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va se ressaisir et se continuer enfin sans entraves ? En la présence de Jésus de Nazareth, quelque chose nous déconcerte et nous émeut. Ah! certes, c’est un homme, semblable aux autres fils de la poudre, « l’os de nos os et la chair de notre chair; » il marche, il mange, il dort, il parle, il
souffre enfin et verse des larmes; et cependant, nous avons
beau le regarder, l’écouter, le toucher, l’essence de sa personnalité se dérobe à nos investigations; il y à là un surplus qui défie toutes nos interprétations; nous comprenons confusément qu’il a le droit de dire, les pieds dans la poussière : (Je suis dans le ciel » — nous admettons sans protester son langage, quand il déclare avec tranquillité : &« Avant qu'Abraham fût, je suis » — enfin, nous sentons suffisamment, sans nous l'expliquer à nousmêmes, que celui qui vit sous nos yeux a déjà vécu; que celui qui vit, à portée de nos mains, continuera de
vivre; en un mot, que celui qui vit est celui qui vit. Et
c’est ainsi que la lecture même des quatre évangiles
suscite en nos âmes des pressentiments ou des certitudes. qui ne s'expriment nullement dans cette phrase : Christ a
vécu. Encore pourrait-on, à la rigueur, admettre un résumé aussi étriqué des évangiles, s'ils arrêtaient tous la narration de la divine histoire au dernier soupir sur le
Calvaire; mais il n’en est rien; et les quatre évangélistes,
d’un commun accord, nous conduisent par delà le sépulcre jusqu’à la résurrection. On connaît l'affirmation grandiose qui clôt le récit de saint Matthieu : « Voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » Est-ce ainsi que l’on terminerait la biographie d’un homme qui n’est plus ?
Ici, du reste, se pose une question grave : est-il exact que nous possédions une biographie de Jésus-Christ?
Cette prétendue biographie nous laisse ignorer l’année de sa naissance et celle de sa mort; elle nous permet de supputer approximativement la durée de sa vie, mais elle ne nous raconte rien sur ses trente premières années, etle récit de son court ministère est rédigé de façon à nous laisser ignorer sur combien de mois il s’est étendu ; enfin, les efforts des évangélistes pour nous laisser un récit fidèle de la dernière semaine ne vont pas jusqu’à permettre aux théologiens de savoir si le Sauveur est mort la veille de la fête de Pâques, ou pendant la fête, le 13 ou le 14 Nisan.
En présence d’un pareil état de choses, comment ne pas souscrire aux conclusions de Kähler : &« Etant donné les conditions actuelles de la science historique, nous ne possédons point de sources pour une biographie de Jésus. Par contre, nous avons du Sauveur une image fidèle et qui suffit à la foi. » /Der sogenannte historische Jesus, und der geschichtliche, biblische Christus).
Qu'est-ce à dire? Nous n'avons point entre les mains des fiches anthropométriques, des photographies ou des autographes, qui puissent nous aider à reconstituer la figure du Nazaréen, mais nous nous consolons aisément d’être impuissants à le faire revivre, puisqu'il vit à l'heure présente. Il vit, et pour savoir quel il est, nous n’avons qu’à nous soumettre au rayonnement de sa lumineuse et chaude personnalité morale, telle qu’elle resplendit au centre des évangiles. Tel il était, tel il est ; car Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, éternellement. « C’est le Christ vivant qu’il nous faut; c’est en lui que nous croyons, c’est lui que nous possédons. Nous nous confions en lui, parce que nous le connaissons; nous le possédons, comme nous le connaissons : et nous le connaissons,
40 s CHAPITRE DEUXIÈME
parce qu’il a habité parmi nous, plein de grâce et de vérité, et parce qu’il s’est choisi des témoins dont la parole devait susciter notre foi en lui. En résumé, pourquoi essayonsnous de pénétrer dans l'intimité du Jésus des évangiles? Parce que c’est là, précisément, que nous apprenons à connaître celui que le regard de notre foi et notre prière vont chercher à la droite de Dieu; parce que celui qui a
cheminé sur la terre, est celui-là même qui a été glorifié. ».
Et Kähler formule enfin les conclusions suivantes : « Le Jésus historique des historiens modernes nous cache le
Christ vivant. Le Jésus des « Vies de Jésus » est le produit
d’un art inventif, et ne vaut pas mieux que le Jésus de la christologie byzantine, déformé par le dogme; ces deux personnages sont également éloignés du Christ véritable. Attachons-nous donc au Sauveur supra-historique (an den übergeschichtlichen Heiland); par cette formule, nous
désignons une réalité qui, certes, n’existerait point sans:
l’histoire, mais qui ne s'explique point par elle, qui n’en est pas un anneau, et dans laquelle se concilient d’une manière active et actuelle les caractères de l’universalité avec les données du particularisme historique. » (Dieser Ausdruck ist gebildet, um das zu bezeichnen, Was zWar ohne die Geschichte gar nicht vorhanden wäre, aber dessen Bedeutung nicht aufgeht in die eines Gliedes in der Kette geschichtlicher Wirkungen oder auch eines geschichtlichen Ansatzes, weil in ihm sich.das allgemein giltige mit
dem geschichtlichen zu einem vwirksam-gegenwärtigen
zusammen schliesst).
Il est difficile d’exagérer l'importance de ces déclarations, elles jettent un jour singulier sur la préface que Martensen a écrite pour la traduction allemande de sa dogmatique. « Si l’on compare, écrit-il, la pensée dogma-
tique protestante à celle du christianisme primitif, et surtout à celle des trois premiers siècles, il faut bien nous résoudre à constater entre elles une grande différence. Les maîtres et les docteurs de l’Église des trois premiers siècles, tout autant que leurs frères et leurs héritiers des temps de la Réforme, vivent par la grâce; mais ils ne s’absorbent pas, comme eux, dans une étude exclusivement psychologique du fait rédempteur. Leur pensée ne reste pas toute entière dans la dépendance d’un seul des faits révélés, la justification par la foi. Ils ne se laissent pas non plus captiver par l’analyse en quelque sorte micrologique de la repentance, de la conversion, des luttes et des joies de la sanctification, tous états d'âme exprimant la communion avec Dieu. À cette époque, la pensée théologique se rattache à un autre ensemble de dogmes; elle étudie, mais toujours simultanément, l’incarnation du Logos et la Trinité, les mystères de la création et de l’incarnation, la présence du Seigneur dans les sacrements, la résurrection de la chair et l’accomplissement de toutes choses. Ces docteurs de l'antiquité chrétienne se sentent attirés par les écrits de lapôtre saint Jean, dont le Logos fait chair constitue la grande protestation anti-gnostique ; guidés par cet instinct vraiment théologique et chrétien, de toutes les épiîtres de Paul ils retiennent de préférence celles aux Éphésiens et aux Colossiens, parce qu’elles accusent directement la signification cosmique universelle de la Rédemption (or, les réformateurs n’ont jamais soupçonné l'importance théologique de ces épiîtres). On sait, également, avec quelle prédilection ces vieux maitres étudiaient les discours eschatologiques du Seigneur, l'apocalypse de Jean, et les faits de même nature contenus dans les épiîtres de saint Paul. La doctrine protestante, au
contraire, avec une affectation qu’elle n’a jamais pris la peine de dissimuler, s’est toujours détournée de cet ordre d'idées. »
Il faut le déplorer; car la personne vivante du Christ est précisément le point fixe au sein de l’universel écoulement. Alors que tout ce qui vit renferme la mort en ses flancs, il subsiste, lui, par la puissance « d’une impérissable vie» (Hébreux 7/16). Et tandis que la totalité des influences d’affaissement et de corruption qui travaillent à la destruction du monde, constituent toujours, à un moment donné de la durée, une grandeur évanouissante, — la source indéfiniment renouvelée d'énergie jaillissante et
de régénération qui découle intarissablement de la pléni-.
tude inépuisable du Christ, constitue toujours, à un instant quelconque de l’histoire, une grandeur en voie d’accroissement. Dès lors, il est facile de prévoir qu’étant seul invulnérable et seul immortel au milieu d’un univers qui s’use et qui laisse fuir sa sève et son sang par mille fissures, le Christ est prédestiné à régner ici-bas par la seule constance et, pour ainsi parler, par le seul poids de sa majestueuse et immuable vie. Il règnera, parce qu’il vit.
Régnant, il exercera une royauté; régnant, il possèdera un royaume. Ces deux idées sont connexes, sans être identiques, et correspondent, respectivement, aux deux concepts que nous avons appris à distinguer dans notre chapitre précédent. Nous avions distingué, en effet, entre la fin de l'Histoire, parvenue à son but ; et la fin du Monde, arrivé au terme de ses destinées. Avec la fin de l'Histoire, nous sommes dans le domaine anthropologique; avec la fin du Monde, nous sommes sur le terrain cosmologique. Or, le problème christologique embrasse l’un et l’autre champ. Si le Christ doit exercer un jour une royauté, cette
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royauté implique sa domination morale sur des volontés librement soumises; et si le Christ, d'autre part, doit posséder une fois un royaume, ce royaume implique l'exercice d’une suzeraineté matérielle sur les puissances physiques de la nature. En d’autres termes, la fin de l'Histoire est étroitement liée à l’activité anthropologique du Fils au sein de l’humanité; et la fin du Monde est indissolublement attachée à l’activité cosmologique du Verbe au sein de l’univers. C’est en Christ que l'Histoire atteindra sa fin; c’est en lui que le Monde parviendra au but; mais c’est par l'intermédiaire d’une crise, liée à la révélation définitive de ce qu'il est pour l’humanité et pour la nature ; et c’est vers ce dernier point que convergent, nous l’avons vu, toutes les intuitions de la philosophie religieuse et tous les pressentiments de la science.
