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CHAPITRE NEUVIEME II. — LA RÉFORME DES ÉTUDES THÉOLOGIQUES

Où yap iv Àdyw n Pasthsia vod Oeoù AN év duvauet (1 Cor. 4/20).

À quoi bon de nouveaux catéchismes, si les catéchistes n'étaient pas renouvelés ?

Pour savoir si les futurs pasteurs sont préparés à leur mission de prophètes et d’apôtres, à leur mission de voyants et constructeurs de la Nouvelle Jérusalem, il ne suffit pas de rechercher s'ils sont préparés au ministère pastoral proprement dit, au sens technique du mot ; il faut rechercher, avec plus de soin encore, dans quel esprit la science leur est communiquée, quel est l’édifice dogmatique qui sert de cadre aux connaissances variées qu’on leur distribue. La doctrine du Royaume ne se laisse pas surajouter à un enseinement théologique ; on ne l’aborde pas dans tel ou tel chapitre isolé de l’Éthique ; mais elle doit être partout, au départ et à l’arrivée ; elle est le vivant support et la solide ossature de l’organisme encyclopédique.

Néanmoins, si la préparation (messianiste» des futurs pasteurs n’est pas subordonnée, uniquement, à leur préparation technique, celle-ci en demeure la présupposition nécessaire. |

Qu'est-ce, en effet, qu'un pasteur? (1°) Cest un chrétien qui (2°) dans le service d’une-église particulière, et au nom de l’Église universelle (3) travaille à l’extension du

règne de Dieu et à l'avènement de Jésus-Christ. (Cette activité extensive de l’Église, jointe à l'influence intensive de son Chef, doit aboutir à l’établissement du Royaume).

La préparation du futur pasteur est donc triple : 4° la préparation spirituelle ou celle du croyant; 2% la préparation technique ou celle de l’ecclésiastique ; 3° la préparation

prophétique ou apostolique (sociale-religieuse) qui est celle

de l’évangéliste (proprement : du messianiste).

La préparation spirituelle, à elle seule, ferait un chrétien, mais non un pasteur. La préparation ecclésiastique, jointe à la préparation spirituelle, pourrait faire un prêtre, mais non un pasteur. Pour faire un pasteur, il faut la préparation apostolique. Évidemment, la technique est indispensable; mais, servir une église particulière, ce n’est pas nécessairement remplir, ici-bas, un rôle de prophète et d’apôtre. Il faut que l’activité au service d’une église parti-

culière soit exercée au nom de l’Église universelle, et que

celle-ci soit, elle-même, considérée comme le moyen dont le Royaume est la fin.

On conçoit que la préparation technique, ainsi orientée, sortira des cadres de l’homilétique, et de la catéchétique, et de la liturgique, pour déborder sur le champ de l’évangélisation religieuse et sociale.

Assurément, l’activité spirituelle est primordiale ; mais elle contient l’activité sociale. La chrétienté du XIXe siècle a conquis l'intelligence de cette affirmation du Christ: «Le second commandement est semblable au premier. » Conserver cette conquête, c’est pour l’Église une question de vie ou de mort, car les foules se détournent d'elle; on ne prend même plus la peine de la haïr, on l’ignore. Les temples sont vides, et les cabarets sont pleins. Que faut-il donc au futur pasteur? Une vue claire de la situation.

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Or, les Facultés universitaires n’exigent guère du candidat au ministère que des garanties dogmatiques et ecclésiastiques ; elles ne le mettent pas en mesure d'offrir davantage. Mais elles devraient se rappeler qu’elles abritent, au moins, trois espèces de jeunes gens. À côté de ceux qui se préparent au ministère proprement dit, il y a, d’une part, des étudiants désintéressés qui n’auront jamais besoin de présenter des garanties dogmatiques ou ecclésiastiques, mais il y à, aussi, des jeunes gens chrétiens qui se préparent à l’activité évangélique en dehors des cadres confessionnels, et ceux-là ne trouveront pas l'emploi d’un brevet ecclésiastique. À l’époque où nous vivons, la préparation qui est nécessaire pour l’évangéliste est nécessaire pour le pasteur ; car le ministère pastoral proprement dit, même dans une paroisse organisée, revêtira toujours davantage une forme plus populaire, plus largement humaine, et plus nettement apostolique. Aussi, l'introduction d’un cours sur les questions sociales dans l’enseignement des Facultés de théologie, est l’un des besoins pressants de l’heure actuelle.

