‹ L'espérance chrétienneChapitre 35 sur 52 · CREER D · texte numérisé non relu

CREER D

Dans la section intitulée: « Le Royaume dans les

24 cœurs, » voici quelles seront nos divisions : 1° La souf-

france, ou le salut cherché; 2° La conversion, ou le salut trouvé ; 3° La sainteté, ou le salut possédé ; 4° La mission, ou le salut propagé.

En ce qui regarde la manière dont nous exposerons ces

- diverses phases de la régénération intégrale, nous ne per-

drons pas de vue un trait fort important. Le voici: assurément, comme nous l’avons indiqué plus haut, le

Royaume extérieur est impossible sans le Royaume inté- - rieur, le Royaume de Dieu ne peut s’établir dans le monde

sans s'établir dans les individus qui sont appelés à modifier “le monde ; toutefois, s’il est vrai d'affirmer que le Royaume objectif est impossible sans le Royaume subjectif, il est

. également vrai d'affirmer que le Royaume subjectif ne peut

parvenir à son plein développement dans un cœur où

n’agit point la préoccupation du Royaume objectif. Et c’est

ce qu’on oublie trop souvent. On traite les questions relatives à la vie chrétienne, comme si cette vie formait un

tout par elle-même : c’est un cycle qui commence par la

repentance et par la foi, et qui passe par la conversion: et

la sanctification, pour aboutir à l’assurance personnelle du

salut éternel. Il y a là un ensemble dont les parties sont tellement liées, que la doctrine de la terre nouvelle, la doctrine biblique du Royaume, y cherche en vain une fissure où plonger ses racines. Quand elle y réussit, elle ne peut

* se développer, elle apparaît étriquée, anémiée, à l’extrémité des catéchismes, comme une excroissance de mousse

au sommet d’un mur, et nul ne pourrait se douter que ce

brin de lichen correspond, dans l’économie de la pensée chrétienne, à cet arbre gigantesque de la parabole, cet

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arbre auquel Jésus compare le Royaume, et qui ombrage ‘les peuples sous ses branches.

Pour échapper à ces résultats antiscripturaires, il faut

présenter le développement de la vie chrétienne, dans l’individu, comme une partie intégrante du vaste mouvement | messianique, de l'immense travail rédempteur, qui entraine le monde entier vers la réalisation de ses destinées providentielles. Il faut montrer aux catéchumènes que le - Royaume de Dieu s’établira en eux, dans la mesure où ils seront préoccupés de l’établir autour d'eux. N'est-ce pas là, d’ailleurs, le sens profond de cette célèbre affirmation sans cesse répétée par les catéchètes: « La volonté est l’organe de la croyance ? » Cela signifie, en effet, que nul ne parvient à la certitude religieuse avant d’avoir imprimé une certaine direction à sa vie. Ainsi donc, l'Évangile est tellement lié à la doctrine du Royaume, qu’il est impossible d'accepter, intellectuellement, les vérités chrétiennes, . si l’on n’est pas entré, moralement, dans le sens de lPhistoire universelle.

Nous resterons fidèle à ces intuitions, en traitant les points particuliers qui se rattachent à la naissance et au développement de la vie évangélique dans les cœurs. Nous montrerons comment la vision de notre mission à remplir, ici-bas, nous convainc de notre faiblesse, de notre égoïsme, et nous jette aux pieds du Sauveur, qui peut, seul, nous rendre capables de collaborer avec lui à la rédemption du. monde ; c’est là, proprement, le but de la vie, c’est-à-dire la sanctification, puisque c’est devenir pleinement homme, et semblable à Jésus-Christ. Et c’est dans cet esprit-là que nous exposerons les questions relatives à l’entretien de la vie sainte, par la lecture de la Bible, par exemple, et la prière. Nous montrerons que les Écritures restent un livre

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. fermé, aussi longtemps que nous ne les étudions pas à la

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clarté de la nouvelle Jérusalem, car, en nous disant ce que