En résumé, Jésus vit. S'il vit, il règnera. S’il doit régner, la fin des temps sera l’épanouissement d’une évolution providentielle, car Jésus-Christ est le centre de l'Histoire et du Monde, et l’Idée substantielle de l'humanité. Nous avons développé, ailleurs (1), cette dernière pensée, el nous nous réservons d'y revenir plus tard. Mais ce n'est pas ici le lieu d’insister sur ces considérations. Qu'il nous suffise de rappeler l’axiome christologique fondamental : « Jésus-Christ est le même hier, aujourd’hui, éternellement. »
Si l’auteur de l’épitre aux Hébreux n’avait en vue, en écrivant ces mots, que le Nazaréen et la trace qu’il a laissée dans le cerveau humain, en vérité cet aphorisme est trop naïf. Charlemagne aussi, en tant qu’objet d'étude, en tant que personnage historique, est le même hier, aujour-
(1) Revue de théologie, 1896, 1898.
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d'hui, éternellement. Il s’agit de bien autre chose! Dans sa monographie sur le développement de la pensée christologique au sein de la chrétienté, Dorner écrit : « En ce qui regarde la personnalité du Christ, Chef et Représentant de l’humanité, le consensus des, théologiens, s'affirme toujours davantage. Cette vérilé, qui n’est pas dérivée de la philosophie, mais que la chrétienté à conservée vivante, au cœur même de sa foi, cette vérité est mise de plus en plus en lumière. Le Christ, Chef ou Tête du genre humain! Sans cette notion, il est impossible de parvenir à l’Idée divine de l’humanité; car celle-ci n’est pas une simple masse, ni même une pluralité de rachetés; | mais, dans l’union avec le monde des esprits supérieurs et avec la nature qui sera glorifiée pour lui et par lui, le genre humain est l’unité de l’organisme cosmique parvenu à la perfection. »
Assurément, toutes les formules sonnent faux, quand on les applique au Christ. Il défie l'effort des systématisations, au point de donner le frisson aux penseurs. Qu’on nous permette un souvenir personnel. Un soir, en remontant une rue étroite et noire, dans une atmosphère de brouillard froid, les pieds dans la boue, nous méditions sur le mystère central de l’histoire, sur l’apparition, au sein d’un monde comme le nôtre, d’un être comme Celui-là! Il n’y a pas de «Masque de fer, » il n’y a pas d’énigme ou de drame qui s'impose, avec autant de ténacité, à la méditation des historiens et des psychologues. Le problème irrésolu de cette personnalité unique, obsède ; il attire comme l’inaccessible attire les alpinistes, comme l’inabordable attire les explorateurs du Pôle. — C’est un homme, soit! L'homme sans tache, l’homme définitif, le seul homme vrai qui ait jamais respiré dans notre atmosphère; et le globe a tressailli
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d’allégresse en lui servant de piédestal. C’est un homme ! Et sa vie s'organise, lumineuse, autour de cette radieuse affirmation... Un homme? Le dernier de tous, alors! Le prince des impies, la personnification du blasphème, une créature qui revendique l’unité avec l'Éternel! Et dont le délire n’a plus de nom dans aucune langue, quand elle s’enhardit jusqu’à formuler cette indescriptible confession de foi, chef-d'œuvre de lèse-majesté divine : « Le Père est plus grand que moi. »
Quel est-il, dès lors? « Fils unique de Dieu? » II l’a dit, je le crois. Mais aussi, Fils unique de l’homme, incarnation de l’humanité. Homme-Dieu et Dieu-Homme? Ces vieilles formules ne formulent rien ; mais elles délimitent, au moins, le mystère. Elles l’enveloppent. Derrière ces digues massives, on entend la profonde voix de l’insondable et vivant océan.
Zag£ éyévero… Abiîimes! — Nous cheminions, les pieds dans la boue, et la nuit s’épaississait; ce n’était plus le brouillard qui nous enserrait, c'était l'énigme christologique. Et je ne sais quel vague malaise nous envahissait, qui ressemblait à la frayeur. |
Toujours est-il que nous inclinons à nous approprier ces conclusions de Dorner : & L’incarnation de Dieu en Christ n’a pas été uniquement motivée par le péché. Celui qui est venu sauver le monde, serait venu aussi pour le consommer et le porter à la perfection; et les progrès de la science christologique sont liés à la mise en valeur de prémisses plus larges que la simple Hamartologie ou la Sotériologie pure (1).»
(1) Schmid 1831 : « Ut enim redemptionem sine Qeavbourw esse posse negamus, ila Oexvbowzov sine redemplione quidni affirmemus ? Affirmandumque eo libentius, quo quisque magis veretur, aut incarnationem Christi fortuitam aut peccatum necessarium judicare, »
Il est vrai que Bovon écrit : « Le monde, tel que nous le connaissons, est bien trop grand pour qu’on puisse être . tenté de faire de Christ une puissance cosmique. » (Dogmat. — Christ lhomme-Dieu). Mais nous pensions, au contraire, que les horizons illimités de l’astronomie avaient élargi notre foi aux pouvoirs de Dieu! Et puis, cet ordre de raisonnements est toujours dangereux (1); car Bovon n’ignore pas que notre siècle a vu éclore toute une littérature astronomique, dont le but est de prouver que le soleil tourne bien autour de la Terre (2); du coup, les dimensions de notre monde seraient singulièrement réduites... Faudrait-il en inférer, par contre-coup, que le Christ, après tout, a bien pu être Q une puissance cosmique? » Restons sur le terrain religieux ; et ne solidarisons point les don-
(1) Et pourtant, il n’est pas encore abandonné par les théologiens. Voici ce qu'écrit Berthoud dans sa récente Apologie du Christianisme (p. 334) : «La question de savoir si les astres sont habités, a beau être des plus inoffensives à première vue, elle n’est nullement indifférente : du jour où elle serait résolue dans le sens affirmatif, la conception chrétienne de l'univers subirait un ébranlement sérieux, Car comment accorder encore à l’œuvre accomplie sur la croix un rayonnement extra-terrestre? Que si, au contraire, l'astronomie venait à démontrer que la terre est le seul astre habité par des êtres semblables à nous, il y aurait de ce fait une forte présomption en faveur du christianisme (?) une confirmation inattendue de sa vérité, car la légitimité du point de vue géocentrique serait établie du même coup. Il deviendrait évident que le monde matériel, dans sa totalité, a été créé pour la terre, et la terre pour lPhomme, et le grand mystère de l’incarnation du’ Verbe serait plus aisé à concevoir. » (C'est nous qui soulignons).
(2) Die Widersprüche in der Astronomie, wie sie bei der Annahme des Copernikanischen Systems entstehen (Schüpffer, 1869). — Die Erde Steht fest. (Le même). — Pastor Knak und seine Gegner (1868, Wangermann). — The new Principia or true system of Astronomy, in which the Earth is proved to be the stationary centre of the solar system. (1872, Morrison), etc.
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nées de la christologie biblique avec des calculs de parallaxe. Comment refuserions-nous à Jésus-Christ le rôle qui lui
appartient dans l’histoire et dans le monde, puisque nous
portons en nous-mêmes, dans la mesure où le Vivant vit en nous, le gage et la prophétie des triomphes qui sont réservés au Seigneur? Le chrétien, en effet, est parvenu à l'harmonie intérieure ; il est en paix avec soi-même, avec les hommes, avec les événements et les choses ; en un mot, il est en paix avec Dieu. Dès lors, en lui et par lui, sur un point déterminé de l’espace et pour une durée indéfinie, l’histoire a atteint son but ; dans cette âme isolée mais symbolique, et à travers laquelle il faut lire tous les développements possibles du genre humain, le Christ se manifeste comme l'instrument providentiel des épanouissements définitifs ; dans ce microcosme typique, les mouvements séculaires du processus mental et moral du genre humain s'arrêtent : le but est touché. Or, ce n’est pas seulement la fin de l’histoire qui se réalise dans le chrétien; il renferme aussi le germe de la fin du monde; il sait que son corps, « temple du Saint Esprit, » est voué à des transformations rédemptrices qui l’affranchiront de la souffrance et des turpitudes inexprimables de la corruption. « Le Seigneur Jésus-Christ transformera notre corps vil, en le rendant semblable à son corps glorieux, par le pouvoir qu’il a de s’assujettir toutes choses » (Phil. 3/21). Or, cette résurrection corporelle n'ira pas sans des renouvellements parallèles dans la nature elle-même, à laquelle appartient l’organisme physique.
La simple conscience morale, à elle seule, offrirait déjà les linéaments d’une eschatologie; «car celui-là seul accorde au Bien les caractères de la durée, et de l’unique et véritable réalité, qui l’envisage aussi comme la puissance
capable de juger le monde » (Dorner : Glaubenslehre). Toutefois, il nous faut plus que les pressentiments de la conscience; il nous faut les intuitions liées à la régénération. C’est dans ce sens, que Frank suspend toute l’eschatologie à l'apparition d’un nouveau moi au centre de la personnalité; et plus d’un penseur évangélique développe avec profondeur les mêmes prémisses (1).
Reconnaissons, toutefois, que si les victoires de Jésus- Christ dans l’avenir ont pour garant les triomphes subjectifs qu'il remporte quotidiennement dans le cœur du chrétien, celui-ci n’en est pas réduit à consulter ses propres expériences, trop souvent imparfaites, pour saluer en son Maître le Roi prédestiné des siècles. Jésus-Christ a vécu, objectivement, ici-bas; et il a manifesté à mainte reprise par ses actes, avec une aisance inimitable et une redoutable autorité, son pouvoir sur la maladie, sur la nature, sur la mort elle-même. Ces miracles isolés, étaient pareils aux éclairs silencieux qui déchirent le ciel par les nuits d'été, et qui annoncent de lointains orages avant même que les
(1) In der Einsetzung des neuen Ich in den Mittelpunkt der menschlichen Persünlichkeit, hat der Christ die Gewähr für die Künftige Alleinbestimmtheit seines gesammten persünlichen und natürlichen Wesens von jenem Mittelpunkte aus. — Wir würden nicht genug sagen, wenn wir nur behaupten wollten, dass die aus dem fundamentalen Christenslande erwachsende Hoffnung demjenigen vüllig congruent sei, was als objective auf die Zukunft des Christen bezügliche Wahrheït ihr von aussen her dargereicht wird, zu ibr passend wie der Schlüsse zum Schlosse. Diese Dingen der Offenbarung schliessen sich innerlich mit. der aus dem Stande der Wiedergeburt resultirenden Hoffnung zusammen — sie sind die homogenen Tüne, welche mit dem dort gegebenen Grundton die volle Harmonie der christlichen Hoffnung ausmachen. Aber in dem Grundton selbst schwingen schon jene anderen Tône mit, und wer geschärfte geistliche Sinn hat, der hôürt sie heraus (Frank à System der christlichen Gewissheil, p. 198 et 208),
grondements du tonnerre roulent sourdement à l'horizon. Le Christ a montré ce qu’il sera, en laissant entrevoir ce qu'il pouvait; et comme les actes du Fils de l’homme, en vertu de son union essentielle avec l’humanité, sont les actes du genre humain, ce n’est pas seulement au nom de son affranchissement spirituel que le chrétien, porteur du Christ intérieur, salue d'avance les conquêtes de son Chef, mais c’est aussi au nom du passé, au nom des arrhes que notre race a reçues de sa libération définitive — (historique et cosmique) — à l’heure où le fils de Marie, agissant comme notre représentant, multipliait les pains, cheminait sur les flots, et dénouait les liens du sépulcre.