Nous avons entrepris, sur ce point, une enquête tristement significative (1). Sur toutes les réponses qui nous sont parvenues d'Europe, deux seulement — sauf erreur — affirment l'existence d’un cours sur les questions sociales. D'autre part, on nous répond : «Nous abordons ces sujets ; » ou: « Nous avons un professeur d’'Éthique chrétienne; » ou: « L'Université n’a rien à voir là; » ou: «On s’en occupeentre étudiants ; » ou: «Cela ne regarde pas le Séminaire. Les étudiants sont libres d'aborder ces sujets-là, s’ils en ont le loisir. » [l nous faut traverser l’Atlantique, pour reprendre

(4) Cf. Notre brochure: Les résultats d’une enquête. Prépare-t-on les futurs pasteurs à travailler pour le Royaume ?

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courage (1). Dans le programme d’études publié par la Faculté de théologie, à Chicago, en 1898, nous relevons les cours suivants : 1° Methods of social amelioration ; 2° Social institutions of organized christianity; 3° The labor movement ; 4 Legal, industrial, educational and religious pro-

blems of the Family; 5° Amelioration of rural life; 6 Modern

cities ; 7° Principles and methods of relief; organization of benevolence ; 8° The function of philanthropy in social progress; 9% Social treatment of crime; 10° Biblical and ecclesiastical theories of Society; 11° Social teachings of Jesus; 12% Social teachings of the apostles. — Là, depuis 1896, tous les étudiants en théologie doivent, pendant les deux premières années, suivre deux cours de sociologie, couvrant chacun douze semaines. Les futurs pasteurs, missionnaires ou évangélistes, ont, du reste, la liberté d’entendre des lecons complémentaires dans les autres départements de l’Université; par exemple, dans les sections de Pédagogie, Economie politique et Sociologie.

Dans le Boston University year book, 1897, nous trouvons un programme analogue. Une lettre particulière, datée de New-York (1897), nous donne les renseignements suivants: «Dans tous nos séminaires on professe la théologie pastorale et la sociologie chrétienne; celle-ci est l’objet d’une faveur enthousiaste auprès d’un grand nombre d’étudiants. Sur les huit séminaires de l’Église congrégationaliste, les quatre principaux ont des professeurs spéciaux de sociologie ; ettrois autres préparent, je crois, des séries de cours sur le sujet. »

(1) Nous regrettons que l'Angleterre ne nous ait pas fourni plus de renseignements sur ce point spécial. Les « colonies universitaires » sont une admirable manifestation du mouvement qui s’y dessine parmi les étudiants de tout ordre.

On comprend que le professeur Allier ait laissé échapper ce cri du cœur, après avoir analysé l’enseignement social qui se donne au séminaire théologique d’Andover (Massachussets): « Faut-il montrer ce que les étudiants d’Andover doivent à de telles leçons? Je n’en ai pas le courage. Je songe que ces lignes pourront tomber sous les yeux d’un étudiant de nos Facultés, et elles ne pourront que l’attrister. Ce jeune homme a la notion exacte du ministère évangélique ; il fait, avec angoisse, le compte des responsabilités qui lui incomberont. Aussi, est-il passionné pour toutes les études auxquelles on le convie à la Faculté; il ne saura jamais trop d'histoire, de grec, d’'hébreu, il ne sera jamais trop savant exégète, car il ne connaîtra jamais trop la révélation des éternelles compassions du Père... Et ce jeune

homme qui travaille avec tant de zèle, qui s’instruit avec

ardeur et prière, reste triste ; il n’a pas la joie du devoir accompli. [l pense à ce qui l’attend au sortir de la Faculté, et il tremble. Il sera en pleine tempête sociale, et il n’aura emporté de l’École aucune idée précise des besoins de l’humanité. Il entendra les hommes discuter et se disputer sur des questions poignantes, et personne ne lui aura parlé de ces questions. Il verra ses frères regarder parfois vers lui avec supplication, et il ne pourra pas donner un conseil pratique » /Revue du Christianisme pratique, juillet 41891) (1).

