‹ L'espionnage militaire en temps de guerreChapitre 39 sur 108 · Cf. Le LOYAL SERVITEUR. Vie de Bayard · texte numérisé non relu

Cf. Le LOYAL SERVITEUR. Vie de Bayard

2. Notamment MM. de Ghilly, Golonieu, Dbtourbet, Froment, ouvrages cités.

80 CHÀP. III. — L*B8PIONNA6B AU POINT DB VUB MILITAIRE

besoin », et il résumait sa pensée sous cette forme pittoresque : c L'espionnage est un arbre ne portant des fruits que bien des années après sa plantation (1). >

Bugeaud, pénétré de celte nécessité d'une prépara tion, rétendait jusqu'aux chefs du service d'espionnage: c Le service d'espionnage ne s'improvise pas : donc, tous les officiers d'état-major, môme en paix, devraient être exercés à instruire des soldats au rôle d'espion, à les envoyer de divers côtés à la découverte, à contrôler leurs rapports^ etc. il y aurait matière à faire un petit manuel sur ce service »

Loin de nous la pensée d'écrire le « petit manuel » : aussi bien ne serait-ce guère la place et serions-nous bien peu qualifié pour une pareille tâche.

L'étude de l'espionnage militaire en temps de paix ne rentrant pas dans notre cadre, nous nous contenterons d'en dire ici les quelques mots indispensables à l'intelligence du sujet.

L'espionnage militaire en temps de paix a pour but de procurer des renseignements :

1® Sur la force armée de l'ennemi.

2^ Sur le pays.

3^ Sur la population.

¥ Sur le rendement du territoire.

Il est donc le complément du service des renseignements, et c'est à ce titre seulement qu'on en parle ici.

Plus tard, en temps de guerre, se poseront les questions suivantes :

Où se trouve Tennemi ?

Quelle est sa force ?

1. GÈnt^hXu h^^sr^ fiL. Etudes de guerre , Tactique de$ renseignements, Ch. XVII, in fine.

§ II. — ORGANISATION DE l'eSPIONNAGE 81

Que fail-il en ce moment?

Quels sont ses projets ?

C'est à la cavalerie qu'on le demandera. Mais pourrat-elle toujours répondre? En 1870, la cavalerie prussienne, si vantée, perd le contact après Wœrthet, le soir de Rezon ville, nous croit en marche sur Châlons. Les mouvements de colonnes comme celles de Mac-Mahon et de Bourbaki parvinrent à la connaissance de l'état-major par une autre voie.

D'ailleurs la cavalerie, même la plus entreprenante, ne saurait, dans la plupart des cas, deviner les projets de l'adversaire. Elle se borne à faire connaître sa force et sa position. Il ne suffit donc pas de voir, il faut aussi entendre, et les espions seuls peuvent le faire ; si l'on peut considérer la cavalerie comme les yeux de l'armée, on peut appeler les espions, ses oreilles (1).

Pour pouvoir remplir ce rôle, ils doivent, en temps de paix, se créer des relations, prendre racine dans le pays et, devenus de véritables autochtones, ils auront posé ainsi une base solide qui facilitera leur action en temps de guerre.

Plus encore que tout autre, le national ou le citoyen d'une nation amie pourra se rendre utile, car il aura beaucoup plus de facilité à remplir son rôle et, la guerre déclarée, sera bien moins surveillé. 11 est évident que ce service doit être organisé longtemps à l'avance, car on n'improvise pas un personnel connaissant le pays, sa langue, y entretenant des relations étendues.

Il fut organisé supérieurement par les Prussiens, de

i. Colonel Klembowsky. L'espionnage militaire en temps de paix et en temps de guerre.

82 CHÀP. III. — l'espionnage au point de vue militaire

1866 à 1870. En France, ils avaient partout des agents qui, lorsque la guerre éclala, déclarèrent ne pas oser rentrer en Allemagne comme réfraclaires et continuèrent leur petit métier pendant l'invasion (1). Au milieu de la guerre, de prétendus pécheurs à la ligne mesuraient la profondeur des rivières, sans éveiller la méfiance.

Cette manière de procéder des Allemands est générale. En effet, au sujet des colons allemands qui sont venus s'installer en Russie, le Times écrivait en 1887 : « Il ne faut pas oublier que la majeure partie, des immigrés allemands appartient à la réserve de l'armée allemande, et qu'en cas de guerre ils peuvent former rapidement des bandes hostiles connaissant la topographie et les ressources du pays, et occuper tranquillement les points stratégiques les plus importants ».

En temps de paix, le rôle des espions semble avoir diminué d'importance par suite delà publication de presque tous les documents qu'ils auraient mission de se procurer, tels que les statistiques publiées par les ministères, les cartes détaillées, géographiques et topographiques, éditées par les soins des états-majors, les lignes de chemins de fer, même stratégiques, indiquées avec tous les détails utiles sur leur exploitation dans les indicateurs spéciaux (2).

L'espionnage en temps de paix n'a donc pour but que de faire connaître le détail de la construction et l'armement des forts, les modifications de matériel et d'explosifs, besogne qui ne peut être exécutée que par un spé-

Page 1