‹ L'espérance chrétienneChapitre 44 sur 52 · DES NI A · texte numérisé non relu

DES NI A

En ce qui regarde les Réformateurs, il est vrai qu’ils ont voulu organiser l’État chrétien, mais cet idéal théocratique se rapprochait fort de l’idéal du romanisme. Aussi longtemps que l’Église et l’État sont envisagés comme deux entités souveraines, travailler pour l’État chrétien, c’est travailler pour le césaropapisme. Mais l’Église et l'État ne sont que des moyens au service de la société, et le but suprême n’est point l'État chrétien, mais la société chrétienne, l'humanité constituée dans la justice, avec ou sans églises, avec ou sans gouvernements, au sens traditionnel des mots. Nous ne craignons pas d'affirmer que les réformateurs comprenaient, autrement, l'activité au service du Royaume de Dieu (1). D'autant plus que Luther lui-même, vers la fin de sa vie, renonça au rêve d’un État chrétien ; au point que son historien, Kuhn, est obligé d'écrire : «En séparant le Royaume de Dieu d’un monde livré à la toute-puissance du mal, en ne lui assignant-d’autre rôle que

(4) Nous retrouvons, dans nos papiers, une citation de Scherer (marquée «p. 257 » sans indicalion de source), et qui donne le point de vue de l'orthodoxie du Réveil sur les rapports de l’Église et de l'État. «Il y a antagonisme entre l’Église et l’État, pour autant qu'ils représentent le Christianisme et le monde. L'Église tend à agir sur l’ensemble de la société civile; or, l'État ne peut accepter cette action étrangère à son génie. Get antagonisme, ce rapport anormal, (anormal comme le péché), de l'Église et de l’État, provient de ce fait que le christianisme n’est pas universel, qu'il n’est pas même général; el la continuation, la nécessité de ce rapport, provient de cet autre fait qu'il n°y à pas d’approximation de l'humanité vers le christianisme, de l'État vers l’Église, que l'établissement du Royaume de Dieu sur la terre ne doit pas être le résultat d’une pénétration graduelle de l'humanité par l'Évangile, mais d’une séparation des deux éléments, des chrétiens et des non-chrétiens, de l'Église et du monde, restés jusqu’à la fin en opposition. La solution du problème, c’est le jugement dernier. c'est le millénium ou absorption de l'État dans l’Église, réunion des deux sociétés dans un troisième terme, le Royaume visible de Christ. Toute la question des rapports de l'Église et de l'État, aboutit à une question eschatologique.»

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g celui de l'attente et de la souffrance, Luther a coupé le pont 1 qui relie les choses du ciel aux choses de la terre. L'Église

qu'il a fondée en a porté la peine; on lui a reproché, non n. sans raison, de rester trop étrangère aux aspirations du 1 siècle» /ARev. chrét., mai 1900 — Le Christianisme de À Luther).

À Mais, en nous éloignant des Réformateurs sur ce point, nous en appelons de leurs actes à leurs principes ; car ils ont ramené l’homme à la nature, à la famille, au travail, ils ont laïcisé la vie et sanctifié le monde par la foi, et par là

| ils ont posé les prémisses dont leurs disciples fidèles tirent | humblement les conclusions (1).

| En quoi sommes-nous injuste à leur égard? — Quant à la

question de savoir si les vues que nous défendons sont entièrement conformes au credo officiel d’une Église protestante quelconque, en vérité nous ne songeons point à - nous la poser, et il est indifférent qu’on nous la pose, car la réponse nous importe peu. Nous aspirons à pouvoir dire comme l’apôtre: « Nous avons la pensée de Christ. » C’est la seule orthodoxie que nous ambitionnions. Que si quel-

(1) Dans un commentaire sur la généalogie de Jésus, Luther écrit: « Ne cours pas à Grimmenthal, à Einsiedel et autres lieux de pélerinage, mais cours dans La maison de ton voisin, qui a besoin de foi. » Calvin écrit : « Si nous réputons à quelle fin Dieu a créé les viandes, nous trouverons qu'il n’a pas seulement voulu pourvoir à notre nécessité, mais aussi à notre plaisir et récréation. Aux herbes, arbres et fruits, outre les diverses utilités qu'il nous en donne, il a voulu réjouir la vue par leur beauté et nous donner encore un autre plaisir en leur odeur. N’a-t-il point donné quelque grâce à l'or, à l’argent, à livoire et au marbre? etc» (Institution. 3-10-2). Wesley écrit contre les mystiques : « La contemplation est pour eux laccomplissement de Ja Loi. Or, rien n’est plus opposé à l'Évangile. La religion solitaire n’est pas celle du Christ. « Saints solitaires » est une expression qui ne se trouve pas plus dans l'Écriture que « Saints adultères. » La religion de Jésus est avant tout sociale. La sainteté l’est de mème » (1739. — « Exposition. »)

