‹ L'espérance chrétienne (volume 2)Chapitre 54 sur 72 · TRACER T · texte numérisé non relu

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D he CR. SD ét AS 21:

r LA PAROUSIE (LES CERTITUDES) 5 86

signe, l’exégèse, écrit Bonnet, s’est jetée dans la divination ;

elle a trouvé tour à tour : le signe d’une croix, l'étoile du Messie, une lumière éclatante, etc. » Bruston estime que

« ce signe, ou plutôt cette enseigne, cette bannière ne peut être que la croix. Qui n’admirerait cette grande image, et ne reconnaitrait que cette prophétie se réalise depuis dixhuit siècles? » (La vie future, p. 76). Nous partageons, au

contraire, Pavis de Haupt : un signe dont il n’est pas dit

en quoi il consiste, n’est pas un signe. « Le génitif n’est ici qu’une apposition : c’est le signe qui consiste en l’apparition du Fils de l’homme. Cf. snuetov tissus, le signe qui consiste dans la guérison (Actes 4/22) snustoy reorrouñs, le signe qui consiste dans la circoncision (Rom. 4/11). La venue est le signe » (op. cit. p. 128). Grimm écrit, de son côté, pour

corroborer l’emploi du mot signe dans son application à

un personnage, historique : Qsnuctov dicitur de insignibus

personis, per quas Deus homines quosdam graviter admonet

lisque indicat, quid ab iis fieri velit; ita snuetov &vriAeyouevoy de Jesu Christo (Luc 2/34); hine +0 smustov 'Iwvä (Luc 77/29, 30) est ji. q. ro snustoy simile illi 6< nv 'Tuväe signo, quod Jonæ

. missione et cohortatione salutis quærendæ causa datum

est; qua eadem notione 6 vios roù avbpuirou suæ ætatis homi-

nibus smusioy Se Esesda dicit. v. 30. » De ces observations nous nous permettons de conclure, après Calvin, Kliefoth et bien d’autres, que le signe du Fils de l’homme désigne

l'apparition du Rédempteur-Juge au momentde la Parousie. Du ciel il viendra sur terre (xarafdsera / Thess. 4/16). Il reviendra, d’ailleurs, « de la même manière dont il est monté au ciel » (Actes Z/11) (1).

(4) Berthoud écrit : « Concevoir la Parousie comme si Jésus devait

réellement voler sur un nuage, et mettre ensuite pied à terre, c'est une

représentation fantaisiste, dont le premier tort est de jurer avec 1e mot

Cela implique la forme humaine; ce sera bien le retour d’un « fils de l’homme » (Apoc 74/14), mais qui apparaît une seconde fois sans péché » (Hébr. 9/28), c’est-à-dire qu'il | ne portera plus sur lui, comme une victime expiatoire, l’iniquité du genre humain; « l’agneau de Dieu » sera devenu « le lion de Juda. » Les descriptions de son omnipotence et de sa gloire abondent : Matt. 26/27 — 24/30 — 25/81; Marc 8/38 — 13/26; Luc 21/27; Coloss. 3/3, 4: 2 Thess. 1/9, 10; Tite 2/13; Apoc. 77/14 — 79/16. Il sera accompagné des armées célestes (Matt. 26/27 — 25/31 ; Marc 8/38; Luc 9/26; 2 Thess. 7/7). La majesté du Roi des rois en sera, certainement, rehaussée; mais la présence des anges aura une autre signification; ils auront une mission à remplir. Ce sera l’heure de la moisson (Apoc. 74/14-20);

lui-même. Parousie signifiant présence, il n’y a de choix qu'entre deux formes : la Parousie est visible ou invisible, voilà tout. Sa toute-puissance spirituelle, sa Parousie actuelle, qui échappe à nos sens, et par laquelle, cependant, il pénètre le monde entier, et très spécialement son église, cette Parousie sera enfin manifestée au regard de toutes les créatures, parce qu'il se produira alors un nouvel ordre de choses, un changement radical dans les rapports de la matière et de l’esprit (palingénésie). Les deux aspects du Royaume ne sont pas incompatibles, à la condition d’être successifs. » — Assurément, les définitions sont libres. Parousie signifiant présence, et Jésus ayant dit : « Je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde, » on a le droit d'affirmer, grammaticalement, que la seule différence entre la terre actuelle et la terre glorifiée, c’est que la Parousie cessera d’être invisible pour devenir visible. Dans ce cas, il faudra bien trouver un autre mot pour désigner l'heure émouvante qui donnera le signal d'une pareille transformation « dans les rapports de la matière et de l'esprit. » La théologie évangélique empioie, peut-être à tort, le terme Parousie. Berthoud, qui abandonne ce terme, devrait en proposer un meilleur : épiphanie, ou apocalypse, ou manifestation. Seulement, le choix de ces vocables serait irréprochable au point de vue grammatical ou scripturaire, et dès lors on ne pourrait plus s’autoriser de l’étymologie pour critiquer la « venue sur les nuées. » (Ap. du Christ, p. 331).