Nous répliquera-t-on : En Europe, nous ne pourrons pas, d’un jour à l’autre, fonder dans toutes nos Facultés une chaire de sociologie chrétienne? A cela nous répondrons : Vous pouvez, dès maintenant, marcher dans cette direction à

{) «Je voudrais qu’on exigeât des futurs candidats au saint ministère l’étude de l’économie politique» (Bouvier. Le Progrés social et les pasteurs, p. 11).

vous pouvez aborder, dans un cours de théologie pratique, certaines questions brûlantes et qui s’imposent à tout pesteur. On peut enseigner aux futurs apôtres comment on fonde une société de tempérance, ou une société de secours mutuels ; comment on organise l’assistance par Le travail ; comment on lutte contre l’immoralité dans une localité donnée ; comment on lance une société d'activité chrétienne et sociale. Où en est l’enseignement sur ces différents points? Un seul de nos correspondants affirme que toutes ces questions sont traitées dans un cours de théologie pastorale ; d’autres déclarent qu’ils prennent en considération deux ou trois des sujets suggérés, par exemple l’antialcoolisme ou la lutte contre l’immoralité. D’autres formulent des indications encore plus vagues, telles que celles-ci : «Ces questions sont abordées... Directions éventuelles sur certains points... À l’occasion... On parle de rapports possibles avec plusieurs de ces œuvres... Les grandes lignes... Ces sujets sont touchés... Autant que le temps le permet... On en cause en conversation... Pas encore... Il en est dit quelque chose.» La plus négative de toutes ces réponses, malgré sa forme affirmative, c’est la suivante: «Ces questions sont nécessairement traitées dans un cours de théologie pratique. »

Après tout, nous préférons la négation pure ; nous la préférons, surtout, à la négation satisfaite. Car, à côté .du simple non! et du non, hélas! nous avons relevé le non, non ! accompagné d’un commentaire justificalif. Les uns déclarent qu’on apprend tout cela en regardant faire, ou en mettant la main à la pâte; d’autres déclarent qu’il faut abandonner cela à l'initiative personnelle. Enfin, trois réponses nous ont particulièrement surpris, et nous les reproduisons sans discussion. Voici la première : «Non

car ceux qui fréquentent le séminaire sont des étudiants. » . Voici 14 seconde : «Ce serait du dressage.» Voici la troisième : « L'Église est la seule institution divinement établie pour accomplir du travail spirituel ; l’Église est la seule chose nécessaire, la seule grande méthode adaptée à l’action sur les âmes. » C’est pourquoi, ajoute notre correspondant, les étudiants se préparent à leur mission pratique «en lisant des traités appropriés, by reading suitable treatises. » D'ailleurs, le « collège théologique forme l'esprit et le caractère par l'étude et les dévotions quotidiennes. Après leur ordination, les étudiants se trouvent encadrés dans une église qui possède un système tout prêt à être appliqué aux gens (They find themselves in a Church which has a system ready to be applied to the people). » Cette troisième réponse nous rappelle celle d’un prêtre à qui nous recommandions la lutte contre l’alcool, et qui nous répliqua : Je n’ai pas besoin d’une société de tempérance, puisque j'ai le saint sacrement! (1)

L’insuffisance de la préparation sociale des futurs pasteurs pourrait être compensée, dans une certaine mesure, si les Facultés de théologie étaient toutes situées dans de grandes villes, et si l’on profitait systématiquement des lecons de choses qui se dégagent de ces vastes agglomérations (2).

(1) Le récent Congrès des œuvres sacerdotales, à Bourges (1900), a montré combien les préoccupations sociales pénètrent dans un certain clergé catholique. Les prêtres ont demandé qu’on leur enseignât, outre la théologie... l’agriculture! la plupart d’entre eux devant exercer leur ministère parmi les paysans.