Mais pourquoi nous en tenir à des inductions hésitantes ou à d’incertaines déductions? Celui qui est le même hier, aujourd’hui, éternellement, a parlé. Recueillons ses paroles.
Si les évangiles émanaient d’un penseur assyrien, persan ou chinois, tout le monde reconnaîtrait qu’ils contiennent une doctrine eschatologique. Les principaux passages où elle se dessine ou se formule, sont aussi faciles à distinguer que des pièces d’or sur du marbreblanc. Le premier devoir de la critique est de constater, loyalement, que ces textes. difficiles, quelle que soit leur provenance, quelle que soit leur signification, quelle que soit leur intégrité, se trouvent actuellement dans nos évangiles canoniques, sous une forme déterminée; dont acte.
Soit, répondra quelqu'un; mais encore nous faut-il savoir si vous utiliserez tels quels ces passages, et cela, pour la seule et unique raison qu’ils sont, effectivement, dans nos évangiles canoniques. Seriez-vous théopneuste ? — En aucune façon. Mais nous croyons, avec Rothe, que s’il faut distinguer entre la Révélation et le document de la Révélation, il faut aussi admettre que ce document fait partie intégrante de la réalité même qu'il nous communique (Zur Dogmatik, p.123). Et l'autorité religieuse de la Sainte Écriture nous apparaît d'autant plus solide, que nous soustrayons ainsi la Bible à la catégorie de la Doctrine pour la
rendre à la catégorie de l'Histoire. Du reste, ce n’est pas ici le lieu de développer des considérations dogmatiques réservées au second volume.
Soit, nous dira-t-on encore. Mais votre respect de l’histoire vous dispense, d'autant moins, d’un travail fastidieux et nécessaire; vous nous devez une théorie personnelle sur l’origine des quatre évangiles, et sur leur crédibilité respective.
— Voilà, précisément, ce que nous n’admettons point, Schleiermacher aurait-il donc enseigné en vain à notre siècle, que la vie religieuse précède la formule théologique ? Si la Révélation est une histoire, si la Bible est le document de cette histoire, si je suis moi-même enfin une créature historique, n’ai-je pas le droit de me plonger tout entier dans ce grand courant de vie, et de me laisser porter d’un seul élan jusqu'aux pieds du Christ? Empêcherez-vous ses paroles de metransformer, avant même que j’aie eu le temps de m'’écrier : Qui va là? Et une fois transformé, est-ce que je ne deviens pas, moi-même, un document de la Révélation au second degré, ayant le droit, moi-même, d’être cru sur parole dans la mesure où je répète l’Écriture sainte, écho elle-même de la manifestation divine dans le monde? L’Éternel est vivant! voilà mon mot de passe. Place à la vie!
Et puis, où s’arrêtera-t-on, dans la voie des prolégomènes ? Après avoir exigé de nous un système critique sur la composition des évangiles, on nous déniera le droit d’en tirer des conclusions avant d’avoir exposé notre théorie de la connaissance. Etes-vous kantien ou ritschlien, disciple de Lotze ou de Renouvier, de Malebranche — qui sait! — ou de Platon? Car vous n’avez pas le droit de vous inféoder au Christ, avant d’avoir pris parti pour l’un ou l’autre de ces penseurs. — Soit! répliquerons-nous à notre tour,
Mais alors, soyons conséquents. Une théorie de la connaissance n’est qu’un jeu d'esprit, si elle ne repose pas d’aplomb sur une étude physiologico-psychologique, sur un système complet des rapports de l’âme et du corps — pour employer une distinction plus ou moins heureuse, mais suffisamment explicite. Quant à ce système sur l’union du moral et du physique; il ne sera rien, à son tour, sans une théorie sur la vie, sur sa propagation actuelle, sur les phases de son développement depuis l'apparition de la première graine, sur ses origines enfin. Bref, ayons un système complet sur la création, numérotons les éléments du chaos, détaillons l'Éternel !.….. Alors seulement, on sera en mesure de citer avec bonne conscience le sermon sur la montagne; sinon, adieu toute rigueur scientifique ! Pour nous, nous estimons avec saint Paul que « le seul fondement » de la théologie c’est le Christ, encore le Christ, toujours le Christ. Toutes les autres questions que nous avons énumérées viennent ensuite ; elles peuvent consti-. tuer, si l’on veut, les prolégomènes de la dogmatique, mais non ceux de la théologie biblique. Dans le domaine cosmologique, il n’y a rien avant l’observation de la nature ; dans le domaine de la théologie biblique, il n’y a rien avant la constatation de ce qui est écrit. C’est déjà une science assez difficile en elle-même, si nous en croyons Lobstein (Essai d’une introduction à la dogmatique protestante, p. 153). (La théologie biblique est une science historique ; elle a pour tâche d'exposer, dans leur genèse et dans leur enchainement organique, les idées religieuses et morales dont les livres bibliques sont les documents multiples et variés; partant, il lui est interdit de confondre les époques, les lieux, les auteurs; elle laisse à chaque témoin religieux, à Chaque type doctrinal sa physionomie originale: elle ne
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dissimule pas les nuances et les différences, parfois très notables, qui distinguent les conceptions ou les groupes de conceptions renfermés dans les livres saints; elle tient compte de l’atmosphère ambiante, du milieu et du moment; elle recherche le principe générateur des enseignements religieux ou des systèmes théologiques, elle marque les influences qui les ont modifiés, elle détermine leurs relations, leurs affinités, leurs divergences ; elle ne s'élève à une synthèse, que là où elle y est autorisée par l’observation précise, et par l’analyse exacte et minutieuse. »
À ce beau tableau d'ensemble, nous n’avons rien à changer; c’est dire que nous ne songeons pas à éviter les problèmes. Les voici, d’ailleurs, qui surgissent, dès que nous plaçons les textes devant nous; ceux-ci, en effet, sont sous nos yeux, tels quels (1); mais sont-ils dignes de foi? Voilà la première question qui se pose. — Et s'ils sont authentiques, quelle est leur signification ? Deuxième question.
En ce qui regarde la valeur documentaire des passages en question, il est évident que, pour parvenir à la pensée du Seigneur sur un sujet déterminé, nous sommes obligés de recourir à un truchement ; tandis que pour connaitre la pensée de Paul, par exemple, nous n’avons qu’à lire, à livre ouvert, dans son esprit, c’est-à-dire dans ses épiîtres. Il est clair qu’on ne peut utiliser, de la même manière, le traducteur de Matthieu sur Jésus, et Paul sur Paul. Les
(4) La liste des principaux passages eschatologiques dans les synoptiques est dressée comme suit par Haupt : Premier fragment (Matthieu 19/27 à 30 — Marc 10/98 à 31 — Luc 18/98 à 30). Deuxième fragment : (Marc 8/38 à 9/1 — Matthieu 16/27 et 28 — Luc 9/26 et 27). Troisième fragment : (Luc 17/20 à 18/8). Quatrième fragment : (Marc 13 — Matthieu 24 et 25 — Luc 21).
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mots des épîtres, tels qu’ils existent à l’heure actuelle, ont jailli directement du cerveau de l’apôtre ; plus que cela, ils ont été rédigés par Paul, et fixés pour les siècles sous la forme expressément voulue qu'ils revêtent. Tandis que les paroles du Christ, dans l’évangile canonique de Matthieu, sont probablement la traduction d’un original araméen, lui-même écho d’une tradition orale, laquelle était, elle-même, l’écho des discours prononcés par le Seigneur.
Les difficultés qui découlent de cette simple constatation
nous paraissent consciencieusement exposées, dans le récent
ouvrage de Haupt sur l’enseignement eschatologique de:
Jésus /Die eschatologischen Aussagen Jesu in den synoptischen Evangelien) (1). Le problème est tellement ardu, écritil en substance, que l’exégète qui se lance dans cette bataille, mérite bien d'y gagner ses chevrons; avant d’avoir affronté
ce labeur, nul théologien ne peut savoir s’il possède, oui
ou non, l’étoffe d’un exégète. Aucun moyen de reconnaitre si les affirmations eschatologiques attribuées à Jésus lui appartiennent, à moins de les comparer avec celles des conceptions du Maître qui portent son cachet sans doute possible. Quand cette comparaison met en lumière une union organique entre les deux passages, on peut conclure à l’authenticité du discours eschatologique. Que si ce discours ne forme pas un tout avec le reste de l’enseignement du Seigneur, une nouvelle question surgit : car nous pouvons être en présence d’une addition postérieure, ou bien, au contraire, d’une parole authentique du Maître, mais
: (4) Nous rendons hommage à la science, au sérieux et à la foi de
Haupt; et si, dans les pages suivantes, nous sommes amenés à le critiquer, ce sera loujours avec le sentiment des égards et de la reconnaissance que nous devons à un chercheur consciencieux.
simplement répétée par lui, reçue du dehors, et sans lien organique avec sa conscience. Dans ce dernier cas, il faut encore se demander si la pensée de Jésus est identique ou analogue seulement à celle du judaïsme ambiant : il pouvait parler comme ses contemporains, et dire autre chose avec les mêmes mots. Il faut donc étudier la teneur générale de son attitude à l’égard des traditions religieuses de son peuple : les a-t-il acceptées, rejetées ou transformées? Au surplus, et dans la majorité des cas, l’authenticité des paroles du Christ ne peut-être que relative : il suffit de rappeler que nous ne les possédons point dans la langue où elles ont été prononcées. Du reste, comment admettre, à travers la tradition orale qui déforme tout, la reproduction textuelle de discours entiers! C’est à la pensée du Maître qu'il faut s'arrêter, plus qu'aux détails de l’expression. Jésus a-t-il dit : Heureux les pauvres? (Luc 6/20) ou : Heureux les pauvres en esprit? (Mat. 5/3). Si les deux évangélistes ont pu hésiter sur l'interprétation d’une parole aussi simple, jusqu'où peuvent aller les variations, quand il s’agit de sujets aussi mystérieux que les sujets eschatologiques?