ils auront des jugements à exécuter (Apoc. 79/14-24), un triage à opérer (Matt. 23/41, 42, 49, 50), des élus à rassembler (Matt. 24/31; Marc 13/27). « Les myriades » dont il est question dans Z Thess. 3/13, 2 Thess. 7/10, Jude 14, désignent certainement les anges dans ce dernier passage ; dans les deux autres, elles peuvent désigner aussi les fidèles qui habitaient provisoirement le ciel en attendant la Parousie.

Quant à la manière dont le monde accueillera l’apparition du Seigneur, il semble que la surprise, ici-bas, sera générale. Ce sera le filet qui surprend les oiseaux endormis sur les sillons (Luc 27/33) ou le voleur qui s’introduit, de nuit, dans une maison mal gardée (Matt. 24/43; Luc 72/39; 1 Thess. 2/2, 4; 2 Pierre 8/10; Apoc. 3/3 — 16/15). Au surplus, humanité tout entière saura à quoi s’en tenir; d’abord, la gloire du Fils de l’homme éclatera à tous les yeux comme la lueur de l'éclair durant l'orage (Matt. 24/97 ; Luc 17/24 — 21/35; Apoc. 1/7); de plus, le Seigneur lui-mêmese fera connaitre (avec un cri decommandement, là voix d’un archange, et le son d’une trompette de Dieu. » (1 Thess. 4/16; Matt. 24/31; 1 Cor. 15/59). Et c’est alors que l’état moral de chaque individu se révèlera, par l’accueil qu’il réservera au Christ. Pour les uns, le Messie apparaîtra entouré de flammes (2 Thess. 7/8; Apoc. 79/12), armé du glaive (Apoc. 79/15); et ils se frapperont la poitrine (Matt. 24/30). Pour les autres, ce sera un Jour de fête, l’arrivée de l’Époux (Matt. 25/1; Apoc. 27/9), «ils se redresseront et lèveront la tête, » illuminés de joie (Luc 21/28).

On ne s’étonnera pas, dès lors, que l'Écriture nous exhorte à veiller, à nous préparer pour l’arrivée inopinée du Maître (Matt. 24/49... — 25/1...; Luc 12/35...; 1 Thess. 5/1...

384 del CHAPITRE TREIZIÈME

1 Jean 2/28: Apoc. 16/15). Heureux ceux qui se tiendront debout devant le Fils de l’homme! (Luc 21/34, 36). Ce sera la part des fidèles qui auront soupiré après l’avénement. … de leur suzerain (7 Thess. 7/10; Jacq. 5/7, 1; 2 Pierre … 3/12) et qui auront placé leur entière espérance « dans 18 + grâce qui nous sera apportée lorsque Jésus-Christ apparaîtra » (1 Pierre 1/13). N'est-ce pas dans cette attente que : les chrétiens célèbrent la Sainte Cène ? (7 Cor. 2426)

Tel est le témoignage biblique sur le sujet de la Parousie. Il est permis d’en opposer, sans discussion, la massive et. majestueuse cohérence à cette remarque préjudicielle d'un

célèbre théologien : « La Parousie n’est pas nécessaire. » Comme au temps de Naaman, ce sont les servantes qui voient juste; et nous n’oublierons pas cette formule, ins- Es crite par une humble domestique à l’entrée d’un carnet de : collecte : « Pour hâter la venue de Jésus-Christ, — Com- . mencer (sic) le 30 novembre 1893. » Heureux les yeux qui. contemplent ! ÿ.

