DE
.idhdgt
Mais alors, écrit Kliefoth, si vous ne prenez pas l’expression « tout Israël » au sens littéral, votre interprétation ne diffère pas de la mienne; vous parlez bien d’une « totalité d'Israël, » totalité qui fera, du reste, assez bonne figure à: la fin des temps. Elle comprendra, en effet, tous les Juifs qui ont accepté le Messie au début de l’ère chrétienne, plus les saints de l’ancienne alliance, plus les Israélites convertis de siècle en siècle par l’Église; car ils ne cessent pas d’être Hébreux pour cela. — Sans doute, mais alors les Juifs qui refusent d'accepter le message de l’Église restent Juifs, à fortiori ; or, ils ont toujours constitué l’énorme majorité. — Kliefoth l’avoue; mais il déclare que cet Israël infidèle à son mandat, n’est qu’un faux Israël et que, par conséquent, il ne peut être visé par la prophétie. — Encore une fois, c’est la question. La question est précisément de savoir si la philosophie de l’histoire, telle que la développait le génie d’un saint Paul, aboutissait à cette conclusion peu subversive : « une totalité d'Israël sera sauvée, » c’est-à-dire : les Juifs isolés qui, au cours des âges, seront entrés séparément dans l’Église formeront, au bout du compte, un total fort satisfaisant, et, malgré leur origine hébraïque, ils ne seront pas chassés du Royaume de Dieu où règneront les chrétiens.
Nous l’avons insinué plus haut : pareille transformation de la pensée paulinienne, nous paraît teintée d’antisémitisme. Kliefoth ne veut pas admettre que la race élue, en tant que telle, doive conserver sa personnalité historique
représenté sous la figure d’un individu. Si donc je leur présentais la dernière portion de l’œuvre du Messie comme ne devant être accomplie qu'en figure, aurais-je le droit de les blâmer d’expliquer la première portion comme ayant été accomplie figurément? »
et religieuse. Il s'élève contre « l'Israëlolâtrie » qui ferait d'Israël le véhicule indispensable de la rédemption, pour le genre humain. Il déclare que, dans la mesure où ce rôle était réel, l’apparition du Nazaréen y a mis fin; au point que si le peuple hébreu avait, jadis, acclamé son Messie, il aurait été le premier des peuples chrétiens et rien de plus. D'ailleurs, ajoute Kliefoth, il est faux de supposer que le ministère de Jésus a échoué auprès de sa nation; il ne pouvait pas-espérer la convertir, puisque le rejet du Messie était prévu, aussi bien que l’entrée des païens dans l'héritage d'Israël. Affirmer le contraire, c’est faire du christianisme une simple parenthèse dans le développement du Royaume de Dieu, et statuer gratuitement qu’israël restera un facteur nécessaire dans la Rédemption du monde. Quoi! Israël exercera, ici-bas, la seule activité missionnaire efficace! Mais c’est « un vol » à l'égard de l’Église; car celle-ci n’est pas un pis-aller, mais la forme voulue du Royaume de Dieu. En résumé, Israël n’est nullement le peuple providentiel; et ses orgueilleuses prétentions sont l'expression contemporaine de cetendurcissement séculaire qui provoquait déjà les châtiments divins, après la sortie d'Égypte. — La véhémence et la sincérité de cette émotion ne nous empêcheront pas de répéter que notre auteur tourne indéfiniment dans le même cercle, et répond, une fois de plus, à la question par la question même. |
Nous nous croyons donc autorisé à conclure : si les prophéties relatives à Israël doivent se réaliser quelque part, cet accomplissement prendra sa place, comme uüun anneau façonné d'avance, dans la chaine des événements historiques. Les raisons énumérées par Kliefoth pour rejeter dans le monde à venir la consommation des destinées
israélites, nous paraissent manifestement insuffisantes.
Toutefois, cette étrange hypothèse fait toucher du doigt à quel point l'interprétation littérale des prophéties s'impose, peu à peu, à la théologie contemporaine (1). Eh quoi! voilà un exégète qui met en œuvre toutes les ressources d’un esprit inventif, pour échapper à la nécessité d'admettre la conversion finale d'Israël... et le même homme, néanmoins, est tellement subjugué par la solidité massive des prédictions relatives au peuple hébreu, qu’il ne peut se dérober au sens concret des textes ; il n’ose pas les volatiliser; il se résout à conserver l’hégémonie religieuse d'Israël, mais dans un monde renouvelé. Quelle apologie du réalisme biblique! (2)
Assurément, Kliefoth n’ignore pas qu’on peut essayer de « spiritualiser » le contenu des prophéties; il reconnaît même que ces tentatives ont leur part de légitimité. Il admet très volontiers — et comment ne pas l’admettre! — que l’Église chrétienne est l’accomplissement partiel des prédictions eschatologiques des voyants (3). Jésus, par
(1) Aujourd’hui, on a conquis le droit d'exprimer quelque surprise, quand un Calvin s’écrie, avec indignation, à propos de l'expression Tout Israël sera sauvé : « Plusieurs entendent ceci du peuple des Juifs! »
(2) Et quelle réponse à des allégations de ce genre : « Le mouvement sioniste a été appuyé par certains protestants qui y voient un commencement de réalisation des prophéties. Il est vrai que, à leur sentiment, le rétablissement d'Israël doit coïncider avec sa conversion au christianisme, et que, parmi les Juifs sionistes, il n’en est aucun qui songe à se convertir: mais ce petit détail n'arrête pas ceux qu'aveugle Le préjugé théopneustique. » Du reste, le même auteur à si peu étudié la question qu'il écrit, dans le même article : « Il n'y à pas un peuple juif dispersé parmi les nations, il y a des Français, des Anglais, etc. qui professent la religion juive » (Le Protestant. — N° du 24 sept. 1898).
(3) Nous opposons cette affirmation aux déclarations trop absolues de Sabatier, « Les prédictions messianiques sont toutes juives, concernent le peuple juif, non l’Église chrétienne, Les prophéties messianiques, en
exemple, en se comparant à la poule qui rassemble ses
poussins sous ses ailes, applique à la simple prédication
de l'Évangile une image employée par Ésaïe (31/5) pour désigner un rassemblement social. Dans les Actes (15/16), Jacques voit dans l'accession des païens à l’Église le relèvement de la tente de David (Amos 9/11). Dans l’épitre aux Hébreux (72/22) la conversion des individus à Christ semble assimilée au pélerinage des nations vers la montagne de Sion. On pourrait multiplier ces exemples (1): et néanmoins, on a beau faire, lorsqu'on essaie de transvaser tout le contenu de la prophétie dans les cadres de l’Église, le contenant se montre trop étroit pour le contenu (2). « Il reste toujours un surplus dans la prophétie, quelque chose qui résiste à tous les procédés de spiritualisation. Devant la netteté et la fermeté de certaines prédictions, aucune amphibologie ne subsiste, et se refuser à admettre
tant qu’elles ont un sens historique et grammatical, n’ont jamais été accomplies, et elles n’ont paru l'être dans la vie, l’enseignement, la mort de Jésus-Christ et le merveilleux développement de son œuvre, que suivant un sens que certainement elles n'avaient pas dans l'esprit de ceux qui les avaient prononcées » (Æsquisse, p. 92).
