‹ L'espérance chrétienneChapitre 29 sur 52 · RS · texte numérisé non relu

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« chrétiens » leur fut infligé par les païens. Les membres de l’Église primitive se traitaient de frères, de disciples, de saints, mais ils ne se traitaient jamais entre eux de chrétiens. Les Juifs ne les désignaient pas davantage sous ce nom-là ; pour les fidèles de la synagogue, ils étaient des Galiléens, des Nazaréens. Le sobriquet de & chrétien » fut inventé par les Grecs ; ceux-ci, entendant toujours parler du Christ par certains hommes, s’amusèrent à les désigner sous le nom de Christianistes ; yp1570ç étant rendu en français par Christ, ypioriavds devrait se rendre par christianiste. Christ fait christianiste, comme Bonaparte fait bonapartiste. Voilà le sens étymologique du mot chrétien ; on ne le trouve que trois fois dans le Nouveau Testament, et il est chaque fois cité comme un terme de raillerie ayant cours parmi les paiens (Actes 11/26, 26/28, 1 Pierre, 4/16).

Le mot Christ n'étant, lui-même, que la traduction en grec du mot hébreu Messie, un christianiste est un messianiste. Un chrétien est un disciple du Messie ; et ce dernier mot n'étant que la reproduction presque littérale du vocable hébreu qui signifie oint, nous aboutissons à la conclusion | suivante : Jésus-Christ (formule grecque) signifie Jésus- Messie (formule hébraïque), et Jésus-Messie signifie Jésus- Oint (formule française). On oignait d'huile, chez les Israélites, les sacrificateurs, les rois, parfois les prophètes, et cette huile représentait l’effusion du Saint-Esprit sur la personne consacrée. Dans le langage de l'Ancien Testament, l’'Oint de l'Eternel désigne très spécialement le roi. David refuse de tuer Saül en disant: Il est l’oint de l'Éternel ! Parole qu’on pourrait aussi bien traduire: il est le messie, ou même le christ, de l'Éternel ! Au surplus, les Hébreux en vinrent à désigner par ce simple qualificatif : lOint, le roi prédestiné, le roi prédit, le roi sauveur dans lequel ils

concentraient toutes leurs espérances religieuses, en un mot : le Messie. Croire en Jésus-Christ, c’est croire en J'ésus- Messie, en Jésus-Roi. Tout chrétien authentique est obligé de savoir pourquoi il salue en Jésus un Roi. Or, Jésus a déclaré lui-même qu'il était Roi parce qu'il était venu fonder le Royaume de Dieu : « Qu'il arrive ton Royaume ! 4 Qu'elle s’accomplisse ta volonté, et sur la terre comme dans le ciell » Le vrai messianiste, en définitive, le vrai chrétien, c’est celui qui répète cette requête avec la résolution d’être exaucé. Que les Églises acceptent l’Oraison dominicale, et le XXe siècle pourra accepter l'Évangile !

Il est évident que le christianisme catholique des romains, et le christianisme imparfaitement décatholicisé des protestants, ne sont pas en harmonie avec l'esprit moderne, lequel met l’action au-dessus de la théorie, la

vie au-dessus de la religion, la fraternité effective au-dessus

de la liberté abstraite. Mais ces trois barrières, qui séparent du christianisme l’esprit moderne, pourraient tomber d’un seul coup, si l’on présentait l'Évangile au monde comme le foyer le plus intense d’action, de vie et de fraternité; cet Évangile, c’est celui de l’Oraison dominicale. En effet, si l’on a appelé « Charte du Royaume» le sermon sur la montagne, on peut appeler l’Oraison dominicale La prière du Royaume. Elle est l'inspiration quotidienne et le programme permanent des disciples du Messie, de ceux qui

acceptent, comme lui, la mission de réformer le monde, | coûte que coûte.

« Que ton nom soit sanctifié! Que ton Royaume arrive ! Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel! » Voilà ce qu’il faut demander, avant la nourriture, avant le pardon. S'unir au Messie pour transformer la terre, voilà

la vie chrétienne dans sa glorieuse et formidable simplicité, dépouillée de formules philosophiques, de subtilités dogmatiques, droite comme le chemin qui mène de Bethléem au Calvaire, de la croix à la résurrection, de la Pentecôte au Royaume prédit par les prophètes. Etre messianiste, c’est vouloir précisément ce qu’il a voulu, lui, le Fils de l’homme. Et, voulant ce qu’a voulu le Saint et le Juste, c’est découvrir immédiatement, et par l’effort même pour agir, sa propre infirmité, la radicale souillure intérieure qui paralyse notre activité, l’égoïsme féroce qui glace tragiquement notre cœur; cette stupéfiante révélation de notre péché n’est pas le résultat de nos lectures pieuses, de nos examens de conscience dans un fauteuil, de nos larmes dans une chapelle, elle sort de l’expérience qui nous

atterre, elle jaillit de notre impuissance à réaliser l’œuvre -

libératrice pour laquelle nous sommes formés. Acculés dans cette impasse, une seule issue s'offre à nous, et c’est « la porte étroite, » c’est la repentance. Ainsi, il nous suffit de prendre au sérieux notre mission de sauveteurs, pour être jetés aux pieds du Sauveur; la noble ambition de sauver, suscite en nous le noble besoin du salut. Et quand nous sommes engagés nous-mêmes dans l’armée du Conquérant, combien nous pénétrons davantage dans le mystère de son immolation rédemptrice ; combien il nous est plus aisé de nous identifier, par La foi, avec celui qui s’est identifié avec nous par l’amour ; combien le don volontaire de son corps et de son sang à l’humanité indifférente et laide, stupide et cruelle, nous apparaît mille fois nécessaire pour pratiquer une trouée dans la forteresse de liniquité sociale ; et combien, passant nous-mêmes par cette brèche triomphale, combien nous comprenons personnellement

l'obligation du sacrifice persévérant et silencieux, et de la

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