à - À. — LE RÉTABLISSEMENT D'ISRAEL

- Nouscroyons avoir établi que lachrétienté peuts’attacher, à sans réserve, à l'espérance de la Parousie, et que nous ne ‘à è sommes ni les jouets d’une illusion naïve, ni les complices d’une pieuse accommodation, en récitant avec le Symbole . des Apôtres : « Le troisième jour, il est ressuscité des … morts; il est monté au ciel; il s’est assis à la droite de Dieu; … de là, il viendra, pour juger les vivants et les morts. » Mais la doctrine de la Parousie est liée à des questions connexes, véritable grappe de problèmes suspendue à une certitude. Dans l’Écriture sainte, en effet, le retour du Seigneur se rattache indissolublement, d’une part à un terme antécédent : l’'ANTÉCHRIST, d'autre part, à un terme D. £ conséquent : le JUGEMENT. La doctrine de l’Antéchrist, à 34 son tour, tient étroitement à celle de l’Évangélisation totale du monde, doctrine qui renferme les questions relatives à - la conversion et au rétablissement national d'Israël. La doctrine du Jugement implique, de son côté, le problème de la Résurrection, qui contient les questions relatives à $ l'état intermédiaire des âmes entre le mornent de la mort 2 et la crise définitive,

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Nous ne pouvons entreprendre, ici, l'examen de ces divers points; car notre but n’est pas de composer un traité sur l’eschatologie, mais d’asseoir solidement les bases de l’espérance chrétienne proprement dite; et nous nous: estimerions satisfait, si l'attente humble, fervente et scripturaire de la Parousie reprenait droit de cité dans la théologie contemporaine (1). Trop heureux, si l’on cessait de la ranger parmi ces « notions philosophiques, doublement mortes, sans lien vivant avec l’expérience chrétienne initiale, qui tombent de l’arbre séculaire comme des branches desséchées » (Sabatier : Esquisse, p. 345). La carrière qui nous reste à fournir est encore assez vaste: après avoir affirmé la réalité de la Parousie contre ceux qui la nient, il nous reste à en sauvegarder le caractère spécifique à l'encontre de ceux qui la dédoublent (2); on n’ignore pas, en effet, les théories courantes, surtout dans les pays anglo-saxons, sur une première et une seconde Parousie.

(1) D'ailleurs, dans notre second volume, quand nous passerons en revue les résultats dogmatiques d’un Réalisme conséquent, nous serons obligé de revenir à l’Eschatologie dans son ensemble, et aux graves sujets qui ne rentrent pas dans notre cadre actuel.

(2) Auberlen écrit : « Dans Apoc. 19/11 à 21; Daniel 2/34... 44... 7/9 à 14, 26 et 27, il est question du premier retour du Christ, que Jésus (Matt. 24/29) distingue du second (25/31). Le mot Parousie, dans le Nouveau Testament, désigne toujours ce premier retour. Ce terme ne se rencontre pas dans l’Apocalypse. Dans 1 Cor. 1/8, 15/25, Paul distingue la Parousie de la fin. »

Kling distingue trois et même quatre venues de Christ : I. Lors de la mort des croyants (Jean 14/3) et lors de son entrée dans le Hadès (1 P. 3/19 —. 4/6). Cette apparition aux enfers se produisant « mit fortgehender Wirkung. » Il. Lors de la destruction de l’Antéchrist. XIE. Lors du jugement dernier. De même que l’Apocalypse de Daniel établit une distinction entre la venue de Jésus en chair et sa venue en gloire, de même l’Apocalypse de Jean distingue entré les numéros IT et III. (Encyclopédie Herzog, Eschatologie).

Conception étrange, assurément, et dont il nous faut retracer la genèse.

Procédons par voie régressive, et partons de la donnée finale sur laquelle tout le monde est d'accord. Il n’est pas de penseur chrétien qui n’admette la réalité de la vie éternelle pour les rachetés, un état définitif de félicité absolue. Voilà qui est acquis. Toutefois, les divergences

commencent, dès qu'il s’agit de préciser la nature d’une

pareille félicité.

Quelques-uns insistent encore sur le caractère uniquement moral du bonheur céleste ; mais l’idéalisme strict est

insoutenable. L'exégèse reconnait, de plus en plus, que le

dogme platonicien de l’immortalité de l’âme ne se trouve nulle part dans la Bible. Et cette conclusion s’impose tellement à la théologie moderne, que des penseurs opposés à la doctrine de la résurrection admettent pourtant que l’âme humaine, aussitôt après la mort, se revêt d’un « organisme ultra-terrestre. » Tant la notion d’un esprit pur devient inacceptable! Il est vrai que les plus hardis champions de la résurrection des corps n’osent pas

toujours tirer les conséquences de leurs prémisses; ils”

s'efforcent de localiser un corps dans un ciel immatériel... à moins qu'ils ne s’ingénient à spiritualiser ces corps au sein d’une nature restaurée. Calvin, par exemple, n’est pas

