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tions sur l’universalisme évangélique, fait ressortir à nos yeux, avec d'autant plus d'éclat, la valeur des passages où le Sauveur du monde se montre israélite jusqu’à la moëlle; et cela, le sachant et le voulant, pleinement conscient de la signification divine de l’'Hébraïsme. À propos de l’entretien du Messie avec la Samaritaine, Baumgarten /Geschichte Jesu, p. 129) développe admirablement l’idée que l’universalisme de Jésus n’était pas un simple cosmopolitisme, signe de faiblesse et non de force, mais l’épanouissement normal du particularisme juif; c’est dans la mesure même où il était israélite, profondément, librement israélite, que Jésus ouvrait ses bras à l'humanité; car cette nation est la seule, ici-bas, dont le concept idéal implique la bénédiction, par son moyen, de toute la terre; le peuple élu a été suscité, expressément, pour le bien des autres peuples; qu’on songe à la vocation d'Abraham. Gertes, les raisons n’auraient pas manqué au Seigneur pour se dénationaliser. « Ce qu’il offrait aux Juifs, c'était l’accomplissement de leur destinée providentielle, et c’est cela même, c’est leur propre raison d’être que ses compatriotes rejettent. Néanmoins, Jésus reste fidèle à Israël. » A la femme cananéenne il dit : Je ne suis envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. Aux apôtres, il donne cette recommandation : N’allez pas vers les païiens, et n’entrez pas dans les villes des Samaritains. Auprès du puits de Jacob, il s’identifie avec sa race au point d'émettre cette affirmation : Vous adorez ce que vous ne connaissez pas, mais nous (nous les Juifs) nous adorons ce que nous connaissons. Et cet attachement mystérieux à la descendance d'Abraham, s'explique par une déclaration indélébile
Le salut vient des Juifs. Or, c’est précisément parce que le salut découlera de cette source et remplira le monde entier
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de ses flots vivifiants, c’est précisément parce que le salut
vient des Juifs, que Jésus ajoute, tout d’une haleine : « L'heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne, ni à Jérusalem, que vous adorerez le Père. Dieu est esprit, et il
faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en …
vérité. »
On voit à quel point les théologiens sont infidèles à l’histoire, quand ils s’efforcent de supprimer le particularisme de Jésus au profit de son universalisme ; c’est couper
l'arbre, pour en cueillir le fruit. Kliefoth, quicommet cette
erreur, est fort embarrassé par l’eschatologie de Paul; il a beau affirmer que les apôtres répètent leur Maître, etnient
qu'Israël ait encore un rôle historique à remplir, les.
chapitres 9, 10 et 11 de l’épître aux Romains se dressent devant lui comme une pyramide gênante. Il se heurte, en
particulier, à cette affirmation très nette : &« Un endurcis-. sement a frappé partiellement Israël, jusqu'à ce que
la plénitude des Gentils soit entrée; et ainsi tout Israël sera sauvé. » Cest merveille d'assister aux efforts de Kliefoth pour tourner un pareil obstacle! « L’endurcissement, dit-il (p. 171), ne se termine pas toujours par la conversion. L'état d’endurcissement implique, en effet, résistance à la grâce de Dieu ; et cette résistance prend fin quand la volonté miséricordieuse contre laquelle on se raidissait, cesse de s’opposer à la volonté rebelle comme son contraire. Mais le terme du combat peut se concevoir de deux façons : ou bien l’homme se convertit, ou bien il est abandonné à lui-même : il ne s’endurcit plus, mais il est damné. Or, la damnation coïncide avec le Jugement
dernier. Donc, puisque Paul n’affirme pas, expressément,
qu’il y aura conversion des endurcis, il faut conclure qu'il y aura damnation ; et la pensée apostolique revient à ceci :