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Dieu a fait, ce qu'il fait et ce qu’il fera pour le salut du

monde, la Bible concentre nos pensées sur le combat qui … Se livre entre la lumière et les ténèbres, et, en nous ame-

nant à soupirer après le triomphe messianique de Jésus- Christ, elle nous inspire une ardente ambition de contribuer

à l'établissement du Royaume de Dieu sur la terre. Voilà la

source où s’alimente la prière de la foi et de l’obéissance ;

elle n’est possible qu’à ceux qui acceptent le but de la vie . tel qu'il est révélé dans l’Oraison dominicale, c’est-à-dire

quiplacent la sainteté morale au-dessus de la prospérité, et

… qui (cherchent premièrement le Royaume » en eux-mêmes

etautour d'eux. Prier dans cet esprit-là, c’est vraiment

. prier dans la communion de Jésus-Christ, c'est nous pré-

senter devant Dieu, non pas en notre propre nom, mais au

. nom du Sauveur, au nom des intérêts rédempteurs du

Messie qui enveloppe de sa compassion l'humanité. En

résumé, nous serons amenés à définir ainsi le disciple du Maître : le chrétien, c'est l’homme régénéré qui travaille, en Jésus-Christ, à la régénération de l'humanité (1).

Et voilà pourquoi la section intitulée : Le Royaume dans les cœurs, s’élargit insensiblement jusqu’à la section sui-

. vante, qui en est l’épanouissement: Le Royaume dans le

monde. Cest ici que se placerait la théorie de l'Église,

laquelle a pour fin suprême la constitution du Royaume de Dieu sur la terre. Elle est au Royaume ce que Jean-Bap-

(1) 11 y travaille, non seulement par devoir, mais par intérêt. La

constitution du Royaume est la condition du salut intégral pour l’individu. Je serai sauvé quand l'humanité sera sauvée. Alors je pourrai

cesser de m'écrier : « Je voudrais être anathème, loin de Christ, pour

mes frères! »

tiste était à Jésus-Christ; elle prépare et prédit son avènement. ; : JT TRI L'Église est fidèle ou infidèle, selon qu’elle montre où … qu’elle voile la plénitude infinie du Rédempteur, tel qu'il se révèle à nous dans la Sainte Cène, qui est la cellule génératrice de l’Église. À la table sacrée, nous possédons Jésus-Christ tout entier, celui qui a souffert, qui vit et qui règnera. Or, l’histoire de l’Église paraît prouver que les ‘‘# siècles passés ont exalté, tour à tour, l’un des caractères | à du Sauveur, sans opérer la synthèse de toutes ses gloires. ‘a Pendant la période héroïque de sa formation, l’Église a été surtout inspirée par la pensée que le Sauveur était vivant, et qu’il avait promis de revenir pour délivrer les siens. Plus tard, l’Église romaine adora surtout le Christ juge et dominateur, non pas celui qui règnera, mais bien celui qui règnait, soi-disant, par l'entremise de l'établissement catholique identifié avec le Royaume de Dieu. Enfin, le protes- 4 tantisme contempla surtout le Christ en croix, mourant pour la justification des pécheurs. | 2 L'Église évangélique d'aujourd'hui aspire à préseñter aux hommes un Sauveur complet; et, sans diminuer 12° valeur de son sacrifice, elle insiste à nouveau sur sa vie et sur son triomphe assuré dans le monde. Le réveil de la piété chrétienne, au XIX° siècle, n'avait pas été accompagné d’un réveil correspondant de la pensée chrétienne, et voilà pourquoi l’Église, à l’aube du XX: siècle, est isolée au sein de la civilisation occidentale. Elle a été évincée du domaine ds. intellectuel par la science, et du domaine pratique par le : ; socialisme ; et cela, parce qu’elle n’a pas suivi pleinement. 2 l'exemple de son Chef. Car il est dit de Jésus qu’il parcou- à rait les villes et les villages, enseignant, prêchantet guérissant, tandis que l’Église a surtout prêché; elle s’est