(2} « Ce sont les centres du mouvement intellectuel qu'il nous faut, pour léducation de nos pasteurs. L’antiquité chrétienne a choisi Antioche, Athènes, Alexandrie, Rome; nous sommes obligés de suivre ces exemples, comme on les a suivis au chef-lieu de notre Réforme. C’est parce que Genève a été une capitale politique et littéraire, qu’elle est devenue la Rome protestante. La Prusse a bien compris cette vérité,

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Mais les étudiants sont-ils dirigés à travers ce dédale, et conviés à examiner de près les conditions économiques de l'existence moderne? A Zurich, on complète les cours sur la Mission intérieure en visitant les établissements philanthropiques ; voilà une utile initiative. Aux Etats-Unis, on

ne se borne pas à cela. À Chicago, on définit ainsi la portée

des études sociologiques : «Ceux qui dirigent la société ont tous les jours à faire avec les institutions contemporaines ; nous voulons qu’on puisse les étudier systématiquement, ainsi que les relations humaines qui déterminent le devoir et fixent le caractère. La ville et ses environs fournissent à l’observation un laboratoire accessible. » On va plus loin; et sur le modèle, probablement, des colonies similaires en Grande Bretagne, on établit des postes avancés d'étudiants chrétiens en pleine foule, véritables stations de défricheurs. «On étudiera la vie de la famille et de la communauté, en suivant une méthode scrupuleuse d'analyse, appuyée sur les travaux de Le Play, Booth, Schäffle et autres. On recherchera, expérimentalement, les meilleurs moyens pratiques pour entrer en contact vivant avec le peuple, by experiment and benevolent effort, under instruction and

advice. »

sur ce point particulier, il nous faut citer en entier une

magnifique page, empruntéeau Boston University year book, et que nous trouvons sous la rubrique: Training in city

en supprimant l’école de Wittemberg, et en créant celle de Berlin. Proposez à l’Église catholique de transférer ses grandes écoles à Bologne et à Ancône, et écoutez sa réponse! Paris seul offre en France une agglomération protestante, et des situations propres à préparer le futur pasteur aux devoirs de sa charge. On n’aura organisé des moyens un peu satisfaisants d'éducation pastorale, que lorsque l’on aura institué des écoles préparatoires à Nimes, Montauban, Lyon, Lille, Bordeaux, et une école de hautes études avec un noviciat pastoral à Paris (Matter, Du ministère ecclésiastique, note A).

mission work. « Les étudiants ont des occasions exception-

nelles pour acquérir une connaissance pratique des pro-

blèmes et des méthodes qui concernent l’activité chrétienne

parmi les classes déshéritées de nos grandes cités. On a

fondé une colonie universitaire dans un quartier pauvre, avec résidence à demeure de plusieurs travailleurs volon-

taires. Il s’y rattache diverses branches d'activité chré-

tienne (educational, industrial and social christian work),

poursuivie selon des méthodes déjà mises à l’épreuve dans

d’autres villes américaines et européennes. Les étudiants

coopèrent à des réunions d’évangélisation tenues dans les

quartiers indigents; des missions urbaines ont été entre-

prises avec succès au sein des populations suédoise, nor-

végienne, italienne, portugaise, juive. L'École n’est

qu'à un quart d'heure de marche de tous ces centres de

labeur évangélique ; le fait est de la première importance au

point de vue de la préparation pastorale. Une pareille situation, au centre d’une agglomération d’un million d'êtres humains, correspond exactement à l’idée moderne de l’édu-

cation professionnelle. De nos jours, on étudie la médecine

dans le voisinage des hôpitaux ; on étudie le droit à portée des cours de justice. Pourquoi en serait-il autrement pour une école de théologie ? Quand il s’agit du ministère chré-

tien, peut-on imaginer un milieu plus approprié que la

population d’une grande ville? Pour une école de pro-

phètes, peut-on trouver un meilleur emplacement que le centre même des Jérusalems et des Romes de notre civi-

lisation occidentale? Un tel milieu permet de tenir la

balance égale entre l’instruction théorique et la préparation

pratique, équilibre si désirable » (1).

(1) En Angleterre, à St-Alphege « la préparation à la mission intérieure

occupe une place primordiale. Les étudiants dirigent régulièrement des

Alors, faut-il désespérer des Facultés qui ne sont pas établies dans un centre populeux ? Non, elles pourraient encôre, dans une mesure très appréciable, faire face à la préparation messianique des futurs apôtres, si ceux-ci, durant leurs études, vivaient pratiquement d’une vie plus rude, et moins éloignée du « combat pour l'existence » qui constitue le fond de la question sociale.

