‹ L'espérance chrétienne (volume 2)Chapitre 46 sur 72 · LA VENUE DU FILS · texte numérisé non relu

LA VENUE DU FILS

Dans les discussions précédentes, nous avons jusqu'ici joué le rôle d’une garnison attaquée et qui se porte, tour à tour, sur les points les plus menacés. Nous avons défendu la notion scripturaire de la Parousie contre les diverses représentations qui la trahissent. Il nous reste à grouper, brièvement, les témoignages bibliques sur le sujet, afin d'obtenir un tableau d'ensemble.

Quelqu'un s’étonnera-t-il qu’une doctrine comme celle

de la Parousie ne puisse pas s’étayer sur des textes formels

tirés de l’Ancien Testament? (1) À cela nous répondrions, avec Hoffmann /Schriftbeweis, p. 611) : « L'enseignement

apostolique sur la fin des temps est l’enseignement même

- (4) Kliefoth estime, cependant, que certains passages semblent suggérer le double avenir du Messie : Zacharie 13/7 et suivants, par exemple. Il cite aussi les chapitres 7 et 9 de Daniel. — Nous laissons de côté, naturellement, des affirmations de ce genre, recueillies ailleurs : « Dans le Psaume 76, il est parlé clairement de la destruction de l’Antéchrist, tandis que le règne de justice qui doit suivre est dépeint avec non moins

de force dans le Psaume 72 » (La prophétie du temps passé, quide pour

celle du temps à venir, p. 85).

des prophètes, mais sous les formes nouvelles qui découlaient de ce double fait : 4° apparition et glorification de

Jésus; 2° établissement d’une Église composée de Juifs et

de païens. » Après les pages que nous avons consacrées au

prophétisme, il est inutile de démontrer le bien fondé de :

cette affirmation. S'il y avait contradiction entre l’eschatologie des prophètes et celle des apôtres, toute la responsabilité en incomberait à celui qui constitue l’unité vivante entre la première et la seconde alliance, à Jésus-Christ, notre Seigneur. Nous resterons donc dans les limites du Nouveau Testament. Démontrer que la Parousie y occupe une position centrale, c’est une tâche bien facile. Düsterdieck n’a-t-1l pas écrit, dans son commentaire sur l’Apocalypse : « Le but de ce livre est le même que celui de tous les écrits du Nouveau Testament : le règne de Christ? » Toutefois, une question préliminaire se pose : dans quel ordre convient-il de parcourir ces écrits, pour en tirer une doctrine cohérente

sur la Parousie? — Quelqu'un nous répondra qu’il faut divi-

ser en trois sections l’histoire de la littérature apostolique :

période épistolaire, période narrative, période johannique.

Puis il faut étudier la notion de la Parousie, à chaque époque successive, comparer entre eux les résultats obtenus, et même, s’il est possible, les superposer, comme on superpose les portraits de plusieurs frères afin d’en dégager une photographie composite qui donnera « l'air de famille. » Cette méthode ingénieuse, précieuse même au point de vue de la critique littéraire, ne nous paraît pas applicable dans l’état actuel de la science exégétique. Qu’appelle-t-on, en effet, la période johannique? Y fera-t-on rentrer le quatrième évangile? Alors c’est affirmer, carrément, qu’il n'appartient pas au genre narratif, et qu’on le consultera, désormais, non plus pour connaître la vie de Jésus, mais

+ IE $ ler

bien la théologie de Jean. Cette hypothèse est loin d’avoir

acquis droit de cité. D’autre part, faudra-t-il séparer le quatrième évangile de la « période johannique? » Ce serait

une distinction arbitraire, et qui impliquerait, si on en

tirait toutes les conséquences, qu’on attribue l’Apocalypse à l’apôtre, sans lui attribuer l'Évangile.

Nous pourrions, cependant, tenter une autre classification des livres du Nouveau Testament, et qui nous éviterait la peine de trancher les questions, encore si controversées, sur l’authenticité de chaque écrit. La méthode que nous exposions tout à l’heure, prétend non seulement échelonner chronologiquement les livres examinés, mais les grouper

du même coup selon leur origine et d’après l’esprit qui les

inspire ; nous avons constaté qu’il estimpossible de concilier les deux points de vue, en ce qui regarde la littérature johannique. Cest pourquoi, il paraît sage de scinder les difficultés et de s’en tenir à une énumération chronologique. Hélas! nous confessons, ici encore, que les éléments d’information nous manquent, pour mener à bonne fin la classification proposée, Dans une de ses fables, La Fontaine