loin de se fâcher lorsqu'on lui pose, à ce sujet, des ques-

tions embarrassantes. « Beaucoup de légers esprits étant

affamés d'humeur de vent, entrent en fantaisie de quoi :

servira la réparation du monde, vu que les enfants de

Dieu n’auront besoin de tout ce que la terre produit. Or,

je réponds qu’il y aura un tel plaisir au seul regard des

biens de Dieu, et combien que les saints n’en jouissent pas,

que la seule connaissance les réjouira tellement, que cette

félicité surmontera de beaucoup toutes les commodités “1 qui nous sont maintenant données » ({nstitution, III, ne 25, 11). Il serait difficile d'imaginer une réponse moins 1 | satisfaisante. Ainsi, d’après Calvin, les corps seront restaurés matériellement, mais entre ces corps et cette nature se creusera un gouffre métaphysique, un abime que franchira, peut-être, je ne sais quelle & connaissance » intuitive et surnaturelle d’une intangible réalité. Nous sommes en plein idéalisme; et la résurrection, dans ce. système, est un hors-d’œuvre; c’est un rameau hébreu sur un tronc grec.

C’est pourquoi, malgré les apparences, certains théologiens contemporains, qui nient la résurrection, sont beaucoup plus près de l’hébraïisme qu’un Calvin. Celui-ci n’a pas pénétré jusqu’au cœur de la psychologie biblique, et la résurrection n’est pour lui, dialectiquement parlant, ! É qu’une forme vide. Ceux-là, au contraire, en rejetant la doctrine de la résurrection, estiment qu’ils en conservent le fond substantiel, quand ils affirment que l’âme humaine ne sera jamais privée d'organisme. « L'enseignement bibli- M que affirme que le corps n'existe pas sans l’âme — il ne serait alors qu’un cadavre — ni l’âme sans le corps qui la manifeste, et hors duquel elle se résoudrait en abstraction. Au fond, le dualisme que le Grec établit entre la matière . 7 et l’esprit s’absorbe, pour l’Hébreu, dans la notion riche | et pleine de la vie » (Bovon : Dogmatique, II-453). Voilà qui est net (1); aussi peut-on s’étonner que l’auteurne prolonge È pas jusqu’au bout les lignes commencées. Si on le presse, 40 en effet, et si on lui demande où il place le nouvel orga-

a die

(1) L'immortalité de lâme toute seule, enseignait Charles Bois, ce serait une métempsychose (Cours de Morale).

nisme des rachetés, la réponse est indécise. Ici, la matière semble congédiée : « Le présent siècle a l’espace et le temps pour limite et condition, tandis que la vie auprès du Seigneur est éternelle. La matière qui nous étreint, avec les restrictions qu’elle implique, n’a pas de rôle à jouer dans l’existence céleste » (p. 526). Plus loin, le ciel semble identifié avec une certaine mentalité. « Notre existence actuelle a pour cadre le temps; d’autre part le ciel, c’est-àdire sinon le lieu, du moins l’état de bonheur des rachetés, échappe à cette règle » (p. 555). Aussi, la description qu’on nous donne de l’existence future nous laisse parfaitement ignorer à quoi nous servira l'organisme spirituel : « La créature réalisera la plénitude de son être, dans l’harmonie de la dépendance et de la liberté... Ce sera la vie absolue au sein de Dieu. » Nous voilà de nouveau en plein idéalisme !

Matter, heureusement, est plus explicite : & Une activité si belle, écrit-il, pourra se mouvoir dans un milieu homogène, au sein d'une nature renouvelée. Les formes essentielles de toute existence physique demeurerontles mêmes; l’espace et le temps ne seront pas abolis; jamais nous ne possèderons ni l’ubiquité, ni l'éternité divines. Mais ces limites, ces conditions de l’existence créée, ne nous pèseront pas comme des entraves » (Étude de la doctrine chrétienne, Il-457) (1). |

Kliefoth /Christliche-Eschatologie, p. 320) et avec raison, croit pouvoir préciser davantage les contours du tableau.

(4) Nous voilà loin du mysticisme de Bühme. Weigel, un de ses prédécesseurs, écrivait : « Le ciel du Christ, ou le Royaume de Dieu, ne sont nulle part, en ce monde, en dehors de nous; il est donc impossible, à fortiori, de les localiser après la fin du monde, quand toute espèce de lieu aura disparu avec le monde visible » (Vom Ort der Welt, p. 47).

