Maréchal de Saxe. Mes rêveries
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seul coup : l'armée française, sans service de renseignements, fui bientôt battue (1).
Cependant il faut de l'unité dans la direction, et le service doit être centralisé ; mais les agents ne seront jamais mis en présence que de leur chef et resteront inconnus les uns des autres.
La direction de l'espionnage constitue une mission très délicate et exige une connaissance profonde de la nature humaine : il ne faut pas en charger le premier officier venu ; les plus aptes seront ceux qui sont eux-mêmes capables de remplir le rôle d'espion.
Le chef du service doit connaître tous les agenls qu'il a sous ses ordres, leur nom, leur profession, leurs qualités morales, leurs aptitudes à s'acquitter de telle ou telle mission. Cette connaissance approfondie s'acquiert dans les rapports journaliers et constants. Il est donc à désirer que l'officier chargé de Tespionnage dans un état-major reste le môme pendant toute la durée de la campagne.
Recrutement des espions
Les deux problèmes les plus difficiles à résoudre dans l'organisation de l'espionnage en temps de guerre sont : le recrutement des espions et la manière de les traiter.
Ce maître qu'était Bugeaud donne à ce sujet les avis suivants :
« Savoir trouver, dresser, employer les espions, est plutôt un don de la nature que le produit de la réflexion. Il sera utile d'avoir, dans tout corps agissant pour son
4. Colonel Klembowsky. L'espionnage militaire en temps de paix et en temps de guerre.
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compte, UD service relatif à Tespionnage. Les hommes qui dirigeront ce service devront être choisis parmi ceux qui ont l'esprit dissimulé, rusé, fin, subtil, le regard tantôt doux, tantôt hardi, qui savent lire sur une physionomie et cacher ce qu'ils éprouvent dans Tâme. Leur extérieur sera à la fois avenant, sympathique et imposant, et saura se plier facilement au jeu d'un rôle. Les habitants des villes, à moins qu'ils u'aienl vécu dans une profession où l'on interroge souvent la figure de son semblable, comme médecin, marchand, comédien, seront moins aptes à tirer parti des espions que les habitants des campagnes qui ont eu affaire aux paysans. Un officier utilisera d'autant mieux l'espionnage qu'il réunira lui-même toutes les conditions nécessaires pour faire un bon espion. »...
«Les renseignements sont d'autant plus précieux qu'ils sont donnés par des gens plus intelligents et plus instruits. On ne négligera donc rien pour trouver des espions qui puissent tout comprendre, tout deviner, tout savoir...»
A côté de cette pensée de Bugeaud, nous ne saurions mieux faire que de placer celle du général LewaI qui, de tous les hommes de guerre actuels, a étudié la question le plus à fond :
« L'espionnage est inutile ou dangereux pour qui s'en sert mal ; c'est une bonne arme quand on a le talent de la bien manier. Le premier, le principal obstacle gît dans le recrutement même du personnel. Ce métier peu honorable exige cependant des gens assez intelligents, consciencieux et fidèles. Cette réunion de qualités est rare à rencontrer; aussi les bons espions sont fort difficiles à se procurer. Prendre ceux qui s'offrent, c'est beaucoup s'ex-
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poser. Lespion mauvais est dangereux. L'espion d'occasion est médiocre... On peut rencontrer des espions dans toutes les classes de la société, quand on a Thabiletéde les attirer ou de les découvrir » (1).
On divise d'ordinaire, au point de vue du recrutement, les espions en deux grandes classns : les passifs et les actifs — ceux qui, fixes, obtiendront par leurs relations, leur connaissance du pays, des renseignements généraux — et ceux qui iront chercher les secrets de l'ennemi au nqilieu même de ses troupes.
Espions fixes
Le général Duhesme parle des premiers lorsqu'il dit : « L'espion qui saura capter la confiance et l'estime des personnages influents du pays, recueillera des renseignements exacts et souvent d'une très grande valeur. Dans tout pays étranger, nous avons nos amis et nos détracteurs. C'est aux chefs à augmenter le nombre des premiers et à diminuer celui des seconds. Quelque petit que soit un village, quelque hostiles que paraissent les habitants à notre égard, nous pourrons toujours, par de bons procédés, nous faire des amis, et par leur intermédiaire établir une base solide pour l'espionnage local. Ces amis nous fournissent des agents, les envoient chez leurs amis, et, par eux, derrière la ligne des avant-postes, chez des personnes avec lesquelles ils se mettent en relation ; là, non seulement on les cachera, mais on leur fera connaître les choses les plus secrètes » (2).
1. Général Lewal. Etudes de guerre. Tactique des renseignements, T. l, ch. XVIII.
2. Général Duhbsme. Traité des petites opérations de la guerre.
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On comprend du reste qu'au moment de la guerre où chaque minute est précieuse, il serait trop tard pour chercher de semblables espions. 11 est donc absolument indispensable de faire choix, pendant la paix, de personnes capables et de les éprouver, de manière à avoir sous la main une organisation toute prête dès l'ouverture des hostilités. Les personnes les plus utiles sont celles qui, sans éveiller le moindre soupçon, entrent, par leur carrière ou leurs affaires, dans les différents cercles et entendent les conversations de différentes personnes : tels sont les commis-voyageurs, les artistes, les peintres, les photographes, les banquiers, etc. Des musiciens ou bohémiens qui vont à pied de ville en ville, de village en village, peuvent donner d'importants renseignements sur la région et, en guerre, seront de remarquables guides.
Les personnes appartenant à l'étal ecclésiastique peuvent être très utiles; suivant de Grimoard (1), on peut tirer d'elles de nombreux renseignements dans les pays catholiques. Les relations internationales qu'entretenaient les congrégations les mettaient à même de rendre les plus précieux services, à une époque où les distances comptaient plus qu'aujourd'hui et où la presse n'existait pas. Le premier espion avec lettres patentes dont il soit fait mention est le célèbre Père Berthold, espion de Richelieu.
Le prince Eugène dut à des prêtres plus d'un succès ; grâce à eux, il s'empare de Manloue en 1701 et surprend Crémone Tannée suivante. On rapporte qu*il attirait dans le camp impérial, sous prétexte de confession urgente, les moines des villes ennemies et qu'il ne les renvoyait
1. De Grimoard. Traité sur le Service de r État-Major Général aux armées.