‹ L'espérance chrétienne (volume 2)Chapitre 5 sur 72 · EST LE MÊME, HIER, AUJOURD'HUI, ÉTERNELLEMENT · texte numérisé non relu

EST LE MÊME, HIER, AUJOURD'HUI, ÉTERNELLEMENT

« Faut-il haïr ou plaindre les hommes qui, au lieu d’adorer les dieux éternels, se prosternent devant un mort? »

(JULIEN l’apostat).

Le chrétien ne connaît pas ce vertige : il a rencontré Jésus-Christ.

On sait qu’une école théologique, très puissante et très populaire, nie catégoriquement la possibilité d’une rencon- ; tre pareille. Aux yeux de Ritschl, aucun rapport personnel immédiat ne saurait exister entre Christ et le fidèle. « Nos relations personnelles avec Dieu ou avec Christ se créent et se maintiennent par notre souvenir de la Parole divine, c’est-à-dire de la loi et des promesses : Dieu ne saurait agir sur nous en dehors de ces révélations (1). » C’est le souvenir qui nous met au bénéfice des bienfaits de Christ. Voici comment Bovon expose le point de vue de Ritschl :

(1) Theol, u. Met. 49, 50,

« La tendance de la théologie ritschlienne est d’écarter ce qui lui semble en dehors de l’expérimentation; or, nous ne connaissons le Sauveur, dit-on, que dans les limites de son activité sur la terre. Non seulement ses origines se dérobent à notre vue, mais il en est de même de son règne actuel dans la gloire : tout ce qui sort du ministère historique est pour nous une terra incognita. À ce propos, Ritschl ne peut assez protester contre la prétention des dogmatistes, qui parlent de rapports actuels immédiats entre Christ et les fidèles. Affirmer une telle relation, dit-il, c’est supposer que nous sommes en mesure de saisir par expérience l’être en soi, en dehors des manifestations qui nous le font connaitre, hypothèse contraire à toute saine philosophie et qui favorise lilluminisme. Qu'il s’agisse du Seigneur prêtre ou prophète, nous ne subissons son ascendant qu’en le connaissant dans sa carrière terrestre, hors de laquelle l’affirmation de son règne serait une formule vide de sens. Autrement dit, le Saint-Esprit est l'esprit collectif qui relie les croyants par le souvenir de Christ; c’est dans son Église que l’activité du Sauveur se

perpétue ici-bas d'âge en âge; aussi, les attributs du.

Seigneur glorifié se ramènent-ils à ceux du Rédempteur historique » (Dogmatique IT, 156).

Le Christ historique! Il y a deux manières d'entendre la chose. On peut, par exemple, s’entourer de tous \les monuments de l’archéologie et de l’épigraphie orientales,

reconstituer le milieu où le Nazaréen a vécu, coiffer Jésus d’un turban, le nourrir d'œufs et de poisson, l’envoyer. très docile à l’école des rabbins, puis conclure que ce Juif-là, vivant sur un certain point du globe, à une je cerlainc époque déterminée, a dù s’habiller, se sustenter,

s'exprimer et se tromper à la manière de son entou-

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rage. On appellera cela : voir Jésus à travers l’histoire; c’est la recette courante pour obtenir un Christ historique. |

Tout dépend de ce qu’on nomme historique. Les personnalités qui ont façonné les siècles sont, précisément, réfractaires à ces procédés ; car l’histoire est leur œuvre; et vouloir les expliquer par l’histoire telle qu’elle existait avant eux ou à côté d'eux, c’est un jeu d'esprit qui consiste à supprimer un problème en faisant mine de le résoudre. C’est l’histoire après le Christ qui peut nous restituer le Christ historique; et le Christ historique ainsi entendu, ce sera, tout naïvement, le Christ biblique.