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Il s'élève contre l'étrange erreur des anciens dogmaticiens, qui résolvaient la multitude innombrable des rachetés en une infinité d’atomes isolés, tous également pareils, égalelement solitaires, également désœuvrés, sans qu'aucun lien éthique transformât cette poussière de bienheureux en une société véritablement humaine. Kliefoth s'élève, encore, contre l’hypothèse des théologiens qui.relèguent dans un « ciel » abstrait le théâtre concret de l’activité future. Cest ainsi que Quenstedt écrivait : Promissio de cœlis novis et terra nova summam et perfectam ecclesiæ

instaurationem in regno Dei patrio allegorice significat -

(Syst. theol., IV, 639). Et Hollaz écrivait de même : Domicilium beatorum est cœlum gloriæ ; quid vero illud et ubi sit, nobis in hac vita non liquet (Comp. theol. p. 284). La théologie biblique a fait justice de ces prétendus axiomes.

Elle a montré que, dans l’expression oÿoavds xavos a yñ |

xavr le mot ciel ne désigne pas l’habitation de Dieu (car sa demeure n’a nul besoin d’être renouvelée) mais le ciel sidéral, tel qu’il enveloppe notre globe. S'il y a des passages qui affirment la présence des rachetés auprès du Seigneur,

après la mort, ces passages n’ajoutent pas qu'il y ait là un

état définitif; ils sont complétés, au contraire, par des textes nombreux qui reculent jusqu’au jour de la Parousie, signal de la résurrection, la rédemption totale des élus enfin revêtus d’un corps approprié. Quand l’Écriture nous parle d’un « héritage incorruptible qui nous est conservé dans les cieux, à nous que la puissance de Dieu garde pour

le salut, prêt à être révélé dans le dernier temps » (Z Pierre!

1/4), il est permis de ne pas identifier ces trésors avec le ciel même qui les renferme ; et l’on ne se montre pas infidèle à la pensée biblique ou à l’analogie de la foi, lorsqu’on

voit, dans les richesses des cieux, celles que les cieux

recèlent jusqu’au jour où elles seront l'apanage de la terre. N'est-ce pas, en effet, du ciel que descend le Fils de l’homme,

que descend la nouvelle Jérusalem? (1) Que signifierait, du reste, la promesse partout répétée d’un renouvellement de la terre, si celle-ci ne devait plus

servir d'habitation aux hommes? On sait à quel point la

pensée scripturaire est anthropocentrique; dans le récit de la création, les corps lumineux du firmament n’apparaissent que dans la mesure où leur clarté caresse les flancs de notre globe; et notre globe, à son tour, n’est que le piédestal

dont l’homme est la statue. Entre la Terre et la créature humaine destinée à la gouverner, les liens sont si étroits, que la chute morale de l’homme réagit sur le domaine

physique! Toutefois, si notre planète devient le théâtre approprié à l’activité d’une race pécheresse, elle reste le cadre adapté à la rédemption du genre humain. Et c’est ainsi que, d’un bout à l’autre de la Bible, depuis le cataclysme diluvien jusqu'aux perspectives prophétiques d’un renouvellement miraculeux des faunes et des flores, la dépendance mutuelle de la nature et de l’âme s'affirme

sous toutes les formes. La géographie actuelle de la Palestine

(4) Haupt lui-même, qui n’est pas suspect de « réalisme, » écrit : « Dans les Évangiles 2 n'y a pas un seul passage qui localise le Royaume de Dieu dans le ciel, quand il est question pour les hommes d’y entrer; c’est le Royaume céleste qui va au devant des hommes » (p. 74). Cf. aussi les intéressantes observations de Wabnitz : « D’après l’enseignement biblique, le ciel n’est pas le séjour des croyants immédiatement après leur mort, aussi peu qu'après leur résurrection; cette grave erreur ne règne dans l’Église que depuis Origène. Le séjour des justes ou des croyants est, d’abord, le paradis du Schéol ou du Hadès, et puis le royaume céleste érigé sur la terre. Alors le monde idéal, qui est au fond le seul monde réel, aura remplacé le monde des images. I faut donc rejeter les visions mystiques ou astronomiques des rèveurs qui placent les bien-

* heureux dans les étoiles » (Encyclopédie : Le ciel).

corrobore, singulièrement, ces profondes intuitions du cerveau hébreu; car là aussi, comme dans les empires disparus de l’Orient, la méchanceté humaine a laissé sa trace, et les sables du désertont remplacé de luxuriantes frondaisons. Quoi d'étonnant, dès lors, à ce qu’un saint Paul perçoive les soupirs de la création en travail? Elle gémit, mais ses douleurs sont celles de l’enfantement; car si l’homme, à la fin des temps, doit revêtir un corps nouveau, il doit aussi habiter une terre nouvelle, son royaume prédestiné, puisqu'il fut créé roi.