En 1895, le journal officiel de l’Armée du Salut, en France, publiait le tableau suivant, qui donnait l'emploi journalier du temps à (l’École militaire » de Paris, où se forment les futurs «officiers » salutistes. 6 h. 1/2 : Lever. — 6h. 50: Appel. -— 6 h. 50 à 7 h. 1/2: Quarante minutes de silence et culte personnel. — 7 h. 1/2: Chambres, et travaux divers. — 8 heures : Déjeuner et prière, puis desservir et balayer. — 9 heures à 10 h. 1/2 : Culte, et étude de la Bible. — 10 h. 1/2 à midi : Etude des Ordres et réglements, ou cours de doctrine. — Midi 1/4: Second déjeuner. — Midi 3/4: Silence. — 1 heure: Gymnastique et sortie, ou écriture et lecture. — 1 h. 1/2 à 3 heures : Cours. — 3 heures à 6 heures: Vente du journal « En Avant!» ou étude personnelle. — 6 heures : Diner. — 7 heures: Réclame pour les réunions, ou étude. — 8 h. 1/2 : Réunion d’'évangélisation, ou étude. — 11 h. 1/4 à minuit : Extinction des feux.

Ce qui nous paraît digne de remarque, c’est la place qui est attribuée, dans ce programme, au renoncement personnel, au labeur matériel et spirituel. Faire de la réclame

services d’évangélisation, ils préchent en plein air, ils visitent de maison en maison (They conduct quilds and classes). Une instruction consciencieuse est fournie en vue de tous ces travaux.» — Il existe, au con-

traire, des Facultés où les professeurs sont surtout frappés des tenta-

tions qui menacent la jeunesse dans une grande ville; si bien qu’on se préoccupe, avant tout, de soustraire les futurs pasteurs aux influences impures du monde,

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pour une réunion d’'évangélisation, au sein d’une foule, c’est une tâche ardue ; vendre un journal religieux dans les cafés, c’est une entreprise héroïque ; mais le chef-d'œuvre de cette préparation au ministère apostolique, c’est peutêtre ce simple trait : desservir et balayer. Desservir et balayer! (1) Cest le commentaire contemporain de cette affirmation du Maître : « Si je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres. » La vraie préparation au ministère messianique, ce serait, pour les futurs pasteurs, l’humiliation méthodique, le sacrifice librement accepté, une certaine mesure de travail manuel, et de services domestiques rendus dans la maison pastorale qui réunirait les candidats. Le journal The Evangelist publiait naguère les lignessuivantes : C[l nous faut concéder que les séminaires ont leurs inconvénients. Habiter, à Princeton ou Auburn, une chambre magnifiquement meublée, chauffée à la vapeur, éclairée au gaz, fréquenter un monde raffiné d’éducation et de costume, vivre au sein de tous les attraits dela ville, voilà de quoi relâcher la fibre d’un homme qui devra, peut-être, lutter personnellement contre la pauvreté, et demeurer parmi des manants ou des païens. L’accès à une belle bibliothèque, le stimulant fourni par les discussions dans les classes ou dans les sociétés d'étudiants, par le commerce avec des esprits alertes et solides, tout cela risque de développer la partie intellectuelle de l'individu aux dépens de la partie morale et spirituelle. »

Il est juste d’ajouter que ces dangers, même aux États- Unis, ne menacent pas tous les futurs pasteurs. Là-bas,

(4) Dans le Bible training Institute, de Glasgow, les désavantages d’une sup2rbhe installation sont compensés par des traits de ce genre : «Les élèves ont à balayer la chambre, à faire leur lit et à cirer leurs souliers.»

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beaucoup d’étudiants en théologie sont obligés de gagner, à la sueur de leur front, l'argent nécessaire à leurs études. Nous empruntons les exemples suivants à une source sûre. «Le Doyen de l’École de théologie de l’Université de Boston affirme qu’il y connaît 50 jeunes gens qui, pour parfaire leurs frais d’études, n’hésitent pas à laver des vitres, porter des messages, entretenir des chemins et des calorifères, jeter des prospectus à la poste, distribuer des circulaires, servir à table d'hôte. Leur intelligence, leur foncière honnêteté, leur procurent des charges de confiance, par exemple comme surveillants de nuit ou collecteurs d’argent... M.P.acultivé des légumes, enseigné dans les écoles, prêché, fait sa propre cuisine et mangé maigrement, pour continuer ses études. Un autre a commencé la vie de collège avec 2 fr. 50 en poche. Il s’installa dans une chambre avec ses ustensiles de ménage, qui ne comportaient pas une seule assiette. Il fit des corvées, scia du bois, nettoya des planchers, se chargea en grande partie de son propre blanchissage, et vécut avec 3 francs par semaine. Il lutta ainsi pendant des années, empruntant annuellement au Comité d'éducation une faible somme, destinée au paiement de ses études et à l’achat de livres, et il continue héroïquement le combat » {Report of the Board of Education of the methodist Episcopal church, 1897). Ce sont là des cas extrêmes; on ne saurait souhaiter ces angoisses à tous les étudiants en théologie ; mais doit-on leur souhaiter, davantage, pen-