(1) Voir le commentaire de Hodge sur Romains 9/25. « Dans la pensée du prophète, ce passage se rapporte aux dix tribus, tandis que Paul en fait l'application aux Gentils. »
(2) Lorsque des chrétiens appliquent à l’Église tous les passages relatifs au rétablissement d'Israël, on ne peut s'empêcher de faire le raisonnement suivant : avec les mêmes principes exégétiques, il aurait été facile de démontrer (à l’époque des Macchabées, par exemple) que les prophéties messianiques s'étaient réalisées dans Jérémie (type de Homme de douleur) et qu'il n’y avait plus lieu d'attendre la venue du Christ. Et puis, comment ne pas ajouter, avec David Lévi : « Y a-til rien de plus absurde que d'appliquer littéralement les prophéties relatives aux calamités qui devaient fondre sur les Juifs, et mystique- . ment celles qui parlent de leur félicité future? »
Se
c'e te :ef -
dan: “di CN ARS 12 os CR tds
un rétablissement concret d'Israël dans sa patrie, ce serait jouer avec les mots (1). »
Tel est notre sentiment. — Or, s’il fallait en croire d’aucuns théologiens, admettre une pareille conclusion, c’est se jeter dans une impasse; pour en sortir, il ne reste plus qu’à choisir entre l'hypothèse controuvée de Kliefoth, et la théorie millénaire. Nous serions donc, logiquement, sur la voie du chiliasme, et l’on sait que la doctrine du Millénium implique une double Parousie. Que faut-il penser d’un pareil dilemme ? (2) |
(41) Dans son ouvrage sur l’accomplissement des prophéties, Jurieu intitule son avant-propos : À la nation des Juifs! et il écrit : « Je prie cette nation de vouloir lire cet ouvrage avec attention. L’espérance qu'ils ont du règne du Messie, qui sera principalement pour eux, est fondée sur des orales précis et indubitables; que même Jérusalem leur doit être rebâtie, et qu’ils seront rassemblés dans leur terre. »
- (2) En terminant ce chapitre, il nous est impossible de ne pas mentionner M. le pasteur G. Krüger. La lecture de son journal mensuel : Le Réveil d'Israël, et l'exemple de son zèle contagieux en faveur du peuple élu, ont fortement influé sur la formation de nos idées. Nous saisissons avec empressement l’occasion de lui adresser l'expression respectueuse de notre profonde gratitude. Il à grandement facilité la composition de notre thèse en mettant à notre disposition sa riche bibliothèque, en nous envoyant des documents précieux. Nous sommes heureux d’acquitter ici, trop imparfaitement, la dette que nous avons
conlractée envers l'apôtre français de l’évangélisation parmi les Juifs,
B. — LE MILLÉNIUM
Bovon écrit : « Si l’on admet l’accomplissement intégral des prophéties, il faut affirmer en même temps le Millénium
et le rétablissement d'Israël. Les deux idées sontsolidaires,
puisque la reconstitution du peuple élu , telle que la dépei-
gnent les anciens textes hébreux, inaugure une ère univer-.
selle de bonheur, et puisque ce triomphe à son tour a pour trait marquant l’exaltation des fils d'Abraham, sous le sceptre d’un descendant de David et dans le pays de leurs pères » (Dogm. II, 487). Bovon n'est pas le seul à statuer une indissoluble union entre les deux concepts : conversion des Juifs et Millénium. L'histoire de l’eschatologie déploie trop clairement les conséquences de cette malheureuse con-
nexité. En effet, à la question précise : Israël sera-t-il, oui
ou non, rétabli en Palestine? chacun répond par oui ou par non, selon son attitude à l’égard du chiliasme. Hollaz écrivait,
jadis, avec une superbe assurance : «Universalis Judæorum aut certe illustris et solemnis conversio sub finem mundi
non est exspectanda » (Exam. theol. p.1251). Au contraire, Spener, Bengel, Crusius, partisans du Millénium, affirmaient la restauration hébraïque. De même, celle-ci est
LS NT: de ACTE
niée de nos jours par Philippi, qui a peur du chiliasme ; tandis qu’Auberlen et toute l’école de Hofmann, fermes soutiens de la théorie millénaire, ne mettent pas en doute le retour des Juifs en Terre sainte.
Nous déplorons qu’on ait rendu solidaires, à ce point, les deux problèmes; et nous espérons montrer qu'on peut admettre la pleine réalisation des prophéties relatives à Israël, sans s’inféoder pour cela à la doctrine du chiliasme.
Exposons d’abord, impartialement, la théorie millénaire. Devant des affirmations raisonnées, il ne suffit pas de répéter après Calvin : « Les chiliastes ont voulu restreindre
le règne de Jésus-Christ au terme de mille ans. Or, leur
badinage est si puéril, qu'il n’a besoin d’être réfuté » (Institution, IIT, 2%, 5). Jurieu pensait autrement, et il écrivait avec une tranquille assurance : « Nous admirons la profonde stupidité des Juifs qui ne voient pas, dans leurs propres oracles, notre Jésus et leur Messie. Nous nous étonnons du terrible aveuglement des papistes, qui ne voient pas la Bête et l’Antéchrist dans ce qu’ils appellent leur Saint Siège et leur Sainte Église. De même, il faut un aveuglement surnaturel pour ne pas voir ce règne de Jésus-Christ et de l’Église, qui doit faire la septième période du monde » (op. cit. chap. 16).
Empruntons notre exposé à Guers, dans son ouvrage sur Israël aux derniers jours. — Jurieu voyait, dans le Millénium, la septième période du monde; Guers y voit la septième phase de la restauration d'Israël. L'idée septennaire qui préside à ces récapitulations est évidemment un souvenir de la semaine créatrice, dans la Genèse. Voici, du
“reste, l’énumération des sept phases : 1° retour partiel de
la nation juive en Palestine; 2 Jérusalem devient la résidence de l’Antéchrist, et le siège principal de lapostasie
sur la terre romaine ; 3° jugement de Jérusalem ; les nations en sont l'instrument; 4° délivrance de Jérusalem ; jugement des nations venues contre elle; jugement de l’Antéchrist et des nations apostates de la terre romaine; Satan lié; 5° conversion générale d'Israël par l’apparition du Christ; 6° rétablissement général d'Israël ; T° gloire de la Cité sainte et de la race élue, dans l’âge prochain. Au sujet de la dernière phase, notre auteur écrit : € L’ordre de choses que nous venons d’esquisser durera mille ans. Après les mille ans, Satan, délié, sortira de l’abîme, et séduira de nouveau les nations. Celles-ci, sitôt que le Diable aura reçu la permission de les tenter de nouveau, se donneront à lui sans réserve. Elles environneront le camp des saints et la Ville bien-aimée. Mais la malice de la chair, alors pleinement révélée, appellera d’en haut sur elles une terrible répression. Le feu du ciel dévore les méchants. Satan, leur chef, est précipité dans le lac brûlant. Le grand trône blanc est dressé, les hommes qui n’ont pas eu part à la première résurrection, et avec eux les innombrables élus qui ont été manifestés pendant le Millénium, sortent de leurs tombeaux pour comparaître en jugement... La nouvelle Jérusalem descend sur la terre nouvelle. C’est la consommation, la perfection; car, tout riche en grâces qu’il doive être, le Millénium ne sera pourtant pas la dernière économie. »
Le plan de la présente étude ne nous permet pas de discuter les questions qui concernent les six phases préparatoires du Millénium; ce serait traiter à fond les problèmes relatifs à Daniel et à l’'Apocalypse, et à leur symbolisme chronologique. Or, nous restons fidèle à notre sujet : la Parousie; et si nous examinons la théorie millé- naire, c’est dans la mesure où elle nous paraît incompatible avec la doctrine biblique sur la seconde venue du Christ.
Guers, en effet, écrit : &« La venue prémilléniale de Jésus,
la première résurrection des saints, et le règne personnel
du Seigneur, tels sont les trois points qui résument le
Millénarisme » /Fragment sur le Millénarisme, p. 395). De
ces trois affirmations, nous ne retenons que la première ; elle suffit à notre objet, car c’est une déclaration de princi-
pes en faveur de la double Parousie.
Dans son ouvrage intitulé : « La Révélation de Saint Jean, » de Rougemont distingue, également, ces deux Parousies; l’une, qu'il intitule la venue personnelle, et l’autre qu'il appelle la venue pour le jugement. Blackstone va même jusqu’à distinguer les deux venues au point que la seconde, la Parousie finale, est éclipsée par la première. « L’esquisse que nous avons tracée de l’ordre des derniers événements se recommande à toute personne qui étudie soigneusement la Parole de Dieu. Cependant, nous ne fixons rigoureusement qu’un seul point, et c’est l’avénement prémillénaire de Christ et l’enlèvement des Saints. Nous estimons que c’est là la grande espérance pour l’Église, et le principal événement sur lequel doit se porter l'attente des croyants » (Jésus revient, p. 82).