L’authencité relative des paroles de Jésus, ajoute l’auteur, est encore impliquée dans le fait qu’elles ne se présentent pas toujours à nous dans leur véritable cadre : dès lors, enchâssées plus ou moins arbitrairement dans des groupes artificiels de discours, elles reçoivent de leur entourage un faux jour. Il est difficile d'admettre que les entretiens du Seigneur, avec ses disciples ou avec la multitude, se composaient d’une longue succession d’aphorismes. éblouissants, enfilés bout à bout comme des diamants ; c’eût été imposer à ses auditeurs une tension intellectuelle et morale, que le génie lui-même eût été incapable de supporter.
Les sentences dont il s’agit doivent être plutôt considé-
rées, séparément, non point comme les éléments successifs d’un seul et unique discours, mais comme autant de discours condensés, et résumés dans leur formule suprême etoriginale. Sinon, comment admettre que nous possédons, dans les quelques pages de nos évangiles, une véritable reproduction des enseignements du Maître inépuisable, durant tout le cours de son ministère? Nous n'avons conservé, en réalité, que des têtes de chapitres. A la vérité, cette hypothèse nous oblige encore à statuer d’innombrables répétitions sur chacun de ces thèmes isolés; car celui qui distribuait le pain de la vie éternelle était « doux et humble de cœur, » infatigable dans ses compassions, toujours prêt à se dépenser et à se répéter indéfiniment lui-même au service des foules avides, qui se formaient et se déformaient incessamment autour de lui, comme le flux et le reflux. De là, il résulte que les disciples de Jésus ne pouvaient maintenir une séparation tranchée entre les différents discours prononcés sur un même sujet. De plus, quand les apôtres commencèrent à prêcher l'Évangile, leur but était moins de reproduire, dans le détail, les instructions du Maître, que de donner un aperçu général sur l’ensemble de sa doctrine; l’on en vint, peu à peu, à grouper délibérément des affirmations séparées mais analogues. En résumé, avant d'étudier l’eschatologie de Jésus, il faut examiner soigneusement ceux de ses discours qui touchent aux choses finales, afin d'y relever, au besoin, les traces d’un travail de mosaique. Si cette opération de marqueterie peut être démontrée, alors certaines difficultés s’aplaniront, par le simple déplacement d’un terme transposé mal à propos hors de son milieu original.
Tel est, en substance, l’exposé de Haupt. Du reste, il entreprend, courageusement, la démonstration indiquée.
Sa critique porte sur quatre fragments seulement; il nous sera aisé de suivre, pas à pas, notre auteur. Mes investigations, déclare-t-il, auraient pu embrasser un champ plus étendu; mais les fragments examinés sont les premiers par l’importance; c’est pourquoi, « si le travail de mosaïque est évident sur ces points-là, nous pourrons le présupposer dans d’autres endroits où cela paraît moins clair. »
19 — Observations critiques sur le premier fragment : Mat. 19/27-30; Marc 10/28-31 ; Luc 18/28-30. — La suite des idées, observe notre auteur, est parfaitement naturelle dans Marc et Luc; mais dans Matthieu, elle est interrompue par le v. 28. Ce verset, en effet, est une pièce rapportée : d’abord, son absence dans Marc prouve que ce verset, primitivement, n’appartenait pas à ce contexte; ensuite, on le retrouve, dans Luc 22/29 serti dans une toute autre monture; enfin l'avertissement du v. 30, dans Matthieu, perd sa signification, si ces paroles ont été prononcées après celles du v. 28. Jésus reprendrait d’une main ce qu’il donne de l’autre, puisque, au moment même où il promet aux apôtres qu’ils jugeront les douze tribus d'Israël, il ajoute, et tout d’une haleine, que les premiers seront les derniers. Sans le v. 28, au contraire, l’ensemble est cohérent. Chaque sacrifice, affirme le Maitre, emporte sans doute sa récompense, mais prenez garde! et ne transformez pas votre situation morale supérieure en un funeste oreiller de sécurité.
Aucun système préconçu (1) ne nous impose le devoir
(1) Ménégoz décrit, quelque part, « l’état d’âme de la majorité des pasteurs censément orthodoxes, qui ont abandonné la doctrine de l'inspiration plénière et qui, néanmoins, sont des adversaires plus ou moins résolus de la critique biblique. Quelle étrange théologie! On pourrait l’appeler la théologie du sic et non » (Revue chrét. fév. 1899 — Du rapport entre l’histoire sainte et la foi religieuse). — En ce qui nous
de tenter une réfutation de cette exégèse ingénieuse. En ce moment, nous nous occupons de la forme et non du fond des discours eschatologiques; si la parole de Jésus relative aux douze trônes n’a pas été prononcée dans les circonstances indiquées par Matthieu, cette parole, néanmoins, n’en est pas infirmée; son authenticité reste indemne; en bonne logique, jusqu’à preuve du contraire. | Nous faisons donc la part large à Haupt; mais nous devons avouer que ses arguments n’entraînent pas notre conviction, en ce qui regarde les traces d’un travail de mosaique dans ce premier fragment. Pour nous démontrer que le v. 28, dans Matthieu, est une superfétation, notre auteur avance trois arguments, dont aucun ne nous apparaît probant. D'abord, dit-il, l’absence de tout parallèle dans Marc indique assez que ce passage n’est pas primitif. Mais Haupt estime-t-il que l’antériorité chronologique de Marc soit une hypothèse assez bien fondée pour soutenir, à elle seule, tout le poids d’une argumentation? Du reste, à supposer même que cette hypothèse constituât une certitude, peut-on en conclure que tous les passages parallèles
concerne, nous sommes les humbles obligés et, partant, les avocats résolus de la critique biblique, et nous souscrivons, de tout notre cœur, à cette fière et pieuse déclaration de Rothe: «Die ihrem formalen Prinzip getreue protestantische Theologie muss gebieterisch eine stets fortgehende historisch-kritische Behandlung des Bibel fordern, und sie muss in der unbeschränkten Regsamkeit derselben ein unschätzbares, nicht genug heilig zu haltendes Gut erkennen » (Zur Dogmatik. p.305). — Seulement, nous établissons une distinction entre la Critique et les critiques, d’une part; et, d'autre part, entre la Critique et ses résultats. Ainsi, nous ne sommes pas, nécessairement, un représentant du sic et non, Si les arguments de Haupt sont impuissants à nous convaincre, ou si « l’histoire d'Israël » par Wellhausen, ne nous révèle’ pas « les bénédictions que procure la certitude en matière d'Histoire sainte. » (Ménégoz, ibid).
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à Marc, dans les deux autres synoptiques, sont interpolés, dans la mesure où ils contiennent des termes étrangers au texte de Marc? Pour nous en tenir à la comparaison . entre Matthieu et Marc, rapprochons deux ou trois scènes caractéristiques, par exemple les deux tableaux que nous donnent Matthieu et Marc du baptême administré par Jean- Baptiste au Jourdain. Marc nous dit simplement que le Christ se fit baptiser par le Précurseur ; Matthieu ajoute ce cri du prophète, qui sort des entrailles mêmes de la réalité : « C'est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens vers moi! » (Mat. 3/13-17 — Marc 1/9-11). Avec les prémisses de Haupt, il faudrait voir, dans cette exclamation du Baptiste, une pièce rapportée; mais où donc la loger ailleurs? — Autre exemple. En racontant la rencontre de Jésus et de la Syrophénicienne, Marc se borne à écrire : « Elle demanda à Jésus de chasser le démon hors de sa fille. Et Jésus lui dit : Laisse d’abord les enfants se rassasier. » Matthieu, au contraire, dans le passage parallèle, intercale, avant cette réponse du Maitre, l’observation suivante : « Jésus ne lui répondit pas un mot. Et ses disciples, s'étant approchés, le prièrent disant : Renvoie-la, car elle crie après nous » (Mat. 15/21-28 — Marc 7/24-30). Haupt consentirait-il à supprimer ce détail, dont l’historicité éclate aux regards les plus superficiels? Car essayer de déplacer ce passage, ce serait, bel et bien, en nier l’authenticité. — Autre exemple. Les pharisiens réclament un signe (Mat. 16/1-4 — Marc 8/11-12). « Les pharisiens, écrit Marc, lui demandèrent un signe venant du ciel. Et, soupirant profondément en son esprit, il dit : Pourquoi cette génération demande-telle un signe? » Matthieu fait précéder d’une pittoresque et célèbre comparaison le refus du Seigneur : « Quand le soir est venu, vous dites : Il fera beau temps,
car le ciel est rouge. Hypocrites, vous savez bien discerner l'apparence du ciel...» Encore un coup, faut-il retrancher ici à Matthieu ce que Marc n’a pas conservé? — Et enfin, sur le chemin de Césarée, quand Pierre s’écrie : « Tu es le Christ! » faudra-t-il conclure du silence de Jésus, dans Marc, que le Seigneur a laissé tomber pareil témoignage sans le relever, et que Matthieu se trompe en mettant sur les lèvres du Sauveur des paroles impossibles à déplacer de leur cadre actuel : « Tu es heureux Simon, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela? »
Nous concluons : dans le fragment n°1, que nous examinons en cet instant, il est impossible d'enlever à Matthieu le passage sur les douze trônes, en s’appuyant sur la seule et unique raison que ce passage ne se retrouve pas dans Marc.