dant leur temps de préparation, une existence totalement .

dépourvue de responsabilités matérielles ou financières, et qui les initie aux luttes sociales comme le couvent forme les jeunes filles pour la vie?

Mais il faut pousser plus loin notre investigation. Car on aurait beau fonder une chaire de «Sociologie chré-

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tienne » dans chaque Faculté de théologie, on aurait beau organiser des « colonies universitaires » dans les faubourgs des cités populeuses, on aurait beau mêler les futurs pasteurs aux combats silencieux et aux douleurs cachées de la foule humaine, malgré tout, rien ne serait accompli, si cette préparation spéciale à l’apostolat semblait purement et simplement surajoutée à l’enseignement scientifique. C’est cet enseignement lui-même qui doit contenir et justifier l’apostolat. Un professeur de théologie disait, récemment, à ses élèves : « Vous devez devenir des docteurs, des dd&sxaho.-et c’est pour cela que, conformément à la tradition constante du protestantisme, vous venez passer les belles années de votre jeunesse dans une Faculté de théologie, et — ne l’oubliez pas, car c’est à la fois notre titre de gloire et la source de nos plus grandes responsabilités — dans une Faculté universitaire. La théologie, telle que nous la comprenons, est une discipline scientifique. » (Jean Réville : La théologie, partie intégrante du cycle de l’enseignement universitaire]. Nous souscrivons à ce fier idéal.

Or, dans la mesure même où elle sera scientifique, la théologie sera fidèle à la vérité, elle peindra un tableau conforme à la réalité qu’elle étudie dans l’histoire et dans les textes, elle construira ce concept biblique du Royaume qui est la substance même de la Révélation, la raison d’être de l’Église, le but de la Rédemption, et, par conséquent, la justification de l’apostolat. Il est permis de se demander si les futurs pasteurs reçoivent limpression salutaire que toutes les «disciplines » sont unifiées dans le feu de ce creuset divin. Est-ce que le dynamisme caché du Processus libérateur est mis en lumière par les efforts convergents de leurs différents maitres ? Est-ce que la pensée dominatrice et la volonté directrice

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qui mènent patiemment le monde à ses fins, opèrent la ee 4 vivante synthèse des branches séparées du savoir théolo- à gique ? Dans quel esprit, en un mot, leur inculque-t-on la # science ? |

Il y a une manière de la présenter qui constitue la négation du Royaume. On commence par déclarer aux futurs | pasteurs qu’ils sont réunis pour étudier toutes les manifestations religieuses de l’âme humaine, dans les cinq parties du monde; puis l’on s’excuse, en alléguant le manque de temps, de borner presque exclusivement ses recherches au christianisme, et à sa préface obligatoire le judaïsme ; Mais on prend soin, néanmoins, d'ajouter qu’en explorant la Bible, on ne prétend pas se séparer des hommes de toute confession ecclésiastique et de toutes les opinions philosophiques, des étudiants de toute race et de toute provenance qui se rencontrent dans l’Université. » Un enseignement théologique ainsi conçu, n’est pas calculé pour allumer au cœur des futurs pasteurs une enthousiaste confiance dans les destinées providentielles du Christianisme, nipour les lancer à l'assaut du monde au nom des promesses non réalisées de l’Écriture. Le Royaume de Dieu n’est plus qu’un vain mot. |

Ailleurs, les études théologiques ne sont pas représentées comme un examen impartial de toutes les religions passées, présentes, ou futures. On y étudie franchement la Bible, parce qu'on y possède, avec certitude, le document même de la Révélation. Exégèse, histoire, dogmatique, morale, tout gravite, consciemment, autour des Écritures. Mais sait-on trouver, dans celles-ci, le Royaume de Dieu? (1).