On sera peut-être étonné d’apprendre que le livre de Blackstone — c’est la couverture qui nous le révèle — «a été traduit en Chinois, Japonais, Tamil, Telugu et Hindou. » On peut ajouter qu’il l’a été, aussi, mais avec une médiocre félicité d'expression, en français. À qui serait surpris de
cette multiplicité d’éditions, nous rappellerions que
l'Aurore du Millénium, livre traduit de l’anglais et qui a paru en 1897, renferme cette information à la première page : « Plus de 500.000 exemplaires en circulation. » C’est dire à quel point les questions relatives au Millénium passionnent les esprits, et combien il est urgent de guider
les avides et légitimes recherches de l’Église en ces matières. |
Il est regrettable pour la doctrine millénaire, que ses partisans prêtent si souvent le flanc au ridicule. Lorsqu'ils parlent de l’accomplissement des prophéties, ils parent ces graves sujets de teintes humoristiques, nuances d’au- - tant plus joyeuses qu’elles sont dûes à des coups de pinceau involontaires. Dans son ouvrage intitulé : Le Millénium, Pelon écrit sérieusement : (Le pouvoir sans bornes des élus sera plein de longanimité : le second animal ressemblait à un veau. » Blackstone écrit sententieusement (1) : « Un chemin de fer a été construit de Joppe; et la machine pareil aux chariots avec un feu de flambeaux de Nahum 2/3, se presse jusqu’à Jérusalem, sur la route que les Arabes appellent Trek el Kods, coïncidant d’une manière significative avec l’'Hébreu « Derech Hakodesh » /chemin de la Sainteté d’'Ésaïe 25/8). — Dans son ouvrage : D'Éden en Éden, Waggoner nous avertit que « les étoiles sont tombées du ciel, » le 143 novembre 1833, à New-York. — Rossier écrit : € Après les mille ans, Satan sera lâché sur la terre, comme pour servir à constater l’état moral des nations. (Mais c’est la colombe de l’Arche!) Celles-ci en seront venues à chercher leurs aises plutôt que Dieu : Ecclés. 6/3-8. (I vaut la peine de lire le passage indiqué). Il parait par divers passages (lesquels?) et par des types tels que les sacrifices de Nombres 29 (D et d’autres encore . (lesquels?) que l’ordre de se rendre à Jérusalem, pour y adorer, deviendra pour les nations un joug insupportable. (Ce sera dur, en effet, pour les Patagons). C’est ainsi que la chair change les privilèges de Dieu en dissolution. Quant
(1) Nous respectons le style et l’orthographe du traducteur.
à l’idée que j'émets, ici, sur l’une des causes de cette révolte finale, le cadre de ce travail ne me permet pas de la développer » {Études sur l Apocalypse, tome 2, p. 321). — Henriquet décrit, en ces termes, le suprême assaut des nations contre les saints, à la fin du Millénium : « Ils feront la guerre, quelle guerre”? Selon toute apparence, une guerre matérielle et à coups de canons — (ils seront, sans doute, aussi oubliés que les catapultes!) — une guerre dont ils se promettront un succès d’autant plus facile, que les disciples de Jésus auront changé leurs épées en hoyaux et leurs hallebardes en serpes » [L'Apocalypse brièvement expliquée, p. 255).
Quant à Mre White, elle nous donne le tableau suivant de la fin : « On voit bientôt, du côté de l'Est, apparaître un petit nuage noir; c’est la nuée qui entoure le Sauveur. Le Roi des rois descend! Tous sortent de la tombe. Adam, qui se trouve parmi la foule, est d’une taille gigantesque, mais il est un peu moins grand que le Fils de Dieu... Transporté de joie, Adam considère les arbres qui faisaient autrefois ses délices, les vignes qu’il a cultivées de ses propres mains, les fleurs au soin desquelles
il prenait plaisir. Le Sauveur le conduit auprès de l'arbre
de vie, en cueille le fruit glorieux et l’invite à en manger. Alors il jette sa couronne aux pieds de Jésus, et, tombant sur sa poitrine, il embrasse le Rédempteur » /La grande controverse entre Christ et Satan, 11° édition, 1888, avec illustrations). Que nous sommes loin de la sobriété scrip-
turaire! Et quelle tristesse éveille, dans l’âme, cette pieuse
êt grotesque profanation du sanctuaire de nos espérances! Sur les hauteurs où l’on prétend nous élever, le vrai devrait se confondre avec le beau; donc, ce qui est burlesque est faux ; et nous avons le droit de rejeter, sans discussion,
avec un soupir de soulagement, ces mièvreries sentimentales et ces puérilités écœurantes. = CP
Laissons cela. Notre critique de la théorie millénaire portera, exclusivement, sur deux points : 1° les contradictions internes du système; 2 son incompatibilité avec les textes. è
Et d’abord, il est presque inutile de rappeler à quel point les partisans de Millénium diffèrent sur l’époque de son apparition. Les schémas (1), souvent fort compliqués, et les cartes, coloriées ou non, dont ils accompagnent leurs ouvrages, ne concordent guère. Newton, par exem-
ple, dans ses « Pensées sur l’Apocalypse, » nous donne une
carte qui marque la condition religieuse de l’humanité au temps de la première Parousie : les pays peints en rouge seront habités par la chrétienté apostate (aujourd’hui la
chrétienté de profession); les pays bleus seront occupés
par la chrétienté professante; les pays noirs seront le séjour des païens, et les pays jaunes la demeure des mahométans; quant aux vrais chrétiens et aux Juifs, ils seront dispersés, ici et là, dans toutes les contrées. Tout cela parle aux yeux; |
mais la raison réclame un exposé des principes directeurs
qui inspirent ces vastes synthèses chronologiques (2). Nous
rendons à Guinness le témoignage qu’il a publié un livre
remarquable sur le sujet : il considère le rythme septennaire de la semaine, comme une loi qui règle les mouvements
(4) Voir Blackstone (Jésus revient, p. 53) et la « Carte des Ages » dressée par Russel, l’auteur de l’'Aurore du Millénium.
(2) Chacun des chiliastes a son système. On nous pose, par Se DIe
celte question : « Les trois jours de la prophétie relative à la sépulture 7 4
du Sauveur ont-ils duré 3 ans?» Et l’on en tire la conclusion que le . mot jour, dans la prophétie, embrasse 24 heures. — Comme si le Sau- el veur avait passé 72 heures au tombeau! 2e
dans l’univers; il montre, d’abord, que le chiffre 7 règle la périodicité de certains phénomènes vitaux chez les animaux et chez l’homme, soit dans le cours normal du développement de l’organisme, soit dans l’évolution de certaines maladies (fièvres, etc.) Puis l’auteur examine le rôle de la semaine dans lÉcriture, et passe en revue le rituel mosaique et les intuitions chronologiques du prophétisme, avec ses semaines de mois ou d'années. Ces dernières considérations l’amènent à étudier le rôle de la semaine dans l’histoire générale, et ïil finit par s’écrier, avec une émotion communicative : &« Une loi qui régit les phénomènes par myriades, depuis les métamorphoses de l’insecte jusqu'aux majestueuses révolutions de l’histoire du salut; une loi qu'aucune puissance terrestre ne peut modifier, qu'aucune succéssion de siècles ne peut effacer; une loi que les orbes étincelants du système solaire retracent incessamment en lettres de lumière dans leur course à travers l’espace, une pareille loi n’a qu’une source unique » {The approaching end of the age). Voilà de grandes pensées exprimées dans un beau langage; mais on pourrait souscrire à la philosophie de notre auteur, sans en être plus éclairé sur l’époque de la fin; car la grosse question reste celle-ci : À partir de quelle époque nous faut-il commencer à compter? Or, c’est là, précisément, que la fantaisie individuelle se donne libre carrière.