qu’un allait jusqu’à nous dénier le droit de nous appeler protestant, nous en serions médiocrement ému. D'abord, parce qu’il nous suffit d’être chrétien, au sens étymologique du mot. Ensuite, parce que cette excommunication n’offrirait aucun sens. Arracher un libre crovant au protes-, tantisme, c’est chose plus difficile que de l’expulser de l'atmosphère terrestre. Car nous répétons avec Vinet: « Le protestantisme n’est pour moi qu’un point de départ, ma religion est au-delà... Le protestantisme n’est qu’un espace ménagé à la liberté de conscience... C’est le principe de lindividualité appliqué aux choses religieuses... C’est l’individualisme dans la pensée, une forme de la liberté. Le principe caractéristique du protestantisme est, tout-àfait, en dehors du dogme ; ce principe n’est autre chose que l'indépendance absolue de la conscience. Non seulement le protestantisme est un hommage rendu au principe de la liberté religieuse, mais le protestantisme n’est que cela. Le christianisme est autre chose ; le protestantisme n’est que cela. Si, refusant à nos frères la liberté de conscience, nous nous disons protestants, nous avons menti » (Semeur, XI,288.— Littérat. XIXe siècle, I, 364.— Narrateur, IT, 6SS. — Nouvelles études, 383. — Liberté des cultes, 251. — Liberté religieuse, 397).

GC. Votre doctrine est incomplète.

Nous pourrions vous suivre, dit-on, si vous vous borniez à mettre en lumière un des côtés de l'édifice du christianisme, resté dans l’ombre. Mais vous prétendez que le christianisme social est tout le christianisme ; et ici nous protestons.

Nous répondons qu’il v a malentendu. Nous ne préconisons, séparément, ni le christianisme individuel, ni le christianisme ecclésiastique, ni le christianisme social,

mais bien le christianisme intégral, le messianisme biblique.

Le christianisme intégral ne veut pas appauvrir l’humanité, mais l’enrichir; et ceserait l’appauvrir, que de toucher au trésor de la vie intérieure, que de jeter la moindre suspicion sur la valeur divine du recueillement, de la prière, de la repentance, de la régénération. « Naître de nouveau, » c’est un but en soi, c’est un événement qui revêt une valeur absolue ; Jésus n’a cessé de répéter aux hommes: « Soyez! Il faut être, avant tout. L’être doit précéder le faire. » Conquérir l’individualité véritable, arriver à la personnalité par l’unité avec le Fils, voilà le devoir. Et, pour le nier, il faudrait avoir oublié la tragique réalité du péché (1), dédaigner toutes les leçons de l’histoire, méconnaitre les premiers principes de la psychologie universelle. (est pourquoi, le christianisme intégral conserve jalousement le christianisme individuel (2). Il ne songe pas, davantage, à

(1) Oublions-nous le péché? On nous a dit: Pour gagner les masses, vous allez leur présenter un Évangile de pitié, sans vous adresser directement à leur conscience : « Mais, après ces concessions, comment les convaincrez-vous de péché? » — La conviction de péché n'est pas le produit de tel ou tel procédé d’évangélisation: elle vient à son heure, sous l'influence de l'Esprit, quand les hommes sont placés en présence du Saint, du Juste, du Fils de l'homme. La grande préoccupation de l'Église doit être d'amener les êtres humains tels quels au Sauveur, et non de les convaincre, préalablement, de péché! Les convaincre de notre amour pour eux, et de la miséricorde du Père, voilà le but prochain... Convaincre de péché les multitudes languissantes? Quel idéal! Cette conception de l’apostolat moderne prouve à quel point les chrétiens sont peu « convaincus de péché, » en ce qui les concerne personnellement; car, au service du Christ, être convaincu de péché, c'est pleurer sur les brebis sans berger, el savourer sa propre responsabilité devant le spectacle intolérable de leur délaissement séculaire.

(2) Les partisans du Christianisme intégral ne perdent point la capacité de parler conversion aux égoistes, consolation aux affligés, éternité aux frivoles, monde invisible aux mourants. Seulement, en ce qui

déprécier le christianisme ecclésiastique. Si le but proposé à l'individu est de parvenir à l’unité avec le Fils, cette communion ne l’unit pas seulement «au Père qui voit dans le secret, » mais aussi aux frères. L'Église est une famille dont les membres sont serrés par les liens d’une même foi, liens plus indestructibles que les liens du sang. La congrégation des croyants autour de la table sainte fut l’acte constitutif de l’Église, et reste l’acte qui la perpétue symboliquement, ou qui la renouvelle spirituellement. Le messianisme se suiciderait, s’il dépréciait la valeur du culte en commun, de la profession de foi proclamée d’un seul cœur, de l’adoration désintéressée au pied de la croix. Seulement, l’Église n’existe pas pour elle-même, et c’est | ce que rappelle le christianisme social ; ilest aussi nécessaire au christianisme intégral, que le christianisme individuel et le christianisme ecclésiastique. Livré à lui-même, le christianisme individuel deviendrait individualiste, sectaire, impuissant (1); livré à lui-même, le christianisme ecclésiastique deviendrait autoritaire, fanatique et formaliste; livré à lui-même, le christianisme social deviendrait politique, économique et socialiste. Mais le christianisme social, enraciné dans le christianisme individuel, et soutenu par la tige du christianisme ecclésiastique, produit les fleurs

regarde la cure d'âme des agonisants, ils n’admettent pas qu’on leur impose un type quelconque de visite pastorale ou d’exhortation chrétienne, car on pourrait feuilleter la Bible, de la Genèse à l’Apocalypse, sans y rencontrer une indication explicite sur les paroles à prononcer auprès d’un lit de mort.