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ES efforcée de satisfaire les besoins moraux de l'être humain, À mais sans donner une attention suffisante à ses besoins w intellectuels ou physiques. Et non seulement elle s’est trop | enfermée dans le domaine de la prédication, mais elle n’a . pas prêché la bonne nouvelle du Royaume au sens où : Jésus l’entendait. Elle a prêché, et avec raison, la conver- sion du cœur et la promesse de la vie éternelle, mais elle n'a pas insisté sur le véritable caractère du Royaume de Dieu; elle l’a tantôt identifié avec le ciel, tantôt avec à PÉglise elle-même, tantôt avec la paix de l’âme, mais elle n'a pas montré que le Royaume de Dieu, au sens biblique

… du mot, c’est la terre nouvelle où la justice habitera. Heureusement, l’Église cherche à pénétrer toujours plus profondément le secret de l'Évangile. Elle comprend que, si le mot Christ signifie Messie, croire en Jésus-Christ c’est

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croire en Jésus-Messie, en Jésus-Roi, et elle prend pour devise: Il faut qu’il règne sur la terre! L'Église comprend, aussi, que si le mot chrétien dérive du mot Christ, un à chrétien doit être un disciple du Messie, un messianiste, UE Le christianisme a été compromis par des siècles d’erreurs nr et de crimes, il est devenu le cléricalisme, il est méprisé E ou haï comme tel, et c’est un châtiment mérité; mais le christianisme messianisé, retrempé aux sources de l’hébraïsme authentique et du moralisme prophétique, sera un christianisme affranchi de toute solidarité avec le catholi- cisme,un christianisme franchement laïque et scripturaire,

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dominé par la vision du Royaume de Dieu.

Ces considérations sur l’histoire de l’Église et sur la chrétienté contemporaine, est-il besoin de le dire ? n’entre- È ront point, telles quelles, dans notre catéchisme, mais | nous chercherons à nous en inspirer, et elles devront se

compléter par un tableau général des forces que l’Église \

évangélique peut mettre en ligne, pour combattre le paganisme extérieur ou intérieur et les iniquités sociales de l'heure présente. Et, pour nourrir la confiance. des catéchumènes dans les victoires futures du Messie, il faudrait terminer par une esquisse de tous les progrès moraux réalisés, depuis le début de l’ère chrétienne, dans les divers domaines de l’activité humaine: émancipation des esclaves, de la femme, du peuple, de la raison, de la foi elle-même opprimée par la superstition religieuse et l’autoritarisme clérical. Ces progrès, il est vrai, ont été scandaléusement

lents, et il en est qui ont été obtenus malgré l’Église et,

contre elle, mais l'Évangile est à l’œuvre, irrésistible, débordant, il s’affranchira toujours davantage de l’ecclésiasticisme, et remplira toujours plus librement sa glorieuse mission rédemptrice. Le

Pour ces dernières. leçons, il faudra autre chose qu’un crayon et du papier, mais des cartes, des statistiques, des photographies, des récits de voyages, des visites aux musées, aux établissements philanthropiques, et surtout, peut-être, aux sombres ruelles où les petits enfants jouent dans le ruisseau à l’ombre de l’usine, de l’hôpital, ou de la caserne.

Hélas! en promenant ainsi nos catéchumènes à travers la société actuelle, nous serons bien obligés de convenir que le monde entier semble organisé de manière à étouffer en eux toute consécration enthousiaste ou, seulement loyale, au Messie. Jeunes gens ou jeunes filles, pauvres ou riches, au lendemain de leur admission dans l’Église, presque tous les catéchumènes se trouvent acculés à la nécessité de choisir entre la fidélité à leurs engagements d’une part, et leur gagne-pain de l’autre, ou la paix domestique.

Si quelqu'un demandait en quoi cette instruction caté-

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