Les nombres 1290 et 1335, dans les visions de Daniel, ont mis en ébullition les cerveaux des interprètes. Henriquet prend, comme point de départ de ses calculs, l’an 552 après Jésus-Christ, où fut renversé le pouvoir des Goths en Italie; toutefois, l’on peut aussi partir de l’an 606, date de l’édit par lequel Phocas reconnut le pontife romain comme chef de l’Église universelle; rien n'empêche, cependant,
qu’on ne parte aussi de l’an 636, où la mosquée d’Omar fut construite sur l'emplacement du temple de Jérusalem. Rien d'étonnant, dès lors, à ce qu’on diffère et à ce qu’on ait toujours différé sur l’époque de la Parousie; voici quelques dates, que nous relevons au hasard, et qui ont été successivement proposées à la méditation anxieuse des croyants : 365 — 500 — 1960 — 1715 — 1766 — 1785 — 1816 — 1836 — 1844 — 1847 — 1855 — 1865 — 1898 — 1993 — 1971, etc., etc. (4). Chose étrange, les erreurs de calcul ne découragent pas les calculateurs, ni même leurs disciples. C’est ainsi que Me White justifie, en ces termes, l’erreur d’un nommé William Müller, qui avait annoncé la Parousie pour l'an 1844 : « Dieu voulait éprouver son peuple; sa main couvrait une faute dans le calcul des périodes prophétiques. | Mais on eut la clé du mystère du désappointement : on comprit qu’en 1844, Christ entrait dans le lieu très saint au sanctuaire céleste, pour y accomplir l’œuvre finale d’expiation, préparatoire à sa venue. »
Or, si les chiliastes ne sont pas d’accord sur le moment où commencera le Millénium, ils ne le sont pas davantage sur sa durée. Il va de soi que l’opinion courante lui assigne — et pour cause — mille ans. Mais ce nombre, malgré tout, est élastique. D’après l’évangile de Nicodème (chap. 19), le Millénium ne comptera pas plus de 500 ans; d’après Bengel, au contraire, il en comptera 2.000. II en compterait
(1) Ces quelques chiffres semblent donner tort à F. de Rougemont, quand il écrit : «Il en est de la prophétie comme d’une comète, dont on peut de jour en jour plus aisément calculer la marche, parce que l’on possède un segment de plus en plus considérable de son orbite entière, » — Aussi Des Mousseaux est-il prudent : « L’Antéchrist sera l’homme des fluides ; il apparaîtra avant l'an 2000 » (Mœurs etpratiques des démons, ou des esprits visiteurs, 1863),
davantage encore, d’après Roos, à supposer que la quatrième
ère de l’histoire universelle soit équivalente à la troisième ;
car, d’après notre auteur, l’histoire se divise en quatre
périodes : d’A dam à la sortie d'Égypte — de l'Exode à l'Exil
— du début de l'Exil au début du Millénium — du Millénium à la Fin des temps. Quant à Ébrard, il déclare, franchement, que le chiffre mille a une signification mystique. « Puisque la longue période qui va de l’Ascension à la Parousie couvre seulement, d’après le langage des Écritures, une demi semaine d’années, soit trois ans et demi, que peuvent bien signifier les mille années du Millénium, sinon que la durée du triomphe sera infiniment plus considérable que la durée des combats? C’est, d’ailleurs, après l'établissement du Royaume de Christ sur la terre que commenceront seulement, au sens véritable du mot, les temps de la Nouvelle alliance; la phase actuelle des destinées de l’Église apparaît comme un point imperceptible, en regard du Millénium. Telle est la dignité du Christ : il n'obtient pas des résultats éphémères par des batailles prolongées, mais il conquiert, par de brefs combats, des résultats dont la durée se mesure par éons. »
- Ces discussions chronologiques rappellent cette pensée de Pascal : « L’un dit : il y a deux heures; lPautre dit : …l n’y a que trois quarts d'heure. Je regarde ma montre et je dis à l’un : vous vous ennuyez! et à l’autre : le temps ne vous dure guère! » On voudrait bien savoir sur quelle montre les millénaires se règlent. Guinness prend bien pour unité de mesure ce qu’il appelle Qun cycle messianique, c’est-à-dire l’espace de temps qu'Emmanuel a passé sur terre, » mais c’est là une appréciation individuelle. En définitive, il faut s’en tenir à l’agnosticisme de l’archevêque de Césarée : « Per numerum millenarium aut multum aut
certe perfectum significatum putamus... Mille anni com- 74 plectuntur totum illud tempus quod interfluit inter Christi EN incarnationem et Antichristi adventum. Utrum ergo anni | à illi accipi debeant, ut modo exposuimus, an vero inter decies centenos absolute coerceri, an denique, ut quibus- F4 3 dam placuit, inter angustius spatium concludi, id soli Deo É 3 cognitum opinor » (1). Dieu seul le sait! c’est bien là notre | conclusion; mais alors que subsiste-t-il du Millénium, au sens propre du mot? ; Encore, si les chiliastes s’entendaient sur les élus qui | participeront à la félicité du règne messianique! Pour 4 Justin et Irénée, il s’agit des chrétiens fidèles et des saints … E de l'Ancien Testament. Pour Poiret (1687), ce sera aussi le. lot de certains païens, comme Socrate, mais ils ne « régne- E. ront » pas. Pour Bengel et Stilling, la royauté, durant ke Millénium, sera réservée aux martyrs de tous les temps et . à ceux qui auront supporté la dernière épreuve (Apoc. 20/4). Pour les Irvingiens, les bienheureux seront... les Irvingiens. On comprend que ces questions s'imposent aux chiliastes puisque l'humanité, selon eux, se divisera en deux classes : les gouvernants et les gouvernés, et que ceux-là seuls gouverneront, qui auront eu part à la « pre- ÿ mière résurrection. » Et cependant l’accord n'existe même À æ pas, dans le camp millénaire, sur l’authenticité de ce passage ! C’est ainsi que l’auteur de L'AVEORES du Millénium
(1) Nous avons eu le privilège de feuilleter, chez M. le pasteur Krüger, le texte grec du Commentaire d’Andréas, accompagné d’une traduction latine. Nous en reproduisons le titre : « Tou ey æytois ovtos tatpos nu. FA ANAPEOT apyrerioxonov xatoapetas xammadoxtas EPUNVELL ES TAV ATO xakodiv Toawvos, opus griece nunc primum in lucem prolatum.» Traduction par Theodorus Peltanus, — Édité par Fridericus Sylburgius, 1596: : +30 (1re édition imprimée). STE
écrit : « Les mots : mais le reste des morts ne ressuscitera point jusqu'à ce que les mille ans soient accomplis — sont apocryphes. » Voilà qui est net! Il est vrai que Russel a de fortes raisons pour mettre en doute l’authenticité du passage; car, d’après lui, la terre milléniale sera habitée par tous les êtres humains qui ont jamais existé ici-bas, Des millions d'hommes, en effet, ont péri sans avoir eu l’occasion de connaître Dieu; c’est pourquoi, avant le Jugement dernier, ils ressusciteront tous et recommenceront la vie dans de meilleures conditions. Alors les Sodomites, les Amalécites, détruits par le feu du ciel ou par le glaive des Hébreux, reparaitront à la lumière du soleil; et les injustices de l’histoire seront réparées. Car chaque individu aura mille ans pour parvenir à son plein développement; néanmoins, « s’il ne fait aucun progrès, durant cent ans, il sera exterminé. » Que si l’on demande à Russel sur quels textes il fonde ces hypothèses, il répond : «€ Si plusieurs. des prophéties semblent s’appliquer à Israël seul, il faut se rappeler qu'Israël était un peuple typique; dès lors les promesses qui s’adressent à lui, s'appliquent à tout le monde » (p. 114). Qui aurait cru que le chiliasme abandonnerait les principes exégétiques sans lesquels toute la doctrine millénaire s'écroule? Qui aurait cru qu'il ferait bon marché de l’interprétation littérale ? Que d’incohérences dans le système!
Incapables de s'entendre sur les participants au règne du Christ, les chiliastes ne s’accordent pas non plus sur le lieu où s’exercera la royauté du Seigneur. Sera-ce exclusivement sur la terre? Alors il faut un centre visible à ce royaume : ce sera Pepuza pour les Montanistes, la cité du Lac Salé pour les Mormons; d’autres villes encore, selon les sectes et selon les époques ; toutefois, c’est Jérusalem qui emporte
la pluralité des suffrages. Mais quel pays contiendrait jamais tous les ressuscités? La Terre elle-même y suffirait-elle? Russel, qui admet un retour à la vie de tous les hommes, (et non pas seulement des élus) sur notre globe, estime que notre planète aura de la place pour tous ses fils. Il a calculé l’espace occupé par un homme debout; et partant de là, 1l a conclu que la population actuelle de la Terre (un billion quatre cent millions de personnes) « pourrait se tenir sur une aire bien plus petite que celle de Londres ou de Philadelphie. » L’Irlande, paraît-il, suffirait à contenir un nombre
d’humains quatre fois égal à celui des hommes qui ont
jamais vécu ici-bas.