(1) « Qu'est-ce que l'Évangile en son fond et en sa substance ? C’est l'inauguration du Royaume de Dieu sur la terre. Le salut individuel, qui est déjà un but, n’est pas le but final. Le but, c’est le Royaume, la société idéale, l'humanité constiluée dans la justice, un peuple de vrais frères » (Léopold Monod. — Le problème de l’Autorilé. p. 43, 46).

qui parfument la foule humaine et les fruits qui la désalterent. Voilà l’image du christianisme intégral ou messianique. En quoi notre point de vue synthétique est-il incomplet?

D. Votre doctrine est dangereuse.

Les uns nous disent: « Cest le rationalisme ! » D’autres : « C'est le catholicisme ! » D’autres : « C’est le judaïsme! » D’autres : « Cest le socialisme ! » D’autres enfin : « C’est le panthéisme ! »

Ces reproches contradictoires constituent, pour nous, un encouragement précieux ; 1ls prouvent que le christianisme intégral mérite son nom, puisqu'il éveille les alarmes.des chrétiens qui n’en considèrent qu’une seule face.

Les néo-chrétiens seraient des rationalistes? Et pourquoi ? « Parce que votre notion du Royaume cache le Roi... parce que la royauté de Jésus-Christ vous préoccupe davan-

‘tage que sa mort... parce que votre attitude est nettement

anltidogmatique, etc. » À cela nous répondons: Dire que le Royaume nous cache le Roi, c’est dire que la lumière nous cache le soleil. Cest à force d'amour et d'enthousiasme pour le Sauveur, c’est à force de prendre au sérieux sa vertu rédemptrice dans tous les domaines de la vie, que

nous avons aperçu peu à peu, confusément d'abord, puis :

d’une manière toujours plus claire, admirable Royaume qui se développe organiquement autour de sa Personne créatrice. Quiconque a vécu dans la communion du Christ authentique, arrivera tôt ou tard à l’ineffable contemplation de son empire, et cela par le mouverñent intérieur d’une révélation progressive. Il est impossible de voir lc Royaume, sinon par les yeux du Roi; cesser de dire avec saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vil en moi, » ce serait perdre soudain la vision du Royaume, comme un paysage s’éteint quand la nuit tombe. Comment

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donc peut-on nous reprocher de reléguer Jésus-Christ à Parrière plan ?

Il est vrai qu’on ajoute à ce grief un grief qui semble l’annuler. On nous dit: Vous mettez tellement en vedette la personne et la vie du Sauveur, que sa mort paraît secondaire... Nous mériterions qu'on nous désignât partout du doigt, comme un ennemi de la race humaine, si nous avions le triste courage d’affaiblir la valeur sociale et morale, philosophique et religieuse, du sacrifice unique. La croix reste et restera le centre de l’histoire. Mais elle ne peut pas être, en même temps, la circonférence. L’une des branches du compas de Dieu s’est fixée au Calvaire, mais l’autre a tracé le cercle immense du Royaume. La circonférence n'aurait pas été tracée sans le point central, mais ce point ne serait pas un centre sans la circonférence. Faire tenir tout l'Évangile dans la mort du Sauveur, c’est

voiler une partie de la vérité. «Christ est mort, écrivait.

saint Paul, bien plus, il est ressuscité... Si nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, & plus forte raison serons-nous sauŸvés par sa vie. » Ce n’est pas la prédication de la croix, mais celle de la résurrection, qui a fondé l’Église; c’est la révélation du Glorifié qui a suscité saint Paul; c’est la foi triomphante en la vie triomphale du Messie qui peut, seule, expliquer la composition des Évangiles, des Actes et des Épitres, c’est-à-dire du Nouveau Testament tout entier. Dès lors, quand nous

attirons l'attention des chrétiens, non seulement sur la.

mort du Sauveur, mais sur sa vie, loin d’être infidèle aux "4 ‘ 4 ie :

Ecritures, nous retournons à la tradition apostolique (1).

(1) On n’accusera pas le salutisme de déprécier la prédication de la Croix. CHbborn écrit, pourtant: « Le Chrislianisme se résume dans ces deux mots: Sang et feu. Le sang qui fait de nous des sauvés, le feu

Et c’est encore au nom de la vraie tradition scripturaire, que nous nous efforçons de mériter le reproche d’antidogmatisme (1). Assurément, il faudrait être un triste psychologue, un piètre pédagogue, pour nier l'influence de la doctrine sur la vie; nous y croyons tellement, que nous consacrons tout un ouvrage à défendre la doctrine du Royaume. Mais s’opposer au dogmatisme, ce n’est pas s’opposer à la pensée, c’est la favoriser au contraire, c’est l’affranchir en lui permettant d'aller aux sources, de constaler ce qui est,et dele dire. Par exemple, nous défions les exégètes consciencieux de Construire, avec les seuls documents bibliques, une doctrine cohérente sur le pourquoi et le comment de l'Expiation, sur la divinité de Jésus-Christ, sur la personnalité du Saint-Esprit, sur la Parousie, sur la nature et la durée du