décrit le mortel embarras d’un paysan qui conduit un âne

au marché, et qui ne parvient jamais à désarmer la critique,

soit qu’il chemine à côté de sa bête, soit qu'il se fasse

porter par elle, soit qu’il la porte lui-même. De même, nous pourrions épuiser toutes les combinaisons possibles, en ce qui regarde la classification chronologique des vingtsept livres du Nouveau Testament, et pas une seule de ces combinaisons ne trouverait grâce auprès de tous les savants. Nous aurions beau borner nos prétentions à ranger seulement les quatre évangiles dans leur ordre d'apparition, qu'ici encore nous serions certain d’errer

lamentablement. Luc, Matthieu, Marc — Luc, Marc, Mat-

thieu — Matthieu, Marc, Luc — Matthieu, Luc, Marc — Marc, Matthieu, Luc — Marc, Luc, Matthieu — Luc, Jean, Marc, Matthieu (1), etc., etc., tous les systèmes ont cours, et s’étayent sur de nombreux arguments. Quant aux paraboles que l’on fait décrire à l’Apocalypse, dans le ciel de la ceritique, l’œil le plus exercé se fatigue à en mesurer les diverses trajectoires. |

On nous permettra donc de ne pas assumer à notre compte une théorie, quelle qu’elle soit, sur lPauthenticité ou sur la chronologie des livres du Nouveau Testament. D'ailleurs, en ce qui regarde le point particulier qui nous occupe, la Parousie, nous estimons que le concert des auteurs sacrés est complet, et qu'aucune fausse note ne trouble lorchestre, quelle que soit la place occupée par les exécutants. Nous allons même jusqu’à penser — en nous établissant sur le terrain du réalisme scripturaire — que les quatre groupes d’écrits qui composent le Nouveau Testament, constituent, dans leur disposition actuelle, un ensemble organique et par là même cohérent. Ces quatre groupes sont : l'Histoire — le Paulinisme — le J'udéo-chrishanisme — la Prophétie. Or, nous ne prétendons pas que les épitres de Paul, par exemple, se succèdent logiquement, et nous déplorons même que les lettres aux Thessaloniciens n’ouvrent pas la série; mais ce que nous affirmons, c’est que la littérature paulinienne — celle du premier, et celle du second degré (épître aux Hébreux) — occupe, dans le Nouveau Testament, la place que le sens historique lui assignerait naturellement. Et.ce que nous disons du second groupe, nous le disons des trois autres. Voici pourquoi.

(1) D’après Holtzmann, cinquante et un théologiens, catholiques ou protestants, se partagent les six premières hypothèses.

Lorsqu'on jette les yeux sur une table des livres du Nou-

. veau Testament, il est facile d'admettre, tout d’abord, que

les quatre évangiles n’en forment qu’un seul, au point de vue du sujet; leur thème commun, en effet, ce n’est point la biographie de Jésus, mais une esquisse de son ministère

et un récit détaillé de sa dernière semaine, en particulier

de sa Passion; on peut même affirmer que le contenu de cet Évangile général en quatre tableaux, c’est la formule significative : {L a souffert (1). Après l'Évangile de Jésus mourant, vient l'Évangile de Jésus vivant, ou les Actes du Christ par les apôtres. Il vit; voilà la bannière qui flotte sur cette portion des Écritures. — Enfin, la révélation du Vivant au voyant de Patmos, ou l’apocalypse de Jésus à Jean, nous montre celui qui a souffert, et qui vit, sous les traits de celui qui régnera. Ainsi, l'Évangile, les Actes et Apocalypse, forment le trépied du Nouveau Testament, et correspondent, respectivement, aux trois grandes réalités

transcendentales dont la miséricordieuse unité constitue le

cœur du processus rédempteur.

Mais alors, demandera-t-on, que devient la longue liste

des Épiîtres? Les Épitres appartiennent aux Actes des ap6-

tres; ce sont des écrits missionnaires, composés directement ou indirectement par eux, et qui prendraient place, chronologiquement, dans la trame du récit de Luc, au même titre que la lettre du Synode de Jérusalem, insérée par l’auteur au chapitre 15 des Actes. — Que si le groupe des épîtres pauliniennes et le groupe des épiîtres judéo-chrétiennes se suivent dans l’ordre actuel, il n’y a rien là qui

(1) Ceci ne contredit pas l'analyse que nous donnons des Évangiles au chapitre I1; mais cela ajoute encore à la force des passages où le

E à Crucifié, lui-même, se présente comme la source d’une inlarissable vie,

Pa

Page 1