Quoi qu’il faille penser de ces chiffres, ils perdent quelque peu de leur valeur, si l’on affirme, avec d’autres millénaires, que les élus, pendant le règne du Christ, n’habiteront pas ici-bas. Pelon nous avertit, en effet, que la cité sainte flottera en l’air; car, d’après l’Apocalypse « la cité descend du ciel; mais où s’arrête-t-elle? L’apôtre ne le dit pas. » Gosse, dans son livre sur « la cité suspendue, » développe avec prédilection cette hypothèse d’une cité aérienne. « La suspension dans notre atmosphère ou dans sa proximité, d’une masse cubique, laquelle mesurera 1.500 milles de côté, qui sera dépourvue de mouvement rotatoire, qui sera composée de matériaux tels que l'or et les perles (1), et qui sera habitée, corporellement, par des millions de créatures humaines, parait un phénomène bien propre à déplacer le centre de gravité de la Terre et à modifier ses relations avec le Soleil. Eh bien! je n’ose pas affirmer que ces perturbations se produiront... Le centre de cette cité sera au-dessus
(1) Les fondations seront des pierres précieuses dont chacune comptera 00 milles d'épaisseur,
ri
ITA PRET BR ES De 4 ' c e"
+ os tn So ais di né :
de Jérusalem; elle s’étendra vers le nord jusqu’au Pont- Euxin; vers le sud, jusqu'à la Nubie et au milieu de
l'Arabie; versl’est, jusqu’à la Caspienne et au golfe Persique;
vers l’ouest, jusqu’à la Grèce et au Sahara. Londres, qui couvre 100 milles carrés, loge 4 millions d'habitants; donc, la cité suspendue, même si elle n’était qu’une surface plane, logerait 36 billions d'habitants, à raison d’une superficie de 900.000 milles carrés. Mais la cité en question formera un cube! Qu'on juge si les rachetés manqueront d’espace pour se mouvoir! »
Tous les millénaires ne se représentent pas ainsi le séjour des saints durant le Millénium. Beaucoup d’auteurs se bornent à affirmer que les élus seront dans le ciel, et rèégneront de là sur la terre. « Christ, écrit Auberlen, après avoir rassemblé son Église, rentre dans les cieux avec son Épouse ; et c’est de là que les saints gouvernent le monde. » Guers écrit, de son côté : « Les saints règneront avec Christ dans la sphère inférieure du royaume, sans en abandonner la sphère supérieure. Il en sera d’eux, à certains égards, comme des Anges, lesquels visitent journellement cette terre, où ils accomplissent le beau ministère dont parle l’apôtre (Hébreux 7), et cependant leur demeure est dans le ciel. » Kratzenstein emploie une autre comparaison : « Les Rois-Sacrificateurs apparaîtront,
ici et là, comme Christ apparaissait après sa résurrection.
Leur suzeraineté s’exercera sur des contrées, des villes, des villages, des familles. » De Rougemont entre dans plus de détails : « Pendant leur règne, les saints glorifiés feront sur la terre de courtes apparitioris, pour arrêter dans sa voie de perdition un pécheur, pour rappeler toute une
ville à l'observation de la loi divine, pour frapper de fléaux
physiques une contrée entière. »
Cest dire que la souffrance n’aura pas disparu de la terre, ni le péché; et ceci nous amène à examiner les théories chiliastes sur la félicité de l'ère milléniale. A première vue, c’est un bonheur sans nuages. C’est l’époque
chantée par Lactance, où chacun vivra très longtemps et
aura beaucoup d’enfants. « Tum qui erunt in corporibus vivi, non morientur : sed per eosdem mille annos infinitam multitudinem generabunt; et erit soboles eorum sancta, et Deo cara » {Divinarum Institutionum, liber VII. — De vita beata, cap. 24). Et la joie universelle atteindra son apogée en Israël ; car, pendant le Millénium, si « l’Église ressuscitée ou transmuée doit primer Israël remis en possession de sa prééminence nationale, Israël, à son tour, primera les nations des sauvés » (Guers). Durant le Millénium, la royauté céleste de l’Église aura un parallèle dans la royauté terrestre des Juifs; c’est l’heure où « Jésus-Christ règnera par les Juifs sur la terre entière. Ils seront ses missionnaires (4). La première Église avait commencé par douze individus, et elle n’a sauvé que des individus; le royaume millénaire, à sa fondation, compte une grande nation d’apôtres qui convertira des nations » (De Rouge-
mont). Auberlen écrit, avec plus de concision : «€ La
chrétienté apostate a été annihilée; la chrétienté glorifiée est dans les cieux; il ne reste ici-bas que les Juifs et les paiens, comme au temps dela Pentecôte. » | Toutefois, si le Millénium doit être l’ère de la mission universelle, on se demande comment Auberlen peut ajouter : (Aujourd’hui, c’est le temps de la prédication ; alors,
ce sera le temps de la liturgie. Les lois de Moïse, tant.
(1) « Dieu n’a pas encore essayé la conversion du monde » (Awrore
du Mall. p. 97).
È Tous Ê
cérémonielles que morales, déploieront ce qu’elles contenaient. » Qu'est-ce que la Mission sans la prédication?
N'importe : on offrira de nouveau des sacrifices ; et le sang des frêles agneaux, arrachés, malgré les bêlements des
brebis, à leurs mères impuissantes, rougira quotidiennement les mains des Saints, sans troubler leur béatitude. « Ces sacrifices, écrit Roberts /Christendom astray, p. 194) n’auront plus une valeur typique, mais bien rétrospective et commémorative. »
En définitive, et malgré les cris des bêtes égorgées, le Millénium constituera pour notre Terre une ère paisible
de lumière grandissante. Pour tout dire en un mot, elle
jouira de la présence du Seigneur. Seulement, les chiliastes ne s'entendent guère sur les caractères de cette présence. Pour Poiret, Jésus devra se montrer, matériellement, comme aux jours de son ministère; pour Peterson, il apparaitra et disparaîtra, comme aux jours qui précédèrent
l’Ascension; pour Oetinger, il sera visible en la personne d’un représentant davidique à Sion; pour Burnet, il siègera
sur un trône descendu du ciel, et d’où resplendira la lumière de son corps glorifié, « perpétuelle Schechinah ou Majesté resplendissante, par laquelle cet auguste roi deviendra une
divinité visible. » Russel nous dit, en termes bien vagues : «La présence (parousie) du Fils de l’homme aura lieu durant les mille ans entiers; il éclairera durant tout le
jour millénaire, ainsi que l’éclair (symbole de l'Évangile) a brillé depuis l'Orient jusqu'à l'Occident » (p. 93). Enfin, Rothe insiste sur le caractère spirituel de la présence du Sauveur. |
Quoi qu’il en soit, la grande réalité demeure, pour tous les chiliastes : Satan sera lié, et Christ règnera. D’où l’on pourrait conclure que le Paradis sera reconquis; et davan-
tage encore! car, en Éden, Satan errait librement. Aussi, n'est-ce pas sans une certaine surprise que nous recueillons, ici et là, chez des théologiens très divers, certains aveux inquiétants et significatifs. « Quand les élus, s’écrie Eldin, réaliseront ici-bas les ordres de l’Ancien des jours, nous marcherons sur les nations, et nous les gouvernerons avec un sceptre de fer. Comment cela pourrait-il être, si la masse des hommes devait se convertir dans le sens spirituel du mot? » Et si l’on s'étonne de ces conclusions, qui semblent contraires aux déclarations des millénaires sur le rôle missionnaire des Juifs, Eldin émet cet aphorisme sévère : « La masse n’est pas organisée pour saisir les vérités du Royaume de Dieu. Elle ne dirigera jamais, mais elle sera toujours dirigée, soit par la Bête, soit par les élus » /Avenir éternel du grand œuvre humain, p. 364). Russell, à son tour, insiste sur lesclavage des peuples : « Plusieurs croient que, lorsque le Royaume millénaire du Christ sera inauguré, tout le monde sera content de son règne. Mais ses règlements seront bien plus précis que ceux d’un gouvernement antérieur quelconque, et la liberté du peuple sera limitée à un degré qui froissera vraiment plusieurs de ceux qui demandent
actuellement, à grands cris, une augmentation d’indépen- .
