‹ L'espionnage militaire en temps de guerreChapitre 44 sur 108 · GHAP. III. — L ESPIONNAGE AU POINT DE VUE MILITAIRE · texte numérisé non relu

GHAP. III. — L ESPIONNAGE AU POINT DE VUE MILITAIRE

A l'exemple de Bugeand, atlendons-nous toujours à être trompés, lorsque nous aurons affaire à des espions agissant par un autre sentiment que le patriotisme.

Il va de soi que cette méfiance du chef de service doit surtout être en éveil lorsqu'il s'adresse à des espions doubles (1)» dont les indications sont généralement sans valeur ; d'ailleurs il y a toujours à craindre que Tennemi ne se serve d'eux comme l'on s'en sert soimême, c'est-à-dire pour communiquer de fausses nouvelles. 11 est bien entendu que, sous ce nom d'espions doubles, nous désignons ici des espions connus comme tels. En leur donnant des instructions verbales, on y mêle incidemment sur l'armée des indications qui puissent engager Tennemi à faire une chose préjudiciable pour lui et avantageuse pour nous ; on peut, par exemple, dire à l'espion qu'on attend des renforts importants en tel point, pour engager ainsi l'ennemi à abandonner une position, peut-être sans combat, etc. Mais il ne faut pas que l'espion s'aperçoive que son double jeu est découvert. Aussi lui donnera-t-on ces faux renseignements comme par hasard et par inadvertance ; s'il est convaincu qu'on a laissé échapper devant lui quelques paroles imprudentes, elles prendront à ses yeux une grande importance, et il s'empressera de les communiquer à l'ennemi comme établissant une certitude.

1. Pendant le siège de Metz, la plupart des espions français passaient facilement dans les camps prussiens, mais déclaraient qu'il leur était absolument impossible d'aller au delà sous peine d'être arrêtés et fusillés. Le colonel Lewal conclut de leurs allégations (( que ces agents faisaient un service double, et que c'était ainsi qu'ils pouvaient traverser les lignes prussiennes ; mais qu'une fois parvenus au delà de ces lignes, ils étaient probablement l'objet d'une surveillance très sévère dont ils ne pouvaient se dégager. » (Souvenirs du généeial Jarras, p. 151).

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