qui fait de nous des sauveurs. La Pentecôte conslitue le côlé positif du Christianisme, le Calvaire en est le côté négatif, représentant l'œuvre préparatoire » (Plus que vainqueur, p. 230). La Bible annotée contient l'affirmation suivante.à propos d'Exode 12/13: « Le repas de la Pâque était un signe de communion avec Dieu. C'est là le côté positif de la grâce, dont l’expiation n’est que le côté hégatif; deux choses qui se retrouvent dans l’eucharistie. » Ad. Monod disait: « On est porté, quelquefois, à se représenter Jésus-Christ comme ayant seulement ouvert pour nous la porte du ciel ; c’est une vue bien étroite. Jésus-Christ ne nous à pas été donné, seulement, pour effacer nos péchés; mais pour accomplir tout en tous. Que nous voilà loin de la pensée de ceux qui se représentent Jésus-Christ comme ayant accompli seulement un acte, acte principal du salut! » (Adieuxr, p. 188, 189). Matter écrit: « Au moment où le Sauveur remontait auprès de son Père, son œuvre n'élail pas achevée. Il lui fallait encore associer l'humanité, nous associer tous, à son action. Le Sauveur, en même temps qu'il s’est proposé le salut des âmes individuelles, a voulu restituer lPhumanité comme corps social » (Dogmatique. II, 209).

(1) 11 s’est fondé récemment, à Genève, une Association chrétienne évangélique, dont les statuts contiennent la déclaration suivante : « S’inspirant de Jean 3/16, désirant que l’Union de ses membres repose sur l'accord de volontés soumises à Dieu par Jésus-Christ, plutôt que sur une formule doctrinale, l'Association arbore la devise : Pour Christ el pour son rêqne. » |

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châtiment futur. Qu'on étudie, par exemple, au point de vue de la doctrine du Saint-Esprit, les derniers discours de Jésus dans la chambre haute (Jean XIV à XVI), et l’on comprendra notre affirmation (1). |

Et l’on nous accuse de rationalisme, quand nous prétendons, au contraire, avec Jésus, rester sur le terrain du réalisme biblique et du moralisme scripturaire ! Où sont les

vrais rationalistes, sinon dans les rangs des métaphysi-".

ciens de catéchisme, des mères de famille qui dogmatisent avec une intrépidité redoutable pour la fôi de leurs fils, des pieux propagateurs d’un évangile strictement orthodoxe, mais étroitement inteilectualiste ? (2) Nous avons des ver-

(4) Au Congrès missionnaire de New-York, en 1900, le Révérend Bebhrends, de Brooklyn, déclara qu'il se refusait à signer aucune confession de foi, à moins qu’on ne lui permit de les signer toutes. Il voudrait que lon fit un tas de tous les credos, et qu’on y mit le feu; l'or purilié de la vérité éternelle se trouverait dans les cendres. — L’évêque Doans, prélat d’'Albany, compara la recherche des différences entre les confessions de foi, à celle des chiffons dans un tas de déchets. ET cela, devant des audiloires chrétiens qui ont réuni jusqu’à 15,000 assistants! Nous citons ces paroles à titre documentaire. Pour les apprécier, il nous manque le contexte ; un auditeur affirme que ces discours n’expri-

maient aucune indifférence pour les dogmes des églises respectives.

auxqueiles appartenaient les oraleurs (Foi et vie, 16 Juin 1900). (2) Le symbole d'Athanase débute ainsi: «Quiconque désire d’être sauvé doit, avant toutes choses, faire profession de la foi chrétienrie univer-

selle. À moins qu'il ne la garde en entier inviolablement, sa perdilion .

éternelle est infaillible. Cette foi chrétienne universelle consiste à croire un seul Dieu dans la Trinité, et une Trinité dans un seul Dieu, sans confondre les personnes et sans séparer l’essence, elc. » Ce symbole est visé dans la confession de La Rochelle, qui est encore le document officiel de la foi des réformés de France. — 11 nous suffirait de constater le dogmatisme des réformateurs, pour en inférer qu'ils n'avaient pas les

principes de la religion du Royaume. Luther refuse de tendre la main

à Zwingle, parce que celui-ci ne croit pas à la consubstantialion ; Calvin, après avoir refusé de signer le Symbole « de ce prétendu Athanase » (Henry, Vie de Calvin, 1, p.130) finit par se constituer « le défenseur du Symbole d’Athanase, presque à légal du Symbole des apôlres » (Fontanès, Un apôtre du christitnisme moderne, p. 32).

sions bibliques où l’on ne craint pas de traduire l’expression apostolique : « Cette voie, » employée pour désigner le messianisme des origines, par l’expression soi-disant équivalente : « Cette doctrine » (Actes 9/2, 22/4). Nous avons des liturgies qui obligent les pasteurs à déclarer chaque dimanche, du haut de la chaire, qu’en récitant le symbole dit des apôtres, on « confesse la foi chrétienne, » une foi chrétienne qui ne mentionne ni la repentance, ni la foi, ni l’amour, ni l'espérance, ni le Royaume de Dieu, mais qui insiste sur la conception miraculeuse, la descente aux enfers, et la résurrection de la chair. Nous ne prétendons point porter un Jugement sur le bien fondé de ces trois articles, mais nous affirmons, simplement, que les rédacteurs du document ont trouvé le temps de se prononcer sur des questions que Jésus et saint Paul ont maintenues dans l’ombre, ou qu’ils ont formulées différemment, tandis que lesauteurs du document ont laissé de côté la substance même de l'Évangile. On nous objectera qu’ils n’ont pas mentionné le salut par le sacrifice de Jésus-Christ, et que leur but, par conséquent, n’était pas d’être complets. Soit; alors, pourquoi identifie-t-on la récitation du symbole avec la profession de « la foi chrétienne ? » On donne ainsi à ce mot de foi une signification rationaliste, en l’identifiant avec la croyance.