Mais Haupt nous répondrait qu’il avance d’autres arguments. Ainsi, le verset Mat. 19/28 se retrouve dans Luc 22/29, fixé dans un cadre fort différent. — Le cadre, en effet, est dissemblable ; il l’est même à un tel point, que l’argument se retourne contre l’auteur. Car il nous a dit formellement, à propos de la prédication du Messie, que celui-ci ne cessait de se répéter lui-même dans les circonstances les plus diverses. Pourquoi donc, dans la chambre baute, la nuit qu’il fut livré, Jésus n’aurait-il pas prononcé une parole de ce genre : « Vous êtes ceux qui sont toujours demeurés avec moi dans mes tentations. Et moi, je dispose en votre faveur du Royaume, comme mon Père en a disposé en ma faveur; afin que vous mangiez et que vous buviez à ma table dans mon Royaume, et que vous soyez assis sur des trônes, jugeant les douze tribus d'Israël? » Pourquoi serions-nous surpris de retrouver la même parole dans Matthieu et dans Luc encadrée différemment?
Fût-elle répétée, à deux endroits séparés, dans le même évangile de Matthieu, que notre étonnement resterait nul. Ainsi, nous trouvons tout simple que Jésus ait pu, selon Matthieu, inviter deux fois les pharisiens à méditer sur cette affirmation des prophètes : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » (Mat. 9/13 et 12/7). Ce n’est pas deux fois, mais cent fois que le Seigneur, sous une forme ou sous une autre, a dû proclamer cette vérité.
Enfin, le troisième argument de Haupt nous parait insuffisant à son tour. Dans Matthieu, nous dit-on, le v. 28 est en contradiction avec le v. 30; donc il faut supprimer le v. 28. Mais à cela nous répondrons : la pensée du v. 30 est précisément absente, dans le passage parallèle de Luc. Dès lors, pourquoi ne pas supprimer le v. 50 luimême ? La contradiction signalée disparaîtra du coup; et d’ailleurs, il serait plus naturel de déplacer une formule courante : « Les premiers seront les derniers, » véritable refrain dans les discours du Maître, qu’une pensée aussi originale, aussi colorée que la prédiction relative aux douze trônes.
Mais ce qui nous frappe encore bien davantage, c’est qu'un déplacement quelconque serait superflu; car la contradiction qu’on signale entre le v. 28 de Matthieu et le v. 30 est imaginaire. Haupt avoue, en effet, que Jésus, en réponse à la question de Pierre, n’a nullement nié, même dans Marc, la réalité de la loi divine qui relie la récompense au sacrifice volontaire. S'il y a contradiction, dans Matthieu, entre la promesse des douze trônes et l'avertissement de la fin : « Prenez garde à vous-mêmes ! » il y a aussi contradiction, dans Marc, entre la promesse d’une récompense (terrestre à la fois et céleste) et la restriction finale. Car l’idée particulière des douze trônes,
n’est qu’une des faces de l’idée générale de récompense.
Nous terminons donc l’examen du premier fragment eschatologique, en concluant que Haupt n’a pas réussi à le transformer en mosaique.
90 — Observations critiques sur le deuxième fragment : Marc 8/33-9/1; Mat. 16/27-28; Luc 9/26-27. — D’après notre auteur, nous aurions ici, dans la seule péricope de Marc, et en partant du v. 31, quatre fragments détachés que l'arbitraire a réunis. Puisque Haupt revient sans cesse à sa comparaison de la mosaïque, il faut nous représenter ici un dessin formé de quatre pierres : verte, jaune, bleue et rouge, par exemple. La couleur verte couvre les Va à 33; la couleur jaune s'étend sur l'intervalle compris entre le v. 34 et le v. 38. À première vue, sans doute, on ne distingue pas bien les raisons qui conduisent à briser en deux l’ensemble du développement qui court du v. 31 au v. 38; d'autant plus que la transition du v. 33 au v. 34 est admirable de naturel; et Haupt l'avoue lui-même : « C’est une suture d’une habileté consommée; mais enfin, ce n’est qu’un raccord. » Et pourquoi donc? Marc prend la peine de nous avertir que si Jésus a commencé par parler à ses disciples, il s'adresse maintenant à la foule après l’avoir appelée. Mais cette explication même est un grief. D’où vient la foule? s’écrie l’exégète, « Woher die Menge? » À cela nous n’avons rien à répondre ; nous n'’étions pas là-bas à ce moment; mais Haupt était absent pour les mêmes raisons. Dès lors, si cette question imprévue nous ferme la bouche, elle ouvre inutilement celle du critique. C’est le statu quo (1).
(1) Du reste, ce n’est pas la seule occasion où Jésus convoque son auditoire, Cf. Marc 7/14 : « Ayant de nouveau appelé à lui la foule, il leur dit : Ecoutez tous ! »
À la couleur jaune succède une tache bleue sur le v. 38. Pourquoi statuer ici une nouvelle nuance? Parce que, dans les versets précédents, il n’a pas été question de l’attitude individuelle des disciples à l’égard de la personne du Messie : c’est une pensée inattendue.
Mais à supposer qu’elle le fût, en effet, pour les auditeurs, qu'y saurions-nous changer? — Au surplus, Haupt admet bien que ce v. 38 pourrait, à la rigueur, se rattacher à ce qui précède par une liaison d'idées qu’il indique : aucun des biens de ce monde, non pas même le désir de l’approbation humaine, ne doit nous entrainer à mépriser le Royaume de Dieu, à renier le Christ! Malheureusement, ajoute le critique, cette construction s’effondre quand on songe que le terme « avoir honte de moi » ne se rapporte
absolument pas au contexte, et quand on constate que rien
ne peut justifier l'expression «avoir honte de moi et de mes paroles. » — Il nous semble que ces deux observations ne sauraient trancher le lien logique, si bien établi par Haupt lui-même, entre le v. 38 et le passage précédent. Le dit passage contient, d’ailleurs, une formule caractéristique et propre à Marc, en cet endroit : « Celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l'Évangile... » Or l'Évangile se « prêchait » (Marc 13/10). On ne voit donc pas comment Haupt peut affirmer que l'expression du v. 38 : « zods uods Adyous » est une Q addition que rien ne prépare. »
Reste, enfin, le point rouge qui complète cette Singulière bigarrure. Si Marc 9/1 appartenait encore au discours précédent, écrit notre critique, ce passage n’aurait pas une formule d'introduction telle que celle-ci : « Et il leur disait. » Mais cette formule n’existe pas dans les passages parallèles de Matthieu et Luc; et si Marc l’emploie, c’est précisément une des caractéristiques de son style, Ainsi,
dans le discours contre les traditions pharisaïques, le cours du développement est coupé par la même phrase : € Etil leur disait : Vous annulez très bien le commandement de Dieu ! » (Marc 7/9) On trouve un autre exemple remarquable de cette particularité dans Marc 7/20. Bonnet écrit à ce sujet, dans son commentaire : («Très souvent, Marc emploie cette tournure avec le verbe à l’imparfait: 4! leur disait, indiquant par là, non un discours nouveau, mais une pensée nouvelle dans le discours. » — Haupt insiste, c'est seulement vers la fin de son ministère, dit-il, que Jésus a parlé publiquement de son retour personnel. Mais nous y sommes, à la fin du ministère! C’est à la même époque, également, que Jésus a révélé le secret de ses prochaines souffrances. Si l’un et l’autre sujet était nouveau, il faut avouer que Marc ne l’a pas caché, puisqu'il écrit, expressément, au v. 51 : Q Alors, Jésus commença à leur enseigner...» — Notre critique avance encore deux arguments : l’un, c’est que Marc 9/1 n’est pas la suite logique de 8/38 ; le fait que Christ punira les renégats lors de sa Parousie, n’a rien à voir avec l’époque de son retour. Il nous semble, au contraire, que la proximité attendue de cet événement peut constituer un puissant encouragement à la fidélité. Et voici l’autre argument : Marc 9/1 ne pourrait pas, davantage, être la conclusion des v. 34 à 37, car l’exhortation à perdre sa vie ne justifie nullement les déclarations du Seigneur sur l’époque de son retour ; aucun lien ne relie les deux séries d’affirmations. À cela nous répondrons seulement que le texte soumis à notre étude sépare, précisément, le v. 37 du verset incriminé. En résumé, nous concluons que si le deuxième fragment eschatologique porte les caractères d’un travail de marqueterie — et nous en admettons la possibilité — les arguments
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de Haupt ne parviennent pas à le prouver, et ne nous paraissent pas suffisants pour dissocier l’ensemble du texte canonique.
3° — Observations critiques sur le troisième fragment : Luc 77/20 ; 18/8. — Nous avons ici, d’après Haupt, un embryon d’apocalypse ; ou plutôt, car cette image laisserait croire à un ensemble organique, nous sommes ici en présence d’un de ces fragiles et merveilleux assemblages dont les fantaisies du kaléidoscope ont le secret. La figure obtenue est composée de huit morceaux de verre, différents et superposés; échafaudage branlant, dont le souffle de la critique rompt l’équilibre.
