fois, tout cela nous paraît juste. Mais de là à supprimer la notion du Royaume de Dieu, il y a loin. Or, c’est à cela qu’aboutit, en définitive, l’exégèse de notre auteur; pour lui, le Royaume c’est l’économie juive et rien de plus. « La raison d’être d'Israël, c’était le Royaume.

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Quand Israël rejeta son Roi, la Théocratie eut fini son temps. L'expérience tentée avait échoué; il ne restait plus de place que pour le châtiment. » Et voilà pourquoi il est dit, qu’à la ruine de Jérusalem le Fils remit le royaume au Père (1 Cor. 15/24). « Quoi de plus raisonnable que cette remise du Royaume, puisque le caractère limité de cette institution nationale s’effaçait devant un système de large universalisme, ait 6 péAwv? » (p. 204, 344).

Quelqu'un demandera, peut-être, si notre auteur a perçu les conséquences d’une pareille exégèse pour la chrétienté; a-t-il bien compris que l’Église errait désormais, navire : sans boussole, sur le morne océan des âges? Mais certainement, etil s’en félicite. « Ce n’est pas à nous, écrit-il, de connaître les temps ou les saisons que le Père a réservés à sa propre autorité (Actes 7/7). Sans doute, quelques-uns estiment que l’échec du Judaïsme pronostique celui du Christianisme; mais la constitution même du Judaïsme empêchait son expansion universelle, tandis que le Christianisme est adapté aux besoins de la race humaine. Ses: progrès ont été lents, à la vérité, durant dix-huit siècles; mais loin de manifester des signes de décrépitude, il déploie plus de vie que jamais. C’est pourquoi, nous avons le droit d'espérer pour l’avenir; et cela, d'autant plus que l'incendie de la ville sainte ne constitue pas pour nous les prodromes d’un embrasement cosmique. La nation apostate a été condamnée; est-ce une raison pour que le genre humain soit damné”? Ces anticipations sinistres reposent sur une exégèse erronée ; car la Parousie est derrière nous. Mais alors, comment expliquer l’absence de toute prophétie pour nous guider? Ayons foi en Dieu, qui est amour. Saint Paul n’a-t-il pas affirmé la victoire finale du Christ? »

Voilà les ulfima verba de notre critique. Assurément, si

;4eNR LA PAROUSIE HISTORIQUE 281

- l'horizon du Nouveau Testament (à l'exception d’une “

. certaine « parenthèse » dans l’Apocalypse) ne dépasse pas 4 l’année 70, il faut s’incliner devant le fait, et consentir à 4 ‘M ignorer l'avenir de l’Église. Mais cette ignorance est-elle Ÿ.

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fatale? Et les belles espérances de l’apôtre Paul n’étaientelles pas fondées sur des paroles expresses du Maître ? N’avons-nous pas démontré que l’exégèse de notre auteur se heurte, impuissante, contre une véritable phalange macédonienne de textes massifs et indiscutables? Quoi! l’on écrit cinq cents pages, pour prouver que la ruine de . Jérusalem et la Parousie sont deux notions qui se couvrent Chronologiquement! Puisqu’il faut tant de labeur pour “unir les deux concepts, il est évident qu’ils sont distincts. Oui, nous concédons à l’auteur que le Nouveau Testament à renferme des prophéties très claires de la prochaine catastrophe théocratique, et nous reconnaissons même que ce châtiment coïncidait avec une « présence » judiciaire du Fils de l’homme (1); oui encore, nous admettons volontiers

j. 4 (4) Cf. notre analyse du discours eschatologique. Les apôtres demandent quel sera le signe de la « présence » (Parousie) du Maître. À ce propos, de Wette prétend que les apôtres confondaient la ruine de Jérusalem et l’arrivée ou le retour du Christ (Parousie) ; ils auraient …. mis sur le même plan : destruction du temple et fin du monde. Peut- | être; puisque le discours de Jésus avait, précisément, pour but de démêler l’écheveau de leurs idées enchevêtrées. Mais encore faudrait-il … prouver que l'expression {a Parousie doit se traduire : {on arrivée ou , … ton retour. « Or, écrit Mazel, jamais, avant les événements, les apôtres … ne se sont faits à l’idée que Jésus arriverait à la gloire, en subissant les humiliations d'un départ. Le mot zapovoia a signifié primitivement : — présence. Il marquait la présence du Seigneur, mais avec sa puissance A et sa majesté. Ce n’est qu'après sa mort et sa résurrection que, par la

force des choses, il a désigné son retour glorieux. C'est dans la période apostolique, qu'il est devenu pour cela le terme technique. La question des apôtres revient donc à demander : Quand te décides-tu à te montrer

que, dans certains milieux, jusqu’à l’an 70, l'attente lugubre de la ruine et l’espérance de la venue du Seigneur purent mêler leurs couleurs, dans des imaginations troublées; mais c’est à dissoudre cette fausse association d’idées que travaillaient les écrits inspirés, et le fait est. d’autant plus remarquable que le Nouveau Testament, dans son ensemble, est précisément antérieur à la date fatidique. Aussi concluons-nous avec assurance : la destruction de Jérusalem est une chose, et la Parousie en est une autre. « Quant à ce jour-là et à l’heure, nul ne le sait, pas même les anges des cieux, mais mon Père seul. »

avec tout l'éclat de ta grandeur messianique? et traduire : Quel sera le signe de ton arrivée ou de ton retour? c’est commettre un anachronisme » (p. 109). D’après ces observations, les disciples auraient de-

mandé à connaître le signe de la Parousie; et Jésus aurait répondu de

manière à faire coïncider cette Parousie avec la ruine. Jusque là, par conséquent, nous serions d'accord avec l’auteur de The Parousia. Mais celui-ci, quand il identifie la catastrophe juive et la Parousie, donne au mot Tapovoia non plus son sens primitif (historique et limité), mais son sens ecclésiastique (PRÆSENTIA prenant le sens de præsentia adve-

nientis, hinc ADYENTUS). De là ses erreurs; de là, aussi, notre désir de "4

réserver le terme Parousie pour désigner le retour final du Seigneur.

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