dance. La liberté de tromper, de calomnier, de léser les faibles, sera entièrement retranchée. La liberté d’abuser de soi-même et des autres dans le manger et le boire, ou de corrompre les bonnes mœurs, sera refusée totalement
à tous. Plusieurs se sentiront rebelles envers ce gouverne-
ment; nombreux et rudes seront les coups que l’égoisme L] recevra SOUS ce règne. »
On comprend, dès lors, les restrictions loyales que Guers
croyait devoir apporter à la félicité du genre humain pen-
Ur De
dant le Millénium : « Sans doute, notre pauvre terre sera alors changée en un vrai Carmel; mais l’âme humaine sera
toujours sujette à pécher, le corps sera toujours voué à la
mort, la chair continuera de lutter contre l'Esprit » (/sraël aux derniers jours, p. 39). On comprend, de même, les prudents aveux de Henriquet : « Pendant le Millénium, les tentations des hommes ne leur viendront pas de l'Esprit des ténèbres, puisqu'il sera enchaïné; mais ils pourront être séduits par les attraits du monde visible, et par les convoitises de leur propre cœur » (p. 253). En d’autres termes, on peut appliquer au Millénium la parole amère de l’Ecclésiaste : « Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera. » La souffrance et le péché subsisteront sous le règne des saints. Après une ère d’indicibles douleurs pour l'humanité réfractaire à l’apostolat des
Juifs, le Millénium se terminera par une crise épouvantable
où le Prince de la paix, armé jusqu'aux dents, poussera
son coursier dans le sang, comme certain calife de lugubre
mémoire, et jouera le rôle d’un « maréchal de Jéhovah » [Aurore du Millénium). Peut-onrien rêver de plus tragique? Newton en convient, et il avoue que le bonheur des saints, eux-mêmes, sera obscurci par ces sinistres prévisions : « Le
Millénium doit nous enseigner le caractère irrémédiable de
la malice du cœur de l’homme. Aucune époque n’aura manifesté une méchanceté comparable à celle qui se développera
| à la fin du siècle millénial, — Il y à presque plus de détails
sur le temps de tristesse qui suit la période milléniale, que sur le Millénium même. Satan lui-même est le chef immédiat de la grande apostasie finale ; cet événement termine l’histoire de notre Terre ruinée, et les saints du Millénium, pour tout ce qui regarde ce globe, n'auront pas d'autre perspective. Les montagnes et les vallées pourront se
réjouir, mais une pensée de tristesse obscurcira cette magnifique scène, car les mêmes lieux seront encore foulés par les méchants. » |
Quel cauchemar! et combien l’on est heureux d’y échapper par ce dilemme : ou bien, il faut en effet identifier l’ère milléniale avec l’enfer de Dante, et alors il n’y a plus de Millénium; ou bien, il faut identifier l’ère milléniale avec l’âge d’or, et alors, après les efforts combinés et séculaires d'Israël, de l’Église, et du Seigneur lui-même en faveur du genre humain, la rébellion finale de cette race transformée est un non-sens au point de vue rationnel, et une impossibilité morale. N'y a-t-il pas, en effet, quelque chose de choquant pour la raison et la conscience dans une affirmation de ce genre : «Jésus-Christ monte sur le trône invisible et céleste de David; la race d'Abraham se convertit tout entière ; blancs, mongols et nègres, tous les peuples obéissent au Seigneur. Mais après mille ans, humanité se révolte » (De Rougemont). Ne dirait-on pas que l’auteur accumule à plaisir les contradictions? Du reste, elles valent mieux que certains essais d'explication, dont voici un échantillon : « La faveur de Dieu sur Israël devient, probablement, un des prétextes de la révolte des nations. Alors le Seigneur laisse à Satan la liberté de cribler les nations. » Et Rossier ajoute, en guise de confirmation : « Les quatre premiers versets du Psaume 47 indiquent clairement le Millénium. Or, au v. 6, il est écrit : Dieu monte! Ce passage prouve que le Seigneur quittera la terre. » Nous préférons encore le simple recours à Satan, bien qu’il ne suffise pas de mentionner sa libération pour justifier l’échec lamentable du règne des saints. Car Satan n’était-il pas « délié » au temps de Jésus? Et cependant, celui-ci disait : « Le prince de ce monde vient, mais il n’a rien en moi. » Voilà le simple bouclier
r ab = d
qui devrait protéger l’humanité des derniers jours. Mais affirmer que les séductions de l’esprit infernal trouveront
un point d'attache dans des hommes « qui se seront euxmêmes rendus diaboliques, » ce n’est pas résoudre le problème, c’est l’aggraver.
On est vraiment stupéfait de constater à quel point certains millénaires font bon marché de la psychologie et de l’histoire. Si l’on veut savoir jusqu'où peut mener laffirmation absolue que le Royaume de Dieu n’est actuellement présent à aucun degré, mais qu’il existera seulement à la fin des âges et sous la forme politique d’un état juif, il faut étudier le curieux ouvrage de Roberts, intitulé : La chrétienté dévoyée (1). L'auteur commence par déclarer que
la Bible n’est pas plus responsable du christianisme que
du mormonisme; car l’Église, dans son ensemble, affirme que la mort n'est pas un anéantissement, tandis que la Bible enseigne, précisément, le contraire. D’après l'Écriture sainte, il n’y a ni ciel, ni enfer. Mais où est l’homme après cette vie? Nulle part; la disparition est
totale. Et les chrétiens en ont, malgré tout, l'intuition,
puisqu'ils continuent à pleurer sur ceux d’entre eux qui disparaissent. « C’est que la force d’un instinct naturel ne
peut être comprimée par une fiction théologique. » L'auteur,
alors, accumule contre la survivance tous les arguments
du matérialisme vulgaire; il les corrobore par les données
de la psychologie hébraïque et par des passages comme celui-ci : « L'âme qui péchera sera celle qui mourra; »
(1) Christendom astray, or popular theology (both in faith and practice) shown to be unscriptural (Birmingham, 1896). — Cet ouvrage expose les principes dogmatiques et ecclésiastiques des « Christadelphiens, » secte nouvelle, et que nous avons appris à connaitre par l’un de ses
adeptes fervenis.
RP LR à Quel "+ PES E PaD TS - # “ p *
enfin, il s’écrie avec l’accent du triomphe : « Savoir que le ciel n’est jamais promis une seuie fois aux croyants, dans toute l’Écriture, savoir qu’on n’y trouve pas une seule déclaration en faveur d’une survivance de l’âme, € "est quelque chose! » Assurément; c’est même trop; et il est difficile de lire sans indignation les conséquences que l’auteur tire de ses prémisses.
1° Dieu poursuit, ici-bas, la constitution d’une fimille tirée du milieu des hommes; la Rédemption n’a pas d’autre but. « Les vastes populations qui couvrent la terre sont de purs accessoires, dans le plan de l'Éternel. Elles apparaissent et elles disparaissent; elles viennent du néant et elles y retournent; c’est de la chair. » 2 Donc « les conditions du salut excluent de sa participation la majorité du genre humain. » Car la mort plonge tous les hommes dans le néant; et ceux-là seuls ressusciteront, qui se seront volontairement soumis à la prédication du Royaume de Dieu. Par conséquent, la vie éternelle sera refusée à tous ceux qui ont rejeté la Parole; ensuite, à tous ceux qui ne l’ont pas entendue (les païens); enfin, à tous ceux qui l'ont entendue sans la comprendre (idiots et petits enfants). 3° Parmi ceux-là même qui auront, délibérément, voué. fidélité à Jésus-Christ, certaines distinctions nécessaires s'imposent; car le salut est lié à une doctrine définie. «Qu'est-ce que la foi? L’assentiment de l'esprit à des points he particuliers d’ information. » Donc, nul ne sera sauvé sans avoir demandé le baptême; ce qui ne signifie pas que ue a les Baptistes seront sauvés, car leur doctrine du baptême n’est pas conforme à la doctrine du Royaume de Dieu. (€ Füût-elle répétée mille fois, leur immersion est inutile, à cause de l'ignorance qui l’accompagne; et s'ils arrivent jamais à la vraie interprétation de la Bible, ils seront obligés | tue 4
de descendre à nouveau dans l’eau. » 4 Les participants à la résurrection, si peu nombreux qu’ils soient, devront cependant être triés par un jugement; mais ceux qui sortiront vainqueurs de l’épreuve, accompagneront Jésus dans ses batailles et couvriront notre globe de cadavres pour apprendre aux hommes à vivre. « Le Fils de David enverra jusqu'aux extrémités du monde les décrets émanés d’un absolutisme omnipotent; il organisera un système de culte auquel chacun sera tenu de se conformer, sous peine de mort. Les saints s’associeront au Seigneur Jésus pour détruire les institutions politiques, ecclésiastiques et sociales dont l’ensemble constitue le « présent monde mauvais. » Pour une pareille œuvre de dévastation, le sentimentalisme religieux de notre époque serait bien insuffisant. Que d’existences tranchées! Quelles vastes désolations! Quels sanglants ravages opérés par Jésus et ses saints! » — Pour notre auteur, il est vrai, le Millénium se terminera sans crise; et sa théorie, sur ce point particulier, est en désaccord avec le chiliasme classique ; mais on comprendra sans peine que nous appliquions au système de Roberts, comme aux autres hypothèses millénaires, nos observations précédentes sur le sinistre caractère d’un âge d’or tout pénétré de senteurs cadavériques. Ô
II. — Nous en avons dit assez sur quelques-unes des contradictions internes qui semblent déchirer le Millénarisme. Ce qui est plus grave encore, c’est que la doctrine nous paraît contraire à la lettre biblique, et surtout à l'esprit des Écritures. La théorie chiliaste est fondée sur les dix premiers versets du chapitre 20 de lPApocalypse; or, nous ne partageons point l’avis d’un exégète millénaire qui écrit : « Exempt d’allégorie et dégagé de figures
prophétiques, ce chapitre me paraît être le plus clair et le plus simple de tous les récits contenus dans l’Apocalypse» (Mede). Nous estimons que le livre de la révélation est un obélisque imposant, dont les inscriptions mystérieuses n’ont pas encore trouvé leur Champollion ; le chapitre 20, en particulier, défie la sagacité des interprètes par son
caractère nettement hiéroglyphique : d’abord, par le vague
de ses expressions ou de ses images; ensuite, par la difficulté d'accorder les données incertaines qui semblent en ressortir, avec les données très certaines qui ressortent très nettement de l’ensemble des Écritures. Aussi est-il bien superflu de surcharger ce tableau fuyant d'enjolivements imaginaires. Nous avons beau lire et relire ces dix versets, nous y trouvons uniquement le récit d’une vision qui consiste en quatre points, sans plus : 4° Enchaînement de Satan. 2 Apparition de trônes. 3° Règne des martyrs. 40 Libération de Satan, qui séduit les nations. Si quelqu'un voulait ajouter à cette liste un cinquième point, qui consisterait dans une seconde résurrection, nous répondrions. que le passage visé ne raconte pas un fait concomitant aux premiers et que le voyant ait sous les yeux, mais un événement dont le prophète affirme, au contraire, qu’il n’a pas eu lieu à ce moment-là : « Le reste des morts ne reprit pas la vie, jusqu’à ce que les mille ans fussent accomplis. » Ce reste des morts est, probablement, celui qui est mentionné au dernier verset du chapitre précédent;
mais la formule de Jean nous laisse ignorer à quel moment
ces morts furent rendus à la vie. Prennent-ils part à la
révolte finale du v. 9? Alors la résurrection générale
du v. 13, constituerait une troisième résurrection! Ou. bien participent-ils seulement à cette résurrection der-. nière? Dans ce cas, on voit combien il serait arbitraire.