D'ailleurs, les affirmations scripturaires sont trop claires

pour qu'on puisse les éluder. En effet, à moins de. statuer — gageure impossible! — l’immutabilité du monde

actuel, on est obligé de prendre les textes bibliques à la lettre, quand ils mentionnent la disparition de la terre présente ; mais alors il faut prendre littéralement, aussi, la contre-partie de cette affirmation : le renouvellement de notre planète. Renouvellement et non création véritable; la terre, après la chute, a-t-elle été construite à nouveau pour s'adapter à l'humanité dégénérée? Et les prophètes, quand ils reliaient l’apparition de la nouvelle terre à la première venue du Messie, et celle-ci, à son tour, aux événements contemporains, songeaient-ils, réellement, à une répétition de l’œuvre des six jours? Le terme de rakryyevesia, appliqué par Jésus à l’époque de la Consommation, écarte l’idée d’une création ex nihilo; de même que l'influence de l'Esprit dans les cœurs, quand elle aboutit à une ( nouvelle naissance, » ne forme pas, dans l’homme, de toutes pièces, une seconde âme. Si notre terre devait, véritablement, disparaître pour faire place à une autre terre, on ne comprendrait plus les passages de l’Écriture

qui semblent parler d’une simple transformation, tandis

que les passages qui parlent de destruction par le feu, peuvent s’expliquer dans lhypothèse d’une flamme de jugement, d’un incendie purificateur, qui consume les souillures et laisse subsister l'or.

Si telle est la pensée biblique sur le séjour définitif de l'humanité glorifiée, on comprendra que Kliefoth, après les considérations précédentes, se pose un problème très grave, mais dont l'importance paraît généralement mécon-

nue. Notre auteur, en effet, se demande si les prophéties

relatives au peuple d'Israël, prophéties non rédlisées jusqu'ici, et dont la teneur exclut une réalisation purement allégorique, ne devront pas trouver leur accomplissement littéral sur la terre, mais sur la terre transfigurée. — Assurément, l’on peut rejeter cette hypothèse, mais on ne peut rejeter la réalité qui y donne lieu, savoir le fait que la prophétie forme un tout organique, et que si elle areçu ou recevra un Contenu matériel, lors de la naissance de Jésus ou lors de la Parousie, les prédictions relatives à Israël ne

resteront pas davantage lettre morte.

Bovon, il est vrai, n'admet pas ce raisonnement. Il écrit : € 51 nous laissons de côté les prophéties israélites accom-

plies en Jésus-Christ, pour ne nous occuper que de celles

qui ne sont pas encore réalisées, avant de prétendre qu’elles le seront jamais nous aurons à rechercher : a/ si la conduite du peuple juif a rendu l'exécution de la volonté de Dieu possible ; b} si ces oracles s’accordent avec le christianisme

ou si, tenant aux conceptions passagères de l'alliance :

légale, ils ne sont pas transitoires tout comme la religion de la loi. Or, 1° l’accomplissement des prophéties est conditionnel, et l’attitude prise par le peuple de la promesse a pu rendre vain le dessein de Dieu à son égard ; 2 le

résumé des espérances d'Israël, c’est que, lors de l’avéne-

ment du Christ, le peuple élu règnera sur les nations, et que le monde actuel, transfiguré par la puissance de Dieu, rayonnera d’une beauté céleste. Mais, dans la restauration d'Israël s'exprime le particularisme juif, tandis que la glorification de l’univers révèle la tendance des Hébreux à matérialiser en quelque sorte le salut, à lui donner un décor éclatant — traits qui se rapportent, l’un comme l’autre, au côté transitoire de la religion de la loi. » Il nous semble que Bovon néglige de répondre à la question, et même la supprime complètement, lorsqu'il pose en principe qu'il ne faut pas chercher dans l’avenir l’accomplissement de certaines prophéties, parce qu’elles étaient conditionnelles. Ce raisonnement, qui aurait suffi à ridiculiser les espérances messianiques d’un Siméon, avant la naissance du Christ, suffirait aussi à détruire les espérances eschatologiques de la chrétienté, en ce qui regarde la Parousie. C’est un raisonnement qui, s’il était serré de près, réduirait à néant l’unique espérance à laquelle s’est abreuvé, siècle après siècle, le genre humain, et qui se résume dans cette parole : « La postérité de la femme écrasera la tête du serpent. » Certes, il ne faut pas méconnaitre les droits de la liberté morale, mais il ne faut pas non plus amoindrir la puissance rédemptrice du Créateur, et supprimer le mouvement dans l’histoire en supprimant le moteur immobile, selon l’admirable intuition d’Aristote. Aux yeux du philosophe païen, en effet, Dieu est le +0 xwvoüy dxiynrov; et si la pensée chrétienne en arrivait à faire vaciller ce point fixe, la théologie contemporaine tomberait au-dessous de la dialectique péripatéticienne. — Et quant au second argument de Bovon, nous estimons: que celui-ci répond à la question par la question même; affirmer, en effet, que l'espérance de la restauration