Premier morceau : 20 et 21. — Deuxième morceau : 22 à 24. — Si l’on peut admettre, écrit Haupt, que la liaison entre 20 « et 20 b n’est pas artificielle, on n’en peut dire autant de la liaison entre 21 et 22. D'abord, quel est le lien logique entre le désir des apôtres et les précédentes affirmations du Maître sur la nature du Royaume? Ensuite,
le : « Voici, ici ! ou voici, là! » du v. 93, n’a pas le même
sens qu'au v. 21, car il y a, dans les deux passages, une série d'idées contraires : par exemple, après avoir enseigné que le Royaume est invisible, Jésus affirme que le Fils de l’homme, à son retour, sera vu du monde entier. Par conséquent, si l’évangéliste a jugé bon de mettre les deux morceaux bout à bout, c’est qu’il a trouvé ingénieux de rapprocher les deux formules identiques : « Voici, ici! ou voici, là! » |
Faut-il l’affirmer une fois de plus? Nous admettons parfaitement que des paroles aujourd’hui contiguës dans le texte canonique, aient pu être prononcées dans des circontances diverses. Mais la question, en ce moment, n’est pas là : nous nous demandons si les arguments de Haupt
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sont probants. Il cherche en vain, écrit-il, un trait d'union
entre les deux passages qu’il sépare. Mais si ce trait d'union
était la personne même de celui qui parle ! Jésus établit” “
une opposition entre sa première et sa seconde venue; aux pharisiens, il dit : le Royaume est apparu une première
fois, sans attirer l’attention, en ma personne ; aux disciples |
il dit : le Royaume apparaîtra, une seconde fois, avec éclat, lorsque le Fils de l’homme sera révélé. Alors seulement, ce sera son jour (v. 24) ; aujourd’hui, il ne donne pas encore
sa mesure. Cette expression en son jour est tellement déci-
sive pour l'interprétation du passage, qu'il est utile d’en constater l’authenticité. Or, ces mots sont maintenus dans le texte par Oltramare et Stapfer, par Tischendorf, par la version de Lausanne et la Revised version; enfin Westcott, moins affirmatif, ne les range pas même parmi les suspec-
ted readings, mais parmi les alternative readings: On sait
ce qu’il entend par là : « Whenever it has been found impossible to decide that one of two or more various readings is certainly right, alternative readings are given: and no alternative reading is given which does not appear to have a reasonable probability of being the true reading: »
Ce terme en son jour marque donc l’antithèse entre le discours de Jésus aux pharisiens et son discours aux.
disciples. Aussi, la version de Lausanne et Bonnet ne crai-
gnent pas d'accorder au à du v. 22 toute sa valeur, et de ”
traduire : € Mais il dit aux disciples. » Du reste, cela ne trouble pas la suite des idées ; et la preuve que Jésus vient de parler de lui-même à ses ennemis, c’est qu’il ajoute,
pour ses amis : Hélas ! vous serez bientôt privés de ma vue (v. 22). — Haupt, il est vrai, s’achoppe à la contradiction
apparente entre : € On ne dira pas, le voici! » et: «On
vous dira : le voicil » Mais il faut se rappeler que Jésus
combat ici un programme imaginaire de la théologie juive, réglé dans tous ses détails, et qui prétendait donner une liste complète des signes précurseurs de la Parousie, nomenclature minutieuse au point de justifier ce cri, qui serait une conclusion : « Le voici! le voilà! » En ce qui regarde ma première venue (qui appartient, certes, à l’apparition du Royaume!) elle s’est produite, et continue à se produire silencieusement, comme l’aube qui se lève par degrés insensibles ; donc, puisque le Royaume de Dieu s’est installé parmi vous, en la personne du Messie, à votre insu, il n’est pas vrai que l’on dira (selon votre programme) quand le Libérateur sera sur le point de paraître : Le voici ! La preuve qu’on ne le dira pas, c’est que vous ne l’avez pas dit (1). — Ensuite, le Seigneur s'adresse à ses disciples, et leur parle, non plus de sa venue comme l’aurore incertaine, mais de son apparition comme l'éclair; et il ajoute, visant toujours le programme artificiel composé par les fabricants d’apocalypses : On s’appuiera bien sur des pronostics pour s’écrier : Le voici! — peine inutile, car ceux qui s'efforcent de démontrer la présence du soleil, certifient par là même son absence.
Dans cette partie de notre travail, notre intention n’est pas d’aborder l’exégèse des passages relatifs aux choses finales. Mais enfin, lorsque Haupt nie toute liaison logique entre deux paroles consécutives, nous sommes obligé de vérifier pareille assertion (2).
(4) Cette interprétation est fortifiée par l'étrange emploi du futur : « On ne dira point » entre les deux verbes au présent : «Le Royaume ne vient pas... Le Royaume es{. »
(2) Signalons une intéressante interprétation de Mazel, qui traduit : « Le Royaume de Dieu ne vient pas, alors qu'on est aux aguets. » Les Juifs étaient dans une anxieuse attente, ils espéraient la prompte
Troisième morceau : 25. — Notre critique ne sait où placer ce verset, et déclare que si l’ensemble du discours formait un tout, cette parole en serait la conclusion et viendrait après le v. 30. — Pour nous, qui voyons dans le développement des v. 20 à 24, une antithèse entre la première et la deuxième venue du Seigneur, nous trouvons, dans le v. 25, une répétition plus énergique de. l'idée contenue dans la réponse aux pharisiens ; et une confirmation de notre point de vue. AR
Quatrième morceau : 26 à 29. — Haupt confesse que ce passage se rattache sans difficulté au passage 22-24; dans l’un, il s’agit des croyants qui soupirent après la Parousie; dans l’autre, des incrédules qui l’oublient. Les deux idées se complètent. — Mais alors, pourquoi creuser ici une fissure nouvelle dans un sol déjà crevassé? Pourquoi? Parce que le mouvement de la pensée, écrit Haupt, est purement fortuit dans ce développement; en effet, s’il était voulu, il serait expressément marqué par une formule de ce genre : « d’une part — d’autre part; » d’une part, les croyants ; d'autre part, les incrédules. — Cette argumentation est-elle sérieuse ? Pour obtenir des craquelures dans le texte, on s’appuie tantôt sur le manque d’unité fondamentale malgré la forme cohérente, tantôt sur le manque de cohésion formelle malgré l’unité du fond ! C’est la fable du loup et de l'agneau ; l’exégète est le loup, le texte biblique est l’agneau, et quoi qu’il dise, il a tort. « La raison du critique est toujours la meilleure. »
Haupt, pour dissocier du reste les v. 27 à 30, avance
arrivée d’un Messie conforme aux rêves de leur imagination troublée. Or, Jésus déclare que son retour glorieux ne s’effectuera point, tant que durera celte fièvre malsaine.
un autre argument. Dans les v. 23 et 24 l’idée dominante est celle-ci : la Parousie sera directement et universellementconnue, si bien que nuln’en donnera des nouvelles à son voisin — dans les v. 27 à 30, au contraire, l’idée maitresse est celle-ci : la Parousie sera inopinée... « Points de vue complètement différents ! » s’écrie Haupt. — Ici encore, comment souscrire à cette conclusion”? Dans le premier groupe de versets, n'est-il pas évident que la Parousie est représentée comme un événement inopiné, puisqu'il sera impossible de le pronostiquer ? Que signifie, sans cela, l’image de l'éclair? — A cela, notre auteur répond : au v. 24, il s’agit seulement de la lueur de l’éclair que tous perçoivent au même instant. Mais l’évangéliste, réfléchissant sur cette comparaison, s’est rappelé qu’on pouvait aussi utiliser l’éclair comme l’image de la soudaineté ; ayant précisément à loger quelque part une parole du Seigneur sur la soudaineté de son apparition, l’évangéliste s’est décidé à suspendre ce passage à la queue de l’éclair. — N'est-ce pas le cas d'adresser au savant critique la célèbre apostrophe de Festus : « Ton grand savoir te fait déraisonner ? » Et pourquoi donc les réflexions de l’évangéliste ne seraient-elles pas l’écho des réflexions mêmes du Maître, lequel aurait prononcé ce discours tel qu'il nous est parvenu?
Cinquième morceau : 31, 32. — Ici encore, Haupt commence par avouer qu’il existe une parenté indéniable entre ce développement et celui qui le précède. Néanmoins, il ne peut être question ici de la Parousie; car celle-ci, dans la pensée du Seigneur, était liée à la destruction de la Terre ; dans un pareil moment, quel sens pourrait bien revêtir une tentative désespérée pour sauver ses économies? — À cela nous répondrons que les prémisses du
raisonnement peuvent être contestées : il ne suffit pas d'affirmer que Jésus a lié son retour à l’anéantissement de notre globe, il faudrait le prouver. De plus, et pour employer une jolie expression du père Gratry, Haupt fait preuve d’une « bonhomie terrible » quand il nous avertit, gravement, qu'à l'heure où les fondements de la terre s’ébranleront, il sera peu rationnel d’ouvrir ses tiroirs. Il y a précisément des heures où l’on neraisonne pas, où l’instinct commande : quand un vaisseau sombre en mer, combien de naufragés se chargent d’or et d'argent! — Nous opposerons la même observation à la remarque suivante : si le Messie doit se révéler dans sa gloire à tous les hommes, d’où pourrait leur venir l'espoir insensé de lui échapper? Haupt conclut que c'est la description d’une panique déchaînée par l’approche d’une armée ; or, dans Matthieu 27/17, les mêmes paroles. sont rattachées à des événements militaires. Mais Haupt à, moins que personne, le droit de dédoubler les doublets, et de fondre en un seul bloc les répétitions : on se rappelle ses théories sur la prédication de Jésus. Pourquoi Jésus n’aurait-1il pas développé ici sous une autre forme — et en employant, toutefois, des images qui lui étaient familières — l’idée que le même évangéliste met sur ses lèvres au chap. 12/37 : « Heureux ces serviteurs que le Maître, à son arrivée, trouvera veillants ! » Soyez prêts à tout abandonner pour aller à sa rencontre ; cette interprétation des v. 31 et 32 ne nous paraît pas forcée. Dès lors, pourquoi en chercher une autre? Cela nous évitera, tout au moins, l’obligation de souscrire à l'hypothèse que voici : « Si le cinquième morceau à été relié au quatrième, c’est parce qu’on trouve le nom de Lot dans les deux fragments. » On comprend que Haupt tienne à conserver ces trois lettres au v. 98, malgré Weiss qui voudrait bien voir dans « les jours de
PURE ne SE VS Pers EN A AP a EE ic jeu JE SE MERE ER ace
A US LE Cr
Lot » une amplification de rhétorique destinée à établir un parallélisme avec les & jours de Noé. » En acceptant cette | opinion, Haupt aurait eu l’occasion de pratiquer une décou- FE. pure de plus dans le texte.