d’ajouter cet événement au récit des phases du Millénium.
Nous nous demandons, même, jusqu’à quel point nous avons le droit d’enfermer les quatre affirmations énumérées, dans le cadre du Millénium; car celui-ci, à proprement parler, commence après l’enchainement de Satan et se termine avec sa libération. La description apocalyptique de l’ère milléniale se réduit donc, en définitive, à la vision des trônes et à celle du règne des saints. Cest peu de chose. D'autant plus, que le texte n’établit aucune liaison entre ces deux descriptions; qu’on en juge par une traduction littérale : &« Et je vis des trônes, et ils s’assirent dessus ; et le jugement leur fut donné. [Je vis) aussi les âmes de ceux qui avaient été décapités à cause du témoignage de Jésus; et ils vécurent et régnèrent avec le Christ, les mille ans. » Quels sont les gens qui s’assirent sur les trônes? Pas de réponse. Y avait-il un trône pour le Christ? Pas de réponse (1). Où étaient ces trônes? Pas de réponse. Où les âmes des décapités régnèrent-elles avec le Christ? Pas de réponse. Et voilà tout ce que nous savons sur le Millénium d’après la Bible; elle ne contient pas une syllabe de plus sur le sujet.
Pour nous, cette simple constatation nous suffit; et sans consentir à entrer dans d’interminables discussions exégétiques (2), nous nous bornons à remarquer que les scènes
(4) « Des trônes sont apparus, et l’on ne nous dit pas qu’il y en ait un réservé pour le Christ; ce silence est d'autant plus remarquable, que dans la vision précédente le Verbe de Dieu est apparu, monté sur un cheval blanc, et un glaive sortait de sa bouche pour frapper les nations; puis, dans la vision suivante, un trône est dressé, celui du Juge » (Matter : Doymatique, 11, 407).
(2) Nous renvoyons, sur ce sujet, aux intéressantes dissertations de Jurieu (op. cit.) et de Vivien (L’Apocalypse expliquée par l'Écr HUE La première pour, et la seconde contre le Millénium,
ici esquissées semblent flotter, au fond des cieux, comme des fresques évanouissantes. « Et je vis le ciel ouvert! » Telle est la préface du voyant à sa description estompée du Millénium (79/11). Et il continue en ces termes : « Et je
vis un ange qui se tenait dans le soleil... Et je vis la bête.
Et je vis un ange qui descendait du ciel... Et je vis des trônes... Et je vis un grand trône blanc et celui qui est assis dessus... Et je vis la ville sainte qui descendait du
ciel. » C’est alors seulement, c’est à ce moment précis de
la vision, que le règne de Dieu s'établit sur la terre, après le jugement dernier. On voit à quel point les chiliastes violentent les textes, quand ils introduisent par force dans les dix versets examinés : 1° le retour de Christ; 2 le règne des saints sur la terre; 3° le rétablissement politique d'Israël; 4° l’accomplissement littéral de toutes les félicités annoncées par les prophètes au sein d’un monde renouvelé. | D'ailleurs, Jésus et les apôtres n’ont jamais parlé du Millénium (1); le discours eschatologique n’en porte pas la trace; et il n’est pas question du chiliasme dans les textes si souvent cités par les millénaires : Matt. 19/28 = 23/37 à 39 — 26/29; Actes 3/19-21. De plus, le Nouveau Testament unit partout, d’une part la destruction de PAn-
(1) Auberlen essaye d’écarter cette objection en distinguant le genre prophétique et le genre apocalyptique : dans le champ de vision du prophète, les divers plans de l’histoire semblent agglomérés; et c’est l'apocalypse (Daniel et Jean) qui opère les distinctions nécessaires.
Ainsi, les quatre empires de Daniel développent, en détail, l’idée géné-
rale de la puissance hostile au règne de Dieu, pouvoir que les prophètes personnifiaient dans Ninive et Babylone. Si tel est le rôle des Apocalypses canoniques, il est aussi étrange, ajoute Auberlen, de chercher le Millénium dans l'Évangile, que d’y chercher la théorie paulinienne de la justification par la foi.
téchrist et la Parousie (7 Cor. 15/24; ? Thess. 2/8), d'autre part la résurrection générale et le Jugement dernier (Luc 14/14; Jean 5/25-29; Hébr. 6/2). Enfin, certains passages du Nouveau Testament excluent, positivement, le Millénium ; nous y trouvons, en effet, l'affirmation que lavenir du monde comporte seulement deux phases : le siècle présent et le siècle à venir, sans que jamais l’idée d’un siècle intermédiaire apparaisse, où que ce soit, dans les textes sacrés. Au moment de l’Ascension, par exemple, quand les apôtres demandent au Maitre à quel moment il rétablira le Royaume d'Israël, la réponse du Seigneur exclut l’hypothèse millénaire. Car le règne de mille ans devrait être inauguré par la Parousie; or, Jésus répond à ses disciples : La tâche actuelle, c’est l’évangélisation; vous me servirez de témoins jusqu'aux extrémités de la terre, autrement dit, jusqu’à la fin du monde. On se rappelle, en effet, la déclaration du discours eschatologique : « Gette bonne nouvelle du Royaume sera prêchée dans le monde entier, pour servir de témoignage à toutes les nations.. Alors viendra la fin. » Si le Royaume était le Millénium, Jésus annoncerait que ses disciples, d'âge en âge, prophétiseront l’avénement du Millénium, et que le résultat imprévu de cet apostolat séculaire ce sera... la fin, c’està-dire : pas de Millénium! L'âge millénaire, en effel, serait essentiellement, et par définition, transitoire! — L'hypothèse chiliaste est éliminée, également, par les paraboles où le Seigneur place à la fin du monde la séparation de l’ivraie et du bon grain, ou le triage des poissons (Matt. 73). Là encore, l’avenir comprend deux ères seulement, et l’on ne sait où loger l’ère milléniale, avec son assemblée des saints, et ses épurations morales anticipées. Nous n’ignorons pas, certes, qu’on essaye
de repousser pareille critique en avançant que la formule … by zh ouvrehsig rod ai&vos ne signifie point « la fin du monde.»