Nous accuser de rationalisme, parce que nous protestons contre le dogmatisme du présent et du passé, c’est nous accuser de rationalisme, parce que nous protestons contre le rationalisme. À

20 D’autres reprochent au messianisme d’être un retour au catholicisme, parce que l'idéal romain.est la constitution du Royaume de Dieu sur la terre.. Si tel était l’idéal

romain, nous le ferions nôtre. Mais le programme du

362 CHAPITRE DOUXIÈME

papisme est tout autre; il ne prétend point établir le Royaume, il prétend représenter lui-même le Royaume, il identifie ce Royaume avec l’Église. Il suffit de cette simple remarque, pour creuser un abîme entre le messianisme et le romanisme. ; |

Mais on insiste ; on dit que notre préoccupation de l’action obscurcit la doctrine du salut par la foi, et tend à la réhabilitation des œuvres. À cela nous répondons que le messianisme intégral prétend s'affranchir de l’opposition traditionnelle entre la foi et les œuvres, parce que ce vocabulaire est précisément emprunté à la conception paganoromaine de la religion. Distinguer entre la foi et les œuvres, c’est sortir du domaine de la vie, qui est celui de l’Évangile, pour s'établir sur le terrain d’un mécanisme mort; qui dit le grain dit l’épi, qui dit l’épi ditle grain, de même la foi et les œuvres appartiennent au même organisme, à la même plante, au même jet vital. Quiconque peut tolérer, théoriquement ou pratiquement, une séparation entre la foi et les œuvres, ne respire plus dans l’atmosphère biblique ; il parle d’ajouter les œuvres à la foi, comme un artisan boulonne une pièce mécanique sur un autre morceau de fer. Une foi qui a besoin d’être complétée par des œuvres, ce n’était pas la foi, c'était la croyance. Et quant aux œuvres qui diminuent, en celui qui les opère, le sentiment de la gratuité du salut, elles ne sont, en effet, que des œuvres, de bonnes œuvres, des œuvres pies, c’est-à-dire tout autre chose que des actes. À la croyance complétée par les œuvres, nous opposons la foi manifestée par les actes. Est-ce là du catholicisme?

On nous demande si, en prèchant l’action aux catéchumènes, nous sommes certain de les conduire au Sauveur ; on nous invite à leur prêcher seulement le péché et la

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grâce, conformément à la tradition protestante. A cela nous répondons : l’état actuel de nos églises prouve, surabondamment, que l’ancien système n'était pas le meilleur : moyen pour conduire les enfants à Christ. Du reste, toutes choses égales d’ailleurs, et en supposant que la méthode nouvelle ne soit pas plus efficace que l’ancienne, voici, néanmoins, pourquoi nous préférons l'appel à l’action. Jadis, le catéchisme avait pour devise : Croyez! mais si les enfants ne devenaient pas chrétiens, il ne restait rien. Quand le catéchisme aura pour épigraphe : Agissez / alors, même si les enfants ne deviennent pas chrétiens, il restera quelque chose : une orientation décisive de la volonté, une conception militante de la vie.

3° Ceux qui reprochent au messianisme d’être une réédition du judaïsme, parlent avec plus de raison. (1) Mais nous les renvoyons aux observations que nous avons présentées sur la différence entre l'hébraisme et le judaïsme, et sur la manière dont Jésus peut être considéré comme le restaurateur de l’hébraïsme.

On insiste : Judaïsme, Hébraïsme, c’est tout comme! Vous prêchez la morale, au lieu de prêcher l'Évangile. — (Chose étrange ! en critiquant notre point de vue, quelqu'un nous faisait un reproche contraire: notre doctrine affaiblirait la gravité du péché, nous oublierions le décalogue. Mais nous sommes habitué aux reproches contradictoires). Admettons que nous donnions une importance incalculable à la prédication de la justice, en quoi cessons-nous d’être évangélique par là? N'est-ce pas la marche que l'Esprit de Dieu a suivie, pour amener le monde au Sauveur ? Moïse

(1) Et le judaïsme, à leurs yeux, n’est qu'un autre nom du. maléria= lisme !

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et Jean-Baptiste ont précédé le Christ. Et ce qui rend la

piété d'aujourd'hui si mièvre, nos cantiques si sertimen-

taux, notre prédication si anodine, notre théologie si quintessenciée, notre évangélisation si ennuyeuse et si obscure, c’est que nous jetons le froment de la bonne nouvelle dans un terrain mal défoncé, où le soc de la loi morale n’a pas pénétré profondément. On parle bien de repentance, mais

eu

c’est une repentance toute spirituelle et toute individualiste,

sans lien avec la vie générale de notre époque et avec les. événements qui occupent la presse. Rappelons-nous com-

ment Paul entendait la prédication de l'Évangile, quand il s'agissait d’un Félix : « Le gouverneur fit appeler Paul; il l’entendit sur la foi en Christ; mais comme Paul discourait sur la justice, la tempérance et le jugement à venir, Félix

fut effrayé. » Nous consentons à être accusé de judaïser avec l’apôtre. |

On reproche au messianisme de favoriser le socialisme.