d'Israël est l’expression du particularisme juif, et que l'espérance de la nouvelle terre est l’expression du matérialisme hébreu, assurément c’est trancher le nœud gordien, mais ce n’est pas le dénouer. Le problème reste entier. |

Cest ce que Kliefoth a compris. Les prédictions particulières qui ont crû sur le tronc vivace du prophétisme, sont des rameaux qui ont tous fleuri mais qui n’ont pas tous, encore, porté leur fruit; de quel droit briser l’une de ces branches retardataires, en l’accusant de stérilité? De quel droit arracher les prophéties sur Israël, de l’ensemble organique auquel elles appartiennent? Kliefoth voit cela; mais ses prémisses, qui sont justes, l’amènent à des conclusions bien singulières. Quoi! c’est dans le monde à venir que Sion sera le centre de la terre, et que la suprématie religieuse d'Israël s’imposera à toutes les nations? Mais pourquoi donc projeter à travers l’éternité la distinction des Hébreux et des Gentils? Pourquoi donc enlever à l’histoire, le peuple qui en constitue le centre; et pourquoi ne pas admettre que, si les Juifs ont joué un rôle spécial dans la préparation de la première venue du Christ, ils pourront jouer un rôle analogue dans la

préparation de la seconde? Il vaut la peine de résumer, ici,

largumentation de Kliefoth sur l’accomplissement des prophéties ; il est difficile d'oublier, en lisant sa discussion,

que l’auteur appartient à la terre promise de lanti-

sémitisme.

Il commence par dire que les partisans du rétablissement national d'Israël, ont bien tort de manifester une « sympathie sentimentale » à l’égard du peupleélu.Carlesadversaires de ce point de vue s’empresseront alors, et avec raison, d’insister sur le caractère judiciaire de la condition actuelle

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des Juifs (1). Toutefois, il faut reconnaître que les arguments pour ou contre le rétablissement d'Israël se balancent. Les uns disent, par exemple : il est dans la nature de l’évangélisation du monde, qu’elle se produise progressivement et partiellement; pourquoi donc les Juifs se convertiraient-ils à la fin des temps, et en masse? A cela, on répond, tout simplement, que cette prétendue loi de l’histoire n’est pas immuable, et que l'Éternel a pu fixer, précisément, la conversion d'Israël pour la fin des temps. — Mais on insiste, et l’on dit : la dispersion des Hébreux est un exemple salutaire pour tous les peuples, et devra durer aussi longtemps que l'humanité. À cela on répond : à quoi bon cet exemple formidable, quand tous les peuples auront accepté l'Évangile? D'ailleurs, le maintien d'Israël dans ladispersion, véritable miracle ethnique, n'est-il pas un gage d'espérance pour ce peuple surnaturellement conservé? — Enfin, on affirme que la dispersion des Juifs, à mesure qu’elle se prolonge, est une cause d’endurcissement toujours plus complet pour la nation. À cela on répond: Cet endurcissement n’est pas tel que des Juifs isolés, malgré tout, ne se convertissent. D’autre part, l’étendue même de cet endurcissement général, parle en faveur d’une conversion tardive et universelle. Qui oserait affirmer, à l’heure actuelle, à l'heure où les rapports entre tous les humains deviennent de plus en plus faciles, que la dispersion des Juifs empêchera la formation d’un sentiment national israélite? Estce que le pan-islamisme, lui-même, n'apparaît pas comme une réalité? |

(1) Pascal (Pensées, XIX-4) « C’est une chose étonnante de voir ce peuple juif subsister depuis tant d'années, et de le voir toujours misérable : étant nécessaire, pour la preuve de Jésus-Christ et qu’il subsiste, pour le prouver, et qu'il soil misérable, puisqu'ils l’ont crucifié. »