Or, ce Christ-là c’est le Christ vivant (1). Sans doute, le titre du Nouveau Testament risque de nous induire en erreur, puisque l’idée d’un testament évoque invinciblement la pensée que le testateur est mort; mais il suffit de parcourir, une à une, les diverses parties du recueil, pour échapper à une conclusion aussi étrange. Après les ténèbres de Golgotha, quel éblouissement quand nous ouvrons l’épitre à Théophile, et que nous nous trouvons en présence d’un cinquième évangile, devant les Actes de Jésus-Christ par les apôtres! Le second livre de Luc a pour objet l’activité du Seigneur après son élévation auprès de Dieu ; et de fait, s’il fallait prouver ici que le Christ glorifié, invisible et partout présent (et parfois même visible) est le véritable héros du livre, « l'Apôtre » par excellence, s’il fallait montrer qu’il est le Chef de l’Église, son inspirateur jusque dans les détails de la vie journalière, le centre de la prédication apostolique, celui que haïssent

(4) Nous empruntons le développement qui suit à notre volume Il vit, (1e méditation).

personnellement les adversaires de l'Évangile, il faudrait.

citer toutes les pages.

Christ vit! voilà aussi l'apocalypse, ce livre merveilleux ea

qu’on appelle d’une manière si malencontreuse la Révélation de Jean, alors que le premier verset contient cette

affirmation formelle : Révélation de Jésus-Christ à Jean. . L’apocalypse est un firmament inexploré, où gravitent harmonieusement des astres égaux en splendeur, et que traversent, ici et là, des comètes vagabondes qui dérobent d leur sillage aux astronomes; mais le soleil central qui domine toutes ces armées et qui rayonne, vainqueur, au | sein de cette immensité, c’est le Vivant; c’est celui qui

jette aux quatre coins de l'univers une déclaration sans

analogue : «J'ai été mort; et voici, je suis vivant aux :

siècles des siècles. »

Il nous resterait à caractériser les épitres, et, tout d’abord, celle dont la structure majestueuse domine toutes les autres, comme une cathédrale s'élève au-dessus des édifices qui l'entourent; cathédrale aux flèches multiples,

qui s’élancent l’une après l’autre, toujours plus haut dans l’espace, et qui dirigent nos regards, de cime en cime, ; ; 1

vers celui qui siège à la droite de Dieu, vers notre

souverain Sacrificateur, « saint, innocent, sans tache, séparé des pécheurs, élevé au-dessus des cieux, et: qui peut sauver parfaitement ceux qui s’'approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur MES" faveur. » — Est-il besoin d'ajouter que l’âme des épitres de Paul c’est son amour ardent, intrépide, enthousiaste et contagieux pour celui qui vit? L’épitre aux Hébreux.

développe l’idée que le Christ vit pour nous dans les cieux; “4 ï à les épiîtres de Paul développent l’idée, plus profonde encore, Da que le Christ vit er nous sur la terre. « Pour moi, vivre

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c’est Christ! Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi! » Faut-il citer saint Jean qui s’écrie : « Notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ? Si quelqu'un à péché, nous avons un avocal auprès du Père, Jésus-Christ le Juste? » Faut-il citer saint Pierre qui s’écrie : € Vous l’aimez sans l’avoir vu, vous croyez en lui sans le voir encore! » Faut-il citer Jacques et Jude, qui affirment, avec transports, que « l’avénement du Seigneur est proche, » et qui « attendent la miséricorde de Notre Seigneur Jésus-Christ pour la vie éternelle? » Voilà quel souffle victorieux passe et repasse à travers les superbes avenues du Nouveau Testament, balayant comme des feuilles mortes les systèmes fanés et les credos desséchés de nos églises rabougries.

Et pourtant, répliquera quelqu'un, vous ne nierez point que le résumé des quatre évangiles s’exprime uniquement dans la formule : Christ a vécu ? Nous avons là des biographies ; et c’est à ces documents qu’il faut recourir pour faire surgir dans toute sa fraicheur, dans toute son énergie, l’image de celui que nous appelons le Christ historique, par opposition au Christ légendaire et au Christ ecclésiastique! — Mais est-il bien certain que la formule : Christ a vécu, résume d’une façon adéquate le contenu des évangiles? Durant le cours de son ministère, Jésus a prononcé certaines paroles qui élevaient son existence au-dessus de l’espace et du temps. Pour ne citer qu’une seule de ces propositions mystérieuses, l’une des plus simples, nous rappellerons cette affirmation catégorique : « Là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux. » Et que conclure des derniers entretiens rapportés par saint Jean, de ce testament spirituel où celui qui va mourir déclare que sa vie va commencer, ou plutôt qu’elle

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