Nous avouons ne pas comprendre cette objection. Nous nous bornons à exposer, dans son intégrité, le plan de la Rédemption d’après les documents bibliques; et cela, sans nous inquiéter de savoir si nous favorisons le bonapartisme

ou la république, le capitalisme ou le collectivisme. Si nos

lecteurs tirent, de notre exposé, la conclusion que nous aboutissons au socialisme, ils déclarent par là que le socialisme, à leurs veux, se rapproche, plus que toute autre doctrine, du messianisme authentique, du christianisme

scripturaire. Nous leur laissons la responsabilité de cette

conclusion (1).

(4) Dans sa conférence sur La renaissance de l'idéalisme, Brunetière disait: «La vraie force du socialisme, et dont nous ne saurions triompher qu’en lui opposant une force de même nature, c’est d’être un idéalisme. Un des chefs du socialisme allemand s'écriait naguère : «Nous

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D'ailleurs, il faut s'entendre sur les mots. Le programme du socialisme a été condensé, en France, dans le programme dit de Saint-Mandé, et tient dans les trois points suivants : 1° Socialisalion des moyens de production et d'échange ; 2° Conquête du pouvoir par le prolétariat organisé ; 5° Entente internationale des travailleurs.

En ce qui regarde le dernier point, il nous parait conforme à l’internationalisme prophétique, et aux déclarations de l'Évangile sur la fraternité de tous les hommes. Plus de guerres ! En ce qui regarde le second point, il nous parait conforme à l'esprit du Messie qui a promis la terre, non aux violents, mais aux pacifiques. Le prolétariat déclare

avons ce qui constitue la force de Ja religion, la foi dans la victoire de la justice et de l’idée. Nous savons que nous marchons à la conquête du monde. » J'espère qu'il se flalttait; mais ce qu’il faut lui accorder, pour l'honneur de l'humanité, c'est que ce n’est pas en faisant appel à leurs appélits que l’on soulève les masses; ce n’est pas même en leur présentant leurs véritables intérêts, mais ce n’a jamais été qu'avec des idées. C'est ce que reconnaissent les critiques impartiaux du socialisme, ceux dont la crainte n'a pas rétréci les idées, « Quoique nous condaninions le socialisme, écrivait récemment l'un d'eux, nous sentons qu'en cetle masse de contradictions, d'erreurs, d'incertiludes, il y a quelque chose qui résiste à nos criliques. Si les systèmes du socialisme sont ou faux, ou contradictoires, où ulopiques, la morale du socialisme est de . beaucoup supérieure à celle d2 ses alversaires. «Entendons bien ce mot, Messieurs! Il est d'un adversaire.» Nous regreltons qu'un Vinel se soit exprimé, sur le socialisme, avec moins de clairvoyance qu'un Brunélière : « Le socialisme est le catholicisme de notre âge, il à sa religion, le panthéisme; sa politique, la divinité du peuple; sa théorie sociale, le communisme; son économie politique, le phalanstère ; quant à sa morale, elle n'est pas encore inventée, et il n’est pas facile d'imaginer à quel endroit du système une chose telle que la morale pourrait aisément s'ajuster.» S'adressant à Lamennais et à ses pareils, il s'écrie : « Le matérialisme, la réhabilitation de la chair, l'égoisme avide et jaloux constituent la vraie morale, la morale avouée de cette foule de disciples du salut social. Vous êles des Scipions et des Condés, à la tête d’une armée de goujals» (Mélanges, 506 - 524). Nous regreltons d'enregistrer ces paroles. Ainicus Plalo, magis amica veritas.

qu’il veut recourir à la légalité, non à la force. Plus d'émeutes ! Enfin, le premier article vise l’organisation économique de la société sur une autre base que celle de la concurrence illimitée; la coopération fraternelle remplacerait la lutte féroce pour la vie ; la propriété individuelle des moyens de consommation ne serait pas abolie, elle serait augmentée, au contraire, pour l'immense majorité des humains, mais les movens de production et d'échange seraient socialisés. Ce serait la fin de l’anarchie actuelle. Plus de paupérisme !

Ainsi, le programme officiel du socialisme collectiviste est condensé dans ces trois cris: Plus de paupérisme, plus d’émeutes, plus de guerres! Nous ne sommes pas surpris que d’aucuns trouvent un air de ressemblance entre ce programme et celui du messianisme (1). Reste à savoir si les socialistes atteindront le but, sans prendre le chemin qui y conduit. (Je suis le chemin, » a ditle Messie.

9° Enfin, on reproche au messianisme de croire au salut de tous, de supprimer l’Antichrist et l’enfer, de mettre partout, dans la nature et dans l’histoire, un souffle immanent, une Raison qui mène le monde à l’accomplissement de ses

(1) En 1900, des conférences ont été données à Genève, par L. Ferrière, ancien pasteur, sur ce sujet: Origines bibliques du. socialisme. D'après l’orateur, le socialisme moderne est un phénomène psychique et biologique issu de cet autre phénomène psychique qui a produit la Bible. Ce n’est pas seulement une doctrine économique, mais une menlalité, en verlu de laquelle l'individu ne se considère pas comme ayant son but en lui-même, et ne considère pas la société comme destinée à lui garantir le libre exercice de ses droits individuels jusqu’à la limite tracée par la loi ; il reconnaît qu’il est une partie subordornée de ce tout, un membre uni au corps par une étroite solidarité, mais n’exercant sa fonction particulière qu’en vue de c2 corps. D’après le socialisme, la loi doit accepter ce fait scientifiquement démontré, et le traduire en instilutions. Jésus a.été la révélation parfaite de celte « mentalité socialisée. »

destinées. Et, en réalité, c’est nous qui serions mené, sans le savoir, au panthéisme.

