CHAPITRE CINQUIÈME II. — L'ÉVOLUTIONNISME
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À tout seigneur, tout honneur! Cest d’abord sur le terrain de la théologie proprement dite, que nous avons cherché les symptômes précurseurs d’un retour à la doctrine du Royaume. Mais l'influence du dynamisme ritschlien, si réelle qu’elle soit, ne franchit guère les limites de l'École. Or, la doctrine du Royaume, pour s’édifier, a besoin d’une base plus large que celle des Facultés de théologie,
voire que celle de l’Église; il lui faut des fondations pro- :
fondes, creusées en pleine masse humaine. Il lui faut la
connivence de tous les soufifles moraux, de tous les cou-
rants intellectuels qui impriment à la société contemporaine une direction déterminée, caractéristique de notre âge. Ce mouvement d’ensemble'existe, et le mot : « Évolutionnisme » le désigne suffisamment,
La notion du devenir, chez Ritschl, est dominée par la vision du Royaume; scripturaire ou non sous sa plume, cette notion est bien la cause finale qui tire à elle tous les éléments du système.
La notion du devenir, dans l’Évolutionnisme, n’a pas:
son point d'attache dans l'avenir, mais dans le passé. Elle ne s’appuie pas sur une idée rationnelle, mais sur une
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observation scientifique; plus spécialement, sur la géologie et l’histoire naturelle. À parler rigoureusement, c'est l'évolution qui est un fait; l'évolutionnisme est une hypothèse. C’est dans le monde vivant que l’évolution se constate, non pas au-dessous (dans le monde inorganique) ni au-dessus (dans le monde moral). Évidemment, si l’on use du mot évolution dans un sens lâche, plus littéraire que scientifique, on peut parler d’une évolution de la matière ou de l’histoire; mais si l’on prend le mot évolution dans sa signification étymologique, action de sortir en se déroulant, seule une cellule peut évaluer. Il n’va d'évolution possible que pour un germe vivant, qui déroule extérieurement ses virtualités intérieures (1).
Toutefois, dans ce chapitre, nous prendrons le mot évolutionnisme au sens courant du terme; non pas que nous en approuvions l'emploi, mais parce que la signification erronée qu'il a prise apporte un élément précieux de démons- - tration à notre thèse. Dans le langage du jour, en effet, le vocable évolutionnisme en est venu à servir de synonyme au mot progrès. Il y a là quelque chose d’absurde ; l’idée d'évolution, marquant la connexion organique entre un élat conséquent et un état antécédent, on ne voit pas pourquoi cequi vient après serait nécessairement supérieur à ce quivient avant. Évolution ne signifie pas plus progression que régression; il signifie l’un et l’autre, et la philosophie de Spencer le prouve assez, puisqu'il nous montre l’univers actuel aboutissant à une désagrégation finale, pour s’agréger à nouveau momentanément, et passer ainsi du cosmos au chaos et du chaos au cosmos par un gigantesque jeu de
(4) Cf. les observations que nous avons présentées, dans la Revue chrétienne, sous ce titre : « L'évolutionnisme est-il anti-biblique ? » (Janvier 1900).
montagnes russes (1). Le mot évolutionnisme ne devrait donc pas signifier progrès; mais le fait qu’on lui prête cette signification est, précisément, ce qui nous importe; car l’idée de progrès, qu'on v insinue, caractérise les tendances de notre époque, et justifie nos assertions sur l’inclinaison de l’esprit moderne vers la doctrine du Royaume.
Cette doctrine émerge des ténèbres, tirée pour ainsi dire, en avant, par la théologie ritschlienne, et poussée par l’évolutionnisme. Dans les pages qui suivent, nous voudrions montrer à quel point la notion du devenir s’est emparée de la science, de l’art, de la philosophie sociale et de la religion. Le champ à parcourir est vaste; nous nous bornerons à jalonner la route que d’autres pourront tracer.
40 L'Évolutionnisme et la science.
En astronomie, l'hypothèse de la nébuleuse primitive a jeté l'univers entier dans le moule de l’Évolution. En physique, les expériences qui ont abouti à la thermodynamique et à l’'énoncé du principe de la conservation de l’énergie, ont fortifié l’idée générale de l’Évolution. Si nous passons à la géologie, puis à la biologie, plus spécialement encore à l’embryologie, nous trouverons le terrain où le principe évolutionniste règne en maître. Appuyé suf tous. ces faits, Spencer formule ainsi la loi de l’Évolution « L'évolution est une intégration de matière accompagnée d’une dissipation de mouvement, pendant laquelle la’ matière passe d’une homogénéité indéfinie, incohérente, à.
(1) L'histoire complète d’une chose doit la prendre à sa sortie de J’imperceplible, et la conduire jusqu'à sa rentrée dans l’imperceptible » (Spencer : Premiers principes, $ 93. — Cf. J. Dubois : Essai sur le principe de la morale évolutionniste, d'après la philosophie synthétique de Spencer).
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