Mais ces explications vont se briser contre la simulta-.
néité du Jugement suprême et des triages mentionnés dans la parabole. |
Il est vrai que l’on pourrait statuer deux J nee (4): après avoir statué deux Fins du monde. Quoi de plus naturel, quand on ne recule pas devant deux Antéchrists, deux Parousies, deux Résurrections et même trois (Blaks-
tone), voire aussi deux Dieux, l’un qui s’est fait connaitre
aux hommes par la Révélation progressive dont la Bible est le document, et l’autre qui jugera les pécheurs d’après une seconde Bible! Roberts estime, en effet, que le Jugement
qui clora le Millénium sera rendu d’après d’autres «livres »
que le « Livre; » dès lors, cela revient à dire que les derniers hommes auront une autre idée de la volonté de Dieu, cela revient à dédoubler l’Éternel. Pareille conception est une atteinte à l'esprit même de la Révélation. Et c’est ici que se place une juste observation de Bovon : «Durant le Millénium, tandis que l’Église jouit de la gloire
dans le ciel, Israël et les nations sont l’héritage de Dieu sur
la terre. Autrement dit, il y aura deux peuples de rachetés
soumis à des règles religieuses opposées. Le culte de l’Église est l’adoration en esprit de l'Évangile; celui des saints de la période millénaire comprendra l’offrande
(1) Henriquet dresse un vaste tableau synoptique des deux Jugements ; lun, qu'il inlitule : Jugement antémillénial ou de la terre habitable, tandis que l’autre est le Jugement postmillénial ou des morts. Il s’efforce de les distinguer en ce qui regarde l’époque, le lieu, les person-
nages, les bases du Jugement, les conséquences du Jugement. En ce qui regarde les conséquences, par exemple, la première colonne porte, pour.
les impies : « Punition éternelle » — et la colonne opposée : « La seconde mort! »
d’holocaustes et de parfums. Même la loi morale sera différente de part et d'autre. Une des portions capitales de l’Écriture, fait remarquer Bettex, est le livre des Psaumes. Or, nombre de ces cantiques expriment des pensées de vengeance condamnées par l'Évangile, mais ces sentiments-là, nous dit-on, fleuriront de nouveau lors de la victoire du Messie; car cette antique poésie, avec ses espérances ardentes, les « gémissements, les prières que les blasphèmes et les persécutions des méchants arrachent aux fidèles, les chants de triomphe que leur inspirent le retour de leur roi et la destruction de ses ennemis, tout cela forme comme une histoire prophétique des temps de la fin. » Ce système détruit le caractère universel et définitif de l'Évangile (1). Jusqu’à la consommation des siècles, il y aura donc deux fractions du peuple de Dieu, ayant chacune sa loi avec ses principes de religion et de morale! Aux uns, Christ recommande de dire : Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. — Aux autres, Dieu permet ou plutôt il enjoint —
‘car, d’après ce système, toute déclaration de l’Écriture est
un ordre — de déclarer quele juste se réjouira à la vue de la vengeance, qu'il baignera ses pieds dans le sang des méchants (Psaume 68). Ces deux religions et ces deux morales persisteront jusqu’au seuil des demeures éternel-
(41) Dorner (Glaubenslehre) fait observer, avec raison, que la puissance rédemptrice de l'Évangile est systématiquement rabaissée par le chiliasme. Celui-ci affirme que l’Église ne pourra pas remplir sa tâche ici-bas, sans une Pentecôte nouvelle; il y a là une tendance qui risque de paralyser le zèle missionnaire; en tout cas, il y a là une source de défiance à l'égard de toute organisation ecclésiastique, un encouragement à concentrer l’activité chrétienne, par principe, sur les individus isolés.
les (1)! L’exposé d’un tel système n'est-il pas la meilleure critique qu’on en puisse formuler? Cest reporter en Dieu le dualisme historique de l’alliance légale et de la révélation de Jésus-Christ (Dogmatique, IT, 504). — «Jusqu'au seuil des demeures éternelles, » écrit Bovon. Mais Roberts prolonge les dualismes à travers l'éternité : « De même que le Christ restera toujours la tête de son peuple, de même les saints qui auront gouverné pendant le Millénium Jjouiront à jamais d’une suprématie glorieuse, à l'égard des multitudes rachetées qui auront reçu la vie éternelle par le moyen des saints » (p. 172). De pareilles aberrations justifient amplement la célèbre formule de la Confession d’Augsbourg : € Damnant et alios, qui nunc spargunt judaïcas opiniones,quod ante resurrectionem mortuorum pliregnum mundi occupaturi sint, ubique oppressis impiis » (Art. 17).
On le voit, les raisons ne nous manquent pas pour écarter l'hypothèse millénaire; nous avons montré les contradictions internes du système, nous avons insisté sur
(1) Cf. Vinet : Études évangéliques, Jésus invisible. L'auteur se demande ce que pourra bien être la vie religieuse, ici-bas, pendant le
règne visible de Christ, « Une fois, du moins, Jésus-Christ a souffert ; et :
ue peuvent avoir à souffrir ceux qui l’environnent? Un seul de ses q
regards les couronne de gloire ; avoir été remarqué par lui, avoir recu
de sa part un ordre, une question, un signe seulement, c’est assez pour
être, aux yeux du reste des humains, quelque chose de plus qu’un roi;
la fidélité, toujours récompensée, toujours sûre d’être applaudie, ne coûte plus rien; l’idée et jusqu’au nom de la désobéissance ayant dis-
paru de tous les esprits, il n’y a plus, de la part des amis de Jésus, ni .
difficulté à surmonter, ni lutte à soutenir; ce n’est plus à travers le feu qu’on est sauvé, ni par beaucoup d’afflictions qu’on arrive à la gloire. La victime n’est plus salée de feu; ou plutôt, il n’y a plus de victime, la religion n’est plus un sacrifice; la bénédiction de la voie étroite, et le royaume céleste ravi par les violents, ne sont désormais que de vains mots. »
son incompatibilité avec les textes. Au point de vue de la présente étude, l’argument décisif restera pour nous l’impossibilité d'admettre une double Parousie, l’une au début, l’autre à la fin du Millénium. Jamais le chiliasme n’a pu démontrer semblable thèse par l’Écriture (1). Rinck affirme bien qu’il est question de la première dans Matt. 27 et 22/1 à 30, et de la deuxième dans 25/31 à 46; mais cette affirmation ne remplace pas une démonstration (Vom Zustand nach dem Tode, p. 237). Et d’ailleurs, mentionner deux venues du Seigneur, c’est une contradiction dans les termes, car si le Christ, une fois retourné sur la terre, y règne personnellement durant le Millénium, comment parle-t-on d’un retour du Seigneur, après mille ans, aux
lieux qu’il n’aura pas quittés? Que si l’on admet, avec
Auberlen, que le Christ retourne au ciel après en être descendu pour inaugurer le Millénium, loin de simplifier l'hypothèse des deux Parousies, on la complique d’unehypothèse nouvelle également injustifiable par les textes. Enfin si, avec Martensen, on réserve la Parousie personnelle pour la fin du Millénium, tandis que la première, purement spirituelle, se manifesterait par lhégémonie du christianisme ici-bas, on conserve le mot sans conserver la chose; tout chiliaste conséquent refuserait de reconnaitre deux
(4) Si nous comprenons certains systèmes, il faudrait parler d’une triple Parousie. On s’est demandé, en effet, si lavénement de Christ et la venue de Christ ne désignaient pas deux époques distinctes, séparées par le règne de l'Antéchrist. L’avénement de Christ serait la délivrance de l'Église, qui disparaîtrait silencieusement du monde; le jour de Christ serait le jugement du monde et de lAntéchrist. Slockmayer
réfute ce système (p. 22 à 39). Mais si un partisan de ce point de vue
tenait au Millénium, où le placerait-il, sinon après la destruction de l’'Antéchrist? Et comment se termine le Millénium, sinon par la Parousie? 11 faudrait donc distinguer lavénement, la venue et la Parousie.
Parousies parallèles, d’une part dans l’apparition glorieuse du Juge entouré de ses anges, et d’autre part dans l’extension intensive de l’influence évangélique sur la terre.
En définitive, nous rejetons le chiliasme (1). |
(4) Citons seulement pour mémoire l'hypothèse de Hengstenberg, lequel voit le Millénium dans le passé! C’est une erreur qu'il faudrait abandonner au romanisme. « Comme Jésus-Christ, écrit De Rougemont, n’est point encore descendu des cieux, pour entrer dans son règne, l'Église romaine, qui règne au lieu de témoigner, règne sans les apôtres et sans Dieu. Cette vérité, entrevue par Jurieu, excitait la colère de Bossuet. Il voulait n’y voir qu'un reste d'opinions juddiques, que la lumière de l'Église a entiérement dissipées depuis 1.300 ans. » Aussi, l’eschatologie de Hengstenberg donne à penser aux exégètes; car lequel d’entre eux formulera, plus nettement que lui, les principes d’une saine interprétation scriplturaire? « Avant tout, mon but est de conserver une bonne conscience à l'égard des textes; je ne veux pas, au fond de mon cœur, souhaiter la disparition de tel ou tel passage; je ne veux faire violence à aucun mot, mon attitude sera celle du naturaliste qui étudie, sans se lasser, au microscope, et rapporte, fidèlement, les résultats de son examen. »