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n’arrachent pas le Messie à son milieu, c’est qu'ils rétablissent, au cœur même de l'Évangile, un dualisme ignoré de l’orthodoxie (1). Pour celle-ci, en effet, Jésus expire au | Calvaire dès son premier vagissement; son supplice est inévitable; bien plus, il est né afin de pouvoir mourir. Dès lors, les trente-trois années de son existence, considérées comme un simple acheminement à l’agonie nécessaire, perdent toute signification indépendante; que le Sauveur ait parlé, agi, prié, pleuré, espéré, peu importe! l'essentiel, c’est qu'il ait saigné sur la croix. — Nous sommes les premiers à reconnaître tout ce qu'il y a de vrai, de tragiquement vrai, de bienheureusement vrai, dans ce tableau de la : mission du Rédempteur. Cest une conception qui est scripturaire. Mais pour être conforme à l’Écriture, est-elle conforme à toute l’Écriture? Nous ne le pensons pas; car si Jésus est venu pour mourir, il est venu aussi pour vivre; s’il est venu verser son sang, il est venu aussi fonder le Royaume, le Royaume et non l’Église, le Royaume au sens biblique du mot, c’est-à-dire au sens israélite (2). | Le Seigneur a donc eu un double but devant les yeux : s’immoler pour le salut du monde, et faire accepter sa messianité par les Juifs. Un double courant traverse le récit évangélique, parce qu’un double courant traverse les prophéties de l’ancienne alliance; mais dans l’horizon prophétique, la couronne et la croix sont placées l’une à côté de l’autre, sur la même ligne: tandis que, dans l’horizon du
(4) Au moins dans la pratique; il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter les prédications courantes ou de feuilleter les « traités religieux. »
(2) Ceux qui identifient le Royaume avec l'Église semblent obligés de fermer les yeux sur le dualisme que nous essayons de mettre en lumière; car l’Église est née au Calvaire. Alors la couronne. et la croëx s’analgameraient en un seul objet, qui n’a de nom dans aucune langue.