‹ L'espérance chrétienneChapitre 41 sur 52 · HET · texte numérisé non relu

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9 40 CHAPITRE ONZIÈME dain, nous nous arrètons, car nous apercevons dans l’autre camp, ou plutôt dans la cohue des chrétiens gémissants ou résignés, nous apercevons la pâle et sanglante image de l'indomptable athlète qui mourut en croix pour le Royaume

de Dieu. Alors, dans notre esprit troublé, dans notre cœur

déchiré, éclate un indescriptible conflit, et nous nous écrions, malgré nous: O socialistes! mes frères, vous prêéchez le messianisme et je vous en bénis, mais vous prêchez un messianisme, sans profondeur, un messianisme qui méconnait la gravité du péché, un messianisme sans Messie crucilié et même sans Messie, un messianisme que le Messie Jésus combattrait sur plusieurs points, comme il combattit le messianisme pharisien, jusqu’à la mort, et voilà pourquoi je ne suis pas des vôtres. Et vous, à chrétiens! mes frères, vous proclamez le Messie, et je vous en bénis, mais vous pioclamez un Messie ecclésiastique, ultra-spirituel ou supra:

terrestre, un Messie sans messianisme, et voilà pourquoi Je .

ne suis pas entièrement des vôtres (1). Socialistes et chrétiens contemporains, si vous restez ce que vous êtes, vous

serez impuissan{s à réaliser le plan divin pour le salut du

monde, vous ne pourrez pas constituer le Royaume de Dieu sur la terre. Il est temps de vous compléter les uns par les

autres, dans une commune consécration à celui qui a souf-

fert, et qui vit, et qui règnera. Voilà le grand, le tragique

(1) Nous ne saurions nous solidariser complètement avec le christianisine, aussi longtemps qu’il n'aura pas désavoué une parlie de son passé, et précisé son programme pour l'avenir. Si l'Esprit du Messie réveillait la chrélienté, on verrait l'Église romaine, l’Église grecque,

l'Église évangélique, s'unir, en un congrès solennel, pour détester les*

erreurs et les crimes que les chrétiens n'ont jamais officiellement répudiés. Que les églises protestlantes commencent! Qu'elles disent hauleinent, wrbi el orbi:«Par notre faute, la religion est restée lrop souvent une puissance néfaste; par notre faute, le christianisme a parlé au XIXe siècle une langue morte, Nous confessons avec douleur les péch’s

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problème de l’heure présente: la crise du christianisme bat son plein; l'Église devra se mettre au service du Royaume, ou apostasier.

Mais la chrétienté va se ressaisir (1). Déjà les brises libératrices gonflent des voiles qui pendaient inertes; déjà le souffle des prophètes hébreux nous soulève ; dès maintenant, tournés vers le Soleil de justice, nos yeux sont « ouverts à quelque immense aurore, » ct nous pouvons dire des ténébres actuelles, éclairées par cette clarté finale, ce que le poète écrivait des nuits de juin:

Les astres sont plus purs, l'ombre parait meilleure, Un vague demi-jour teint le dôme éternel,

Et l'aube douce et pâle, en attendant son heure, -Semble toute la nuit errer au bas du ciel.

de nos pères: supplices des catholiques en Angleterre, bûcher de Servet, noyades des anabaplisles, etc., ct nous confessons, avec la mme douleur, que nous n'avons pas sérieusem2at songé, en tant qu'églises évangéliques, en tant que parli du Messie, à l’abolition du paupérisme, du mililarisme, et des autres fléaux qui ont marqué, depuis cent ans, l'extension du régime capitaliste âstravers le monde. A partir d'aujourd'hui, affrançchies du poids qui opprimait notre conscience et qui paralysait n2s mouvements, nous formons la résolution de combaltre telles et telles iniquités, nous prenons résolument la direction du progrès moral et social, au nom du Christ Jésus, et nous mettons fin au long scandale qui empoisonne l'existence des nations depuis Conslantin. » — Quel chrétien, digne de ce nom, pourrait consentir à rester chrélien, au sens tradilionnel du mot, lorsqu'un de nos conlemporains à le droit d'écrire ce qui suil: « Lorsque l’histoire élablira Ie bilan du XIX: siècle, on ne pourra manquer de reconnailre que le socialisme à eu le mérite d'entreprendre délibérément, dès le début, el en tous pays, la lutte contre la guerre et le mililarisme. Sans doute, la doctrine pacifique est antérieure au socialisme; mais le parti socialiste est le seul qui ait adopti cetle idé> en tant que parti. Les paciliqu?s non socialistes sont des isolés au sein de leurs partis respectifs, un socialiste non pa’ifique serait un non-sens » (Vive Lx milice ! par Gaston Moch).

(1) Cf. Revue du Curistianisme social. — 15 janvier 1897. C'est un huméro qui contient le résultat d'une enquête sur « la mission socia'e du protestantisme. »

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