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Le Lors

Re. L'ISSUE DE LA TRIPLE CRISE 205

point participer à certaines religions, ainsi, aujourd’hui,

certaines lois de tempérance qu’on observerait, rendraient

la vie sociale difficile, et pourraient même être contraires à l’'accomplissement des fonctions et des devoirs tels qu’ils sont, et qu’on est obligé de les comprendre. » Et encore : « Il est permis de rendre le mal pour le mal; en échange d’un véritable mal causé à l'agent, c’est-à-dire commis à son préjudice et contre la-justice, ce dernier a le droit de rendre un bien aux termes de la loi morale, c’est-à-dire ce que le délinquant jugera être un mal, en tant que contraire

à sa propre conservation ou à ses intérêts. » Inutile de

prolonger des citations qui rappellent Escobar, et qu'il

nous répugne doublement de reproduire, quand nous songeons qu’elles émanent d’un noble esprit (1). La moralité du Royaume ne tolère aucune compromis-

(1) Voilà où lon en vient, quand on refuse de reconnaître la portée sociale et la signification messianique du christianisme. Renouvier na-t-il pas écrit : « C’est une erreur grossière, explicable seulement par

l'extraordinaire optimisme du XIX° siècle, que le parti pris de tant

d’interprètes de nous présenter Jésus comme un croyant à l’avenir de bonheur de Phumanité terrestre, et confiant dans la prédication de ses apôtres pour corriger le monde, et améliorer à la longue le régime politique des nations. La haine et la condamnation du monde forment le sentiment dominant sans lequel le christianisme tout entier, en son origine, devient un phénomène historique inintelligible:.. La croyance et le culte des chrétiens étaient ce que l'antiquité nommait un mystere : une association de particuliers ne connaissant, en dehors de la loi civile et commune, que les obligations morales mutuelles de ses membres, et de laquelle chacun retire, grâce à une doctrine religieuse et à un enseignement spécial, le degré de perfection morale et de sanctification dont il est capable, et dont c’est affaire à lui de trouver, personnellement, les conciliations possibles avec les devoirs attendus de lui dans le milieu général des mœurs et des lois où il à été placé par [a naissance » (Année philosophique, 1893. — Etude philosophique sur la doctrine de Jésus-Christ). C’est tout simplement, en langage abstrus, une réédition de la formule banale des sceptiques : «A chacun son métier ! Que le curé resle à l’église ! »

Ni

sion, ce serait une trahison à l’égard du Roi. Adapter nos mœurs à la réalité, les conformer à ce qui est, au lieu de les régler sur ce qui doit être, ce serait proprement abdi-

quer, déserter la cause de l'humanité, renoncer à l’exauce-

ment de l’oraison dominicale, et remplacer la lutte pour le Royaume par la résignation pure et simple au statu quo, à ce vaste système de prudentes compromissions dont l’établissement ecclésiastique semble donner l'exemple.

A quoi bon, en effet, la requête fondamentale, l’interces-

sion unique et persévérante : Que ton Royaume vienne ! si

le monde est promis à la destruction comme irrémédiable-

ment mauvais? Il est promis, au contraire, au triomphe de .

la justice messianique, à la victoire de la moralité intégrale. La prière d’un isolé est le gage de sa royauté future, la possession anticipée de notre planète par un seul individu, affranchi de l’espace et du temps. Cloué sur un lit de maladie, il promène sa prière de l'Islande à Madagascar, des Indes à l’Australie. Omniprésent, il ajoute partout l’élan triomphant de son âme à la coalition divine des invisibles puissances qui luttent pour la rédemption du monde. Il entoure le globe terrestre de ses bras, et joint les mains au-dessus. « L’intercession est une réalisation volontaire de la solidarité. Le secret de la prière est lé secret du monde » (Secrétan). |

Il faut accepter la morale enseignée par l’oraison dominicale, d’après laquelle il faut connaître, aimer, poursuivre le but ultime de la vie, avant de demander le pain quotidien et le pardon; car, à quoi bon la santé et le pain, si l’on ne sait pas à quoi les employer ? Le but de lexistence n’est pas d'exister, mais d’entrer dans la signification de l’histoire, et de livrer joyeusement sa petite vie pour le grand œuvre de l'Eternel. Dieu est, Dieu règnera,