En ce qui regarde ce dernier grief, nous répondons qu’il n’est pas permis, en pareille matière, de jouer sur les mots; ceux qui connaissent l’histoire de la philosophie, savent ce qu'il faut entendre par le panthéisme : c’est la forme mystique de l’athéisme ; or, si nous sommes athée, nous le Sommes comme Esaïe, Jésus et Paul. Quant à ceux qui ne connaissent pas l’histoire des idées et la valeur des concepts, ils n’ont guère le droit d’employer.-des termes qu’ils seraient incapables de définir. — Nous comprenons mieux Paccusation d’optimisme exagéré. Sans doute, nous n’avons pas écrit une ligne qui puisse laisser croire que nous rejetons la doctrine de l’Antichrist; nous estimons, au contraire, que la marche accélérée du bien soulèvera le mal, comme la proue du vaisseau redresse les flots (1). Sans doute, encore, nous n’avons pas écrit une ligne qui puisse laisser croire que nous repoussons la doctrine du châtiment à venir ; nous eslimons, au contraire, que c’est là un postulat de la conscience et de la raison, en même temps qu’une affirmation évangélique. Mais il reste vrai que nous répudions avec énergie la doctrine des peines éternelles, et que nous osons «espérer, contre toute espérance», la victoire totale de l’amour paternel sur la mort, sur le péché, sur la perdition. Nous n’admettons pas qu’on oppose à notre espérance des textes scripturaires; les textes sont douteux (cf. Farrar : Eternal hope).

(1) Ce qui ne veut pas dire que la parole du Messie sur le levain qui fait lever la pâte, doive jamais cesser d’être vraie. Dorner (Kirche und Reich Gottes, p. 245) reproche, précisément, à Martensen d’insister trop exclusivement sur une séparalion toujours plus intense entre le Bien el le Mal,

J08 GHAPITRE DOUZIÈME

La question de savoir si l'univers s’affranchira un jour du mal et du malheur, est une question de perspicacité spirituelle, d'instinct évangélique, de discernement prophétique, d'intuition surnaturelle (1). Il est des chrétiens qui ont peu de foi dans la puissance rédemptrice, d’autres en ont davantage. Nous réclamons une humble place parmi ces derniers. Nous osons tout attendre du Dieu qui s’est

donné en Jésus-Christ. Nous n’accusons pas d’incrédulité ceux de nos frères qui ne croient pas à la Rédemption inté-

grale; qu'ils respectent, eux-mêmes, la foi de ceux qui croient à la fin du mal (2).

(1) « De l'universalisme historique est-il légitime de conclure à un universalisme plus réel: les effets éternels de la Rédemplion s’étendront-ils à tous les hommes, pour autant qu'ils les accepteront? Est-il possible, si l’on se refuse à l’admettre, de donner toute leur valeur à ces nombreuses paroles du Nouveau Testament qui désignent « le Monde » comme objet de l'amour de Dieu et de l’œuvre de Christ (Jean 1/99, 3/16-17, 6/51, Rom. 11/15, 2 Cor. 5/19, 1 Jean 4/14)? Jésus dit qu'il atlirera tous les hommes à Iui (Jean 12/32), et Paul que Dieu a renfermé tous les hommes dans la désobéissance, pour faire miséricorde à tous (Rom. 11/32). Les parallèles de Rom. 5/12-21 et de 1 Cor. 157/21-28 semblent indiquer que Finfluence de Christ est au Zi étendue que celle d'Adam, et le même apôtre qui considère le monde entier comme plongé dans le mal (1 Jean 57/19), déclare en même temps que «Christ est la propitialion, non seulement pour nos péchés, mais aussi pour ceux du monde entier» (1 Jean 2/2)... Dieu s'est-il réservé de meltre chaque

homme en présence d'une décision personnelle? Cest ce que semblent

indiquer les paroles de Pierre sur la prédication de l'Évangile aux morts (1 P. 3/19, 4/6), celle de Jésus sur le péché qui ne sera pardonné, « ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir» (Mat, 12/32). (La solidarité dans le mal et la justice divine, Louis Appia). L'auteur ajoule : « En supposant qu’en fin de comple Dieu remportera inévitablement Ia victoire dans tous les cœurs, on portlerait alleinte aux notions morales qui sont

à la base de l'Évangile. » C’est aussi notre avis. Aussi, nous n’affirmons :

point que£ela arrivera inévitablement, mais librement.