La conclusion de Kliefoth, c’est que la discussion abstraite ne peut mener à rien, et qu'il faut recourir aux textes. Or, - en ce qui regarde l’Ancien Testament, le schéma de la prophétie est bien simple; elle se place en présence de deux possibilités : fidélité ou infidélité du peuple élu; et elle promet, selon le cas, la bénédiction ou la malédiction. Toutefois, la malédiction ne va jamais jusqu’au rejet total ; et l’on distingue, au contraire, les étapes suivantes dans la déchéance et le relèvement de la race coupable : Chute — Dispersion — Conversion — Rétablissement. Cependant, la Conversion et le Rétablissement n’intéressent qu’un «reste, » surgeon qui repousse au pied d’un tronc incendié. Les deux idées de châtiment et de rédemption semblent donc se développer parallèlement, à travers la prophétie, mais pour se réunir néanmoins dans un personnage unique, instrument de la volonté divine, l'Oint de l’Éternel. Ce Messie, à la fois Juge et Libérateur, mettra fin au Royaume des ténèbres, et c’est lui qui établira le Royaume de Dieu, non seulement en Palestine, mais sur la Terre nouvelle.

Tel est le contenu de la prophétie (1); mais comment se

(4) « Que sera, dit Auberlen, l'avenir terrestre d'Israël? Le germe de la prophétie est contenu dans Lévitique 26/44, 45. Il faut compléter ce passage par les déclarations des psaumes messianiques sur le Roi- Sacrificateur.… Aussi l'exégèse a bien tort d'appliquer à la personne historique de Christ, des textes dont la plénitude s'applique au Royaume. En effet, les rationalistes, adoptant l’axiome orthodoxe que le Royaume n’est pas dans l'avenir, montrent facilement que le Royaume des prophètes est, néanmoins, eschatologique, d’où l'abolition de l'autorité prophétique. » Voici, du reste, les passages prophétliques sur lesquels s'appuie Auberlen pour dresser le tableau de la destinée terrestre d'Israël : Esaïe 2/2 à & — 4/2 à 6 — 9/1 à 6 — 11 — 12 — 24 — 60; Jérémie 30 à SX Ézéchiel 34/23 à 31 — 36 — 37; Osée 2/16 à 25 — 3/4, 5 —

réalisera-t-elle, et quand? Ces questions s’imposent; car les prophéties ne se sont pas toutes réalisées en Jésus de Nazareth. À qui donc s'appliquent les prophéties non accomplies? ne

Le rejet du Messie par son peuple oblige à distinguer quatre sujets : les croyants juifs — les croyants paiens — la chrétienté judéo-chrétienne — les Juifs. De plus, la prophétie qui nous dépeint tantôt les douleurs du Messie, : tantôt son règne, nous oblige à répartir entre deux époques différentes cette ignominie et cette gloire; et la prophétie parle, effectivement, de l’ère présente et de l’ère à venir,

mais sans jamais les distinguer nettement. Donc, en ce qui .

regarde l’époque de l’accomplissement définitif, l’Ancien Testament ne nous fournit pas les lumières nécessaires; et d'autre part, il ne nous éclaire pas davantage sur les participants de la grâce promise, car nous sommes contraints de les répartir en quatre groupes, tandis que l’Ancien Testament n’en connaît que deux : Israël et les Nations. Force nous est donc de recourir au Nouveau Testament. Le Nouveau Testament enseigne-t-il, oui ou non, la réalité d’une espérance spéciale pour Israël? L’universalisme de Jésus n’est pas favorable à cette opinion; des pierres mêmes, s’écriait-il, Dieu pourrait susciter des fils à Abraham! N'est-ce pas le Seigneur, lui-même, qui annonce la ruine de Jérusalem, et la double conséquence qui en découlera : rejet du peuple élu, transmission de son héritage spirituel aux Gentils? — Jusqu'ici, nous sommes d'accord avec notre auteur ; et cet ensemble de considéra-,

11/8 à A1 — 14/2; Joël 3/1 à 5 — 4/16 à 21; Amos 9/8 à 45; Abdias 17 à 21; Michée 3/1 à2 — 4 — 5 — 7/11 à 20; Sophonie 3/14 à 20; Zacharie 2/4 — 8/7 — 9/9 — 10/8 à 12 — 12/2 — 13/6 — 14/8.

uit: nues |

Lr.

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