1 Sixième morceau : 33. — Ce verset, dit notre critique, se raccorde mal avec les précédents, car Jésus vient 4 d'affirmer qu’on pourra sauver sa vie, si l’on renonce à 4 sauver ses biens, tandis qu’il parle ici de perdre sa vie, 4 ici-bas, pour gagner la vie supérieure. D'ailleurs, il est 4 clair que cette exhortation n’a pas de sens, appliquée à l'heure de la Parousie. Le v. 33 est donc un anneau qu’on ne sait où suspendre. Il a été placé là, néanmoins, parce que, dans le passage 31-33, l’idée générale est celle-ci : il faut renoncer à tout, aux biens et à la vie.
Cette dernière observation est fort juste; et cela, au point que le v. 33 nous paraît inséparable des autres. Si nous | avons bien compris le développement précédent : « Soyez À prêts à tout abandonner, pour aller à la rencontre du 4 Maitre, » il nous semble que le v. 33 est à sa place. Cest l’énoncé du principe général dont nous venons de 4 lire les applications. Il est, du reste, instructif de rapprocher des v. 25 à 33, les v. 22 à 26 du chapitre 9. Ce sont deux développements parallèles où l’on retrouve, côte à
côte, les trois pensées ‘suivantes : a) il faut que le Fils de l’homme souffre; b] renoncez aussi à sauver votre propre vie; c/ c’est le moyen de n'être pas confondus à l'heure où le Seigneur apparaîtra dans sa gloire.
Septième morceau : 34-35. — Il estévident, d’après Haupt, que ces versets ne peuvent se rattacher au v. 33; cela se passe de démonstration. Mais ils ne se rattachent pas
davantage au v. 32; car le passage 31-32 ne se rapporte pas à l’époque du jugement dernier; (mais c’est précisément
la question!) et d’ailleurs, l’opposition établie par Jésus entre l’association temporelle et la dissociation éternelle des individus, est une antithèse que rien ne prépare.
Lorsqu'on disait à Leibnitz : Nihil est in intellectu quod non prius fuerit in sensu — il répliquait : Nisi ipse intellectus! Lorsque, dans un discours du Maître, on s’élève contre l’une de ses paroles en affirmant qu’elle n’a aucun point d'appui dans ce qui précède, nous répondons que la personne même de celui qui parlait constitue, à tous les points de vue, un terminus a quo suffisant. C’est pourquoi, une fois de plus, nous ne pouvons nous rallier à la conclusion de Haupt : « L'écrivain à inséré ici, dans sa collection, une sentence qui lui paraissait, d’une manière générale, adaptée au contexte. »
Huitième morceau : 37 (1). — Si la question des disciples est historique, dit Haupt, le v. 37 est à sa place. — Or il est fort possible que cette question soit authentique; elle serait, évidemment, une marque d’inintelligence, car ils croient discerner une prédiction spéciale sous le-‘vêtement plastique d’une prédiction générale; mais enfin, la réponse de Jésus, provoquée par ce malentendu, peut avoir été prononcée après les v. 34 et 35.
Neuvième morceau : Luc 18/1-8. — C'est à cause du v. 8 que l’évangéliste ajoute cette parabole au discours eschatologique précédent. Mais alors, ce n’est pas lui qui a rédigé l’introduction du v. 4 qui vise tout simplement le sujet très général de la prière. — Nous préférons supposer qu'un aussi habile ouvrier en mosaïque n'aurait pas
(1) Le v.36 n’est pas authentique à cet endroit. Il est facile de s'incliner devant le verdict des manuscrits. Nous nous inclinerions aussi devant les raisonnements de Haupt (critique interne) s’ils nous paraissaient probants.
commis une faute grossière ; il aurait supprimé la dite introduction, s’il avait eu la pensée d’incorporer la parabole au discours. Mais il n’y a pas songé. Décidément, la critique est insatiable de dislocations : elle ajoute elle-même des pièces de rapport au dessin primitif, puis elle s’écrie : C’est rapporté!
Observations critiques sur le quatrième fragment : Marc 13, Mat. 24 et 25, Luc 21. — Nous avons pu constater que Luc distribue les éléments de cette longue prophétie en deux discours, prononcés à des moments différents, puisque nous avons étudié le passage Luc 17/29 à 37. Il est donc possible que Matthieu, selon sa méthode, ait groupé deux discours en un seul. Nous n'avons nul sujet de nous élever contre celte conclusion; et de plus, si l’on nous montre, ici et là, dans le grand tableau des choses finales, des traits étrangers au contexte, nous les écarterons comme tels. Néanmoins, le lecteur le plus superficiel est obligé d’avouer que le discours eschatologique, dans son ensemble, et spécialement dans la version de Matthieu, donne l’impression de former un tout. Parmi les critiques, ceux-là mêmequi nient l'authenticité du discours, cherchent l'explication de cette unité apparente, et croient la trouver en faisant saillir, comme sur un palimpseste, une apocalypse juive à travers une apocalypse chrétienne. Wendi, par exemple, travaillant sur le texte de Marc, construit une apocalypse juive avec les v. 7-92; 14-20; 24-27; 30-31; le fond chrétien serait constitué par les v. 1-6; 21-93; 9b-43; 28-929; 32-37. Weiss, de son côté, obtient une apocalypse juive avec les v. 8; 14-15; 17-20; 23-27. On voit que les deux surfaces obtenues par ce découpage ne sont pas exactement superposables. Mais le caractère
arbitraire de ces reconstructions ne doit pas nous faire
oublier qu’elles sont un hommage indirect à l'unité relative du discours eschatologique : on essaye au moins d'y retrouver deux grands courants d'idées. Eh bien L Haupt, ici encore, maintient le système de hachures que nous avons appris à connaître. Il invoque, d’ailleurs, l'autorité de H. Weisse qui a écrit, en 1856 : « Ce discours: est un assemblage de sentences; » et notre critique ajoute : | « Nous avons, ici, plus que jamais, un travail de mosaïque, formé uniquement de petits morceaux » (Aus lauter kleinen Stücken zusammen gesetzt]. Ce qui ne l'empêche pas de constater que Matthieu est un artiste assez remarquable pour que le discours, sous sa plume, prenne l’apparence d’une œuvre originale (1); ce qui ne l’empêche pas non plus d’avouer que le passage Marc 6-15 donne bien l’impression d’être d’un seul jet; c’est sur ce point, cependant, et parce que le texte de Marc est le plus ancien, que notre auteur va faire porter les efforts d’un levier qui dissocie les ensembles les plus compacts.
1° Marc 6 « donne l'impression d’être un bloc erratique. » Pourquoi”? on ne le dit pas; mais si c’est affaire d’impression, la discussion est impossible. Jésus, déclare Haupi, dans deux circonstances différentes, une fois à propos des faux Messies, une fois à propos des troubles politiques, avait exhorté les siens à ne pas se laisser séduire. C’est l'identité de cette exltortation qui a poussé l’évangéliste à coller bout à bout les v. 5 et 6. — Ce sont des affirmations gratuites auxquelles on ne peut répondre.
2° Le v. 8 n’est pas la continuation du v. 7. D’abord,
(1) Haupt estime que le travail de Matthieu est vraiment l’œuvre d’un homme d'esprit; il a retouché le texte «in einer, wirklich, sehr geistvollen Weise » (page 30).
parce que le mot car n’amène aucune explication, mais une simple répétition des faits qu'on vient d’énumérer, sauf en ce qui regarde les catastrophes naturelles ; mais ces tremblements de terre ne sont pas davantage une explication du v. 7. Ensuite, parce que le passage parallèle, dans Luc, est précédé d’une formule d’introduction : « Alors il leur dit. » — En ce qui regarde cette dernière observation, nous n’avons pas fait une étude spéciale des formules analogues dans Luc, et nous ne savons pas jusqu’à quel point il est juste ou faux d'affirmer qu’elles sont la marque infaillible d’une suture. En tous les cas, si Luc emploie cette formule d'introduction au v. 10, Matthieu s’en prive dans le passage parallèle. Mais c’est le premier argument de Haupt qui nous paraît notoirement insuffisant. Nier que le v. 8 soit la suite du v. 7, parce qu’on y trouve la répétition d’une idée exprimée, c’est méconnaître le trait caractéristique du raisonnement hébreu. Du reste, si la pensée se répète, elle se développe (famines) et elle aboutit à la proposition finale qui est Ia justification du car : « Ce sont les commencements des douleurs de l’enfantement. »
30 Il est vrai que Haupt sépare ces mots de l’ensemble. D’après lui, l’évangéliste les a fixés là pour en revenir à son point de départ du v. 7 : « Ce ne sera pas la fin. » Cest encore une affirmation gratuite, qui ne supporte ni le contrôle, ni la discussion.
4° À leur tour, les v. 9 à 13 forment un ilot séparé, puisqu'ils ne contiennent rien d’eschatologique. Évidemment, l'hostilité du monde pourrait être considérée comme un signe des derniers temps; mais le texte, par lui-même, n’en dit rien. — En d’autres termes : ce passage a certainement une couleur eschatologique, si on le laisse dans
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son véritable cadre; mais comme il cesse d’être éclairé quand on le met dans l’obscurité, nous en concluons qu’il n’a pas le droit de figurer où il figure. Du reste, Haupt a mauvaise conscience quand il affirme que cette péricope n’a pas trait aux choses finales. On y trouve, en effet, au v. 10, un petit mot : auparavant, qui & établit une relation entre la prédication de l'Évangile et la Parousie. » Et puis, au v. 13, il «est question de persévérer jusqu'à la fin. Mais ce sont là, d’après Haupt, procédés techniques ; c’est le coup de pouce de l’homme du métier; l'évangéliste, pour dissimuler son travail de mosaïque, a subrepticement glissé ces formules dans des interstices, Haupt avance un argument plus sérieux, quand ilrappelle que tout ce passage se retrouve dans Matthieu 10/17 et suivants, c’est-à-dire dans des circonstances fort différentes, quand Jésus envoie les douze en mission. Mais ce discours aux douze a précisément un caractère eschatologique (v. 22, 93) et l’on peut se demander si Matthieu ne l’a pas enlevé à sa véritable place, qui est celle que Marc lui assigne. — Quoi qu’il en soit, le passage 9 à 13 se brise lui-même en deux sections. La première est constituée par les v. 9b à 11; on y trouve la pensée consolante que les persécutions n’arrêteront pas les progrès du Royaume
9° Tandis que dans la section 12-13 il est question du sort personnel des disciples. — Nous ne parvenons pas à voir l’opposition entre les deux idées. Les destinées du Royaume sont liées à celles des disciples. Au v. 9, Jésus leur dit qu’ils seront partout persécutés; au v. 13, qu'ils seront haïs de tous. Cela se tient.
