‹ L'espérance chrétienneChapitre 43 sur 52 · TO ON A TE PO ET TE CE · texte numérisé non relu

TO ON A TE PO ET TE CE

nous. Il ne suffit pas qu’ils se répètent eux-mêmes indéfi-

niment ; dans leurs descendants, il faut qu’ils se succèdent à eux-mêmes ; il ne suffit pas qu'ils soient en nous comme

une momie dans un tombeau, mais comme une sève tou-

jours vivace dans un organisme en croissance (1). Réciter docilement la formule des prémisses qu’ils ont posées, sans jamais tirer la conclusion qui aspire à s’en dégager, ce n’est pas continuer nos pères, c’est les piétiner. Empêcher le

bourgeon d’éclore, ce n’est pas conserver la plante, c’est la tuer. Des conservateurs conséquents seraient les fossoyeurs

de l'Eglise et de la société (2).

Et voilà pourquoi nous ne croyons pas être injuste envers nos prédécesseurs, en nous séparant d’eux., On nous

(4) « Ge n’est pas en arrière qu'il faut aller, pour chercher une confession de foi. Pourquoi retourner à la confession de Westminster ou au symbole de Nicée ? L'Église est mieux capable de penser, aujourd'hui, qu’elle ne l'a jamais élé. Au XIXe siècle, nous sommes plus en mesure de faire une confession de foi que les hommes du XVIe ou du IVe siècle. Si le monde n’était pas plus sage qu'alors, Christ l'aurait vainement instruit pendant des siècles, ef le Christianisme serait une entreprise manquée » (Lyman Abbotl).

(2) Écoutons Vinet : «La réformalion, comme principe, est en permanence dans l'Eglise. C’est le christianisme lui-même, se restaurant spon-

tanément et par ses propres forces. Quelle que soit l'importance de lévé-

nement du XVIe siècle, La réformation est encore une chose & faire, une chose qui se refera perpétuellement, et à laquelle Luther el Calvin n'ont fait que préparer un chemin plus uni» (Littérature au XIX° siècle, 3, 392). « L'imperfection de l'œuvre réformatrice du XVIe siècle, lient à ce que la doctrine de l'Église ne fut point approfondie, ou la question relivieuse nettement résolue. Ge que les réformateurs ont laissé à nos soins, c'est précisément cela» (Liberté religieuse, 594). On peut se demander s’il n’y a pas quelque chose de providentiel dans limpuissance du protestantisme à organiser extérieurement une Église unique, en face de l'établissement papal. Le protestantisme finira par comprendre que ce n'est pas une infériorité, mais une force : son but ne doit pas être l'Église, mais le Royaume. Dans la mesure où les protestants travaillent pour l'Église, ils sont divisés ; ils sont unis, dans la mesure où ils luttent pour le Royaume.

reproche d’être injuste envers des hommes que nous répétons; non point, nous prétendons être juste envers des hommes que nous n'imitons pas. Il est superflu de nous le dissimuler à nous-même; l’étonnement que produit l’exposé du messianisme, prouve suffisamment qu'il y à là quelque chose de neuf. « Nouveauté » étrange, d’ailleurs, puisque nous prétendons remonter, non seulement jusqu’au berceau de la Réforme, mais jusqu’à la source de l’hébraïsme.

Assurément, les hommes du Réveil, au XIX° siècle, ont fondé des asiles, des orphelinats, etc., et ils ont eu raison. Mais leur conception du rôle social de l'Évangile (1) n’allait

(1) On a publié, en 1896, une étude écrile par le professeur Jalaguier, vers 1830, etintitulée: Que doit prècher le pasteur ? Écoutons un homme du Réveil: «Les questions sociales tendent à développer les dispositions antichrétiennes les plus redoutables. L'Évangile a son point d’appui dans le ciel. Tout y mène, et tout en part. Les questions sociales, enferment les pensées dans l'horizon terrestre. L’Évangile porte tout entier sur les pressentiments du monde invisible, sur l'attente et la crainte du jugement à venir. Le Seigneur et les apôtres ne montrent que le ciel, ne parlent que de foi, de conversion et de salut. Le Christianisme, qui vient du ciel, qui ne regarde qu’au ciel, ne montre et ne promet que le ciel, doit se tenir à l’écart des" intérêts de ce monde, de ses mouvements et de ses systèmes, tout en les pénétrant de son esprit (C'est là le hic !). Le chrétien ne peut se mêler comme chrétien aux choses d'ici-bas, puisque ce serait y mêler le christianisme. Comme citoyen, il le peut. A la fois membre de la Cité et membre de l’Église, il a de saintes obligations envers lune et envers l’autre. En laissant toujours les deux sphères distinctes, il faut qu'il verse dans la vie du monde la vie du Ciel. Quel est, toutes choses égales d'ailleurs, le pasteur dont le ministère serait le plus efficace, de celui qui s’attacherait aux questions actuelles, ou de celui qui s’en abstiendrait pour prêcher purementle vieil Évangile ? Je n’hésile pas à répondre: c’est le dernier.» Ainsi, entre deux pasteurs également pieux, intelligents, zélés, celui qui sait le moins de choses exercera l’action la plus féconde. Soit. Jalaguier est, cependant, obligé de constater que «la prédication ordinaire n’a plus prise sur les âmes. Ce fait n’a pas besoin d’être prouvé, tant il est évident. » Et alors ?.. On peut la renouveler en parlant de la mort. «Il reste un fait à l’aide duquel on peut ramener la question de léter-

guère au-delà de ces établissements charitables; les œuvres

de soulagement et de relèvement leur apparaissaient comme le fleuron de la couronne évangélique; en cela ils ne se distinguaient pas d’un Vincent de Paul, par exemple, et conservaient l'idéal catholique de la bienfaisance chrétienne. Jamais les hommes du Réveil n’ont affirmé, en tout autant de termes, que les maux intellectuels, moraux et religieux de notre époque étaient dûs, en grande partie, à une mauvaise organisation économique, à un élat social qui repose d’aplomb sur la concurrence illimitée, au lieu de se fonder sur la libre coopération de tous (1). Ils ont bien prêché que «le diable est menteur et homicide, dès le commencement; » mais ils n'ont pas montré que le chef-d'œuvre du mensonge et de l’assassinat, c’est une conception de la vie

sociale qui érige l’intérêt personnel à la dignité de premier

principe, et qui prétend cimenter la société par l’égoïsme. Le vrai ciment, au contraire, dit le Sauveur, c’est l'amour; le message évangélique est donc opposé au message ploutocratique ; il faut «choisir entre Dieu et Mamon; » et ce qui a manqué aux hommes du Réveil, pour être pleinement

« évangéliques, » c’est précisément le programme du

Royaume de Dieu.

nité, c’est la mort. J'aimerais mieux rajeunir les vieux moyens d'action, que de recourir à ceux qu’on propose. » Si l'on songe que ces lignes ont élé écrites au lendemain de la Révolution de 1848, on avouera que les hommes du Réveil sont restés fidèles à leur principe des «deux sphères distinctes.» Entre eux et les défenseurs du «Ghristianisme social» il s’est écoulé plus de 50 ans!

(1) Et pourtant, Jalaguier a écrit des pages hardies sur Le Socialisme et le Christianisme. Le chapitre IL estintilulé: « Le but du socialisme est un but chrétien.» Et l'ouvrage se termine ainsi: «Le socialisme plus éclairé, et le christianisme mieux compris, se rencontreront comme deux alliés naturels, étonnés de s'être pris un instant pour des adversaires. »

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