(1) Rien de plus caractéristique, à ce point de vue, que le programme des cours au Bible Institute. La première année d’études est consacrée à l'Ancien Testament. C'est à ce sujet qu'on expose toute la doctrine

Les uns l’identifient, plus ou moins, avec l’Église; les autres, avec le séjour des bienheureux; d’autres y découvrent une périphrase hébraïque pour désigner la domination de Dieu sur les cœurs. Et chacune de ces trois couleurs fondamentales se diversifie en nuances diverses. Mais aucune de ces conceptions fragmentaires n’épuise l’infinie richesse de la pensée biblique sur le Royaume : etaucune d’entre elles n’est la présupposition nécessaire d’un apostolat obligatoire. En effet, si le Royaume est identique à l’Église, il suffit au pasteur de cultiver sa paroisse (la préparation ecclésiastique répond à tout) ; si le Royaume s’identifie avec la vie chrétienne, 1l suffit de fortifier la piété personnelle en soi-même et chez autrui (contentons-nous de la préparation spirituelle]; enfin, si le Royaume s’identifie avec le ciel, à quoi bon transformer un monde sans avenir, et que le Messie ne régira jamais ? (la préparation apostolique est inutile). Il est vrai que l’on prétend, malgré tout, conserver la notion scripturaire d’un Royaume objectif. Mais alors, que devient le Royaume de Dieu dans l’enseignement théologique ? Il en devient une section, un appendice, au lieu d’en constituer le cadre. Toutefois, le squelette ne peut pas se surajouter au corps ; si les chairs n’ont pas crû autour

chrétienne ainsi résumée: a) The doctrine of God (Trinity, attributes, etc.); b) The doctrine of Christ (Old Testament theophanies, Incarnation, Deity, Sinless humanitv, Death, Resurrection, Mediatoral Work, Return); €) The doctrine of the Holy Spirit (His Deity, Personalily, Offices and Work); d) The doctrine of man (Creation, Fall, etc.) ; e) The doctrine of grace (Repentance, Faith, Regeneration, Conversion, Justification, The new life). Voilà la quintessence d’une théologie que certains oseront appeler théologie biblique ! Où est le Royaume de Dieu dans tout cela? Dans les Ecritures, il est partout : ici, il n’est nulle part; pas plus, d’ailleurs, que dans la littérature pieuse (catéchismes traités de propagande, romans) inspirée par l’Évangélisme du XIX°: siècle.

des os, l’organisme obtenu appartient à l’embranchement des invertébrés. Or, la doctrine du Royauimne doit former la charpente inébranlable de l’encyclopédie théologique.

Il ya, d’ailleurs, des Facultés où le Royaume de Dieu n'obtient pas même une attention quelconque, une importance même subordonnée. Il est passé sous silence. Et ce silence est, peut-être, préférable à tel enseignement erroné sur le sujet. D'ailleurs, si le Royaume, même sans être nommé, était la grande réalité sous-entendue dans tous les programmes, dans tous les cours, dans tous les exercices ; si le Royaume était le substratum fertile où la végétation théologique puisait sa sève, on le reconnaitrait, du premier coup, au coloris des fleurs, à la forme des fruits. Tout s’en ressentirait : l'énoncé des définitions, la position des problèmes, l’orientation des recherches. La nécessité axiomatique de l’apostolat découlerait, naturellement, de la science ; la stricte obligation de l’activité messianique au service du Christ, apparaîtrait comme le premier postulat de la théo-

logie complète ; et celle-ci se couronnerait ‘partout, sans

effort, par une théorie de la Mission. (L'histoire des missions est celle d’une gestation sans analogue; elle nous montre, d’une manière plastique, le Royaume dans son «devenir »).

La matière du présent volume suffit à suggérer les principaux changements qu'introduirait la vision du Royaume dans la tractation des disciplines théologiques. Mais nous affirmons, dès maintenant, que le triomphe du messianisme dans le domaine de la pensée chrétienne, loin d’en compromettre la liberté et le légitime désintéressement, lui donnerait un nouvel essor. En effet, à l’heure actuelle, dans nos églises, un irrésistible courant entraîne pasteurs et troupeaux vers l’activité pratique : et la séparation

ke.

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