(2) « Une éducalion de l'humanilé n’est concevable, que si le résultat

final doit ua jour devenir un bien commun auquel parlicipent aussi ceux qui, dans leur carrière terrestre, se sont arrêtés à des degrés différents. Le développement d'une idés dans l'histoire n’a de signification,

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Pour nous, c’est une question de vie ou de mort, Nous ne pourrions ni penser, ni aimer, ni prier, dans un monde comme le nôtre, avec l’idée que le seul auteur responsable. de la création n’a ni le pouvoir, ni le vouloir d'achever son œuvre, Car elle n’est qu'ébauchée ! Défigarée par le mal, elle accuse plutôt qu’elle n’exalte Dieu. Nous avons déjà beaucoup de peine à nous figurer la possibilité d’un bonheur sans nuages, sur une terre transfigurée, au sein d’une humanité totalement rachetée, et cela pour la seule raison que le mal aura existé, que Néron aura persécuté saint Paul, que Borgia aura olficié à l'autel, que Jésus aura été supplicié, et que cent mille millions d'êtres humains auront sué, pleuré, et saigné sans savoir pourquoi, pendant des siècles. Rien n’effacera l’irréparable. La félicité céleste paraît donc impossible, même dans l’espérance du salut universel, quand on songe à ce qui l’aura précédé. Mais que sera-ce, à mon Dieu ! si l’on essaye de faire coexister pareille « félicité, » soit avec la vue des places vides dans la maison paternelle, soit avec les tourments des damnés”? (1),

que si, au terme, tous comprennent ce qu'ils ont jadis souffert comme porteurs de cette idée, même sans la connaitre. L'histoire de lhumanité n’a de sens, que si ce qui se passe sur la terre est agencé dans une vaste connexion, s’il y a une communauté réelle et vivante qui associe, dans un ensemble de réciprocités, la multitude des âmes dispersées dans le temps, ensemble dans lequel chaque individu trouve sa place réservée» (Lolze, Mikrokosmos, HI, 49-52), Un chrélien disait devant nous: I y à quelque chose de nécessaire dans l'action de Christ sur l'humanité: un levain de moralisation travaille le monde; toutefois, on ne peut rompre complètement la solidarilé en Adam pour se sauver, tandis qu'on peut repousser la solidarité en Christ et se maintenir en perdition. — Soit! alors l’apôtre aurait dû écrire: Où la grâce abonde, le péché surabonde.

(4) «On faisait battre les tambours, dans la vallée de Hinnom, de peur que les parents n'entendissent les hurlements des enfants qu’on brûlait à l'honneur de l’idole; mais, quand tout le viel retentirait de tonnerres continuels, cela n'empêcherait pas les cris des damnés de parvenir,

Pour nous, encore une fois, cette perspective équivaudrait au désespoir (1). Et l’on nous accuse d’optimisme! L'on insiste. On déclare que nous nous construisons un monde aux roses tentures, par l’espoir que tout finira bien ; que les pécheurs seront heureux d’en accepter l’augure, et que notre évangélisation ne soulèvera guère de haines. Quelle erreur! Le messianiste souffre cruellement de l’état présent de la terre, et cela beaucoup plus que le chré-

jour et nuit, jusqu’au Père des miséricordes » (Burnel). La doctrine du Royaume tend à supprimer les peines éternelles, parce qu’elle comble labîime entre le Créateur et la création; celle-ci n’est plus considérée comme formant un tout iso'é, capable de lomber irrémédiablement au rang de déchet brut.

(1) « Comment un seul chrétien pourrait-il rester au ciel, alors surtout qu'il serait obligé de se dire que, parmi les damnés, il en est plus d'un dont il a provoqué la perdition par ses infidélités ? » (Ducros : Préface à la morale de Martensen). Nous comprenons ce langage, nous ne comprenons plus celui-ci : «PIût à Dieu que les hommes pensassent, incessamment, qu'ils ne sont suspendus sur l’abîme infernal que par un pelit fil, qui peut être coupé à chaque minute. Les méchants seront renfermés dans l’enfer aussi longtemps qu'il y aura un Dieu juste dans le ciel. Imaginez-vous que vous devez endurer, pendant une nuit, une extrême douleur de gravelle, un horrible mal de dents, les peines de l'enfantement.., chaque minute vous paraïtrait comme un mois; mais qu'est-ce que cela, au prix d’être au milieu des flammes, en comparaison desquelles notre feu n’est que comme de lait, dans ces flammes entretenues par la colère inextinguible de Dieu ? Si l’on brûlait à petit feu les deux mains et les deux bras à quelqu'un, et ensuite toules les autres parties du corps, c2 serait une peine insupportable ; mais chaque sens, chaque membre, chaque faculté de l'âme et du corps, aura à souffrir une infinité de tourments, sans rémission. Si une fièvre d’un an, une colique d’un mois, une violente douleur de dent d'un jour, celle du feu . d'une heure, paraissent insupportables, que sera-ce des tourments de l'enfer ? Get océan de damnation éternelle ne saurait être adouci par la moindre goulle de compassion. » L'ouvrage est intitulé : La chaine d'or pour élever les ämes de la terre au ciel (Traduit de l'anglais du docteur Stevens, et dédié aux fidèles protestants. — Sans date. Fin XVIIIe ou début XIX: siècle). Le traducteur écrit: «Mes très chers frères, voici l’un des plus excellents ouvrages qui ait été mis au jour depuis longtemps. Je vous exhorte à vous engager par quelque vœu à relire celuici fréquemment, et même loules les,semaines une fois, »

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