6° En ce qui regarde les v. 14-98, Haupt confesse une fois de plus (comme au sujet des v. 6-13) que ce déve- |
loppement, à première vue, forme un tout. Mais il faut simplement en conclure, que l’adresse de l’évangéliste s’est donnée pleine carrière. En effet, ici encore, il faut découper. Et tout d’abord, il faut isoler les v. 15 et 16, puisqu'on les retrouve avec un autre contexte dans Luc 17/31; il est vrai que ce verset lui-même, d’après Haupt, n’est pas à sa place; mais on peut supposer que Luc avait puisé cette parole à une source indépendante, et qu’il avait faussement transporté au chapitre 17 ce que Marc, de son côté, transporta faussement au chapitre 13. — Évidemment, cette supposition est permise. Néanmoins, hypothèse pour hypothèse, nous préférons encore celle qui admet que Jésus a parlé plusieurs fois des choses finales, dans des circonstances différentes, et qu’il a pu et dû se répéter (CF. plus haut nos remarques sur Luc 17/31).
7° Les v. 19 et 20 sont assimilables à une comète vagabonde qui s’ingère, on ne sait pourquoi, dans un monde étranger. Preuve en soient les quatre arguments suivants :
a) À partir du v. 14, il s’agissait d’une catastrophe en Judée; pourquoi nous parle-t-on, ici, de toute chair? — Bonnet écrit à ce sujet : « Lors de la destruction de Jérusalem, il périt plus d’un million de Juifs... Si le Seigneur n'avait abrégé ces jours-là, toute l'humanité aurait péri; parce que ce terrible jugement de Dieu, signe avant-coureur du retour de Christ, se serait étendu à toute chair, serait devenu le jugement dernier. Mais il y a eu un sursis après la ruine du peuple juif, à cause des élus. Non à cause de ceux qui alors vivaient, mais de ceux qui croiront pendant les temps de la patience de Dieu (Ebrard). En bornant ces paroles à signifier que la durée de la guerre romaine serait abrégée, il est difficile d'y trouver un sens convenable : comment toute chair aurait-elle péri, si le
temps de ces calamités se fût prolongé? Et comment aurait-il été abrégé à cause des élus, les chrétiens d’alors? Ils étaient en sûreté (v. 16). Enfin, les versets qui suivent ne se rapportent plus à l’époque de la guerre des Juifs, mais aux temps postérieurs. »
Il nous semble que Bonnet se trompe, en acceptant la discussion sur le terrain choisi par Haupt. Celui-ci nous parait donner à l’expression « toute chair » une précision que ne comporte pas le génie de la langue hébraïque (car il n'échappe à personne que ce grec-là est de l’hébreu pur). Avec cette manière de procéder, il faudrait prendre à la lettre l'expression ets =0v aiciva (1 Cor. 8/11) et en conclure que Paul espérait manger de la viande in sæcula sæculorum. Bref, l'expression « toute chair » ne nous treRSpoELes pas, nécessairement, hors de Judée (1).
b] Dans les versets précédents, il n’est question que d'échapper au danger; le point de vue religieux est absent; d’où vient qu’on nous parle ici du salut? Haupt, qui est beaucoup plus instruit que nous, n’ignore pas le sens de su dans des passages de ce genre; il doit bien sentir qu’il est abusif de donner, ici, à ce terme, une intonation paulinienne ou salutiste. Pour nous, nous acceptons l’opinion de Grimm, lequel affirme, dans son lexique, à propos de Marc 13/20, que le mot sauver y signifie : exitio periclitantem salvum præsto (Cf. Marc 15/30). — Mais alors, répliquera notre critique, s’il s’agit d’un salut corporel, les chrétiens n’en avaient pas besoin, puisqu'ils s’étaient réfugiés dans la
(1) Du reste, au cours de ces discussions exégétiques, nous ne prétendons pas affirmer ce qui est douteux, savoir ce que nous ignorons, comprendre l’incompréhensible ou l’incompris. Le sentiment de notre incompétence nous interdit la prétention d’être un oracle. C'est un aveu que nous pourrions répéter à chaque page.
montagne. — Sans doute, mais les autres en avaient besoin; et ils l’obtinrent Qà cause des élus. » Ainsi, dix justes auraient préservé Sodome. Ainsi, durant la tempête, l'équipage fut sauvé à cause de Paul.
c] Dans les versets précédents, il s’agissait d’un péril auquel on peut se soustraire par la fuite; ici, il s’agit d’une tribulation à laquelle nul ne saurait échapper. — Pour lever la contradiction, il suffit de distinguer entre le siège de Jérusalem, et le Jugement de Dieu sur le monde.
d) Mais cette distinction même paraît à Haupt un motif suffisant pour détacher les v. 19 et 20 des v. 17 et 18, et pour les rattacher au v. 24 où l’on retrouve le mot € tribulation. » — Nous avons déjà, à plus d’une reprise, rencontré et jugé ce procédé : si la logique exige que l’on coupe en divers tronçons tout raisonnement qui ne se borne pas à affirmer le principe d'identité : a — a, il devient absolument impossible de développer le contenu de prémisses quelconques.
Et malgré toutes ces critiques, braquées sur le texte évangélique à l'instar de canons, Haupt aboutit à cette humble conclusion : «Les v. 19, 20, 24 parlent de tou autre chose que les v. 17 et 18 — ou du moins sous un tout autre point de vue. »
8° Les v. 21-93 font saillie, et refusent de rentrer dans le rang; Car, au v. 24, la formule « après cette tribulation » rattache directement ce verset aux v. 19-20. D’ailleurs, l'apparition des faux prophètes ne constitue pas une tribulation au sens que le v. 19 prête à ce terme. — Peutêtre; mais qui prouve qu'ils ne constituent pas une tribulation au sens que le v. 24 donne à ce mot? — Haupt veut déplacer ce verset parce que le mot Ait, déjà employé au v. 19, s’y retrouve. Nous croyons avoir suffisamment
démontré que la prétention de souder entre elles des propositions séparées, parce qu’elles renferment une
expression commune, ne peut être élevée à la hauteur
d’un principe exégétique.
9% Après avoir affirmé que le v. 27 pourrait appartenir à un autre ensemble, mais que les preuves manquent, Haupt
se prononce en faveur du caractère hétérogène des v. 28 et.
suivants. ; a] D’abcrd, dit-il, le passage parallèle dans Luc est
précédé d’une formule d'introduction. — Nous avons déjà
exprimé notre opinion sur cet argument; il est bon ou mauvais selon les cas, et nous avouons notre incompétence.
b] Puisque Jésus vient de parler de la Parousie, que
signifie ce raisonnement : « Quand vous verrez ces choses arriver, sachez qu’il est proche? » C’est la présence de la Parousie donnée comme signe de sa proximité! — A cela nous répondons que l’expression « ces choses » ne saurait désigner l’apparition du Fils de l’homme, mais l’ensemble des pronostics de son retour. |
c] Il n’y a aucun lien organique entre la comparaison du figuier et la réalité représentée. Les tribulations énumérées ne peuvent correspondre au gracieux mystère de la germination; il aurait mieux valu mentionner les orages printaniers, qui annoncent la proximité de l'été. — Admettons que l’image soit singulière; comment juger, alors, les paraboles du juge inique, de l’économe infidèle, du rusé commerçant qui achète pour
presque rien le champ où il a découvert un trésor? S'il
est convenu qu’on ne retouche pas les fables de La Fontaine,
de grâce respectons les paraboles du Christ! La comparai- | son du figuier nous apparaît, au contraire, bien digne du
divin prophète, le héros de l'espérance, qui disait magnifi-
quement à ses disciples : « Les nations seront troublées par le bruit de la mer et des flots, les hommes rendront l’âme de terreur... Lors donc que ces choses commenceront d'arriver, regardez en haut et dressez la tête, car votre délivrance approche. » Nous objectera-t-on que nous sommes ici en présence d’un travail de mosaïque, parce que les chrétiens ne pourront se soustraire à l’angoisse universelle? Ce qui donne à la comparaison du figuier un caractère inimitable de poésie à la fois et de majesté, c’est précisément la grandiose hardiesse du Messie assuré de sa victoire, et qui, dans les tempêtes qui précèderont sa venue, salue les verts bourgeons qui parlent de l’été.
d) Et cependant, ajoute Haupt, comment laisser subsister le v. 30? S'il s’agit de la génération qui vivra aux derniers jours, nous avons ici une platitude, à savoir que les derniers hommes, qui verront la Parousie, la verront effectivement. S'il s’agit de la génération actuelle, nous avons ici l’affirmation que les contemporains de Jésus devaient contempler la Parousie. Mieux vaut supposer que le Seigneur parle ici, uniquement, de la destruction du temple. — À cela nous répondons que nous maintenons, pour l'expression « toutes ces choses, » l'interprétation que nous venons de donner au sujet de l’expression «ces choses. »
10° Puisque le passage 28 à 31 ne se rapporte pas à lu Parousie, le v. 32 qui s’y rapporte, ne doit pas suivre le v. 91. — Cest précisément la question.
410 Enfin, on peut se demander si tout est cohérent dans les v. 34 à 37. Car, si l’image du portier qui veille rentre bien dans l’ensemble du discours, on ne voit pas trop d’où sortent les ouvriers, et pourquoi ils sont mis en scène. Ils sont, peut-être, empruntés à Mat. 25/14 ou Luc 19/11. Marc aura eu sous les yeux un discours où les apôtres étaient