Pillet. Le droit de la guerre. T. I, p
3. Parlant des procédés que Bismarck employa envers les aéronautes, M. GuELLK [Précis des lois de la guerre. T. I, p. 135) dit que « non seulement il profita des hasards, des malheurs, des tempêtes qui jetaient les ballons dans ses lignes, mais il alla jusqu'à inventer pour les atteindre un canon d'une forme spéciale », le fameux Luftballkanone, que Krupp expédia à Versailles.
« C'était extérieurement une sorte de lunette astronomique, montée sur un affût roulant d'une grande mobilité. Le tube portait une crosse et une hausse, il tournait dans tous les sens autour d'un genou métallique. Le chariot s'attelait à deux chevaux; il supportait un petit siège pour le canonnier servant. L'ascension d'un ballon était signalée dans toutes les directions au moyen de télégraphes électriques qui donnaient à chaque instant la direction
§ III. — ESPIONS PnÉSUMES 37
surer de leur personne, il ajoute : « Suivant qu'on voudra user de mansuétude ou de sévérité, on assimilera Je personnel de 1 aérostat à l'équipage d'un navire qui a enfreint un blocus (l),ou à des individus qui cherchent, soit à franchir les lignes ennemies, soit à prendre ouvertement des renseignements » (2).
A cette dernière catégorie appartiendrait Taéronaute qui, d'un ballon captif, chercherait à obtenir des renseignements (3) : il ne serait pas plus coupable d'espionnage que le militaire observant du haut d'un clocher ; car, reliés par un câble au territoire, les ballons captifs en constituent une dépendance. Ce seront toujours des aérostats publics et le plus souvent militaires : ils devront être
prise. Aussitôt prévenu, l'artilleur se portait au galop de charge vers le point indiqué, appréciait la distance pendant la marche au moyen de tables basées sur la grandeur apparente du ballon dont on connaissait la grandeur réelle. Enfin il pointait et lançait son obus à balles. Le sifflement de la mitraille fut souvent entendu par nos messagers. Le « Daguerre » fut même percé le 12 novembre, dut attérir et tomba bientôt entre les mains de cavaliers lancés à sa poursuite ». (Lieutenant Brenet. La campagne de 1870-71 étudiée au point de vue du droit des gens, p. 213).
1. « On peut comparer le personnel d*un ballon à l'équipage d*un navire qui brise un blocus; il n'y a pour une pareille tentative aucune pénalité dans les lois de la guerre ; or, pourquoi serait-il plus criminel de faire à travers les airs ce qu'il est permis de faire à travers les eaux »? (Calvo. Le droit international théorique et pratique).
2. Pradier-Fodéré. Traité de droit international public, européen et américain, T. VI, p. 985.
3. (( Le 26/2 1900, la veille de la capitulation du général Kronje» les Anglais employèrent un ballon captif qui leur servit beaucoup. Il leur permit de découvrir quatre wagons contenant des munitions qui étaient cachés dans le lit du fleuve. Ces projectiles firent explosion après une heure de bombardement » (Longuet. Le droit actuel de la guerre terrestre, p. 112).
L'emploi du ballon captif est aussi très utile dans la guerre de siège, car le tir indirect ne donne de bons résultats que 91 Ton
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traités comme tels au point de vue du droit de la guerre (1).
Mais M. Pradier-Fodéré semble commettre une péli* tion de principes lorsque, après avoir déclaré que les aéronautes sont pour lui des messagers, il s'appuie sur la reconnaissance de leur qualité de belligérants pour revendiquer un traitement semblable en faveur des messagers qui se chargent de transporter par terre les dépêches écrites ou verbales (T, VU, p. 149). C'est seulement l'absence de clandestinité qui assure cette qualité aux aéronautes.
Selon lui, les Allemands ont outrepassé leurs droits en retenant des voyageurs qui n'étaient pas des messagers, mais des négociants (2), voire même des Anglais fuyant Paris en aérostat (3).
M. Bluntschli qui, nous l'avons déjà remarqué (4), aime les solutions satisfaisant toutes les opinions^
arrive à observer les points de chute, ce qui est très facile avec un ballon à 300 ou 400 mètres d'altitude.
1. MM. Méeignhac et Faughille distinguent les aérostats en publics (montés par des militaires ou des civils, fonctionnaires de l'Etat, en uniforme) et privés.
2. M. Longuet semble exagérer un peu Finnocence des intentions des aéronautes de 1870, lorsqu'il déclare que c'étaient de « braves messagers dont le but principal était de rassurer les familles qui s'étaient trouvées brusquement séparées ».
3. M. Pradier-Fodéré ajoute que l'Angleterre ne réclama pas. Bluntschli, lui, rapporte que l'Angleterre réclama, mais sans
grand résultat, si l'on s'en rapporte au résumé qu'il donne de l'incident :
« L'anglais Worth part de Paris en ballon le 27/10 1870. Il est pris par les Prussiens. L'Angleterre le réclame. Mais, bien que le conseil de guerre devant lequel il fut traduit, l'ait acquitté le 18jan- . vier, ce ne fut que le 20 février 1871, après confirmation de la sentence à Versailles, qu'il fut remis en liberté. »