à côté de l’Israël croyant, subsistera un Israël inerédule jusqu’au jugement dernier ; alors ils seront séparés, car ce sera l’heure du triage suprême entre les méchants et les bons. » Vraiment, si c’est là toute la pensée de l’apôtre, il s’est étrangement mépris sur la valeur d’une pareille découverte. Quoi! c’est là tout le contenu d’une révélation d’en haut? Comme primeur dogmatique, il annonce aux Romains que le jugement universel atteindra tous les hommes, les Juifs autant que les païens! En vérité, c’est rendre grotesque la solennelle formule qui sert d’introduction à tout le passage : «Je ne veux pas, frères, que vous ignoriez ce mystère, afin que vous ne soyez pas sages à vos propres yeux : c’est qu’un endurcissement a frappé partiellement Israël, jusqu’à ce que la plénitude des Gentils soit entrée; et ainsi tout Israël sera sauvé. »
Et pourtant, Kliefoth a eu le courage de conserver à la conjonction &ypx 0 son véritable sens; tandis que Calvin veut donner à jusqu’à ce que le sens impossible d’afin que; tandis que d’autres, comme Calov, ont voulu donner à jusqu’à ce que le sens de : aussi longtemps que. L’intention de Calvin était de ramener la pensée du v. 25 à celle des v. 11 et 12; l'intention de Calov était d'obtenir cette idée : tant que dure le temps de l’entrée des Gentils dans l’Église, un certain nombre de Juifs continuent à se convertir, si bien qu’au bout du compte, la totalité du peuple de Dieu, Juifs et paiens /tout Israël) sera constituée. « Cette explication, écrit Godet, n’est qu’un expédient pour se débarrasser de l’idée de la conversion finale du peuple juif. Elle est naturellement insoutenable. D'abord, au point de vue grammatical, car la conjonction äypt où ne pourrait signifier aussi longtemps que, que si le verbe était au présent indi-
catif. Avec le verbe à l’aoriste conjonctif, le seul sens
15ÿe CHAPITRE QUATORZIÈME
possible est : jusqu'à ce que soit entrée. Puis, au point de vue du contexte; car le mot Israël n’a ici qu’un sens possible, le sens propre, tout ce chapitretraitant de l’avenir | de la nation israélite. Enfin, au point de vue du simplebon sens; puisque l’apôtre ne pourrait annoncer comme un mystère divinement révélé le fait tout simple que, aussi longtemps que la prédication retentira aux oreilles des Gentils, jusqu’à la fin, il yaura toujours quelques individus juifs qui se convertiront encore. » |
D'ailleurs, l'hypothèse de Kliefoth va se briser, définitivement, contre l’expression : « tout Israël. » Ici encore, notre auteur a la franchise de ne pas « spiritualiser » le texte, à la manière des théologiens qui décrètent qu'il s’agit ici d'Israël au sens religieux, que l’apôtre désigne la portion élue du peuple, et que tout Israël, en fin de compte, signifie : non pas tout Israël. Toutefois, Kliefoth croit pouvoir esquiver la conclusion qu’il redoute, en insistant sur l’absence d'article devant +3. Dès lors; et en s'appuyant sur des exemples tirés de Sophocle, Euripide, Aristophane, etc., notre exégète estime qu’il faut traduire ainsi la pensée de Paul : « un tout Israël, » c’est-à-dire une totalité d'Israël; en d’autres termes, l’apôtre affirmerait qu’une totalité d'Israël, formée de tous les croyants hébreux depuis Abraham jusqu’au Jugement, participera au salut définitif dans le monde à venir. Il nous semble que le sens grammatical des expressions pauliniennes est plus facilement élucidé par le grec du Nouveau Testament, que par le vocabulaire d’Aristophane. Si räç ’IsoafÀ signifie € une totalité d'Israël, » comment donc traduirons-nous : râca ‘Teposdkuua (Matt. 2/3) räs oixos ’Iopar] (Actes 2/36) räoa atiois (Coloss. 7/15). Est-ce une totalité de Jérusalem qui fut troublée? Est-ce à une « totalité de la maison d'Israël »