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Dieu règnera sur la terre, telle est la gradation des trois premières demandes. Quelle terre? Celle dont la peinture, la botanique, la géographie, l’astronomie et toutes les sciences racontent la gloire. Ces sciences empruntent leur dignité véritable au fait qu'elles étudient la nature, et que le globe sera soumis à la volonté du Très Haut. L’instruction est donc transformée par la vision du Royaume; elle est, désormais, un solennel et patient effort pour suivre, pas à pas, de siècle en siècle et de rivage en rivage, la trace de l’activité restauratrice ; et chaque mappemonde nous crie: Regarde le lieu où se dressera le trône du Seigneur! De même, l’idée de patrie est transfigurée ; chaque nation nous apparaît comme une association providentielle et qui travaille, dans un district déterminé, selon son génie particulier, au développement

intensif de la race humaine. Il faudrait payer l'impôt rai-

sonnable avec joie, puisqu'il représente une contribution volontaire à la fondation du Royaume (1).

Comme le dit Reinhardt : « Le retour à l’espérance bibli que de la venue du Royaume de Dieu sur la terre simplifiera la vérité, et fera du Christianisme une affaire pra-

(4) On ne médite pas assez, parmi nous, sur la doctrine positiviste

du Grand Etre. Dans le domaine de l’économie politique, elle aboutit

aux mêmes conséquences que la vision du Royaume. Cest ainsi que

.Comte voit, dans la propriété, une fonction Sociale, destinée à former

et administrer les capitaux par lesquels chaque génération prépare les travaux de la suivante. Le service volontaire de l’humanité, d’après Comte, n’envisage plus dans le travail une simple source de profils personnels ; ce sont [à des mœurs d’anarchie (Politique Positive, Il, 459). Au contraire, le salaire n’est plus envisagé que comme payant « la partie matérielle de lPoffice, puisqu'il faut réparer » les consommations qu'exige constamment l'organe, et souvent la fonction; mais quant à l'essence même du service, « elle ne comporte jamais d’autre vraie récompense que la salisfaction de lPaccomplir (Gf. Dorison : Positivisme social, Correspondance universilaire, avril 1898;. |

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tique. Tout un monde d'illusions se trouvera balayé : chaque vocation terrestre sera sanctifiée, en devenant un travail direct pour le service du Messie.» Rien de plus juste. Quand le navire fait eau, humble manœuvre qui pompe, à fond de cale, sait qu’il contribue, avec le capitaine, au salut de l'équipage. De même, le plus pauvre cantonnier, tandis qu’il empierre les routes, a le droit d’être sublime, et de se dire: À ma manière, je suis un Jean- Baptiste, je prépare les voies du Seigneur! Il v a identité, - pour le chrétien authentique, entre le domaine appelé reli-

gieux et le domaine appelé laïque. On ne voit pas comment

un être animé de l'esprit de l'Homme-Dieu pourrait établir une distinction quelconque entre une activité soi-disant divine, et une activité soi-disant humaine, entre le sacré et le profane (1). Le chrétien, ici-bas, ne connaît qu’une seule opposition radicale: celle de la sainteté et du péché, l’antagonisme de la vérité et du mensonge, de la lumière et des ténèbres, pour employer les expressions de l’apôtre Jean.

Affranchi, le chrétien ne se demande pas si la vie est bonne ou mauvaise ; elle est la vie, c’est-à-dire une marche en avant, un noble travail, une attente courageuse, une belle espérance(2). La vie du Christ Jésus a-t-elle été heu-

(4) Ni même entre la justice de la conscience morale et une justice:

surnaturelle. Pascal écrivait: « Qu’y a-t-il de pluscontraire aux règles de notre misérable justice que de damner éternellement un enfant incapable

de volonté, pour un péché où il parait avoir si peu de part, qu’il est 2 L

cobmis 6.000 ans avant qu'il fût en être?» (Pensées. Art. VIIL Edit. Havei).

(2) Après avoir écrit ces lignes, nous avons été très frappé par les affirmalions suivantes, publiées dans la Revue Socialiste, en juillet 1900 : «Ce sera toujours un problème ouvert que de comprendre la position de l’homme dans l'énorme Cosmos: mais j'ose dire que, dès maintenant, la pensée socialiste à dépassé la vaine opposition du pessimisme

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